Personne n'oublierait le jour…

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Axiome de la Bor’And’Ja : Savoir ce que tu veux, c’est bien ! Mais, savoir ce que tu NE veux PAS est incomparable !

Comment Ar“Th”Yos, moi, devint le dernier représentant zhoumain en vie sur Zhyoom ? Quoique la question pourrait tout aussi bien être : Pourquoi ? En somme l’algorithme de la vie, son déroulé et sa nature, une dualité proto forme à deux extrêmes ite.

Chaque être vivant, quelle que soit sa forme, animale, minérale, gazeuse, etc. y est soumis et tout son processus, combat, sacerdoce, survivance a pour objectif de se tenir entre les deux, s’y maintenir, atteindre à l’équilibre. En représentation schématique, cette symbolique pourrait adopter toutes structures : ligne, cercle, ellipse, triangle, courbe, etc. La difficulté de cette balance tient à ce qu’il ne se situe pas obligatoirement au milieu logique simple. Il ne suffit pas d’égaliser les poids pour y parvenir. Le faire ne ferait que surcharger un supposé bien faisant pencher le fléau de manière irrémédiable.

L’être de trop de bien peut devenir à son corps défendant et, contraire de son objectif, une parfaite incarnation du mal. Question de point de vue, d’orientation et de conviction ancrée dans une/des certitudes qui font/feraient abstraction de l’autre, quel que soit cet autre. Rien n’est plus infidèle que le bien sorti de tout contexte, garni de connaissances indéfectibles et incorruptibles, immuables dans la mer d’incertitudes qu’est toute existence face aux aléas innés rentes de cette dernière. La naissance étant le premier de ceux-ci et nous servir d’alerte sinon nous mithridatiser.

La vie est tout et son contraire. Elle fluctue d’une seconde à l’autre, rendant faux ce qui était vrai, crédible ce qui ne l’était pas ; légitimant l’usurpatoire non par esprit qui se voudrait contradictoire mais de par sa nature même. Elle est une ligne directe reliant A à B en usant d’un train de sénateur inexorable entourée d’ensembles et sous-ensembles virevoltant sans cesse, illusionnée par une autonomie qu’ils pensent indépendance, aveugles d’une liberté qu’ils postulent hérauts nés. Ces croisements incessants rendent le panoramique totalement sybillin, prolongeant l’erreur initiale de l’être zhoumain, voulant accélérer un cours du temps pour gagner son affranchissement, n’aboutissant qu’à des déclinaisons bancales de l’anarchie, le pouvoir, dérèglement, impudeur, facilité faiblarde et incongruité. En somme les multiples facettes de ce qui pourrait être un idéal !

Si le trop de bien peut nuire et devenir son propre négatif en va-t-il de même du trop de mal ? Pourrait-il aboutir à son propre miroir inverse ? Ce serait trop simple et négligé cette nature même de l’existence. Tout et son contraire, certainement mais agrémenté de ses peaux, ors hypo, conscience ou inconscience ! Raisonnement du soi menant à l’autre face à l’ignorance de ce soi aboutissant au mépris de l’autre.

Si trop de bien nuit, existe-t-il un trop de mal ? Ce mal n’est-il déjà pas un extrême réduisant ce qui pourrait être une valeur à un facteur ? Un sous-ensemble de l’ensemble qu’est l’être zhoumain et qui voudrait bien en devenir le maître. Les extrêmes se rejoignent bien souvent dans la conclusion négative d’une finalité. Ils ne le font pas comme deux ennemis qui voudraient en découdre ou au contraire bâtir. Non l’un reste immobile, l’autre avance dans sa direction. Qui du bien ou du mal parcourt le chemin ? Sont-ils reconnaissables ? Déterminables ? Qui ? Tort ou raison ? Difficile !

La zhoumanité tient ainsi sa valeur fondamentale, ilot anonyme constamment battu par les flots, submergée en permanence sans jamais vraiment sombrer !

Je vous disais que le comment pourrait être aussi bien le pourquoi ! L’étroitesse de la marge frise l’infiniment petit jusqu’à l’indiscernable. Il faudrait y voir l’expression, à moins que ce ne soit la symbolique du conscient dont l’origine serait issu directement de l’inconscient. Sa part prise d’espace est prédominante sans pour autant être décisive. Qui est le moteur ? Qui est le starter ? Qui produit l’étincelle ? La réponse n’est pas aisée à moins de l’aligner sur la constante équilibre.

