…Où…

14 minutes de lecture

Axiome de la Bor’And’Ja : Faire la distinction entre cause et conséquence n’est pas joué d’avance. Question d’optique !

— Il faut que j’y aille.

Les yeux à peine ouverts d’un réveil tranquille, assis dans son lit, la certitude s’était imposée avec force. Le sentiment d’un besoin vital de réalisation d’un rêve, fantasme, désir, exacerbé par une situation d’échec conflictuelle où s’opposait deux adversaires : lui et lui ! Voilà pourquoi il se retrouvait au plus haut point respirable sans assistance de survie que Zhyoom pouvait offrir.

Du haut des 3000 mètres du mont GyH’YH’Cgel’Y (Traduction approximative : mont origine Sud, à Ouest Sud, nom régional Cgel, ouest), il surplombait le canyon de la M’ej'lu, le second plus long de Zhyoom, 26500 kilomètres (Estimation terrestre très imprécise les zhoumains n’utilisant pas d’unités métriques), frère faux jumeau, sans eau, du fleuve S’Try'Cheal ! Une immense balafre dans la croûte terrestre encadrée par des parois vertigineuses. La fascination zhoumaine pour cet endroit n’avait d’égal que son absolue apparence d’aridité stérile. Cette sécheresse était une réalité mais, comme tout territoire, elle contenait son propre écosystème.

« Désert » était le terme qui venait immédiatement à l’esprit lors du premier contact. Aucun signe visible d’une quelconque activité, seule la chaleur s’abattait sur vos épaules. Et le vent ! Un vent tourbillonnant, tantôt chaud, subitement et très temporairement glacial qui vous giflait sans cesse. On le sentait furieux d’une colère rentrée, non explosive mais inflexible. Il exprimait sa frustration de se sentir prisonnier de ce si vaste défilé, tellement petit pour son énergie potentielle, avide d’espace. Il laissait transparaitre ce qui ne pouvait qu’être une haine de ces obstacles. Depuis des millénaires, il frappait, encore et encore. Cette barre infranchissable, il l’aurait à l’usure. Peu importe le temps qu’il lui faudrait y consacrer.

De prime abord, il n’avait pas perçu de dangerosité, à peine une gêne tant il était persistant. Cette régularité de métronome avait fini par le troubler bien au-delà de sa force somme toute modeste. Une constante et lancinante sarabande qui n’était pas en mesure de vous abattre d’un coup mais qui, à la longue, vous accablait pour mieux vous anéantir sans coup férir. Il ne fallut guère de temps avant qu’il ne ressente un effet de vrille sur ses nerfs. Avec l’amplification et l’aide de l’autre constante incontournabledu lieu : le bruit ! Lancinant, sifflant, permanent, ne laissant jamais une seconde de silence s’instaurer, il vous prenait aux tripes. De la hauteur où il était, il ne l’entendait rien mais le souvenir récent de son passage en bas se ravivait à chaque bribe qui lui parvenait comme des fichiers fantômes d’un antique disque dur qui se serait invité au milieu de nouvelles données conservées.

La somme de ces particularités n’avait pas incité à la colonisation du territoire. Les tentatives avaient existé. Elles s’étaient toutes soldées par des échecs plus ou moins retentissants. Bien sûr, certains y habitaient, des ermites, des farfelus, des hors la loi, en groupe très réduits, plus sur les versants où les éléments venteux s’atténuaient en fonction de l’élévation. Plus vous montiez, moins le vent ne faisait sentir. Les parois à pic ne permettaient guère les grands regroupements zhoumains. Malgré tout, des petites communautés s’étaient créées, vivant en autarcie complète, sans être vraiment hostiles d’ailleurs à qui que ce soit. Mais les ressources étaient par trop réduites pour être incitatives à l’hospitalité dispendieuse. Ces habitants des sommets n’auraient laissé personne à l’abandon dans la nature, ni dans le besoin mais ils n’hésitaient pas non plus à vous faire comprendre et vous dire : « Vous êtes de trop ! »

