… Alors que passe la caravane !

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Axiome de la Bor'And'Ja : La colère, peu importe la cause, la justification ou même l’équité, ne peut mener qu'à la défaite !

« … Voilà l’histoire banale d’une fille « perdue ». Pourquoi je te la conte à toi ? Dans quelques heures nos routes reprendront leurs ornières respectives. Peut-être faut-il y voir la cause ? Sans engagement ! »

Je ne sais pas s’il doute de mon sérieux, ni s’il perçoit le merci gratitud(é)difiant ! Je m’en moque. Cette fois, son regard se montre direct. Il me scotche – on the rock comme il se doit – en explosant d’un rire frais, juvénile et insouciant.

Dans une autre vie, je me serais vexée. Pas aujourd’hui… Quelle meilleure réponse pourrais-je lui faire hormis lui emboiter le rire ? C’est à peine si j’entends sa phrase prononcée à voix basse.

« Va Savoir ! »

Notre silence, volubile, – futur marque de fabrique ? – se réinstalle. Nous roulons ainsi pendant un moment avant qu’Elvyn ne bifurque à nouveau vers une sortie. Il s’arrête un peu plus loin devant un relais routier. Je ne dis rien. Je me sens bien. Alors que je descends, pile-poil je me fait pincer le mollet par une espèce de moustique à poils longs et corps allongé. Un chien, le meilleur ami de l’homme… pas de la femme !

Je n’ai pas le temps de réagir que la saucisse sur pattes s’en va et disparaît derrière le bar comme si de rien n’était. Je ne saurais jamais pourquoi elle a estimé utile de venir me mordre. Il me serait facile d’attribuer à l’évènement un sens caché d’un destin taquin… si les circonstances ne m’avaient pas emplie d’une dose certaine d’euphorie frisant la tolérance.

Attablés devant nos cafés, des vrais cette fois, nous parlons de tout et surtout de rien. Comme si nous nous connaissions depuis toujours. Une paire de potes tranquilles qui, tout autant, pourraient se taire et continuer à se comprendre. Ce que nous faisons d’ailleurs, laissant le silence (re)prendre à son compte le rôle de troisième comparse.

Je m’en laisse imprégner. Sans savoir comment, ni le vouloir, j’ai soudain le sentiment d’entendre les pensées d’Elvyn. Sans qu’il ne soit question de télépathie. Sans que ce ne soit en détails mais suffisamment pour m’inciter à y mettre des mots.

« Toi, tu es en train de te demander le pourquoi du comment la vie t’a fait cette misère de mettre ma personne à la croisée d’un de tes chemins de vie inopportunément. Alors qu’en d’autres circonstances, tu n’aurais pas trop hésiter, à faire l’effort nécessaire de me draguer.

— Tu ne connaîtrais pas par hasard un dénommé Jhysus ? »

Pan dans le bec, elle en est pour son petit effet ricochet de son orgueil d’effet de manche à bon marché.

« Euh ! Non ?

— Ah !

— Pourquoi ? me reprenant un peu.

— Parce que tu as la même manière abrupte de concrétiser un moment.

— Ce n’est pas volontaire, enfin pas toujours. C’est juste pour signaler, souvent, qu’une possibilité existe.

— C’est ce que je disais.

— Oui, je sais, mais l’incompréhension et les malentendus trop souvent affrontés m’ont appris à préciser.

— Tu sais que tu ne sais pas que tu sais ! »

Elvyn, en quelques mots et un sourire complice, concrétise l’essence du mot savoir. Faux jumeau, vrai alter ego de la vérité, comme elle, le résumer à un aboutissement lui fait injure. Les deux ne peuvent qu’exister dans l’instant présent. Pour immédiatement différer le suivant., nourris des mille détails des environnements et évènements qui nous entourent.

« Merci ! dis-je alors que je viens de comprendre que savoir ne peut s’exprimer en terme statique sous peine de se faire rattraper par la sclérose.