Inconscience n’est pas ignorance. Elle est un prolongement direct du conscient travaillant directement en arrière-plan comme un programme informatique qui, sans être affiché sur une fenêtre visuelle, fonctionne néanmoins à plein régime. Pour dire vrai, la traduction « inconscient » n’est pas exacte et il faudrait plutôt l’appeler conscient, étage 1. Notre classification va jusqu’à 4. Ce dernier étant l’état le plus proche de l’inconnu dans l’inconnaisance et l’incapacité chronique à s’assumer. L’état où la dualité zhoumaine s’exprime de la manière extrême. Dans ce cas, le côté obscur domine complètement la personnalité. Il y a rupture d’équilibre du moi. Dans la vie ordinaire, elle prend toutes les déviances des plus inoffensives aux plus redoutables. Il faut bien comprendre que l’inconscience façon zhoumaine est une extension du conscient. La personnalité zhoumaine, comme tant d’autres aspects de l’existence, de l’espace, est définie comme un point d’équilibre dont les deux côtés représente le blanc, le noir, le négatif, le positif, le bien et le mal sans pour autant qu’aucune de ses notions n’est un territoire attitré.

Longtemps, il fut de bon ton de considérer l’inconscient comme une faiblesse, une lâcheté, une fuite. Il n’en est rien. Au même titre que la respiration, il fonctionne en permanence. Le conscient est aligné sur le physique et se repose régulièrement laissant alors le champ libre. De l’antagoniste à l’ami intime, se palette d’influence est immense.. Sa seule limite ? La mort semble-t-il, sans aucune certitude factuelle. Nous manquons singulièrement d’informations sur un hypothétique après. Personne, à ma connaissance, n’est jamais revenu pour nous en parler. La croyance, l’espérance, les certitudes ne sont pas légitimes, compréhensibles oui, dénuées de tout fondement, preuves ou simplement faits. Un amas d’hypothèses qui ne sauraient être une vérité !

Donc Ar’Th’Yos, à un moment de son existence, se retrouva seul sur la planète qui fut un jour Zhyoom.

Note : Auditeurs/consultants, éclaircissons un peu les choses : je suis Ar“Th”Yos. Dans un monde dit normal, je serais probablement qualifié de doux dingue, fou pourquoi pas, sans danger surement. Pourtant, il n’en est rien. Aucun de ces qualificatifs ne peut s’appliquer à moi, du moins pas à plus haute dose que n’importe quel individu lambda. Du fond des temps où vous consultez cette archive, vous allez être obligé de me croire sur parole. Bien sûr, il m’arrive souvent de parler à haute voix pour un auditoire inexistant. Ce n’est qu’un simple phénomène compensatoire découlant d’une longue période de solitude. Cette dernière n’est pas la cause unique mais nous sommes trop peu avancés dans mon histoire pour éclaircir l’opacité apparente de mon récit.

Comment Ar“Th”Yos en est-il arrivé là ? En suis-je arrivé là ? Par simple choix ! Qui ne fut pas simple, si j’ose dire ! Par expérience, la simplicité s’avère un concept difficile. Cette décision, surtout de ce type, il l’a fait en toute conscience nourrie d’âpres et mûres réflexions. Rappelons le contexte : Zhyoom va disparaitre en tant que monde zhoumain. Elle est au bord du gouffre. Il ne lui reste qu’un pas à franchir. Ce qu’il l’attend au fond n’est pas connu, même pas connaissable. Et, sans avertissement, une étincelle jaillit, rallumant la flamme d’un espoir agonisant ; ouvrant une nouvelle route vers un avenir, un destin.

Autant de paramètres apportant son lot de difficultés, de complexités allant du primaire à la déclinaison quaternaire ou, aussi, peut-être, plus. J’ai conscience que tout ceci puisse te sembler creux voire pédant mais si tu avances dans cette archive, la compréhension, j’espère, viendra.

