Roi ?

6 minutes de lecture
Ul'Sto'R : “La neutralité n’est qu’une opinion formelle qui n’engage que son déclarant sans l’exempter d’un conflit répondant aux conditions définies par le code !”

« Explique-moi ! demande Roi en pénétrant dans l’antichambre des audiences privatives, bousculant l’intendant de service. »

Loez, maître-espion d’A’Sey, absent depuis une période, reste impassible. Son attitude respectueuse adéquate masque sa surprise d’un tel écart du protocole. Roi reçoit en audience, pas le contraire ! Roi ne tutoie pas. Sans son expérience, Loez aurait pu prendre une telle attitude, une telle familiarité incongrue, pour un mauvais présage.

Parti en mission chez leur futur ennemi afin de recueillir les informations essentielles à la légitimité de leur valeur guerrière, ce qu’il en rapportait n’avait pas de quoi satisfaire l’impatience de son souverain. Aussi documenté et dense était-il, son rapport serait aussi utile qu’un tonneau sans fond pour la croisade aseynöte !

Une scène déjà vécue bien longtemps auparavant, à quelques détails près comme l’absence du conseil restreint. Même effet d’une même cause, Roi afficherait une moue méprisante.

D’autres que lui aurait craint une disgrâce nourrie d’échecs apparents. Il ne les considérait pas comme tels et savait Roi apte à jauger une situation par rapport à un contexte. Les évènements futurs lui donneraient raison mais il ne le savait pas encore.

En attendant, lui comme la nation n’aspiraient qu’à la clôture de cette très longue séquence démarrée avec la fin de la guerre strozienne. Leur victoire, à l’issue de deux batailles durement et chèrement gagnées, déboucha sur un résultat pour le moins ambivalent. Si le territoire d’A’Sey augmenta de vingt pour cent, son capital économique et zhoumain en diminua d’autant.

Comme à l’issue de chaque guerre remportée, avant le démarrage des congratulations, défilés et autres festivités, Roi convoqua le traditionnel conseil public, Ot’Ri’Ch. En un temps éloigné, il se produisait, à chaud, sur le champ de bataille. Mais au fur et à mesure de leurs conquêtes, de l’expansion du territoire et de la population – donc des armées ! –, il fallut établir un mode de représentation, le repoussant toujours un peu plus loin, deux jours à cette époque.

L’Ot’Ri’Ch d’après bataille, une sorte de débriefing géant où la parole et le protocole était libres, et surtout sans conséquence. Sa durée n’était pas définie mais à tout moment Roi pouvait décider d’en rester là.

En son cours normal, il se clôturait par l’intervention du R’A’Sil. Une forme de conclusion panégyrique où il lui revenait de formaliser et contextualiser la progression spirituelle réalisée. Et d’anticiper la ou les prochaines étapes – concrètement les prochaines victimes… L’Ot’Ri’Ch du jour ne dérogea pas à la règle.

« Réjouissons-nous comme il convient. Ha’Aï s’est peuplé de nombreuses âmes. Le chemin d’Ö s’enorgueillit de nouveaux territoires…, commença le géographe dans une litanie plus ou moins diplomatique avant d’aborder le vif du sujet.

— … Nous venons de franchir une étape importante, celle d’arriver presque aux limites terrestres du continent. L’heure est venue où nous devrons prendre la mer pour poursuivre notre route et porter l’expansion d’Ö. Seul reste un obstacle, un minuscule pays nommé Icht'Rye. Il semble incontournable comme prochain ennemi. Il nous barre le seul accès maritime. Sans lui, nous devrions faire de longs détours par le désert d’O’Ri’Fr, exigeant une logistique coûteuse en temps, en énergie, en moyens et en mobilisation d’aseynötes. Autrement dit, la garantie d’un retard préjudiciable… conclut le R’A’Sil sans terminer sa phrase.

— Mais ? susurra Roi.

— Un détail inattendu et effarant, nous ne savons rien de cette contrée hors son nom ! »

Le R’A’Sil n’en dit pas plus comme pour bien marquer son ignorance. Roi reprit la parole. Lapidaire !

« Il est urgent d’éclaircir cette ignorance ! »

Une forme de reconnaissance du discours du géographe et une conclusion sur laquelle personne ne se méprit. Dans l’heure, le conseil privé se réunissait et décidait d’envoyer une mission d’information. Le commandement en fut attribué à Loez, sa première d’une longue série de promotions avant de devenir le maitre-espion de Roi.

Si collecter des informations fut d’une facilité déconcertante, infiltrer classiquement ce pays releva de la gageure. La première analyse de Loez le mena à la déception et sa première synthèse à son retour en A’Sey commença par un mot :

« Improbable ! »

Loez avait marqué un silence avant de continuer.

« Icht’Rye semble surgie d’un néant, sans origine connue ou déterminable. Pour un peu, le pays aurait pu naître d’un coup de baguette magique. Il n’apparait dans aucune chronique des troubadours. Troublant quand on sait que ces derniers sont les vecteurs essentiels de l’information. Il a fallu insister fortement – sans surtout menacer ces intouchables… – pour obtenir quelques bribes d’informations. »

L’air pantois et dubitatif de Roi aurait pu être plaisant s’il n’augurait pas la montée d’une irritation aux conséquences potentiellement redoutables. Loez n’en tint pas compte et enchaîna directement sur ses conclusions.

