Mais temps psy cause

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Axiome de la Bor'And'Ja : En science comme en inscience ? En pratique comme en théorie ? En sagesse comme en folie ? En vertu comme en vice ? En innocence comme en débauche ? En bien comme en en mal ? De l'infiniment petit à l'infiniment grand ? Juste un pas à franchir !

Y’Ha’Ev, le mot, sur les écrans, luisait toujours. Les regards des terriens ne s’en étaient pas détachés, sans raison objective, ignorant tout de la signification et des implications. A froid, peut-être auraient-ils pu évoquer un sixième sens ? La réalité, ils le constateraient bien plus tard, était plus proche d’une empathie ambiante faite d’une sourde inquiétude n’incluant pas de menace létale.

Enfin Elvyn se retourna prêt à poser une question, évidente que Li'Yu'Thi devança :

— Soyez patient ! Les explications vont venir. Nous n’en savons guère plus que vous.

Amelyne se tourna à son tour. Elvyn lui fit signe de se taire et d’écouter. Les zhoumains parlaient haut, inhabituel, dans leur langue. Ils n’avaient pas leur traducteur et ils n’étaient pas encore assez avancés dans l’apprentissage pour saisir autre chose que quelques mots. Ils ignoraient tout de la motivation du débat même si le mot de l’écran en était la cause. Que représentait-il pour eux ? Pour les mettre dans un état proche d’une panique complète ? Dans certaines attitudes, Amelyne décelait une défaite que rien ne venait étayer. Elle le fit remarquer du geste à Elvyn. Il lui répondit des yeux qu’il avait remarqués.

— …où…

— …Si…

— …Alors…

— …Comment…

— …En arrivé…

— …Là…

— …Valeur…

— …Inzhoum …

— …Disparition…

— …Do…

Une voix cingla, dominant de son alto, en français.

— Donc, oui, donc, allons-nous nous y mettre et cesser d’être irrespectueux de nos hôtes ?

— Qu’est-ce qu’il t’arrive, R’A’Bun ?

— Depuis quand recherchons-nous des explications sans avoir l’environnement ? Hérésie, commençons par remettre le contexte, remontons la route, soyons zhoumains en somme.

C’est la première fois qu’ils ressentaient une telle impatience chez un zhoumain, un R’A’Bun de surcroit ! L’indice de gravité venait de monter d’un degré.

— Les terriens ?

— Implantation !

— Sans préparation ?

— Qui sera le plus surpris ? Eux ? Nous ? La réponse, à mes yeux, ne fait pas le moindre doute. Li'Yu'Thi, tu es proche d’eux, tu les comprends plus que nous. Prépare-les ?

Li'Yu'Thi fit signe à Elvyn et Amelyne tout en s’éloignant un peu.

— Il parlait d’atelempathie ? demanda Amelyne

— Vous devenez trop zhoumains…

— Déduction ! précisa Elvyn

— Allons-y directement alors. Il se passe quelque chose d’essentiel qui va nécessiter de plonger loin dans le passé de cette planète. Pour pouvoir suivre, il faut être connecté. Nous voudrions vous implanter une liaison atelempathique.

— C’est quoi au juste ? Demanda Amelyne

— Un amplificateur/synthétiseur de pensées ! J’utilise des mots que vous connaissez mais ce n’est pas tout à fait exact. Pensez à un globalisant, vecteur d’une absorption d’informations en grande quantité. L’atelempathie agit sur trois axes : visuel, sensoriel, textuel. Elle redéfinit entièrement la communication, la plaçant, in situ, dans l’espace, le spatial. C’est sans danger, sans pour autant nier que l’effet est surprenant et déstabilisant la première fois. L’impression de voguer dans le vide vous fera perdre vos repères tout en vous procurant la sensation de pouvoir toucher les moindres aspects d’un mot, d’une phrase, d’un sentiment.

— Pourquoi ? Lança Elvyn sans plus de précision

— Parce que ! Rétorqua Li'Yu'Thi

Ils ne pouvaient voir son visage, si tant est que les zhoumains en aient eu un, mais ils auraient presque juré percevoir un sourire dans l’expression.

— Parce que, continua Li'Yu'Thi, ce que notre R’A’Bun a à nous dire, par la communication classique, prendrait bien plus que la journée contre un instant en atelempathie. Qu’un récit occulte des détails, parfois secondaires, parfois primordiaux. Qu’il ne reflète pas toujours la sensation, le sentiment, le danger, etc.