Les mots sont de traitre représentation. Choisir en est une parfaite illustration. Toute existence consciente, mobile, désiré ou non, n’est qu’une succession de choix. Ou de non choix, volontairement ou non ! Toi qui me consultes, tu pourrais m’objecter que naître ne dépend pas de notre volonté propre. Si tu places la naissance au moment de la conception, alors j’inclinerais à être d’accord. En tant que zhoumain, personnellement, elle s’acte au sortir de la matrice. La genèse n’est qu’un paramètre. L’apparent parallèle religieux est volontaire. Chaque vivant de chaque parcelle de l’Univers rejoint ce modèle. Une création, une évolution soumise à des environnements, un devenir partiellement maîtrisé, une finalité plus ou moins réussie accompagnée tout du long par une autonomie réduite aux acquêts de ces dits tiers. Dans cette équation complexe, le seul facteur connue, parfaitement instable, est ce pouvoir de décision.

Naître résulte donc d’un choix, celui d’évacuer un cocon hautement protecteur ; mourir, d’une multitude, accélérant ou ralentissant l’arrivée au terme. Que nous soyons dépendants ne nous ôte pas cette faculté. Choisir n’est pas un acte tout blanc, tout noir. C’est une puissance mathématique plus ou moins grande qui s’insère dans un fleuve d’influence dont aval et amont sont méconnus et interchangeables.

Le végétal dans son lopin de terre, la molécule dans son micron d’espace ont ce pouvoir. La question de « l’univers est-il vivant ? » est mal posée. Inverses-là, « le vivant est-il l’univers ? » et d’un seul coup sa légitimité devient éclatante. Croire le contraire est un incommensurable paralogisme ! Un sectarisme sophistique à défaut d’être, ou pas, sophistiqué ! Croire que seuls l’être zhoumain pense ? Au nom de quoi ? Comment pouvoir affirmer que la pensée consciente est l’apanage de la zhoumanité ? N’est-ce pas plutôt la démonstration de notre incapacité à saisir la forme de conscience des autres espèces, animales, végétales, minérales, aqueuses ?

Dans le registre des objections, tu pourrais aussi me jeter à la face le « ne pas choisir » ! Quoiqu’alors je te servirais le cliché du « faire ou ne pas faire, c’est toujours faire… » Choisie de « ne pas » revient à prendre une décision ; laquelle ne peut aucunement être taxée d’inconsciente. Irresponsable parfois, pas toujours, il est même possible d’en faire un style de vie. Lâcheté ? Paresse ? Confort même s’il s’avère n’être que du court terme ? Facilité ? Autant de raisons, prétextes, motivations, menant à une conséquence presque unique : tout se faire péter à la gueule car, alors, il manque le facteur primordial ou, plutôt l’un de ceux-ci, à savoir la particularité dans la perception de la conscience apportée par la sapience de l’être zhoumain. Mais la complexité ne s’arrête pas à ce paramètre. Le choix en lui-même peut se décliner en nombre de puissances, entières, négatives, carrés, inverses, etc. Il peut être option, alternative, préférence, évidence mais parfois, comme pour moi ce jour-là, il fut unique, lumineux.

D’une situation commune à un certain nombre d’êtres, je fus le seul à parvenir à un raisonnement à l’opposé de l’unanimité de mes frères et sœurs zhoumains. Ils virent un immense espoir. Il l’était par certains aspects et indéniablement mais il me paraissait entaché d’une erreur grossière presque incompréhensible tant elle était combattue habituellement dans notre société : l’anticipation des avenirs possibles et l’impact du geste sur leurs diagrammes ! Notre planète était morte à notre forme de vie. Un constat évident, connu et non contestable mais signifiant pour autant ? La sphère d’existence zhoumaine ne serait plus mais, cette boule d’éléments deviendrait elle inerte et condamnée à l’anéantissement. Qu’en savions-nous au final ? De la, des, possibilité(s) d’intégration qui nous seraient offertes ?

