La Fédération - Augures

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Axiome de la Bor’And’Ja : Ah ! Ces sensations qui se transforment en sentiments !

Consultants, le bon jour ! Mon nom usuel est Chtolmo. J'étais lieutenant des armées de la Fédération. Embarqué à bord du vaisseau exploratoire " En Cas De Nécessité", son nom officiel lors de la sortie des chantiers orbitaux, nous l'avons rebaptisé Encadenassé. Je n’ai jamais su pourquoi. La tradition veut que la cause originelle ne soit pas révélée. J’ai pris la liberté de vous conter cette histoire non directement et brute mais en la replaçant en contexte et chronologique. Elle n’a rien d’objectif et n’exprime que mon ressenti personnel.

*

Dans quelques heures, ils seraient de retour chez eux. Ant'Hdr'Aes, fidèle à lui-même, s’était un peu isolé et avait pris un peu d’avance sur le groupe. Une période s’était écoulée depuis leur premier. Lui et sa compagne, Eh'Ald'Riah, avait ressenti le besoin de le refaire. Le délai était court mais moins que l’échéance qui les attendait. Le départ du vaisseau, le Y'Ha'Ev, n’allait plus tarder. Il serait sans retour possible.

Il avait toujours ressenti ce besoin de solitude comme un élément vital de réflexion. Se déconnecter complètement de l’environnement social lui permettait de réfléchir plus sereinement. Tout ce qui s’était produit depuis quelques jours était une véritable révolution. Une révolution qui n’était qu’une évolution d’éléments logiques sans pour autant être imparables, peut-être même pas indispensables. Est-ce là que se situait la différence entre violence et sérénité de l’évolution de certaines situations. Pouvait-elle expliquer les conflagrations qui avaient émaillé l’histoire de Zhyoom ? Comme une jointure mal faite qui tentait à tout prix de réaliser sa tâche, bien des changements de statut de la société zhoumaine n’avaient pu s’opérer que par le biais d’une violence rendant, de facto, non légitime, ces derniers voire éradiquant leur bien fondé et, finalement, en un renversement commun au phénomène action/réaction, créait l’opposition, s’habillant alors des habits résiduels ou laissés vacant par l’impulsion originelle. Ainsi les revendications ayant émaillé la période troublée coïncidant avec l’évolution industrielle majeure avaient dégénérée et produit des milliers de morts ; pour un résultat d’une mesquinerie absolue, le remplacement d’une élite par une autre ; en ligne de mire l’objectif commun de son propre confort à opposé à celui du bien collectif.

Sans la voir, il sentit s’approcher Eh'Ald'Riah. Elle lui prit la main en silence. Avaient-ils vraiment besoin de parler ? Ils adoptèrent un pas lent pour mieux profiter de ce qui les entourait. La nature avait tant de choses à leur montrer. Le(s) zhoumain(s) en voyait si peu ! Elle méritait pourtant plus d’attention, de concentration. La tendance zhoumaine à vouloir attribuer défauts et qualités ne pouvait lui être appliquée. Elle, point important à souligner, ne fait jamais de ségrégation. Elle est une, sans armure pour cacher son apparence. Si litiges, combats peuvent exister, elle n’agit qu’en première intention. Croire cette affabulation qu’elle serait piégeuse n’est qu’un constat d’ignorance et d’indifférence. « Dis-moi comment tu considères la Nature, je te dirais comme tu es face à ton frère zhoumain ! » Axiome de la Bor’And’JA…

Croire pourvoir être à 100 % connectés avec elle relève bien sur de l’utopie. Sauf à devenir un arbre, un brin d’herbes. Mais faire l’effort nécessaire pour être à son écoute ? Eviterait ces contre-vérités méprisantes ! Voir et regarder, comme écouter et entendre, ont des sens proches et une signification différente. Ce trou dans le chemin, si je le vois, je n’y trébucherais pas ; si je le regarde, je crée le hasard, le peut-être, la malchance ou la chance. A un niveau microscopique, je fournis une base de légende !

La vie est un cadeau très temporaire, un don, une victoire de la Création(?). Elle nous sera reprise sans arrière-pensée mais, en attendant, elle nous permet, à nous, êtres généraux, ordinaires parmi l’ordinaire, d’êtres spécifiques ; dans nos visions, nos interprétations, nos intérêts, nos amours, nos désamours, rendant tout particulier, y compris nous ou, surtout, nous.

De la généralité naît la spécificité. Additionnée, elle engendre une nouvelle généralité ! De la vie naît la mort ; soustraite, elle recrée une vie !

