Y'Ha'Ev

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Axiome de la Bor'And'Ja : “Inventer n’est jamais que reproduire des phénomènes existants !”

Comme j’ai déjà dû le dire, cette découverte, cette boule de rocs, sonne notre fin ! Irrémédiable… Nous, cervmaîtres, n’étions pas destinés à perdurer au-delà du but de la mission. Nous le savions ; l’avons assumés en toute conscience zhoumaine !

Personnellement j’en suis encore loin. C’est un fait absolu. Je serais le dernier hôte du vaisseau. Celui qui veillera. Celui qui achèvera le cycle. Qui prononcera sa destruction finale !

Ce soir, je vais parler. Le consensus s’est fait sur ma personne sans que je le recherche, presque par surprise. Je ne sais si c’est un honneur. Ne le cachons pas, l’effervescence domine en moi. Elle est un baume comme aperception depuis longtemps refoulée ; irritante comme inconscience irraisonnée, autrement dit, par rapport à nous, une méprise comportementale. Assumée ! Si ce n’est que, avant d’être des supers cerveaux, nous sommes des zhoumains ! Je puis vous garantir que ce bouillonnement, cette foi dirait des mystiques, n’est pas près de me quitter. Peut-être jamais, en tout cas avant de disparaître !

Notre rôle, sacerdoce diraient certains, à l’origine, ne laissait place aux doutes et incluait un double sacrifice, une double disparition !

Pour devenir cervmaître, nous avons dû renoncer à notre intégrité physique. Pour pérenniser l’avenir de nos frères zhoumains, ce qu’il en restait, une fois le but touché, nous n’avions que deux options. La première, mourir, disparaître hors les mémoires et annales de la zhoumanité !

La seconde demande un courage que personnellement je ne possède pas. Réintégrer un corps physique avec l’implémentation de notre enregistrement au moment de notre transformation. Chacun de nous a été averti que cette solution présenterait un inconvénient majeur. Il manquerait une partie de nos « moi », celle de notre parcours au travers de l’univers à la recherche du point de chute futur de la zhoumanité. Nous en garderions une conscience, en toute inconscience, sans jamais pouvoir éclaircir ce manque. Le risque serait grand alors de passer le reste de notre existence à rechercher une chimère qui serait entretenue par les récits, témoignages et enregistrements. Au contraire de mes frères, je ne veux pas vivre cet épisode. Je n’en désire aucunement prendre le risque.

Etrangers, vous pourriez penser que ce facteur amplifierait le risque d’un recours à notre toute puissance potentielle. Je vous affirme non. Nous avons beaucoup travaillé, encore plus espéré, très souvent déçu mais nous touchons au but… Assigné ! Nous avons mené nos passagers à l’aube possible d’une nouvelle chance. Elle nous suffit. L’avenir, ensuite et alors, n’est qu’une question de choix. Le mien est donc d’en finir. Sans, aucun, regret !

Ce moment de la séparation qui approchait, pour ma part, peut-être celle des autres aussi, j’en ai enfoui l’éventualité au plus profond d’un secteur reculé de mon cerveau ; celui dont nous n’avons jamais pu décoder le fonctionnement, le vrai rôle et ses interactions. Encore une tâche qu’éventuellement je pourrais m’assigner pendant la longue période de veille qui m’attend. J’aurais une forme d’éternité pour l’élucider, cette partie que certains n’hésitaient pas à qualifier de « secteur possiblement divin ! » ; d’autres pensaient qu’il n’entrait en fonction que lors du passage final, la mort.

Si nous, cervmaîtres, avons fait ce sacrifice, il ne faut pas croire que nos compatriotes n’en feront pas. Ils vont devoir se passer, tout comme nous, de leur potentielle immortalité. Que permet l’enregistrement de l’âme même si chaque version n’est pas tout à fait la même, sujette à erreurs. Il ne sera pas possible de transférer un équipement aussi sophistiqué dans un milieu où tout sera à construire. L’autre considération étant qu’à nouveau départ ne peut correspondre restauration d’anciens schémas. Ils pourraient fonctionner mais, plus probablement, ne le feront pas.

Je sens, même au travers du temps passé à venir, pointer une question. S’ils sont immortels, alors, pourquoi vouloir à tous prix une nouvelle terre d’accueil ? Pourquoi les cervmaîtres ne se contenteraient-ils pas de vivre au travers de l’univers ? La réponse sera une question. Quel serait le but alors ?

Oui, je suis immortel, à ne pas confondre avec éternel. Ma durabilité est même plus assise que celles de mes congénères. Je suis tout simplement. Nul besoin d’un corps sujet à l’usure. Je baigne dans mon liquide. Seule la destruction du vaisseau pourrait m’atteindre. Si mon « logement » n’était pas enchâssé dans une cellule de survie à l’épreuve de toutes les formes connues et recensées de destruction !

Seulement cette survivance n’oblitérerait pas certains manques et souvenirs. Ainsi, en ce moment précis, une pointe de jalousie me taraude tout en témoignant. Envers quoi ? Mes souvenirs de cœur ? La trace mnémoéthique de mon existence antérieure ? Non, mon manque de courage a affronté une situation alors que je sens tous les zhoumains, devenus autant d’amis, se préparer à la grande reconstruction.

En toute honnêteté, ce n’est, peut-être, pas exactement de la jalousie, pas intégralement en tout cas. C’est surtout un sentiment de perte infini, la cruauté de la séparation, le déchirement d’un père-mère face à l’autonomie de ses enfants tous nuancés par la joie d’une réussite. Ces êtres, je les ai couvés, aidés, opéré des corrections mentales, réparer nombre d’erreurs de renaissance, j’ai été et ce fut ma façon de le devenir, leur gémellaire.

J’ai appris une chose de cette période : être parents est surement l’acte le plus beau qui soit ! Probablement, je manque de références, oui ça peut m’arriver, plus que l’amour, mais, aussi, le plus tragique ! Son seul avenir est la séparation. Inéluctable !

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