Causerie

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Axiome de la Bor’And’Ja :

— Qu'est-ce que la vie ? Demandait le disciple

— Juste respirer ! Répondait placidement le maître



Ce jour aurait pu, à moins que ce ne soit du, être considéré comme un grand jour ! Mais Elvyn s’en trouvait quelque peu dubitatif, à défaut d’être surpris.

Tout avait commencé le matin. Il se livrait à son sport favori, la trituration du cerveau. Son interrogation ? Depuis combien de temps se trouvaient-ils à bord ? Il aurait eu bien du mal à répondre ; tout au moins rapidement. Il aurait probablement dû faire appel à Amy. Toutes les chances que lui n’est pas la patience d’entreprendre des calculs, faire des recoupements.

Il avait abandonné montre et calendrier depuis déjà assez longtemps. Pas tout à fait volontairement mais guère plus involontairement. Le fait s’était imposé de lui-même, d’une manière coulée, tellement logique dans le contexte. Le nébuleux des premiers jours, provoqué par une destruction abrupte de leurs repères, s’était estompé pour finalement demeurer en arrière de leur nouvelle route.

Quand à Amelyne, elle tenait toujours le compte des jours de manière plus ou moins régulière et surtout très ostentatoire. Vue, elle voulait l’être, pas par lui mais par les « autres » ! Sans le moindre doute possible, de la part qu’il commençait à appréhender, la claire affirmation de soi était logique. Une forme d’affirmation, forte, qu’il ne fallait pas croire lui forcer la main si elle n’avait pas pris part à la décision.

Dans le quotidien, ils se rejoignaient sur un rythme de vie ne s’appuyant plus du tout sur la moindre référence temporelle. Le temps s’écoulait simplement. Les nouveaux repères s’étaient mis en place sans heurt, ni question. Pour autant qu’ils soient à même d’en juger, ils n’avaient subi aucune transformation en bien ou en mal. Restait la question, sans réponse, qu’ils n’avaient seulement pas songé à se la poser vraiment : quelle était l’impérieuse nécessité, sur Terre, de découper le temps en tranches bien précises et immuables ? Il serait nécessaire, ou non, un jour, de s’intriguer sérieusement surtout au regard de la vitesse avec laquelle ils avaient pu s’en passer.

L’autre jalon de leur vie à bord était les visites régulières de « leurs hôtes ». Elles n’avaient lieu que par le biais des écrans, objets les plus courants du vaisseau. Il y en avait partout, de toutes tailles, flottants, fixes, mobiles ou encastrés. Ils s’y étaient habitués non sans avoir toujours une pensée sur le caractère intrusif de cette omnipotence. Chaque fois qu’ils apparaissaient, ils étaient recouverts de leurs sempiternelles houppelandes dissimulant tout en une masse informe d’où il était difficile de tirer des détails ou indices significatifs. Ils se présentaient seuls ou à plusieurs sans prééminence. Ils parlaient leur langue sans défaut mais la conversation ne dépassait jamais le cadre de ce qu’ils venaient d’étudier ou sur leur état de santé tant psychique que moral. Parfois il n’y avait même pas le moindre échange de paroles. Eux s’en trouvaient gênés mais eux ? Comment faire pour percevoir un quelconque signe au travers d’un écran et d’un tissu ? Jusqu’à aujourd’hui !

Ils consultaient une archive, soit leur plus grande occupation journalière quand un bruit leur fit tourner la tête vers l’origine de celui-ci. Ils eurent un mouvement de recul involontaire. Ils étaient là ! En chair et en os si toutefois ils en étaient constitués, toujours entièrement dissimulés par le vaste vêtement qu’ils arboraient toujours. Sans préambule, ni avertissement, ils entrèrent sans cérémonie et une décontraction totale non feinte. D’eux ne se dégageaient aucune contrainte, ni gêne et leur manière de faire était, en apparence et subjectivement, la plus naturelle possible. Une dizaine de sièges étaient apparus. Ils s’assirent manifestement sans ordre apparent et même n’importe comment, n’importe où, déplaçant les sièges à leur gré.