La surface du canyon était constituée d’une terre marron tirant sur le doré. De loin en loin, des stries cuivrées la traversaient. A distance, elles paraissaient régulières, symboles tangibles de la sécheresse et l’aridité dans toute sa splendeur. A entendre une telle description, la logique voudrait que nul ne s’y rende par plaisir. Pourtant, l’endroit était défini comme un des plus beaux sites de la planète, la parfait illustration d’un Axiome de la Bor’And’Ja : « Assemble une masse de défauts, tu as toutes les chances d’en faire une qualité unique ! » Ce gouffre était considéré comme le plus fascinant des buts de voyage par tout amateur de sensations fortes et de paysages éternels. Un livre, une vie n’aurait pas suffi pour décrire la variété de cette uniformité superficielle.

En tant que zhoumain moyen, A’Ny’Lo’Hu n’échappait pas la règle. Il avait relevé le défi à l’imagination que représentait cette ascension. Nombreux ont été à l’atteindre, nombreux mais tellement peu sur la masse de tentatives. Lui, il avait réussi. Et ?

Il n’en tirait pas le moindre plaisir, ni satisfaction, même pas la sensation de sa fatigue réelle. Une ascension réussie dans le domaine physique, complètement ratée sur un plan mental. Et ?

Il ne savait pas pourquoi ? Pourquoi il s’était lancé ce défi ? Pourquoi sa réussite ne lui apportait rien, moins que rien même. Il commençait à ressentir une légère amertume. Sa vie pour l’heure ne lui procurait qu’une lassitude grandissante ponctuée de nausées récurrentes, assaisonnées d’un mal de vivre lancinant. Et ?

Le constat était pourtant simple, il était aveugle depuis trop longtemps. Son esprit fermé inventait bien des alternatives mais ne lui apportait que frustration accumulée n’arrivant pas à masquer, occulter ou remplacer son mal de vivre. Il était temps d’affronter, de se confronter avec lui-même et, amère évidence, sa lâcheté existentielle. Son projet initial était une fois grimpé au sommet de longer le plus longtemps possible les lignes de crête. La perspective lui avait fourni sa propre motivation mais comme tout but qui se transforme ainsi, sa vacuité finissait par rapidement s’imposer. Faire pour faire n’a jamais été qu’un faux fuyant dont l’efficacité se borne à la projection et dont dès la première once de réalisation, le peu de bénéfice potentiel s’envole. Il devait redescendre, rentrer !

Une des caractéristiques de Zhyoom est de trouver partout des refuges, dans des endroits parfaitement inattendus parfois. Même perdu, sans carte, tôt ou tard, vous tombiez sur l’un d’eux. M’ej’Lu n’échappait pas à la règle. Le jour était au 3/4 mais il lui restait assez de temps pour entamer la descente jusqu’au refuge du Eh’KaD’R ( textuellement le refuge de la mi-hauteur) Des renseignements qu’il avait pris, le refuge était confortable et offrait une vue unique sur la Sl“Ha”Sh. Alors ?

Déclic ? Quelques fois, il suffit de penser déblocage et il se produit tout simplement. La question présente en lui depuis si longtemps, toujours en affleurement jamais pénétrante, jamais affrontée, venait de surgir comme le presque noyé dans une ultime tentative pour crever la surface et aspirer cet air manquant qui lui fait défaut. Elle était simple, si banale et si complexe dans ses conséquences : comment est-ce arrivé ? Refoulée, niée, reniée, ignorée, méprisée même parfois, elle émergeait définitivement, réalisant son ascension parallèle à celle qu’il avait lui-même opéré. Elle y avait mieux réussi que lui. Était-ce étonnant ? Elle avait un but clairement défini tandis que lui errait sous de fausses raisons, prétextes et faux fuyant. Il se cachait derrière une carapace, Elle allait en pleine lumière. Un combat perdu d’avance qu’il avait fait perdurer en toute malhonnêteté intellectuelle, lâcheté zhoumaine de base.