« Tout dans ce pays semble paradoxal. Rien n’indique qu’il y existe une structuration classique. Pas d’administration, pas d’armées, pas de police, pas de gouvernants, pas d’échanges commerciaux, pas de monnaie. Les troubadours, ces incorrigibles romantiques, qualifient Icht’Rye de mystérieuse ! Toutes les décisions concernant le pays passent par le biais des réunions nommées Ot’Ri’Th. »

Loez ne tenta pas d’expliquer ces absences, inconcevables dans leur univers. Il ne les comprenait pas ! Comme pour tout aseynöte, pour lui un assemblage de plus de deux personnes implique un donneur d’ordres. Un pays a besoin d’un chef légitime et incontestable. Comme Roi… Unique au même titre qu’Ö, chacun dans son domaine – à l’un la terre, à l’autre l’univers !

« J’ai gardé le plus ahurissant pour la fin. Icht'Rye n’a jamais connu de guerre ! Aucune trace d’activité dans l’historique d’Ui’Sto’R, aussi loin que nous puissions remonter, ne serait-ce que comme observateur arbitral cobelligérant. Aucune jusqu’à une période et le dépôt formel d’une instance de neutralité – de pure forme et sans aucune valeur légale ! Icht'Rye représente la quintessence de la justification de notre quête. Sortir le monde du néant de l’ignorance et l’inclure dans le giron aseynöte et le but suprême authentique, conclut Loez. »

S’emparer d’Icht’Rye semblait donc une priorité incontournable et surtout elle serait aisée. Pourtant Roi clôtura ce premier conseil en reportant cette conquête. Une décision irrévocable malgré l’incompréhension presque unanime, à l’exception de Loez.

Le maître-espion pensait que le souverain, sans aucunement remettre en question l’annexion d’Icht’Rye, tenait compte des conséquences économiques ainsi que des importantes pertes aseynötes de la dernière campagne. L’immigration – forcée ou volontaire ! – ne compensait pas les besoins.

Il se trompait sur le motif. La décision de Roi était surtout dictée par sa farouche volonté de mettre en place les deux réformes instaurant l’égalité des chances. Tout s’éclaira quand il l’apprit et ne put qu’admirer ce que peu verrait. Le choix de littéralement mourir d’ennui à court ou moyen terme !

Garant de la prophétie d’Ö, une éducation entièrement centrée sur elle en faisant sa seule raison de vivre, le report des guerres allait le laisser sans occupation. Alors que les obligations incontournables de sa charge – descendance assurée, expansion et projet – étaient remplies. Peu verrait le véritable sacrifice et la sincérité de sa vocation de protecteur de son peuple !

En tant que Roi, il ne disposait pas de la soupape de sûreté de ce peuple guerrier : Str’ych’Du ! Sa dignité et l’honneur de sa charge n’aurait pas résisté à se mêler aux activités du commun des mortels. Roi ne pratiquait pas les armes. Ne plongeait pas dans l’ivresse de la bataille. Donner ou recevoir la mort eut été trivial et avilissant.

Roi planifiait, guidait et déclenchait mais, en aucun cas, n’exécutait ! Il était l’arme lui-même, celle d’Ö ! L’affaire en resta là. Jusqu’à une période en arrière où Roi le convoqua en privé.

« Loez, mon bon, commença Roi sans préambule, l’heure est venue du retour à la normale. Partez et ramenez moi la réponse à la seule question essentielle. Icht'Rye sera-t-elle honorable ? »

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Yenyenus
Réponse au défi : " En 6 Mots "

https://www.scribay.com/defis/defi/1512009488/en-6-mots

Lancé par L'Arbre
Un jour mit au défi d'écrire une histoire en six mots, Ernest Hemingway répondit :

"For sale : baby shoes, never worn"

(A vendre : chaussures bébé, jamais portées)

C'est à vous d'écrire une (ou plusieurs, si vous avez de l'inspiration) histoire en six mots.

Voici les miennes :

1) "re" dit-il. "re" répond-on.

2) Duel contre la Mort. Un partout.

3) La pierre fut taillée. Tout commença.

4) Va, cours, vole, et me mange.

5) Longue Barbe la bougie a rasée.

6) Elle a dit "non", lui "si".

7) Sept milliards se disent : "pourquoi moi ?"

Allez, faites-nous de belles histoires courtes ! :)
11
11
0
0
Williams
La pierre sacrée objet divin, de pouvoir et de fascination ; après sa disparition lors de la grande guerre, les trois royaumes la recherchent avec acharnement chacun espérant régner sans partage et étendre son pouvoir sur le monde.
Lys, princesse d'un de ses royaumes, la désire plus que tout pour mettre enfin un terme aux siècles de conflit avec les royaumes voisins.
Mais un jour un jeune guerrier nommée Claymore apparaît, lui ouvrant les yeux sur les dissensions politique de son royaume dans une guerre froide installée depuis des années. Partagée entre son devoir de princesse, celle de guerrière et son cœur dans un royaume qui ne la soutiens pas, Lys parviendra telle à atteindre son but et prendre sa destinée en main ?

Commence alors son périple, confronté aux trahisons et mis à mal par des forces obscurs, à travers les trois royaumes afin de trouver ce cadeau des dieux, la pierre sacrée.
76
51
534
159

Vous aimez lire JPierre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0