Le résultat final ne ressemblait à rien, en critères terrestres bien entendu ! Complètement pris par surprise, du coin de l’œil, il voyait Amy procéder au même geste, vaguement puéril, vaguement défensif, consistant à s’absorber dans la boisson qui leur faisait face, selon toute probabilité un thé. Sans pouvoir jurer que c’en était un, elle en avait le goût. Un coin de son esprit gardait toujours en ligne de mire que probablement il était synthétisé. Au vu de leur ignorance complète des moyens dont disposaient leurs ravisseurs, additionnés à ce qu’ils avaient déjà vu, il ne pouvait y avoir une quelconque certitude. Artificiel ou pas, il était bon, c’est tout. Finalement le seul hic, Elvyn n’aurait pas craché sur le même mais version café, genre super serré, bien fort et avec une légère amertume. Ils ne leur en avaient jamais servi et, sur la liste des aliments et boissons disponibles, ce n’était pas au programme. Toujours au vu des constats, pourquoi ? Question dont la réponse n’avait aucune urgence, reléguée dans une case « énigme à résoudre un jour prochain si l’occasion se présente ! » Jusqu’à ce jour, elle ne s’était pas offerte. Il faut dire que les rencontres virtuelles, pour autant nombreuses qu’elles étaient, restaient guidées par une raison ou un domaine d’intervention bien précis, sur une plage de temps assez courte ne laissant guère la place à des digressions.

L’exact contraire du moment présent. Le doute était peu permis. Cette façon de procéder, qu’Elvyn identifiait comme purement zhoumaine, relevait, soit d’un quelconque levier, objectif indéfini pour l’heure ; soit l’aboutissement, au sens de leurs ravisseurs, d’un processus. Le mot manipulation ne semblait pas trop fort !

Dans le même domaine, le vu, l’entendu, le subi, le vécu, depuis leur premier réveil, ou éveil(?), démontraient, sans connaître exactement les tenants, sinon, en partie, les aboutissants, qu’elle était extrêmement étudiée et planifiée.

Ils en avaient discuté, très récemment et très ouvertement et, face au manque d’indices ou d’informations, l’urgence leur semblait d’attendre et voir. Ce qui allait arriver !

Du coup, cette intrusion inattendue, était-ce une conséquence ? Chaque changement, dans la forme et le fond, s’étant révélé durable, il en déduisait qu’il en irait de même dorénavant. Sa nature profonde introvertie le poussant naturellement à l’observation, il en profitait et sentait sa compagne en faire autant mais avec cette curiosité teintée de froide colère bien spécifique à Amelyne. Cette dernière, elle l’avait toujours à fleur de peau, toujours prête à se faire entendre, voir. Comme elle disait, « elle n’avait pas sa patience ! » Malgré ses dénégations, ses explications comme quoi il ne fallait pas voir à son attitude une résignation, elle persistait à le penser. Chacun ses moyens de défense lui répétait-il souvent. Pourtant, elle reconnaissait que colère affleurante pour elle, stoïcisme apparent chez lui, menaient au même résultat : une vitesse de réaction et d’adaptation certaine. A moins qu’elle ne soit due à une osmose !

Ces êtres, ils ne les voyaient pas pour la première fois ; par contre ils n’avaient jamais pu les regarder. Plus d’écrans s’interposant, écrasant toutes perspectives. Ils disposaient de la réalité virtuelle, de l’holographie mais n’en avaient jamais usées dans leurs rencontres. Bien sur, ils étaient vêtus de leurs houppelandes informes dissimulant absolument tout, agrémentés pour cette fois d’une espèce de cagoule ample ne laissant rien transparaitre du haut de ce qui pourrait être la tête, si toutefois ils pouvaient catégoriser le haut de leurs corps ainsi. N’empêche, Elvyn pouvait tirer des informations de leurs présences. A commencer par une surprenante, vu les circonstances, décontraction, totalement informelle, non feinte. Il ressentait une sincérité totale, sans masque, sans paraître. De là à en tirer une conclusion, il s’en garderait bien avant d’avoir confronter le ressenti d’Amelyne avec le sien.

Sans trop de risques, il pensait avoir affaire à des êtres bipèdes. Ils étaient plus grands que la moyenne des terriens d’au moins 20 centimètres. A certains mouvements, ils semblaient avoir des appendices latéraux. Bras ou autres ? Difficile à estimer !