— Est-ce utile ? »

Comme tout à l’heure, sa réponse, en un autre temps, je m’en serais irritée. Elle m’aurait servie d’exutoire à un mal-être d’irrésolution. Son regard, décidément son moyen d’expression favori, reflète ? J’arrête là ma divagation spéculative trop connotée à ce « je sais ! »

« C’est pas tout ça mais il faut que je songe à repartir vers mes obligations, reprend Elvyn. »

Ils se lèvent avec une telle coordination qu’elle leur met le sourire aux lèvres. La suite se passe moins bien. Il télescope la table, les tasses s'entrechoquent, elle renverse une chaise. Ils ont oublié l’étroitesse de l’espace vital de l’estaminet. La salle comble et bruyante se fige un instant dans le silence. Les regards se braquent guère plus longtemps sur eux. Ils atteignent la porte sans plus d’incidents quand Elvyn décide de la sidérer.

« La réponse à ta question ? Ce n’est pas la lamentation sur un soi-disant malencontreux hasard de temps mais plutôt : qu’est-ce que tu attends ? »

Il est déjà trois mètres devant que je n’ai pas encore fait un pas de plus. Il se retourne, content manifestement de son effet.

« Tu dors là ?

— Euh ! Non ! »

L’espace d’un de ses instants d’éternité que j’affectionne(rais) tant, je (re)deviens petit fille. Délicieux !

Je rejoins Elvyn. Reprenant à mon compte son “qu’est-ce que tu attends ?”, sans avoir besoin d’y réfléchir, je lui prends la main. Il ne l’enlève pas et se contente de la serrer brièvement et doucement. Un geste spontané, inconnu jusqu'alors, et, pourtant, elle le ressent comme un cocon oublié depuis trop longtemps.

Un instant neuf, fugace dans sa sensation tactile, éternelle dans la mémoire, avec cette certitude – pas l’espoir ! – qu’il se reproduira. Un méandre du fleuve de l’existence, une boucle, un nœud, elliptique subordonnée, personnelle, anti-personnelle, poly autrui, anti autrui, météo – toujours belle dans ces instants… –, campagne, ville, champ, cité, le, la, les, un, une, des !

À quoi bon plus de mots ? Idiosyncrasie, thétique or not thétique ? That is the question ! Nul baiser, nulle parole, seulement la puissance de l’instant et la menace du déséquilibre cardio-émotionnel ! Souffle coupé, je ralentis considérablement, imité par Elvyn.

Nous ne sommes plus là. Les repères – pré historiques – sautent. Pour faire place à de nouveaux, pas encore nés ou à peine, aux antipodes de ce que nous connaiss(i)ons. Ils se perdent dans cette nouvelle réalité, sans la moindre envie de retrouver l’ancienne. Explorer le nouveau semble l’urgence, l’intéressant, le prometteur. Le viable ? Intuition ou déduction spontanée, je lâche.

« Pourquoi ?

— Oui, pourquoi ?

— Partir ?

— Parti·e·s ! »

Nous nous comprenons sans mot superflu. Où, comment, pour, quoi ? Nous ne définissons pas de direction, destin à taire ou récipient d’air. Seule l’expression du geste compte. L’étrangeté d’un moment, surgie de nulle part, sans introduction, ni synthèse, ni anti thèse ne nous effleure même pas. Directement à la conclusion… qui comme toute fin sonne l’esquisse d’une nouvelle histoire.

Combien de jours depuis mon départ ou fuite, peu importe au final ? La date est précise mais le compte flou. Mon télescopage avec Elvyn redessine mon « On the road again ! »

L’ironie du destin à qui il suffit d’un souffle – d’air, d’inspiration ou de respiration ou, plutôt, de décision ? – pour qu’une situation figée – sclérosée – déclenche une réaction en chaîne. Qu’un acte de désespoir, fut-il qu’une apparence, se transcende en un acte de vie !

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