Sans préavis, un espoir fut mis dans la balance rompant un équilibre, j’allais dire précaire mais ce serait un pléonasme malvenu. Nous, après tout je suis zhoumain et solidaire, avons choisi alors la fuite, acte de vie à part entière et totalement débarrassé de toutes connotations d’élision ou réductrices dans notre culture à contrario de beaucoup d’autres. Ici il n’est pas question de lâchetésauf à considérer que l’érosion de l’âme due à une lassitude immense en soit une ! Je ne m’aventurerais pas à répondre. Est-ce si important que ça ? Face à certaines évidences offertes comme la facilité à se réfugier sur une route qui semble nouvelle, vierge, un chemin en forme de porte menant vers un ailleurs meilleur ? Aucun ne pouvait ignorer le phénomène du recul produit par tout choc qui, une fois passée l’inertie résiduelle vous ramène a ces environs immédiats sans pour autant avoir résolu le problème originel. Plus clairement quel bénéfice en attendre au-delà d’un court terme qui pouvait, je ne le conteste pas, être long ?

N’est-ce pas moi au final qui aurait fait une erreur ? Je le saurais sans faute avant de mourir tout comme eux le sauront mais, aucun de nous, ne saura si le choix de l’autre fut le bon. Et, après tout, deux choix différents peuvent parfaitement coexister sans préjuger d’un résultat. La décision prise, il faut vivre sans penser aux si, si, si. Ces « si », si facile à enfiler, comme des perles un collier sans fin, parfaite symbolique de la vacuité des moments subis s’égrénant, n’negendrant qu’inaction non produtive.

Ai-je eu peur ? De quoi ? La solitude ? Elle n’est qu’un sentiment sur lequel n’influe ni la quantité, ni la qualité du, des environnements. Il peut être facilement combattu pourvu que l’espoir existe. Comme tu t’en doutes, j’en ai un en moi ! Comme tout fol espoir, il est parfaitement utopiste. J’ai un profond désir d’assister à l’avènement, enfin ses prémices surtout, de la nouvelle ère de cette planète, Zhyoom comme elle s’appelait avant que ses résidents choisissent de la fuir. Si je parviens ne serais-ce qu’à entrevoir le chemin qu’elle s’est choisie, j’en serais heureux. J’en laisserais les traces pour des visiteurs futurs qui ne manqueront pas de venir. Mes chances d’y parvenir sont réduites, j’en ai conscience. A l’époque, j’étais un adultescent à peine parvenu à ce cycle : 6 périodes ² donc avec tout l’avenir devant lui. Je n’étais même pas au dixième possible du total de mon existence envisageable. Aujourd’hui j’en ai 10² ³ (environ 150 ans). C’est un jour important que celui-là : j’ai laissé passer le point de non-retour ! Quand tout le monde est parti, ils ont laissé une balise automatique qui, si jamais je changeais d’avis, me permettrait d’alerter. Ils feraient demi-tour pour me récupérer. Il y avait bien sur le délai de ma propre survivance qui entrait en ligne de compte. A compter de ce jour, le temps du retour serait trop long pour qu’ils puissent revenir et me récupérer en état vivant. Même avec un caisson cryo, il est des limites physiques qui ne peuvent être forcées. L’autre possibilité aurait été un enregistrement atelempathique mais irréalisable seul. La balise s’est donc éteinte non sans m’avoir, moult fois, prévenu. J’ai confirmé mon choix originel sans regret mais non sans remords. C’est une autre histoire !

Rien ne s’est vraiment passé comme je l’avais imaginé mais j’ai acquis une certitude, voire deux : mon choix était le bon, j’avais raison. J’en ai eu la confirmation mais, comme tout point spatio-temporel, la dualité fait que j’ai eu tort de ne pas partir avec eux ! Pourquoi ? Pourquoi pas répondrais-je en une pirouette ! Question objective d’objectif subjectif… Avoir raison seul est un extrême et sa loi s’y applique parfaitement.