Ant'Hdr'Aes et Eh'Ald'Riah s'extasiaient devant ces verts, multiples, profonds, légers, blanchâtres, émeraudes, brillants de la jeune pousse, auréolés du jaune des prémices de la vieillesse d'une feuille, dégradé de l'herbe haute amplifié par le vent caressant ; vert sombre perçu par le regard tentant de pénétrer la profondeur d'un sous-bois ; verdâtre de la mousse protectrice ; vert vert du paysage d'une prairie nourrie d'humidité ; vert tremblotant se reflétant dans l'eau pour créer une illusion de végétation sous-marine avant que le bleu, jaloux, ne se mette lui aussi à se fractaliser en irisation opalescente par temps clair et ensoleillé.

*

— Etat des lieux, s'il vous plait !

L’ordre venait de claquer comme un coup de canon dans le cockpit de commandement, secouant l’atmosphère somnolente qui y régnait depuis trop longtemps. Ils étaient sur le chemin du retour vers l’escadre VI – Armée 12 – Eclaireur 3 – Défricheur 5 ou en langage Fédéraliste le groupe EAED 1, dénomination toute logique Fédéraliste. L’approche de la planète classifiée, provisoirement, Yb452CzA8, n’y avait rien changé. Leur mission exploratoire durait depuis trop longtemps. Partis depuis 6 mois, soit la limite maximum définie pour ce genre de mission à bord de petits vaisseaux. Leur capacité réduite interdisait toutes hibernations. Ces raids de découvertes, éventuelles, étaient à la fois passionnants et d’un ennui profond. La vie, à bord, était une succession de routines permanentes obligatoires mais usantes. L’exploration à l’aune des légendes n’était pas pour eux. Leur rôle était l’observation, rien d’autre ; l’analyse de paramètres et, parfois, très rarement en réalité, le prélèvement d’échantillons tant inertes que vivants. L’exaltation ne faisait donc pas partie de leur quotidien.

L’espace contient un nombre gigantesque de planètes mais tellement peu correspondantes aux critères de vie Fédéralistes. Dans ce « peu », la plupart nécessiterait une terra-formation ; laquelle après études pouvait durer entre quelques années et quelques siècles !

Parfois, nous tombions sur une terre habitée. Encore une fois leur rôle était strictement l’observation. Recueillir un maximum d’informations, enregistrer et attendre l’arrivée du gros de la flotte. Leur vaisseau ne différait pas des autres ; n’était pas spécialement équipés pour ce genre de mission ; disposait du même armement. Une fois réintégré au groupe, il reprenait son poste défensif ou offensif. Ils n’étaient donc pas particulièrement vulnérables mais en tant qu’élément isolé, il devenait fragile, dépendant du degré technologique éventuellement rencontré. Celui-ci, il pouvait le déterminer à l’aide d’une des particularités de ce genre de navette. Elle était équipée d’un bouclier de protection surdimensionné, défensif et de furtivité. Il en était alourdi d’autant mais se faire repérer était la garantie d’avoir affaire au minimum à une civilisation à degrés évolutifs équivalent.

Les soldats affectés à ces tâches étaient tous volontaires et subissaient un entrainement physique et, surtout, psychologique, spécifique en vue de supporter la promiscuité, l’ennui, les routines. En outre, ils devaient apprendre un tas de techniques d’approche d’une population étrangère, possiblement hostile ; hypothèse possible en cas de demande de prélèvement.

Ils rentraient donc quand les scanners détectèrent cette planète. La procédure normale aurait voulu que nous nous contentions d’en enregistrer les coordonnées pour qu’une équipe ultérieure vienne y réaliser les travaux de sondage, d’analyse et d’observation ; travail qui pouvait prendre facilement 6 mois. Mais le commandant décida de passer outre. Valablement, il justifia auprès de son groupe le fait qu’elle était sur leur trajectoire ; qu’aucun détour ne serait nécessaire, mettant en péril la butée de rencontre avec la flotte. Qu’il était donc de leur devoir de faire au moins le travail préalable qui ne prendrait guère plus de 3 jours. Je ne suis qu’un jeune lieutenant mais je subodore que ce n’est pas la seule raison. Que son orgueil ai pris un peu le dessus et la perspective d’un regain de prestige possible. Il faut bien dire que notre voyage fut d’une stérilité rarement rencontrée, frustrante même. Comme tous ici, je n’étais pas ravi de rentrer bredouille ; même pas un petit astéroïde prometteur en matière de fournisseur éventuel de ressources. Nous étions finalement assez content d’entrer en veille d’observation et d’enregistrement, une autre façon de dire « aux postes de combat ».