En se souriant à lui-même, il ne put s’empêcher de faire le parallèle entre la situation de Zhyoom, ce canyon incongru et son cas personnel. A quoi fallait-il répondre en priorité ? Y en avait-il seulement une ? En cherchant bien, il était sûr de pouvoir relier l’ensemble, avec un zeste d’imagination aussi ! Depuis longtemps les zhoumains savaient d’où venait cette gigantesque crevasse, cette ridule au niveau de l’univers. Mais de le savoir, comme souvent, n’avait fait qu’amener d’autres questions, interrogations. Il était certain que ce canyon à l’origine était un fleuve. De l’imaginer était encore plus effarant, d’une telle longueur, d’une telle largeur, comment avait-il pu s’assécher tout du long ? Ou avaient été ses affluents ? Ils n’en avaient ni trouvé, ni détecté la moindre trace tout le long de son parcours. Il ne se jetait pas dans une mer, encore une certitude. Il ne venait pas d’une montagne. Alors ? Tout était ouvert aux théories. Aucune ne prévalait. La plus répandue, celle qu’il rejoignait personnellement, était qu’il fallait y voir une trace d’intervention artificielle. Mais pas de signes de construction, pas de signes d’intervention, zhoumaine, directe. Or pour un tel fleuve, il aurait fallu un travail absolument titanesque ; lequel n’aurait pu que laisser pour le moins une empreinte. Il est peu probable qu’un jour le mystère soit résolu. Dans cette vaine attente, il donnait naissance à de folles légendes romanesques. Il était le terrain de chasse préféré des amateurs de mystère non sondable. Une chasse au trésor dont le seul contenu était une image parfaite de l’axiome de base de la scolarité zhoumaine : une question déclenche une réponse générant une nouvelle question d’où…, etc.

*

— ?

— Pap', il faut y aller !

Depuis quelques minutes, il regardait sa fille gambader à qui mieux mieux dans le jardinet mal entretenu de leur demeure. Il n’avait jamais été doué pour les travaux de grand air. Plus, il n’aimait pas vraiment et le jardinage n’était pas, pour le moins et pour lui, inspirant ? Le pourquoi, il n’aurait pas su le préciser, ni voulu. C’était ainsi tout simplement. De la voir ainsi heureuse, libre à s’ébattre dans les herbes folles, les ronces et les urticantes aurait pu lui servir de mauvais prétexte à une culpabilisation bienséante. Bien au contraire, ce non entretien lui coûtait plus d’énergie. Il en venait à étudier avec soin ce qu’il devait faire ou pas. Il n’aimait pas le jardinage mais il ne se serait pas pardonné que cette aversion eut pu coûter un dommage à leur fille. Cette fille que sa compagne et lui avait eu tant de mal à concevoir.

Toute la science zhoumaine n’y avait rien fait. Les médecins n’y comprenaient rien. Aucune cause n’avait été détectée, ni physique, ni psychique, rien. Mais le fait était avéré : ils n’y arrivaient pas. Alors ils avaient renoncé, traversé une crise, frôlé la dislocation de leur union, envisagé et l’un et l’autre d’aller voir ailleurs. Leur existence, à cette période, n’avait été que chamailles, réconciliations, disputes, rapprochements, éloignements, témoignages d’amour. Jusqu’au jour où, dans une confession déchirante, ils s’étaient avoués leur épuisement général. Ils ne pouvaient pas continuer ainsi. La séparation était le seul remède. Mieux vaut souffrir une bonne fois pour toute qu’à petit feu. La souffrance brutale est un générateur de cicatrisation. Sa distillation goutte à goutte n’est qu’un facteur de tortures mentales avec des connotations de masochisme, de sadisme ou de sadomasochisme.

