…Disparurent…

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Axiome de la Bor'And'Ja : Plus ? Moins ? Deux versants d'un facteur commun !

Jamais le plateau de l’extrême sud du GyH’YH’Cgel’Y n’avait été à ce point noir de monde. A perte de vue, des Ch“Trav”Ail, des zhoumains, par groupes mixtes ou non s’étalaient. Sans être affirmatif, j’aurais pu dire que toute la population de la dernière communauté zhoumaine était présente.

L’atmosphère bruissait d’une interrogation profonde, parfois exprimée mais pas, pas encore, exigée. L’ambiance était bizarre, étrange. Le brouhaha cessa brusquement pour laisser place au silence. Une palette insensée d’expression se diffusa à toute vitesse. Du hein interloqué jusqu’au cri de surprise à la limite de l’indignation, le tout non exprimée, tous s’étaient figés. Comme les autres, je reçus une demande interne de silence. Elle avait passé outre les défenses, conventions et protocoles de toutes communications atelempathiques.

Il existe bel et bien un ton dans l’atelempathie. Celui-ci était doux et impérieux traduisant une urgence et exigence péremptoire. Après quelques secondes la communication reprit, toujours passant outre à toutes barrières :

— Mon nom est Zifur, guide-maître des Ch“Trav”Ail. Je vous demande le silence le plus complet car nous avons quelque chose à vous dire et je ne pourrais pas tenir très longtemps dans ce mode de communication. Afin de ne pas provoquer une cacophonie infernale, je vous demande de créer une chaîne de communication. Opérez rapidement, je vous en conjure car, je vous le réitère, nous ne pourrons pas tenir ce mode indéfiniment.

Le « nous » me fit comprendre que les Ch“Trav”Ail avait formé leur propre chaîne. L’atelempathie permet d’établir ce processus via un synthoniseur qui accepte de servir de réceptacle. En l’occurence, vu le nombre, des sous chaînes seraient nécessaires car un zhoumain ne pourrait supporter seul l’afflux énergétique. Il y faudrait un peu de temps. Une question me taraudait : depuis quand les Ch“Trav”Ail pratiquaient-ils ? Nous ignorions totalement qu’ils le fassent ! Surtout comment ? Mon questionnement fut interrompu par Raelf, mon âme sœur Ch“Trav”Ail :

— Plus tard les questions !

Alors le phénomène d’union était différend de l’atelempathie puisqu’il pouvait sortir de la chaine créée pour me parler. Le jour promettait son plein de surprises. Une nouvelle fois, Raelf m’interrompit :

— Décidez rapidement, nous vous en supplions.

Les mots étaient empreints d’une telle gravité et d’une tristesse tellement poignante ! Autour de moi je sentais le brouhaha monter, la confusion s’installer, prémices de la cacophonie redoutée. Elle ne mènerait nulle part, hormis à des maux de tête au mieux, des accidents au pire. L’urgence s’était imprimé en moi. J’ouvris le canal général pour émettre un péremptoire :

— Je me programme en synthoniseur principal.

Comme je l’ai déjà dit, le zhoumain est pragmatique. Aussitôt prononcée ma phrase le reste s’enchaîna rapidement. Dans ma tête, le brouhaha se mua en bruissement à peine perceptible. Je laissais quelques instants de pause afin de permettre aux connexions de se stabiliser solidement puis j’émis :

— Nous sommes prêts !

Sans attendre et sans sommation, Zifur dit :

— Nous partons !

Le silence éclata en mille morceaux menaçant de pulvériser la chaîne. Je chancelais. Trop de bruits d’un seul coup, trop d’émissions, un flot tempétueux qui allait m’emporter et me tuer à coup sûr. Je tentais en vain de fermer le canal général. Déjà mes forces m’abandonnaient. La nausée m’envahit. Mes jambes cédaient. Un marteau géant fracassait ma tête. Quelqu’un que je ne reconnus pas hurla de respecter le protocole, de cesser les intrusions. De deux mots presque anodins, simples, ils étaient en train de refouler toutes valeurs, tout Respect, ignorant du danger. Je reconnus l’intervenant : Raelf. Il hurlait, bridant sa colère plus que naissante pour mieux amorcer un début de contrôle. Le sang-froid revint peu à peu mais il fallut un peu de temps avant de calmer les primenfants, les primescents ainsi que les adolescents, tourneboulés par un inconnu qu’il ne percevait pas. L’atelempathie n’était connectée en mode sortant qu’à la fin de la primenfance et entrant à la fin de l’adolescence. La discipline se rétablit. Il me fallut de longs moments pour récupérer un équilibre. Raelf me soutenait de toutes ses forces, prélevant de son énergie pour me l’insuffler. Enfin mes pensées retrouvèrent une certaine cohérence. Autour de moi, je ressentais la culpabilité d’avoir cédé aussi facilement à une panique sans cause avérée. Les Ch“Trav”Ail partaient. Bien, en quoi, le fait changeait-il la situation pour nous zhoumains ? La question n’était-elle pas plutôt comment ? Pourquoi ? Maintenant ? Il était temps pour moi de jouer mon rôle mais auparavant j’avertis tout le monde :

— Plus jamais ça ! Maitrisez-vous et ne vous comportez pas en schnibarde.

