Amelyne

21 minutes de lecture
Axiome de la Bor'And'Ja : “Un quart de mensonge n’implique pas forcément un trois-quarts de vérité !”

… Spatiale.

Je tombe. Tête la première, je plonge dans un trou noir, insondable, inconnu. J’étends mes bras, je tâtonne, à la recherche hypothétique de parois. Néant !

Je dégringole, oui, mais, sans bouger !

Sous des dehors cyniques, je suis très curieuse. Ce moment, j’ai l’impression déconcertante de l’attendre depuis longtemps. Comment ? Pourquoi ?

Je me connais un peu, suffisamment pour savoir que je suis en mode « ouvert » à tout. Avec une petite différence notable. Jusqu’à très récemment, cette ouverture correspondait exclusivement au pire. Définitivement négatif ! Plus aujourd’hui… Sans explication, rationnelle, je pars sur un acquit tous bénéfices. La situation, pour être parfaitement étrange, ne m’effraie absolument pas. Elle consolide cette décision de rupture prise il y a ? Je ne sais plus. J’ai perdu le compte des jours, du temps. Je ne note même plus l’alternance jour/nuit que les zhoumains avaient reconstitué pour nous. Je ne suis pas certaine qu’elle existe encore sous cette forme.

Face au futur, ses évènements, j’ai appris, parfois douloureusement, qu’il existe deux options de préparation. La concrète, des informations contextuelles sont présentes, il suffit alors de les intégrer, s’y adapter et agir. L’abstraite, sans donnée, nécessite d’ouvrir sa conscience, d’instaurer la confiance en son inconscience, en vue d’un but simple : ne s’apprêter à rien, donc, à tout ! Si je vous dis que cette dernière est ma préférée, en serez-vous surpris ? Elle a la qualité de son défaut, vice et versa, celle de s’adapter à toutes les configurations.

L’avenir, n’étant pas prévisible, jusqu’à preuve du contraire, même planifié avec la plus grande rigueur, est générateur de faits inattendus, non conformes, indésirables parfois, heureux à d’autres, les alternatives pouvant se révéler plurielles, parfois à une puissance X, et multiformes. Quelle que soit leurs natures, ils produisent une primo réaction, la surprise, pas nécessairement habillée de la stupeur. Voilà bien un mot protéiforme, à l’extrême, lui conférant la particularité de devenir facteur à plusieurs inconnues, générant des couches successives, entraves à l’action, à la liberté et, principale, empêcheur d’assimilation. Plus vous préparez précisément un plan d’action, plus il produira des couches épaisses, augmentant, statutaire paradoxe, un temps de réaction plus long. L’imagine aire de l’inattendu réclame une mise en conformité pas toujours aisée à produire, ni pourvue du temps nécessaire et/ou suffisant.

Dans l’attente du rien et du tout, il est un point essentiel à intégrer. Faire les constats pour pouvoir suivre la route non tracée, sinon avec aisance, sans trop d’efforts. Cette journée va en produire de nombreux sans le moindre de doute.

Le premier est là. Je chois, oui, mais sans mouvement. Je peux donc considérer être dans une sorte de virtualité. Ce puits, sans fond, devient alors la représentation de ma conscience face à un inconnu. Sa finalité ? La fin ! Je rejette cette éventualité de tout mon être. A peine émise, cette pensée provoque l’apparition de minuscules lucioles, très lumineuses. L’environnement acquière une prestance plus aimable.

J’ai un sens de la dignité comme tout un chacun(e). Purement subjectif, même acquit à coups de leçons moralisatrices plus ou moins pertinentes, il me suggère, pour cette fois, que tomber tête en bas n’est pas une quintessence. Une fois encore, ma pensée provoque un retournement, mode ralenti, plus en conformité avec ma volonté. J’allais dire caprice mais, au fond, parfois les deux mots se confondent. Nouveau constat envisageable, l’existence d’une interaction entre pensée et réalisation de celle-ci, dans ce que, dans un monde non virtuel, j’aurais nommé, sans hésitation, désirs, envies, fantasmes. Je tiens là donc ma première donnée sur l’atelempathie.

Manière de la vérifier, j’émets une pensée simple. Je désire m’asseoir. Rien ne se passe. Je m’y attendais. Je n’ai pas oublié ce que les zhoumains nous ont dit : l’atelempathie n’est pas la télépathie. Reste à déterminer ou cerner comme s’accordent volonté et réalisation. La différenciation entre action et inaction m’échappe pour le moment. Tous les mouvements réalisés jusqu’à présent sont issus d’une forme d’urgence. Sur cette base, je peux sérier deux échelons. Le premier serait « concret », le second « abstrait ». La frontière, entre passage de l’inactif à l’actif, vu de mon acquit à peine né, ne se dessine pas clairement. Je range mon questionnement dans le tiroir du « à revenir plus tard ! » Je gage que d’ici la fin de la journée, il s’emplira d’autres interrogations.

La peur qui ne s’était pas invitée jusqu’à présent, vient de toquer aux portes de mon esprit. Sans entrer ! Depuis le début, je vois. D’abord ce trou noir puis la luminescence des lucioles mais, comment ? Avant même l’injection de l’implant, j’avais fermé les yeux, par réflexe. Une légère panique m’envahit que je combats à coups de raidissement. Sans grand succès ! Une nausée nait. Elle augmente proportionnellement à l’expérimentation d’une vue intégrale. Je « vois » par tous mes membres, le moindre pore de ma peau, une vision coordonnée jusqu’à maintenant mais qui depuis a tendance à se fragmenter. Comme une multitude d’écrans de surveillance vidéo ! Mon cœur cogne à l’aune de ma pensée, demandant la permission de sortir à l’air libre afin d’y trouver l’air qui lui fait défaut. Je le rabroue sauvagement. Il me rétorque que ce serait bien que j’ouvre les yeux à la réalité du moment. Je lui obéis même si lui pensait second degré.