Il se rappellerait de ce moment toute sa vie. Une douleur palpable, ressentie comme telle, alors qu’en réalité, elle n’avait pas d’existence sur un plan physique, ne traduisait pas 'un mal quelconque, l’oppressait crescendo, rythmé par les paroles définitives qu’ils prononçaient. Il était dans cet état où l’œil, le troisième bien entendu…, pouvait percevoir plusieurs environnements à la fois. Curieux ce phénomène d’urgence finale dans le malheur qui ouvre cette possibilité d’appréhender tout ce qui vous entoure comme si votre âme, cerveau-maitre(?), s’élevait et voyait à 360°. Possibilité non offerte en état de bonheur intégral qui n’offre, si j’ose dire, que la possibilité de planer au-dessus des contingences. Il voyait donc sa compagne comme une image miroir de lui-même : se déliter à chaque mot, s’appesantir à chaque fin de phrase, rapetisser, écraser par la fatalité. Comme bien souvent dans leurs conversations, elle avait entamé et lui conclut. Il s’en serait bien passé cette fois de cette complémentarité. A elle le développement, à lui la synthèse finale en forme de dogme qui serait devenu incontournable. Ecœurant ! Inévitable ? Les derniers mots partaient sur un ton haussier comme si la forme aurait pu atténuer le péremptoire du fond :

— … fini !

C’est le moment qu’elle choisit pour devenir toute blanche. Elle se recula imperceptiblement et, comme une marionnette que plus personne n’aurait dirigé, subitement, s’effondra vers l’avant, régurgitant tout ce qu’elle savait. Il en prit littéralement plein la gueule… La situation, définitive, créée, quelques secondes auparavant, éclata en morceaux inutiles. Dans une communion qui n’avait jamais cessé d’exister, ils s’exclamèrent :

— Je, tu, suis, es…

La phrase ne connut jamais de conclusion. La superstition n’épargne pas les zhoumains ! Ze’Fhi’Te naquit au terme d’une grossesse toute en prudence dans un cocon de bonheur à degré élevé. Parfois celui-ci outrepasse sa qualité de fugacité, étayé par une conjugaison d’évènements. Pour eux, ce fut ce précipice dans lequel, à un instant près, ils allèrent plonger.

Est-il utile de préciser que Ze’Fhi’Te était la prunelle de leurs yeux ?

*

— ?

— Le temps est là, sa fin et son début ! Il nous faut aller.

Zifur, chef de horde, se tourna vers les siens. La fatalité de l’événement à venir le faisait trembler jusqu’à la pointe de ses sabots. Ses flancs vibraient violemment de la tempête respiratoire provoquée par l’accélération émotionnelle de son cœur. De partout, il voyait arriver ses compagnons. Il pensait à cette résolution qui ne pouvait que s’imposer à tous. Nul besoin d’avertissement, de concertation, une tribulation, funeste, inéluctable et létale. Une telle destinée dont l’irrévocable était pourtant Liberté.

Certains ne répondraient pas à l’appel. Lassitude ! Ils préfèreraient en finir d’une longue errance qu’ils jugeaient vaine ou au-dessus de leurs forces.

Les autres entameraient une nouvelle transhumance vers un nouveau territoire. Telle était leur destin unique, porté par un espoir aussi ténu qu’un fil d’araignée, un havre où, enfin, ils pourraient poser, reposer et construire autrement. Violemment il repoussa la nuée de souvenirs menaçant de déferler. L’heure n’y était pas. Un jour, peut-être, viendrait l’heure de solder les comptes.

Pas aujourd’hui !

*

— ?

— Il faut y aller !

0u“St”Tre était un peu ivre. Avec ses quatre compagnons, ils étaient attablés depuis la mi-jour à fêter leur sortie de l’adolescence. Autour d’eux, la St’In’n (cafétéria, auberge, restaurant, table d’hôte sont les plus proches traductions) s’était vidée. Ils ne s’en apercevaient pas et bénéficiaient de la tolérance de ceux qui étaient déjà passés par cette phase. Passer d’une certaine insouciance à une conscience de groupe n’est pas forcément, en soi, un acte simple.

Il y a une certaine amertume, douce souvent, aigre plus rarement, à laisser derrière soi un cycle heureux, d’autant quand il est bienheureux. Pour tous les cinq, elle avait été ainsi, un enchantement passé à une vitesse météorique. L’avenir était flou, pas inquiétant, simplement non connu. Ils rigolaient pour rien. Se racontaient pour la énième fois les mêmes histoires. Se vantaient des mêmes fadaises.