Avaient-ils une raison de procéder ainsi ? Parce qu’ils étaient semblable à eux, trop différents ? L’ensemble donnait l’impression d’une grande similitude générale mais les détails invisibles laissaient une part au doute énorme. Il était dans l’incapacité de voir le haut à part un trou noir en lieu où pourrait se trouver une tête éventuelle. Aussi bien, ce pourrait être tout autre chose ! Finalement c’était peu et le seul point vraiment marquant était cette décontraction.

Ils semblaient tout à fait détendus comme des visiteurs amicaux, parlant d’abondance une langue qu’il ne comprenait évidemment pas. Les voix étaient graves ; à l’intonation, il estimait qu’ils papotaient sans plus. Mais c’était plus une impression qu’un fait corroboré. La tonalité était lente et posée. La langue parlée donnait l’air d’être très « plate », accentué par l’apparent manque de descentes ou montées dans les aigus et les graves. Il fallait peut-être qu’il mette ça sur le coup de la nouveauté et attendre un peu avant d’en tirer des conclusions. L’autre surprise semblait qu’en parlant, ils produisaient beaucoup de gestes avec ce qu’il nommerait leurs bras par commodité pour le moment. Il remarqua aussi que sous la vraie décontraction qu’il ne pouvait contester, ils gardaient un œil sur eux. Comme souvent Elvyn, sans réflexion apparente, eut une certitude. Ces « gens » leur laissaient l’initiative de la première phrase prononcée. Sans plus chercher une quelconque causalité, il attaqua, direct, sans formule de politesse :

— Ce qui se cache sous le vêtement, c’est du réel ou une imitation de plus ?

— La vraie ! Nous avons nos limites à notre capacité à admettre et assumer tricherie et dissimulation, fussent-elles les nôtres et même sous-tendues par ce que vous pourriez nommer « intérêts supérieurs ! »

Celui, ou celle, qui répondit, l’ignorait mais il ouvrait la porte à Amelyne qui n’allait pas se gêner pour répondre. Elvin, lui, décida qu’il était urgent de se taire…

— La manipulation ne vous gêne pas autant manifestement. Donc, vos belles paroles, en étant polie, vous pouvez les reprendre, les mettre dans vos poches si vous en avez et vous asseoir dessus. Là, tout de suite, maintenant, à part nous donner une sensation sécuritaire induite, à part nous détourner d’un jugement exhaustif…

Elle fut coupée par un ton qui pour être doux contenait une grande force autoritaire, l’ensemble dénuée de colère :

— Pas du tout, nous voulons simplement, justement, ne pas fausser votre jugement !

Elvyn remarqua que, même parlant leur langue, leurs intonations, leurs parlers étaient identiques, les gestes en moins. En même temps, il se dit que sa question, le moment était idéal pour la poser, histoire de faire une pause. Sinon, sûr qu’Amy allait poursuivre. Il estimait qu’au-delà, ce serait une perte de temps. Elle était entêtée, capable de continuer ainsi à l’infini, en sachant que ce n’était pas bon alors qu’elle avait posé le problème magnifiquement. Et puis, après tout, son questionnement futile n’en détenait pas moins une force d’importance, pour lui s’entend :

— Vous ne pouvez pas synthétiser de café ?

Amy éclata de rire. Il était parvenu au résultat escompté. Plus surprenant, leurs ravisseurs, enfin quelques-uns, étaient secoués d’un hoquet ressemblant de loin à un rire mais doté d’une ancestrale musicalité assez harmonieuse. L’un d’eux prit la parole qu’ils reconnurent pour le dénommé F’Lm’Dig.

— Si ! Mais vous n'en avez jamais demandé !

— C'était aussi simple que ça ?

— Une constante chez vous, une demande doit souligner un vœu ? dit une Amelyne revenue à plus efficace

— Une valeur ! Une vraie !

— Vertigineux !