C’était une insulte. Je le savais. Tous le savaient. Ils la méritaient. Je me tournais vers Zifur :

— Pourquoi ?

— Ce monde ne veut plus de nous. Chaque jour qui passe rogne notre espace, notre liberté et nos espérances. Nous n’y avons plus de place définie. Le dernier aptillon est mort… Signe inéluctable qu’est venu pour nous le temps de reprendre le chemin de l’errance.

— ?

— Mais…

— Hein ?

— Quoi ?

— Stop !

Je venais de vraiment hurler. En mode atelempathique synthonisé, l’effet est dévastateur. La cacophonie naissante cessa. Il vit, sans remord, quelques zhoumains s’effondrer sous le violence du flux énergétique. Ils s’en remettraient. Ma survie et celle des relais étaient en jeu.

— Mais nous étions sûrs que le dernier s’était éteint bien des cycles auparavant ? Pourquoi ne pas nous l’avoir fait savoir ? Rien dit ?

Tout en posant la question, je m’interloquais du surréalisme de la situation. Nous discutions d’égal à égal avec les Ch’Trav’Ails comme si le fait avait été avéré de tous temps.

— Pourquoi faire ? Vous n’avez pas demandé. Vous ne vous êtes jamais intéressé à nous en tant que détenteur d’une histoire. D’une certaine manière vous (nous) avez méprisé, par omission, par ignorance, la possibilité, l’évidence que nous ayons un historique plus important, moins animal que vous ne le pensiez. Qu’en est-il de votre connaissance de notre passé ? Nous faisions partie du paysage…

Qu’auraient-ils pu répondre à cette gifle magistrale qui se bornait, très banalement à présenter une réalité ? Le constat était effectif. Il n’y avait jamais eu d’interrogations conscientes quant à la présence de cette espèce. Pour tout le monde, les Ch“Trav”Ail étaient !

Concrètement, ils les avaient étudiés, en tant qu’espèce locale, se bornant parfois à faire des constats, sans réponse, comme le fait de ne pas les avoir reliés dans l’histoire de l’évolution. La relation qui les unissait s’était transformé peu à peu en respect mais sans les départir de leur origine animale, non sapiens, supposé. Il était un peu tard pour établir que l’excès, présentement un respect basé sur une fausse donne, induit le contraire de la volonté de départ menant aux frontières de l’ignorance ségrégationniste.

Le racisme peut se loger dans bien des compartiments dont celui de la violence et, plus pernicieux encore, celui de l’indifférence que peut aussi bien causer la lâcheté que cette inculture et cette mais-connaissance. Le silence se prolongeait, impressionnant sur cette immense surface où pratiquement se trouvait 80 % des vivants restants de Zhyoom. Puis Zifur reprit :

— Sortez de votre spirale culpabilisatrice. Le trop sera toujours l’ennemi du bien. Le pas assez tout autant ! La faute est aussi de notre côté. Nous sommes sur cette planète depuis bien des périodes, plus que vous ne sauriez l’imaginer. Une planète et son histoire est une succession de cycles. D’une durée plus ou moins longue, tellement en image zhoumaine, tellement courte en sidérale. Cette succession de cycles, prenez-les comme une suite de maladies, de piqures urticantes, de parasitage non collaboratifs que la planète va s’efforcer d’éradiquer, de soigner. Tôt nous avons détecté que chacune de vos actions accélérait le cycle présent. Nous avions envisagé d’intervenir quand l’espoir fit surface au travers d’un fait improbable. L’avènement d’une civilisation non violente, d’une société dont la valeur primordiale était purement sapience : le Respect ! Il faut bien dire que béatement nous avons pensé que vous auriez les moyens de corriger cette déviance du raccourci outrageux d’un cycle planétaire. Nous n’avons pas envisagé qu’il était peut-être trop tard. Nous l’avons négligé. L’accélération initiale était fatale. Tout ce que vous avez pu réaliser a, parfois, endigué temporairement le phénomène sans l’arrêter. Le bénéfice période, même en terme zhoumain, a été négligeable. Nous avons suivi de près vos efforts. Nous y avons même participé parfois. En vain !