Le cri l’atteint sans avertissement. L’esprit quelque peu embrumé, il se tourna vers ce qu’il pensait être l’endroit d’où provenait le cri. Sans voir. L’appel se répéta, le figea brusquement. Il ne remarqua pas que ses quatre compagnons de tablée en firent autant. Chacun se tourna littéralement en lui-même, tendant une oreille interne vers un appel mystérieux. La posture ne dura que quelques secondes mais il ne pouvait y avoir d’erreur d’interprétation à ce cri désespéré : « où es-tu ? » Ils se regardèrent tous sans avoir besoin de se parler. Ils se levèrent, toujours en silence, se dirigèrent vers un véhicule, s’y engouffrèrent et partirent sans autre forme de procès. Autour d’eux, d’autres groupes se formaient et prenaient la même direction.

*

— ?

Regarder sa fille était un spectacle dont il ne se lassait pas. Soudain elle se tétanisa provoquant un afflux d’adrénaline violent. L’instant que la séquence dura lui paru une éternité. Elle répéta la phrase qu’il n’avait pas vraiment saisi auparavant :

— Pap', il faut y aller ! répéta-t-elle

— Où ? Répondit-il machinalement

— Prairie !

La prairie, traduction simpliste de Sl“Ha”Sh en langue zhoumaine, est un concept très simple. Tout ce qui est à l’extérieur d’une cité plus ou moins plat et sans forêt est une prairie tout simplement qu’elle fasse un ou des milliers d’ares.

Il était interloqué par les paroles de sa fille. Pourquoi et maintenant ? Un bruit, derrière lui, signala, sans conteste, l’arrivée de J’Al’Dri, sa compagne. Il se tourna vers elle et vit sur son visage une interrogation silencieuse quant à son air interloqué. Elle n’avait pas du entendre la phrase. Ze’Fhi’Te s’approcha :

— Pap'Mam, il faut y aller !

— Pourquoi ? Demanda sa femme

— Juisst !

Tout était dit. Juisst était son âme sœur Ch“Trav”Ail. Lui, comme bon nombre d’autres zhoumains, n’avait jamais pu s’associer à un de ces animaux. Il n’en ressentait ni amertume, ni jalousie. Son épouse avait eu cette véritable chance d’association mais Akhio était décédé de sa belle mort. Il n’existait pas de cas connu de seconde association et sa femme n’échappa pas à la règle. Par contre, elle était mieux à même de comprendre la demande exigeante de leur fille. Elle prit les choses en main.

— Où ?

— M’ej'lu !

— Chéri ?

— J’y vais !

*

— ?

Sl“Ha”Sh est une constante à taille variable. Certaines sont véritablement immenses emplissant tout l’horizon sans aucune rupture ou coupure que pourrait provoquer même une simple colline ou une forêt. Il est possible d’y marcher des journées entières sans rencontrer la moindre éminence. Seuls quelques bouquets d’arbres de loin en loin, des rochers, croisent de temps à autre le regard mais, tellement intégrés que, parfois, vous ne le voyez même pas. Elle n’est pas plate, loin s’en faut et la parcourir n’est pas une promenade de santé.

A’Ny’Lo’hu la contemplait du haut de son promontoire, campé sur la terrasse du refuge l’ayant abrité pour la nuit. Cette position soulignait une autre caractéristique de cette planète ramenée à une taille zhoumaine s’entend : un certain gigantisme comme ce canyon derrière lui et cette plaine devant lui. Sur naturel lui vint à l’esprit le ramenant vers cette relative énigme dont la réponse était quasi certaine sans pour autant qu’elle soit étayée par un quelconque début de preuve. A peine quelques indices incitant à penser qu’une intervention s’était produite dans la création de ses deux immenses balafres zébrant la planète : une sans eau, l’autre avec. Bien des similitudes auraient pu corroborer ce sentiment s’il n’avait pas eu autant de différences. Rien de bien concluant une fois examiné soigneusement comme leurs tracés qui, assez souvent, étaient parallèles mais au final pas tant que ça.