— En quoi ? Pour nous la logique est imperturbable. Si vous voulez un fruit sur un arbre, vous pouvez vous servir sans vous posez la question. Si vous êtes chez quelqu'un, ce fruit, vous n'irez pas vous l'approprier sans en faire la demande préalable. Si chez ce quelqu'un vous tombez amoureux d'une personne du sexe opposé, vous n'allez pas sauter dessus sans autre forme de procès. C'est en relation directe avec le Respect…

Sur ce dernier mot, il y avait eu un phrasé différent, accentué, formalisant.

— …Cette forme de comportement, vœu-demande, peut être déclinée à l'infini depuis l'hypothèse personnelle jusqu'au regroupement de plusieurs individus. Elle est un support viable d'une structure sociale cohérente.

— Votre structure sociale ne tient qu'en ce triptyque ? Vœu, demande, respect ?

— Non ! Pas un triptyque, un diptyque : Respect, vœu-demande !

Encore une fois l'accentuation profonde !

— Simpliste, non ?

— Quel est le schéma de votre structure sociale ?

— C'est très vaste et compliquée. Il existe tout un système de critères, de hiérarchisation de plusieurs paramètres, de conditions, d'évolution.

— A l'évidence mais ce ne sont que des moyens, pas des valeurs ; cernez les valeurs s'il vous plait ? Quel est le but de chaque individu ?

— Etre heureux ?

Pourquoi Amy avait-elle utilisé l'interrogatif ?

— Quoi d'autre ? Sauf que ce n'est qu'un but, pas un postulat. Une structure sociale ne devrait s'appuyer que sur des valeurs fondamentales évidentes, sorties de toutes volontés de domination, de pouvoir, d’intérêt. A partir de là, vous pourriez, pourrez évoluer dans une relative harmonie où la gestion du quotidien n'est plus un moyen de parvenir à prendre la place de quelqu'un mais de s'intégrer à coté de ce quelqu'un. Les exemples dans l'univers, vous devez me croire sur paroles, ne manquant pas où les moyens, les buts, les environnements sont pris en tant que valeurs. Les résultats ne sont pas forcément bons. Sachant que quand le postulat est bien posé, ce qui arrive quand même parfois, que le but soit compréhensible ou pas pour nous, les échecs existent aussi. Sauf que dans ce dernier cas, bien souvent, une simple interrogation sur le bien-fondé d'une valeur suffit à corriger le tir.

— Donc, pour vous, je pourrais être une civilisation agressive mais ayant le bon postulat de départ, je serais viable ?

— Absolument !

— Mais une civilisation agressive ne peut pas être juste par définition.

— Considérez-vous votre monde comme agressif ? Juste ?

Seul le silence fit office de réponse…

— Je vais prendre ça pour un oui. C’est comme un postulat, il n’est jamais ni juste, ni faux. Il peut être bon ou mauvais. Grosse nuance définitive qui le disqualifie automatiquement en tant que Valeur. La justice est un postulat ! Tout simplement… En outre, elle n’est que sentiment. Qu’en est-il alors de sa qualité, de sa validité ou de sa simple légitimité quand ce dernier prend le dessus ? L’équité s’abstient de cette déviance possible car elle s’appuie sur une série de valeurs fondamentales. Vous pourriez me dire que telle pourrait en aller pour la justice. Elle se nommerait alors…équité ! La justice contient en elle-même un extrémisme que ne possède pas l’équité. Elle ne peut pas être Equilibre.

Pour la première fois, ils remarquèrent une rupture d’intonation dans le débit de leurs interlocuteurs.

— Pour répondre plus finement, oui, des civilisations très violentes, nous en avons croisées. Je vous garantis que certaines étaient admirablement équitables, plus que la nôtre parfois. Dotées de pragmatisme, non sectaire, elles parvenaient même à intégrer plus facilement ceux qu’elles envahissaient. Jusqu’à, suivant les cas, leur procurer une notion de liberté inconnue, encore un sentiment, pas une valeur. Nous ne les trouvons pas justes. De notre point de vue ! Permettez moi cette citation de l’un de vos penseurs : « Il n'est pas permis au plus équitable homme du monde d'être juge en sa cause (PASC. Pensées, t. I, p. 259) ». Etre équitable, rendre la justice ? L’un peut mener à l’autre ! Le contraire n’est pas assuré.

— Dis-moi comment tu utilises les mots, je te dirais qui tu es !

— Liberté, égalité, fraternité ?