— Axiome de la Bor’And’Ja : ne pas choisir, c’est choisir ! Dit Amelyne

— En toute honnêteté, quand même…

— Une question, d’après nos consultations, l’atelempathie se prépare tôt, dès la primenfance ? Serons-nous apte à la supporter ? Et nos différences ? Si vous vous dissimulez, c’est que soit vous êtes très différents, soit très semblables ? Et les physiologies ? Dit Elvyn

— Bien tenté ! Aspect, physio ou autre n’ont rien à y voir. Le seul besoin est d’avoir un cerveau, des neurones et des liaisons.

— Donc des animaux pourraient en être dotés ?

— En principe !

— Vous ne l’avez jamais fait ?

— Non ! Question de respect d’une réponse qu’ils ne seraient pas en mesure de nous fournir avant mais seulement, très éventuellement, après coup. La technique est quand même basée sur une équation sapience/conscience/degré évolutif. Il faut pouvoir opérer un choix pour en revenir à ce qu’a dit Amelyne. Pour finir de répondre, sans l’atelempathie, ce serait plus long pour vous de comprendre mais nous nous inclinerions.

— Les précautions étant prises, allons-y sans galvauder la durée de cette journée ! lança Amelyne

Elvyn sourit alors que Li’Yu’Thi ressentait lui une surprise invisible pour les terriens. Il n’avait jamais douté de sa capacité d’adaptation malgré une colère récurrente, justifiée de son point de vue. Il ne s’attendait nullement à un trait d’humour parfaitement zhoumain. Faire une allusion au temps, qui ne comptait pour rien à leurs yeux, sans proférer une insulte irrespectueuse. En quelque sorte un message clair pour signifier qu’elle intégrait nombre de concepts sans pour autant remettre en cause son indépendance et son droit à être elle-même.

Un technyber pénétra dans la salle. Un de ses appendices préhensiles montrait ce qui ressemblait tellement à des seringues que ce devait en être. Sans s’arrêter, ni hésitation, il s’approcha et se mit derrière eux. Ils n’eurent pas le temps de s’interroger qu’il leur appliqua l’engin sur le côté droit du haut de la nuque. Pas de douleur, à peine un picotement pour signaler l’exécution de l’opération. Elvyn se fit la réflexion qu’ils ne perdaient vraiment pas leur temps ; qu’ils avaient été décortiqués par le menu pour pouvoir agir avec une telle sureté.

Au début, ils ne ressentirent rien s'ils excluaient une espèce de gêne que procurait la totalité des regards braqués sur eux. Deux zhoumains se détachèrent du groupe, Li'Yu'Thi et F’Lm’Dig se rapprochant d'eux. Encore une fois, Elvyn se fit la réflexion qu’il était curieux qu’ils arrivent à les reconnaître aussi facilement même quand ils ne parlaient pas. « Oui, étrange ! » perçut-il sans entendre le moindre son. La possible anomalie du phénomène ne l’interpella que quelques secondes après. Il n’eut pas le temps d’aller plus loin dans le constat intriguant. F’Lm’Dig parlait :

— Surtout faites-nous signe dès que vous commencerez à sentir une désorientation. Le processus de départ est un peu contraignant.

Ils auraient pu prévenir avant. Contraignant ? Comment ? « Surtout pourquoi ? » surenchérit cette voix qu’il n’entendait pas, ne reconnaissait pas. Une seconde s’interposa : « Pensez à ce processus comme une mise à jour informatique. L’implant n’en fait ni plus, ni moins. Le processus va prendre une quinzaine de vos minutes. Vous devriez d’abord ressentir une légère nausée ; votre vue va se brouiller ; votre sens de l’équilibre disparaître ainsi que votre perception spatio-temporelle classique. » Elvyn reconnut le cervmaître. Dont il ignorait totalement l'existence ! Comment ? Qu’était-ce ?

C'est ce moment que choisit son cerveau pour s'éteindre. ll ne pensait plus. Son coeur désirait à toutes forces sortir de cet espace et entrainer avec lui d'autres organes. Ses jambes lui envoyèrent un message pour lui signifier avec certitude qu'il allait tomber s'il ne faisait rien. Une image s'imprima devant ? Quoi ? En tout cas pas ses yeux ! Elle le montrait en train de tituber. Ses bras suggérèrent de faire un signe. Ses épaules approuvèrent l'action. Ses lèvres donnèrent le feu vert. Il était temps. Un linceul noir s'abattit sur lui, le privant de tout. Il ne pensait plus, ne voyait plus, ne sentait plus. Il était vide. Logiquement, il ne vit, ni Amelyne battre désespérément des bras, ni les zhoumains les empoigner pour les empêcher de tomber. Un mot troua le linceul, tout de blanc vêtu :

— Spatial…

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