Encore une fois, qu’auraient-ils pu opposer à une telle évidence ? Tout ce qu’ils avaient tenté s’était soldé par un échec. Une voix s’éleva, enfantine, claire :

— Le rapport entre les aptillons et les Ch“Trav”Ail ?

Entend ce que dit l’enfant ! Tu ne seras jamais loin de certaines vérités ! Axiome de la Bor’And’Ja

— La connexion avec la Terre !

— ?

— Vous êtes ignorants de bien des choses. L’aptillon était le maillon vivant. Pour choisir une image qui vous parlera, ils nous connectaient à la terre, nous permettaient de communiquer avec nos frères lointains, d’être en réseau. Un seul nous permettait de rester en communication. Imagine des milliers comme il y a bien des périodes ?

— Là aussi vous ne nous avez jamais rien fait savoir malgré nos associations.

— Vous ne l’avez jamais demandé, pas plus que perçu. Pourtant nous n’avons jamais dissimulé.

— Une planète serait pensante alors, difficilement concevable.

— Pourquoi pas si vous ne confondez pas pensée et sapience. Croyez-vous que notre manière de conscientiser soit la seule dans l’univers ? Qu’ils n’en existeraient pas d’autres formes, d’autres vecteurs ? Voilà qui est, ou serait, bien orgueilleux et fat. Chaque planète contient son maillon liant. Il est le dénominateur de la phase active du moment de cette dernière. Nous avons rencontré des mondes où ce qui se rapproche le plus de notre mode de sapience, commun, pensait être ce maillon. Chaque fois, ils se trompaient. Un maillon peut être de n’importe quel sorte mais en aucun cas un sapiens multi forme tel que vous, moi, d’autres. Il est conscient, oui, ou pas, parfois, mais, jamais, en proie à d’éternels questionnements, remises en cause, interrogations sur l’avenir, le présent, le passé. Il est, tout simplement. Un rouage essentiel dans la survie d’un mode. Une rotule sans pouvoir de communication car il est le vecteur de cette dernière. Il disparaitra un jour, le sait et en a une conscience aiguë, au-delà de ce que vous pourriez imaginer. C’est un observateur neutre, un outil impartial dont le sort détermine l’avenir, le meilleur symbole du fatalisme ultime. Sans lui les modes en cours sont condamnés à l’effacement définitif. Comme tout l’inéluctable, il existe une porte de sortie : le voyage, l’exil et l’errance infinie. Chaque monde possède son lien mais le percevoir est un acte difficile, pas toujours concret pour permettre l’adaptation. Or cette dernière est la condition ultime. Ainsi, pour Zhyoom, l’impératif était de s’adapter à l’aptillon et non le contraire. C’est une erreur commune faite aux travers des galaxies. Prévoir les cycles d’une planète en termes physiques, chimiques, rotation, ellipse, etc. n’est pas insurmontable et même relativement aisé. Tous ces domaines ont leurs lois applicables, transférables et prévisibles une fois établies. Ce n’est pas suffisant ! Il ne suffit pas qu’elle soit de type zhoumain compatible, par exemple. Son apparence une fois les tests en tous genres réalisés pourront l’établir en tant que telle. Elle pourra s’avérer quand même inhabitable ! Ce critère sera établi par son facteur liant. Il en fera une terre alliée ou inhospitalière. Aller contre sera toujours possible mais la seule conséquence sera alors l’abrègement du cycle en cours. Il est primordial dans l’exploration spatiale de commencer par déterminer le facteur liant avant même de procéder aux analyses de survie. Vous pourriez penser que l’univers est vaste ? La réponse est oui et, proportionnellement, l’étendue de la sapience l’est tout autant aussi bien en formes qu’en contenus. L’addition des deux réduit exponentiellement les possibilités. L’univers est violent. C’est son dilemme. Chaque violence abrège d’autant un cycle. Tous les liens de l’univers sont sensibles et sans protection face à elle. Leur caractéristique commune est leur nombre élevé avec un pouvoir de reproduction non négligeable mais non éternel. Certaines formes de liens n’autorisent même pas la cohabitation avec une quelconque sapience de notre type commun. Certains mondes voient ce lien être représenté par des animaux gigantesques, d’autres par des insectes, ou une plante, une molécule parfois, un ion, un quasar, pulsar, etc. La moindre perturbation sera active face à ces éléments sans défense et à l’inéluctable évolution, aux à-coups non prédictibles. L’univers est une beauté fatale contenant et produisant ses propres germes d’anéantissement.

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