— Sentiment à votre avis ?

— Et vous ?

— Utopie ?

— Vous vous défaussez sans répondre.

— Pas vraiment mais bon c'est vrai que c'est du domaine de la sensation plus que du concret.

— Allez plus loin.

— Nous ne sommes jamais arrivés à établir une société respectant ces préceptes.

— Pourtant ?

— Notre nation les a érigées en valeurs. C'est ce que vous voulez m'entendre dire ?

— Non, pas particulièrement, je veux entendre ce que vous pensez réellement.

— C'est beau, plutôt conceptuel, pas loin du chimérique, carrément sentimental mais beau !

— La beauté ? Figée comme un tableau ? Belle comme un torrent dévalant, éclairé par un soleil couchant venant caresser le sommet de son écume ? Ou place-t-on l'usure du temps ? Pour la conserver faut-il passer des heures et des heures à la protéger, la restaurer ? Ce qui aurait dû être un triptyque n'est que concept mitoyen. Erreur d'énoncé d'un postulat qui les érige en valeurs alors qu'elles auraient dû être but. Une valeur est un moyen de parvenir à un but sans le dévoyer. Faire le contraire c'est considérer par avance que les buts sont atteints. Que le simple fait de l'annoncer le rend vrai. La valeur n'est qu'un constat pérenne créateur des moyens pour parvenir à un résultat non figé, évolutif. S'il devient une fin en soi, il prend rang à tableau figé qu'il faudra éternellement restaurer. C'est faire du contenu, un encadrement. Ainsi je peux dire que les hommes naissent égaux et libre en droit, le simple fait de l'avoir écrit, ne devrait pas suffire. Nous, nous aurions écrit : l'être humain ne nait pas libre et égal en droits, quel que soit la nature de ces derniers mais l'équité le voudrait. Il y a tout un monde entre les deux. Il y a une marge étroite entre ce que vous nommez bonne conscience et l'inhumanité, l'inzhoumanité aussi, tellement qu'elle n'existe pas pour ce que nous en voyons.

— D'où nous pouvons déduire que la Terre s'est fourvoyée !

— Si votre pays représentait le monde, pas de doute possible. Ce n’est pas le cas. Peut-être pourrait-il être une amorce de pardon pour toutes les atrocités commises. Mais il reste les autres pays même ceux se réclamant d’une déclaration universelle qui, aussitôt signée, aussitôt oubliée. Que dire encore des autres dictatures, des extrémismes présidant à la destinée d’un pays, d’un continent dépourvus du moindre réflexe réflexologique ?

— Même si elle se voulait comme une amélioration ?

— Ou un prétexte de remplacer une dominante par une autre en exploitant cette fibre que tous vous possédez à un degré plus ou moins divers ?

— Vous dites donc que c’est remplacé une erreur par une autre ?

— Non, pas un remplacement, une continuité dont les motifs excluent totalement le champ de recherche des causalités qui devraient régner. Ce qui ne marche pas doit être changé ; machine, société, système, concept, pas de différences en l’affaire. Y-a-t!l seulement une entre capitalisme, socialisme, communisme, royauté, empire, religion, etc. A peine une nuance, dans leur degré de violence, le plus haut atteint n’étant pas nécessairement fourni par celui qu’on imaginerait ! Le constat m’oblige à dire que chacune a à son actif un nombre de morts que la seule décence aurait dû suffire à éradiquer. Mais, non, le cycle infernal continue. Ces fameuses causes, pour devancer la question d’Amelyne, peuvent paraitre multiples. Est-ce la réalité ? Ou un moyen facile de se défausser en ignorant qu’elles sont liées, souvent même à plusieurs niveaux, créant un effet récursif plus que sournois.

L’intervenant qui venait de s'exprimer ainsi dégageait, plus que les autres encore, une grande douceur dans son expressionnisme. Fidèle à lui même, Elvyn intervint en contre temps.

— Puis-je considérer que vous êtes un élément féminin au sens humain du terme ?

— Et même zhoumain ! Jeune homme, êtes-vous sûr d'être un mâle tant vous possédez un sixième sens exacerbé ?