Le jour où une civilisation autre découvrira nos vestiges, archives et historiologie, difficile d’imaginer sa réaction. Je me plais à penser qu’ils nous catalogueront comme peuple pragmatique, peut-être bassement matérialiste. Ce sera un avis fortement entaché de subjectivité. Comment envisager un angle métaphysique profond comme nous avons pu en rencontrer parfois alors que nous en sommes totalement dépourvus. Notre géographie n’échappe pas à cette règle. Notre planète nous l’avons divisée en quatre zones : Nord, Sud, Ouest, Est (Traduction maladroite et imprécise qui a été volontairement réduite à des notions connues. La majuscule est là pour souligner la nuance avec les divisions régionales et qui, brutes de toutes nuances linguistiques donnent : nord, sud, est, ouest). Chaque région est elle-même divisée en zones : nord, sud, ouest, est. D’une manière globale quand nous voulons parler d’une région, nous nommons sa zone, pas son nom. Ce dernier existe bien entendu mais est peu utile tant il peut être différent d’une région à l’autre. Il ne sert que localement. Les noms sont plutôt réservés à des sites remarquables, des particularités, les montagnes, les fleuves. Le flou peut sembler dominateur, il n’en est rien. Dans le cas d’un fleuve, il sera toujours désigné par sa région de naissance son nom et enfin de la localisation choisie. Ainsi le fleuve Z’HaE’mvr traduit complètement donnerait ceci : Nord’HaE, sud à est (Les noms de ville partent exactement du même principe). Dans la vie courante, les cartes zhoumaines n’indiquent jamais ni longitude, ni latitude, ni distance. Les seules précisions vraiment patentes sont les reliefs, les hauteurs.

A l’époque, le restant de la zhoumanité s’était regroupé sur le continent Sud, le plus clément en toute logique. Pour préciser le contexte historique et déterminer le cycle en cours nous étions à X périodes depuis le départ des 3 vaisseaux Classe VOEU qui avait embarqué une grande majorité du peuple zhoumain, destination des nouvelles planètes qui puissent permettre une nouvelle installation. Entre temps, le F’Zio’Na était revenu et reparti avec une nouvelle charge de zhoumains. Autant le premier départ en avait laissé bon nombre sur le carreau qui auraient voulu partir, autant le retour inopiné et inespéré du vaisseau avait permis d’embarquer tout le monde après agrandissement et surtout grâce aux progrès des enregistrements atelempathiques.

Ceux qui étaient restés, les irréductibles, l’avaient complètement voulu, quelle qu’en fut la motivation. Ils savaient que la technologie zhoumaine, les ressources, ne permettraient plus de produire de nouveaux vaisseaux aussi gigantesques. Choix fait en toute conscience incluant nombre de paramètres tels les inconnus sur la durée de survivance de la planète et surtout les explications qui seraient à fournir à leurs descendants. En effet comment justifier le fait d’être resté lors que tout espoir était mort ? L’un dans l’autre, il n’y eut jamais de gros problèmes, à peine quelques rébellions par-ci par-là, des mal être justifiables.

Ce qui pourrait être pris pour une incapacité à la révolte n’était que la conséquence de leur forme particulière d’éducation, grandement basée sur un fatalisme qu’il faut qualifier d’actif. Ce dernier n’excluant en aucune manière l’espoir, sa forme ultime ?

Ces irréductibles ne niaient aucunement la fin de la planète. Ils acceptaient cet inéluctable et quelques en soient les motivations, nombreuses et variées, ils étaient prêts à subir une récession technologique, scientifique et morale pourvu que s’offre une fenêtre d’insertion dans la nouvelle forme que Zhyoom prendrait. Dans cet optique, ils s’étaient assignés un nouveau but : préparer la transition. Une échappatoire à la survivance qui prit la forme d’une constitution géante de bibliothèques disséminées un peu partout sur la planète. Tout y passa y compris le référencement généralisé des contes des R’A’Buns. Ils avaient conscience qu’il figeait leurs cultures en un exact opposé de leurs valeurs. Ils estimaient que l’important résidait dans la faculté du futur à ne pas avoir à tout réinventer. Cette société où l’écrit était à minima se mit à produire des milliers de lignes, d’enregistrements, de visuels. Ce travail titanesque était en outre transmis aux vaisseaux, créant ainsi une base de données inestimable. Ce que vous consultez ainsi en est un dérivé direct. Ils avaient conscience, ou se l’imaginaient, de faire acte de profondeur qui économiserait bien des écueils à leurs descendants.