L’immensité aide autant que le contraire à percevoir les mouvements. Elle a tendance à fondre et absorber les mouvements. Il faut une certaine concentratiion avant de pouvoir distinguer une animation. Dans cette portion de la planète, à la frontière du sud encore habité par les zhoumains, l’herbe qui la recouvrait était haute. Il aurait fallu des capteurs pour distinguer cette multitude de points noirs en progression comme autant de piquetages sombres sur la clarté d’un ciel étoilé.

A’Ny’Lo’Hu s’était réveillé tôt, naturellement et pourtant sans logique. Il aurait dû dormir plus tard, bien plus tard, fatigué qu’il était de sa journée d’escalade suivi d’une descente rapide. Il n’en fut rien. Il s’était redressé subitement mais sans sursaut, tous ses sens en éveil. Après quelques secondes, il comprit qu’il n’y avait pas de danger immédiat. Seul une onde diffuse d’urgence persistait. Elle n’était pas angoissante et, pourtant, elle demeurait.

Plusieurs minutes s’étaient écoulées sans pour autant lui apporter d’éclairage sur la cause. Tenter de se rendormir serait vain. Il se leva tranquillement. La faim se rappela à lui. Sans surprise son estomac manifestait son mécontentement d’avoir négligé de se sustenter la veille au soir. Il avait oublié, pris dans son abime personnel de pensées virevoltantes.

Il déjeuna copieusement, prit sa boisson et se rendit sur la terrasse. Il revint à la cause de ce réveil impromptu. Pas un de ces rêves de sortie de nuit, voguant à la limite du cauchemar comme il arrive parfois. Pas un bruit déplacé dans le concert perpétuel d’un silence ambiant qui n’existe que par son nom mal attribué. L’obscurité cédait peu à peu face à l’assaut de la clarté du soleil. Il ne tarderait pas à surgir avec sa violence coutumière. Il abaissa ses verres polarisants.

La frontière entre noir et clair se distinguait nettement à l’horizon. Il eut envie d’y aller voir de plus près. Il s’appuya sur la rambarde et, immédiatement son regard attrapa des mouvements diffus, irréels à cette distance, égarés dans l’immensité. Elle aurait dû être déserte pourtant l’ondoiement des herbes révélaient régulièrement une étendue de points noirs avançant droit dans sa direction. Contre point de la clarté naissante, ils lui faisaient presque de l’ombre. D’irréel, presque immobile, le mouvement passa à lent. D’ici peu, il savait qu’il le percevrait rapide. Ce qui arrivait, même à cette distance encore importante, il en connaissait la nature. Il n’aurait jamais pensé qu’en si grand nombre ce soit possible. Les Ch’Trav’Ail se déplaçaient en groupe parfois relativement importants mais des recensements opérés, ils n’étaient pas aussi nombreux sur toute la surface de Zhyoom. Petit à petit les détails se précisaient. Une surprise, mêlée d’angoisse cette fois, l’étreint. Ces animaux se déplaçaient toujours en formation très structurée. Pas aujourd’hui ! Ils arrivaient dans le plus grand désordre apparent. Surtout, sur leurs arrières, sur les côtés, les suivaient ce qui ne pouvait qu’être des centaines de véhicules de toutes genres. Une poursuite ? Pourquoi ? Il lui manquait trop d’éléments pour seulement commencer à comprendre. Il y renonça. Il ne faudrait guère de temps avant qu’ils arrivent. Tous venaient vers lui, pas pour lui mais vers son point qui dominait une faille menant directement au canyon. Il n’eut pas à attendre plus. Une voix le percuta de plein fouet.

— Rejoins-moi !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
une2006égarée
Mon frère de rêve.
3
0
1
1
Défi
Jean-François Garounours
Aujourd'hui, CHAT! petit texte sur mon chat... en toute chat-plicité !
6
5
0
1
Valencia Herry
Ce n'est pas un roman, mais une oeuvre ou je parlerai de différents sujets, avec mes points de vue, mon expérience. Ce sera propice à bien des débats. En quelque sorte, je vous ouvre la porte de mon esprit. Venez si vous êtes curieux !
1
1
5
2

Vous aimez lire JPierre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0