Causerie

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Axiome de la Bor'And'Ja : Savoir c'est comprendre !

Comme très souvent, à l'issue d'une consultation, quelques zhoumains s'étaient invités. La conversation était à bâtons rompus. L'autre habitude lancée incidemment pas Elvyn était de poser au détour de la conversation une question, une remarque, surgies hors contexte direct. Ce jour, c'est Z'Et'Hor qui lança d'une voix basse :

— Guerre ?

Le jeu, car c'en était un, était de répondre dans la foulée. C'est Amelyne qui fut la plus rapide :

— Ou pas…

— Telle pourrait être la question… Poursuivit Z’Et’Hor

— Mais ? Questionna Amelyne

— Vous avez beaucoup parcouru nos archives. Sans être un jugement de valeur, sur Terre, elle semble être une première nature. Par bien des points, la situation zhoumaine pourrait y être assimilée.

— Sauf qu’à un moment, avec une certaine brusquerie dans le paramètre temps de réalisation par rapport au temps déjà écoulé, la société zhoumaine est devenue pacifiste. Quelques éclairs sporadiques de conflit semblent avoir perduré mais jamais sur une longue période. Etait-ce Valeur, culture ou ignorance volontaire ? L’interrompit Elvyn

Seul le silence lui répondit dans l’immédiat, surprenant après le brouhaha précédent. Pour aussi court qu’il fut, il s’imposa avec force, conférant à ce laps, de facto, une longueur, irréelle. Il traduisait sinon un mal être, à tour le moins une vraie gêne. Ce fut un des plus récents « rené », Li'Yu'Thi, qui répondit, historiologue amateur, souvent présent en ces lieux comme consultant ou simple accompagnateur des humains. Des liens d’amitié se tissaient entre eux et il devenait leur encyclopédie, leur dictionnaire, leur confident. A y regarder plus attentivement, Elvyn se fit la remarque que les autres semblaient hésitants. Phénomène assez rare que seule la prééminence possible d’une connaissance ne pouvait que partiellement expliquer. La hiérarchie, à l’image de la terrienne, il l’avait vérifié, n’existait pas sur Zhyoom. Elle était remplacée par une forme de respect des compétences acquises ouvrant droit à la première parole sans pour autant qu’elle devienne l’unique. Les zhoumains ne niaient aucunement l’existence, voire le besoin, d’une hiérarchie. Elle se retrouvait d’un bout à l’autre des univers, différentes d’un monde à l’autre, d’une galaxie à l’autre, de l’inerte au vivant. Elle ne pouvait être posée en équations rigides. Elle était le contenant d’un contenu, pouvant s’avérer nocif et permissif. L’exemple qu’il citait le plus souvent était celui du pouvoir individuel accolé à la hiérarchie, défini, en terrien dans le texte, comme le grand Satan.

— Comme j’aimerais te dire oui ! Mais non, nous sommes là dans le domaine des faux semblants, l’apparence d’un envers qui pourrait sembler être un endroit. L’obsolescence, ramenée à votre contexte, pourrait poser question. Il est vrai que ce qui reste, malheureusement, votre quotidien, peu importe le contexte, l’éloignement ou la proximité, être acteur ou victime, nous ne le vivions plus. Tu l’as bien souligné, la logique de l’Univers, son équilibre, auxquels il faut immédiatement ajouter un "mais" ; la guerre n’a pas totalement cessé, ramenée en permanence avec le fléau de la balance. Malheureusement…

— En somme tu veux dire que, quelque soit le fait, le simple fait d’exister, ce dernier, même s’il se produit à des milliers d’années lumière, n’épargne aucun monde. Nous parlons de guerre. Il pourrait tout aussi bien s’agir du bien, du mal, d’amour, de haine, de vice, de vertu. Ce qui a existé, existera ?

— Pas aussi définitivement, du point de vue de l’éternité, mais sur une durée de vie humaine ou zhoumaine, c’est un peu le cas. Comme la trace du BigBang qui met des milliards d’années à parvenir à une planète. Il est là, preuve vivante, mais il n’est plus pourtant ! Flux et reflux, combien de milliards d’années faut-il pour annuler un acte que nous considérons comme nuisible. Qu’avons nous à opposer à une civilisation autre dont la guerre serait le crédo ? Sauf à vouloir ne pas répondre ? Potentiellement disparaître ? Est-ce raisonnable ? La guerre, un jour a existé, depuis elle réussit à s’auto-alimenter. En dépit du fait que toi, moi, nous, Amelyne la pensons stupides. C’est l’acte le plus facile du monde à exécuter, produire, nécessitant le moins de réflexions, le moins d’implications psychiques. Commences à réfléchir, tu arrêteras automatiquement de te battre tellement c’est stupide. N’empêche !!!