— Le sixième sens n’existe pas, ni ici, ni ailleurs. Appelons-ça ouverture grand angle de l’esprit. Ce serait plus juste. Quand à savoir mâle ou pas ? Question qui ne devrait pas se poser sauf pour ceux qui refusent leur part féminine ou masculine, suivant le cas.

— Alors vous connaissez la seconde valeur primordiale zhoumaine.

— Télépathie ?

— Pas au sens perceptible sur votre planète. Nous nommons ça, As’Gri’D, atelempathie, une version assistée de l’empathie pour essayer de vous situer.

— Vous l'utilisez là ?

— Nous ne nous serions pas permis.

— Cette atelempathie, vous l'avez développé avec des technologies numériques ?

— Pour faire simple, oui mais il faut savoir que comme nous, sans exception, les terriens possèdent cette faculté inscrite dans leur code génétique. Nous l'avons déduit relativement vite. L''apport d'un peu de ce que vous appelleriez nanotechnologie nous a autorisé à viabiliser cette forme de communication. C'est un état perceptif qui permet de communiquer avec tout : membres, organes perceptifs. La technique est là pour canaliser et, dans certaines circonstances, amplifier le phénomène.

— Vous pouvez le projeter au loin ?

— Très loin même.

— Des sensations pas des pensées.

— Oui ! Les sensations ne seraient-elles pas, dans un champ extrêmement vaste, la traduction, l'image et la représentation des pensées ? A partir du moment où vous pouvez les percevoir, les recevoir, les contrôler aussi car c'est indissociable, rien n'empêche de créer un langage clair.

— Malin !

— Logique implacable !

— Un atout redoutable !

— Nous ne pensons pas en ces termes. Voyez le comme un moyen, presque pérenne. Pour clarifier une précédente interrogation, si nous devions utiliser cette technique avec vous, nous devrions vous en doter pour commencer et, ensuite, vous demandez l'autorisation.

— Comme celle de nous avoir enlevés ?

Celle-là, il l’avait replacé pour remettre le débat dans son contexte, le leur du moins.

— Comparer ce qui est comparable. Il est des actions qui nécessitent de transgresser quelques principes. Temporairement, pas d'une manière à rendre cet état permanent.

— Si je vous demandais de rentrer chez moi, vous me ramèneriez ?

— Oui !

— Même sans avoir résolu votre équation ?

— Oui, simplement la décision serait plus compliquée, plus longue, plus sujette à l'erreur mais nous la prendrions. Voulez-vous rentrer ?

Amy et Elvyn se regardèrent, tout en connaissant la réponse. Il la laissa répondre.

— Non mais vous le saviez déjà !

— Nuance, nous en avions le sentiment mais pas la certitude. L'utilisation de l'atelempathie nous l'aurait permis. Tous les gestes, du plus ample, lever un bras, au plus petit, le clignement d’oeil, sont un moyen d’expression, une traduction de sensations. Comme si, à ma question, vous m'auriez dit oralement « je ne sais trop » et, que dans le même moment, vos mains auraient eu la gestuelle de signifier que la question ne se posait pas vraiment. Comme bien souvent, cette sorte de non réponse a plus de valeur. L'atelempathie met en exergue cette interactivité gestuelle.

— C'est complexe. Je pourrais ou pourriez dire avec les yeux : « Chiche ! »

— Si nous en disposions, surement. Ou même avec un autre organe ! Approximativement, vous pourriez tenir une conversation à quatre niveaux : regard, bras et mains, paroles, jambes, tous les sous-niveaux associés, combinés à l'état relationnel : connaissance, ami, parents, couple, enfants. Les limites sont presque infinies.

Sans en prendre conscience, il fit son geste préféré, le lever de pouce, signifiant la, en substance, qu'il voulait dire un mot à Amelyne. Le zhoumain, identifié comme féminin, lui répondit.

— Nous-je proposons de nous retirer quelques minutes pour que vous puissiez assimiler les quelques informations que nous avons laissé échapper de notre entretien bavard.

« Ils ont le sens de l'humour en plus. » se dit-il tout en faisant un geste d'accord.

— Une dernière demande, s’il vous plait ?

— Plus d’espionnage ? C’est oui !

Ni l’un, ni l’autre ne relevèrent l’anticipation.

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