Ils s’étaient trouvés un équilibre et la vie y prospérait gentiment. Les débuts n’avaient pas été simples. Le principal défi fut de veiller à ne pas s’étendre trop, les ressources disponibles n’étant pas extensibles. Nous avons été obligés d’établir quelques règles un peu contraignantes, notamment démographiques mais l’un dans l’autre, rien d’insurmontable. La vie s’écoulait tranquillement. Pour nous, génération héritière, la vie semblait, était belle même si l’issue ne faisait pas de doutes. Hormis les restrictions territoriales, uniquement résidentielles en fait, tout était normal. Mieux nous assistions à une rémission inattendue. La vie végétale regagnait du terrain, des miettes s’entend et avait stoppé son inexorable recul. Quelques communautés après discussions et accords s’étaient risquées à un travail exploratoire. Leurs remontées d’informations étaient plutôt bonnes. Des bases avancées furent établies. Elles ne concernèrent en réalité qu’une minorité qui décida d’aller outre à toutes les projections scientifiques. Cette accalmie avait été anticipée. Elle sonnait le prélude de la fin. Son terme n’était pas connu. Le travail de recherches n’était pas allé au-delà. Auraient-ils pu d’ailleurs déterminer sa forme réelle ? Extinction ? Bouleversement ? Cataclysme ? A vrai dire la question ne nous intéressait guère. Le fait était là, tout simplement, intégré à cet intermède bienvenu.

Elle avait débuté quelques 5² périodes auparavant du moins pour les phénomènes visibles. Le plus remarquable était cette pureté de l’air avec une fraicheur et une limpidité qu’aucun d’entre eux n’avait jamais connu. L’espoir sera, a toujours été un moteur de l’être zhoumain. Aussi ténu était-il, atténué par les mises en garde scientifiques, il gagnait peu à peu chacun. Sans en chercher la teneur, même les plus pessimistes s’y laissaient gagner sans se laisser départir du « ne pas ». L’espoir irraisonné, le miracle non quantifiable, la non croyance déifiée, l’irrationnel hors contexte scientifique n’était pas leur tasse de thé. Ils auraient aussi pu vous dire qu’ils voulaient y croire. Comment leur reprocher ? D’autres, à contrario, sur une ligne opposée, se retrouvaient pourtant si proches, presque sur la même ligne de pensée. Seule la conclusion différait, occultant le terme espoir pour en faire une synthèse abrupte : la fin était proche ! Voire plus encore qu’envisagée tant par les scientifiques que philosophes ou autres et dont les résultats conclusifs, par ailleurs, se rejoignaient dans l’inéluctable.

Le lien, d’apparence antagoniste, allait loin pour prendre la forme d’un laisser-aller zen fait d’atmosphère à léger effet euphorisant aux relents doux-amers ; une quiétude toute fataliste, une empathie entièrement tournée vers la convivialité ; une zhoumanité où le mot fraternité prenait tout son sens. Le temps était à l’aboutissement des projets, grands ou petits, matériels ou pas, importants ou pas. Une ardeur à achever où l’urgence apparente renvoyée n’avait pas vraiment cours. Il y avait bien longtemps que ce stade avait été dépassé et rien n’aurait pu la faire progresser d’un degré de plus. Il en va ainsi du fatalisme lié à l’inexorable. Il annihile toute urgence pour laisser place à un sentiment d’impériosité devant rendre des comptes envers soi-même. Pour tous, chacun, primescence, primenfance, enfescence, adolescence, adultescence, adultence, maturescence, vieillence, seul comptait le bon achèvement du cycle en cours. Il ne pouvait prendre qu’une forme : une grande dignité.

Les survivants zhoumains, même si le terme était un peu inexact tant la menace était diffuse, avait donc trouvé un équilibre. C’est une chose délicate à obtenir, longue à finaliser, un but parfois éthéré qui peut se briser ou se compromettre en l’espace de quelques secondes, parfois avant même de l’avoir atteint, le germe est là qui fera que le seul fait de l’atteindre vous fera basculer. Il aura suffi d’une journée pour bouleverser cet équilibre. Un des plateaux de la balance pencha par un apport totalement inattendu, une direction qui jamais, au grand jamais, ne fut envisagée. Cette fameuse journée démarra sans rien de particulier. Pas de signes cabalistiques, pas d’orages menaçant à l’horizon, pas d’éclipses de nos deux lunes, pas de phénomènes bizarres, rien, une journée normale suivant une autre, tout aussi normale. Chacun vaquait à ses occupations. Pourtant…

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