Je pouvais ressentir une légère détente chez tous, salvatrice, due au simple passage d’une routine à l’autre. Nos écrans affichaient la totalité des primo éléments mais la procédure voulait qu’un récapitulatif oral soit fait en vertu des différences de perception entre ce mode et l’écrit. L’importance de certains points peut en être modifiée. Un travail qui m’incombait entièrement. Je m’exécutais donc.

— …Pour conclure, planète prometteuse, facteur intégratif de 77.7.56 ! Procédure de prélèvement minéral, animal, végétal, ordonné. Demande de dérogation non nécessaire. Durée exécutoire : 2 jours !

77.7.56, le plus haut degré disponible à leur stade justifiant l’action demandée, considérée comme prioritaire et aisée par les cybers. Une fois réalisée, il n’y aurait plus qu’à exécuter la procédure d’urgence qui impliquerait l’envoi d’une escadre en éclaireurs afin de peaufiner leurs observations. Ce trio ne précéderait le gros de la flotte que de très peu. La dernière étape, sans surprise, serait la prise de possession ou la mise en veille suivant la synthèse finale des paramètres et le résultat des prélèvements. Ce genre d’évènements, quel que soit l’issue, ne se produisait pas tous les jours…

*

— Nous so…

Je ne pus finir ma phrase, interrompue par une voix haut perchée d’un servant des scanners de défense.

— Distorsion, mon commandant ! Champ de force probable, destination probable de bouclier, à plus de 95 %.

— Puissance ?

— Difficile de répondre, c’est un peu nébuleux !

— Raison ?

— Impossible de déterminer sa nature. Individuel ? Collectif ? Le déclenchement s’est opéré au passage d’un groupe humanoïde itinérant en déplaçant pédestre. Aucune technologie apparente ! Plus précisément un membre s’est éloigné du rassemblement principal. Il a été presque instantanément entouré d’un champ de force d’une circonférence de 110 mètres. En arrière pas de présence de champ. De connaître sa surface ne nous aidera pas à estimer sa puissance répulsive, sa résistance, son autonomie. Rien de ce que je vois ne peut me donner une indication ou un indice.

— De l'individuel sur une si grande aire, c'est carrément impossible !

— Pour nous oui ! Nous ne savons même pas en produire des individuels. Ca ne veut pas dire que c'est impossible.

— La force en jeu serait trop gigantesque, tout se déformerait.

— Mon commandant, vous analysez à partir de nos données. Rien n'indique qu'ils en utilisent une semblable à notre technologie.

— Vous vous rendez compte des implications ?

— Si nous prenons la base de ce groupe, que nous projetons l'éventualité de quarante boucliers avec une donnée de 110 mètres/rayon, nous obtenons, à vue de nez, 5 kilomètres, toujours sans savoir quelle force de protection elle procure, ni si cette dernière est aussi exponentielle. Dans les projections, faut-il supposer que chaque défense interagit ensemble ? Auquel cas, la puissance serait probablement faramineuse.

— Désolé de vous interrompre mais l'éclaireur n'est plus seul et le rayon vient de se propager sur 350 mètres.

— Ahurissant !

C’est le moment que je choisis pour intervenir.

— Commandant ? En tant que second de ce vaisseau, je me permets de rappeler que, depuis le début, derrière le rupestre rustique, j’ai ressenti comme une gêne. Je l’ai consigné dans le livre de bord. Cet élément vient me le confirmer. Cette technologie ne correspond pas aux faits, aux relevés et aux paramètres enregistrés.

— Vous êtes nouveau, lieutenant, mais que croyez-vous que nous fassions ? C’est le genre de commentaires qui n’avancent à rien. Si vous voulez vous exprimer, faites-le pour émettre des propositions concrètes, pas des constats enfonceur de portes ouvertes.

— Si vous m’aviez laissé finir, je vous l’aurais soumise mon idée. Tirons leur dessus pour voir ?

— En mission simple de reconnaissance ?

— Que crois-tu qu’il se passera quand l’EM aura reçu nos informations ? La mission évolue d’elle-même. Autant avancer le boulot. L’escadre n’est plus très loin et appréciera le gain de temps.

Je ne m’aperçus qu’après coup du tutoiement. Rien de tragique en soi, l’armée Fédéraliste n’est pas austère. Ce genre de conventions n’y a pas trop court. Même si présentement, cet emploi pouvait signifier que je me considérais pour cet instant son égal. S’il ne me reprenait pas, mon niveau de prestige grimperait sérieusement.

— Je vais t’étonner mais je suis assez d’accord, répondit le commandant, un projectile de 20 pour commencer. Mode observation appliqué. Exécution !

Il ne m’avait pas repris. Mieux il m’avait répondu du tac au tac, positivement. Très bon pour mon intégration comme je le sentais déjà au regard de mes voisins de console.

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