Li'Yu'Thi s’interrompit, laissant de nouveau s’instaurer un silence. Ils y avaient déjà eu affaire. Peine perdue que tenter de le briser. Dans les débuts ils l’avaient tenté en pure perte. Ils avaient vite compris qu’un zhoumain ne voulant pas parler, ne parlait pas tout simplement. Aucune trace de mépris à y chercher ; à ces instants, ils semblaient plonger dans des souvenirs qu’ils ne pouvaient ou ne voulaient pas contrôler, ni en sortir. Ces silences pouvaient durer entre quelques secondes et quelques minutes. Celui-ci fut court.

— Il faudra que nous vous expliquions le phénomène du sursouvenir. Plus tard ! Je disais donc, n’empêche, oui, n’empêche, cette guerre honnie, nous savons la faire, parfaitement même. Ce n’est jamais notre premier choix. Tout pour l’éviter sera tenté, plus si c’est possible. Mais, en dernier ressort… Oh ! Oui, nous savons ! Que trop bien…

— La logique n’est pas présente ou absente. Pas d’armées, sans armement, sans technologie militaire ?

— Pars d’un constat zhoumain fondamental. Faire le bien est toujours plus difficile que faire le mal, moins rapide. Ajoutes-y celui-ci : chaque chose de la nature, de l’inerte au vivant, possède un côté blanc, un côté noir ; qu’un pendant positif à toujours son corollaire négatif. Qui dit endroit, dit envers. Que l’optimisme est le frère siamois du pessimisme ! Conclusion ? Tout, ou rien si tu préfères, peut se transformer en armes létales. Un médicament devient un poison, un stylet ou un de vos crayons un poignard ; que si tu peux synthétiser l’hydrogène, tu peux inverser le processus. De telles transformations se réalisent à une vitesse inverse de ses potentiels aspects positifs. La vie ouvre sans cesse des voies semblant plus aisées à parcourir mais s’avérant des pièges maléfiques.

— Tu es affreusement pessimiste !

— Réalistes ! La vie est un combat qui devrait être le seul que nous nous autorisions. Dont la nature ne tient pas nécessairement à ce que nous pouvons imaginer.

— Tu penses donc que chaque geste de l'existence doit être sous tendue par une réflexion.

— C'est le prix quasi incontournable de cet avantage, que certains pensent supérieur, de la supposée sapience. Le simple fait de penser nous donne le devoir de l'interrogation perpétuelle. Le meilleur raccourci, que nous pourrions utiliser, est illustré par cette phrase, d'un de vos écrivains, que je n'hésiterais pas à qualifier de sublime : « Etre ou ne pas être ? Telle est la question ! » Le jour où ces mots ont jailli du cerveau de Shakespeare, probablement, a-t-il eu l'illumination de sa vie. Peu importe s'il n'y pensa pas dans ce contexte !

— J'ai du mal à concevoir que vous puissiez du jour au lendemain vous mobiliser, transformer une population pacifique en une armée aguerrie, entrainée. Tuer n'est pas anodin, ni simple !

— Parfois une sensation est plus forte, plus nécessaire qu’un fait tangible, réel. Il en va ainsi de la motivation. Elle s’avère dans ces circonstances bien plus importante que le ou les moyens. Tu me dis que tuer n’est pas simple ? Comme j’aimerais que ce soit vrai ! Un moustique passe à portée, sifflant à vos oreilles. De votre main, vous l'écartez sans y réfléchir, simplement parce que ce bruit vous agace et que ce sifflement est associé à piqure, irritation, grattement. Une seconde après, vous n'y pensez déjà plus. Mais lui, il a besoin de se nourrir. Il a repéré une odeur bonne de sang contenant les éléments nutritifs dont il a besoin pour vivre ou survivre. Alors il se pose. Votre peau vous transmet sa présence. Tout aussi machinalement, vous regardez, ou pas d'ailleurs, repérant un élément indésirable ou nuisible, votre main claque. L'insecte meurt, irrémédiablement, fracassé, écrabouillé, anéanti. Le méritait-il ? Agissait-il en pensant à vous en tant qu'adversaire ? Avait-il ce pouvoir de penser ? La réponse est ignorée et, pour cette parcelle d'un tout vivant, le restera. Ce geste de mort, facile, l'est tout autant quand votre survivance est en jeu. Ce n'est pas l'acte de mort qui est compliqué mais ses conséquences. Comme souvent pour tout ce que nous pouvons faire, agir, construire, détruire, penser, nier, accepter, refuser, dénier, l'important n'est pas l'instant T mais le suivant. Bien souvent, pour ne pas dire presque toujours, les conséquences sont compliquées. Chaque moment passé se transmute ainsi et ensuite en conséquence. L’instant présent n’est pas encore écoulé qu’il relève déjà du passé ; lequel laisse trainer des ramilles vers ce que nous appelons souciance et vous conscience.

