Esquisse

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Axiome de la Bor'And'Ja : Tu crains la peur ? Cultive là, apprivoise là, elle deviendra une grande amie !

L’écho des derniers mots bruisse encore à mes oreilles et provoque un sourire intérieur quant à ma capacité à produire des jeux de mots foireux. Allez à Jacte à este…

Je me sens molle, surtout du cerveau. Mes pensées s’effilochent. Le ruban de la route se dévide. Un spectacle ponctué d’une arythmie de rond-points, plus ou moins utiles, moins ou plus respectés par des entités où humain·es et tôles mécaniques se confondent, sans pour autant ne faire qu’un. Sous-ensemble métallique d’un bûcher des vanités, ultime parade de paons face à une course où l’arrivée n’est pas le terminus mais le commencement.

Coïncidence, alors que nous traversons une prétendue France profonde, cliché asséné par une catégorie de snobinards, pas uniquement parisiens, mon théâtre intérieur s’anime. Les – mes – personnages, décors et actes produits par mon imaginaire débridé, se ruent en un come-back et une efflorescence inattendus. Un assaut d’une violence sans retenue, dans un combat fantasme contre réalité perdu d’avance. Leur aura spectrale télescope mon âme.

Quitter implique l’abandon. Peu importe que la décision soit contrainte ou choisie. Qu’elle instille nostalgie ou espoir d’une vie autre, à minima ; ou meilleure, à maxima. Dans la masse des items laissés derrière soi, il s’en trouvera toujours un que nous aurions aimé emporté. Quitte à risquer de ne pas briser totalement le lien et de voir ressurgir, à un moment inopportun, un passé dont nous ne voulions plus.

Il faut reconnaître à l’humain sa capacité à créer des substituts compensatoires pour assurer sa survie, quelle qu’elle soit. Je n’échappe pas à ce lieu commun et je conçus Jacte. Une cité aux contours médiévaux assumés, une fable issue de mon désespoir, un refuge intime des jours sans – mon quotidien en réalité… –, une ciné cure !

Pour m’avoir sauvée à plusieurs reprises d’une mort certaine, physique et cérébrale, je ne suis pas dupe. Son existence n’incarne qu’une alternative différente quoique empressée. Un sursis illusoire, cache-misère vers cette finalité ultime à tout acte de naissance !

Et pourtant…

Quelle héroïne n’y ai-je été ! Paladin·e des causes perdues, pourfendeuse des injustices, j’y enfourchais mon fougueux destrier, armurée du vent de mes utopies, nourrie de mes illusions perdues et cinglée par le souffle de l’amertume, avérée, de l’impasse de mon quotidien.

En moi, il n’y a pas la moindre volonté, même inconsciente, d’un retour vers ce néant, encore moins de (re)passer de l’utile – espoir ? – au creux – désespoir ! Jacte – j’acte à dit, incorrigible suis-je – ne peut m’accompagner sur la nouvelle voie de mon existence. Je quitte, j’abandonne le paquet, une rupture sans culpabilité. Ou à peine une once…

Je mets mon ante biographie en jachère. Ou en champs déjà récoltés, comme cette campagne défilant le long des bordures de la route. Seuls éléments vivants, une myriade d’oiseaux, copeaux noirs mal répartis sur une surface inégale. Des corbeaux, ou des corneilles ? La différence ? Je ne la connais pas. Affaire de taille, de couleur ou de localisation ?

Meurt-on d’ignorance ? Un point blanc vient distraire cette interrogation métaphysique. Il dénote, détonne et dénonce une pie, isolée parmi cette masse noire. Facilement reconnaissable, elle sautille de sa démarche guère élégante et néanmoins urf comme disait un joueur invétéré de ma connaissance qui se piquait de culture, regrettant au passage de ne pas être né au dix-neuvième siècle.

Sautant du coq à l’âne, mes pensées se focalisent sur son romantisme associé. Incorrigible rêveuse, je tente une transposition de ma situation présente. Guère probante, je mélange tout en un fourre-tout que n’importe quel historien trouverait indigeste et indécent. Princesse médiévale, troubadour, chevalier, brigand à la Cartouche, révolutionnaire sans culotte, anars purs et durs, martyrs de la commune, un foutoir sans nom, non dépourvu de charme, surtout parce que j’en suis l’héroïne, sans peur et sans reproche !

L’ensemble est assez semblable au résultat final qu’est l’ingestion de toutes ces connaissances scolaires plus ou moins mal assimilées et recrachées à un adulte sourcilleux et un parterre de spectateurs guère plus enthousiastes que moi.

Le tourbillon de ma pensée, conjugué à la psalmodie routière déclenche une sarabande infernale. Mes yeux se ferment, s’ouvrent, se referment. Je lutte pour ne pas céder. M’endormir maintenant me paraitrait quelque peu impoli pour mon chauffeur. Ne pas céder, ne…

« Pourquoi tu ne dors pas carrément ? demande soudain Elvyn, mon chauffeur occasionnel.

— Je ne sais pas. Une volonté involontaire ?

— Une idiotie ! Mets-toi derrière, pique un somme. »

La question d’un possible danger m’effleure sans me toucher. Ce vase clos, inconnu il y a peu, je l’éprouve comme mon premier abri après des années de précarité. Un relai de sérénité avant de repartir affronter mon nouveau monde. Je ne décèle ni piège, ni menace. Curieusement, je n’ai aucune crainte. Une espèce de paix s’abat en douceur sur moi. Drôle de sensation, je me sens m’endormir plus vite que mon ombre pour entrer de plain-pied dans un rêve familier.

Ou cauchemar domestique ?

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