Li'Yu'Thi interrompit cette longue tirade pour reprendre son souffle. Il émanait de lui malgré sa houppelande et le flou complet d'une silhouette indistincte, une tristesse insondable. Millénaire pensa Amelyne ! Elle allait en faire la réflexion quand le zhoumain reprit le cours de sa pensée.

— Une armée n'est qu'une armée, un ensemble d'individus, plus ou moins motivés, plus ou moins payés, timorés, courageux, lâches, que sais-je encore ? En aurions-nous eu une ? Nous aurions été dans la même configuration d'actes irréfléchis ; toute guerre a pour base une non réflexion qu'il ne faut pas confondre avec non intérêt quelle que soit sa nature. Une armée est ce qu'il y a de plus proche de l'animalité dans une signification clichée. Un ensemble d'individus dont le moindre acte est automatiquement motivé par la survie que des irresponsables qualifient ou renomment victoire ou défaite, suivant les circonstances, justice, libération, démocratie, révolution, rébellion, etc.? Autant de contresens malveillant uniquement destinés à justifier la petitesse d'esprit d'individu en mal de se prouver on ne sait quoi. D'ailleurs ce « on ne sait quoi » n'a pas la moindre importance. Il est à géométrie variable, naviguant au gré d'un vent mauvais.

Nouvelle pause !

— La force de cet état est que, malheureusement, elle aveugle, obligeant d'autres êtres lambda à répliquer sous peine de sacrifier inutilement leurs propres survies. Notre instinct de conservation est ainsi fait que nous ne pouvons pas nous comporter comme des animaux menés à un abattoir. Zhoumain, terrien, kiuloghi, gazelle, nous ne pouvons pas nous laisser tuer sans réagir. La forme de la réaction dépend de notre contenu interne. Votre gazelle s'enfuira, pourchassée par le félin. Notre kiuloghi tentera vainement de s'enterrer. Mais nous ? Affrontement sera notre réponse, notre geste de défense. Tout ensuite devient une question de logique terre à terre, de critères et de lois non inscrites. La peur fait fuir souvent.

Pause, encore !

— Une de nos stratégies utilise cette fuite. Nous fuyons, pour mieux nous retourner lorsque nous estimons le terrain plus favorable. D'armées, nous n'avions point, c'est un fait mais face à l'irréversible, chaque zhoumain entrait en guerre pour sa propre survie et celle de sa communauté, ou race pour approcher votre sens. Si nous avons des points communs, humain/zhoumain, alors l'instinct de survie et de conservation en sont les poutres maitresses. Cette constante, tant chez vous que chez nous, a fait pencher plus d'une fois la balance. Les exemples ne manquent pas. Envahis, nous l'avons été parfois. Pour des périodes plus ou moins longues, douloureuses mais ciblées, bordées, limitées car un envahisseur ne peut à terme se maintenir dans un pays où il se heurtera à une volonté d'indépendance. Plus l'espace occupé est important, moins le maintien est assuré. Sauf à détruire une planète, à pratiquer un génocide, c'est de l'hérésie intellectuelle de le penser. Chaque geste d'occupation, généreux, vengeur, tyrannique, démocratique, devient un critère, une motivation pour se libérer. Il produira l'effet inverse, à court, moyen ou long terme, introduisant le ver dans le fruit, créant le fumier, le terreau à la naissance du sentiment incontrôlable qu'est le désir d'indépendance et de liberté. La contrainte, même, voire surtout, dans l'obtention d'une situation meilleure, provoquera le plus souvent, toujours ou presque, la volonté de s'en défaire.

— Une question d’éducation ?

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