Aucune différence ! Ah ! Si, la fragmentation s’éloigne. Je doute que ce soit la simple action d’ouvrir le regard, plutôt le fait de penser fugitivement à autre chose. D’ailleurs elle réapparait. J’opte donc pour refermer les yeux et me concentrer sur cette faculté. C’est un mélange intime de vision, de senti, ressenti et, surprise, d’odeurs, anachronique et déconcertant. Ce que, jusqu’à cet instant, je considérais comme virtuel, ne l’est pas tout à fait. Je n’ai que traduit un environnement inconnu en une image connue. Une création personnelle, un habillage de cette atelempathie que je croyais être contenu. Où et comment placer celui-ci alors ? Ou est-ce le mode de fonctionnement spécifique ? Comment s’établit alors la communication ? En lâchant la bride ?

— Pas tout à fait, pas entièrement, pas uniquement ! Focalise-toi sur la confiance.

— Tu es le cervmaître !

Pas l’ombre d’un doute pour moi sur l’identité de mon interlocuteur.

— Oui !

— Tu es zhoumain finalement ?

— Quoi d’autres ?

— Je te pensais machine !

— Un aspect réducteur, non unique, qui peut être qualifié, en utilisant et contractant vos mots, de manineur, mimajeur.

— Confiance ? Ce ne peut pas être une condition suffisante !

— Vrai faux ! Dans l’univers, du point de vue zhoumain, chaque élément peut se qualifier, en tant qu’intégration dans une action, soit de voie particulière, soit globale. Quel est le bon choix ? La viabilité à moyen terme, sans doute possible à long terme, ne peut qu’être réalisable que dans une globalité. A court terme, la voie particulière peut sembler fonctionner ; ce sera toujours sur une période réduite appelant à fournir du carburant pour qu’elle puisse se proroger. C’est un peu, l’image va te parler immédiatement, la même différence qu’entre les énergies fossiles, non renouvelables, et celles dites recyclables comme le vent, l’eau ou les émissions d’une étoile. Précarité versus pérennité ! Je peux aussi te citer l’égoïsme et l’égocentrisme, hypocrisie et simulation, piété et pharisaïsme ; chaque fois le thème possède des similarités, de synonymie même, des leviers communs mais, les conséquences et effets diffèrent. Pour en revenir à la confiance, elle est à aligner sur le respect, au rang de valeur fondamentale. Elle nécessite le « par soi » pour atteindre le vous, le global versus le particularisme. A penser que respecter les autres, faire confiance à l’autre nous mèneraient aux sien et sienne n’est qu’illusoire, illusion. Inverser ainsi est l’assurance que, ce que tu penseras, penserais, savoir sur autrui, est, soit faux au pire, partiellement vrai au mieux. L’atelempathie dans cette configuration sera fonctionnelle, partiellement, défléchie, réduite et circonscrite au propre ego de l’acteur. Dans le monde normal, par opposition à celui de l’atelempathie, le risque le plus courant serait l’isolement, l’exclusion ; quelquefois, elle peut apporter la mort. Dans celui-ci, aux faux airs virtuels, la sanction, l’extinction, est finale, définitive, unilatérale !

— Quelque peu effrayant !

— Pour le spectateur, uniquement ! L’acteur ne se rend compte de rien. Ses relations avec le monde externe cessent, remplacées par une unique, envers lui et son moi, ou le contraire. Sa conscience va être intégralement accaparée par l’exploration de son entièreté de la moindre pensée basique au plus petit des osselets de son squelette en passant par tous les vaisseaux qui le composent. Une vie entière ne suffirait pas à en faire le tour.

— Il va s’éteindre faute d’alimentations.

— Complètement ! Même nourri artificiellement, la fin survient en quelques jours, quelques heures pour certains. Les nourritures solides, le manger/boire, sont indispensables à la continuité de l’existence mais ne sont pas la condition ultime. Il cohabite sur un strict plan d’égalité avec le respirer, voir, sentir, ressentir, toucher, entendre, penser. La solitude absolue n’est pas miscible avec l’état de sapience. Même l’ermite, dans son isolement volontaire, communique avec son environnement ; qu’il soit statique, supposé non pensant, ne fait pas de différences. Dans le vide absolu, même si tu pouvais y respirer, la mort t’atteindrait bien avant que la folie ne t’étreigne.

— L’atelempathie n’est donc pas un espace du vide.

— Même pas un espace au sens commun ! L’atelempathie n’est, que, un moyen, une façon, une ressource, une pièce à habiller.

— D’où le réflexe d’identification à un cadre connu !

— C’est un aspect temporaire incontournable, en soi ; il aide à la maîtrise de l’étrange, dans un premier temps ; de s’isoler, si besoin est, et, toujours de symboliser certaines fonctions que tu découvriras au fur et à mesure. Amelyne, tu as admis d’emblée d’évoluer dans une pièce non meublée. Elvyn lui s’imagine dans un puits sans fond. Deux abords parfaitement logiques pour qui vous connaît un peu. Tu communiques presque automatiquement, sans délai. Il lui faudra un peu plus de temps.

— Est-ce important ?

— Absolument pas ! C’est comme en éducation, un cours, « formel », s’entend différemment d’un individu à l’autre. Quand les deux l’ont assimilé, quelle différence, sinon quelques moments d’épargnés, gagnés ou perdus suivant les points de vue ? Futilité et sujétion du temps qui passe opposé à celui passé. Posés en équations, ils sont égaux ! Il n’existe ni de bonnes méthodes, ni de mauvais aboutis semant !

— Pour un couple, définition terrienne, ignorant de la vôtre, la tentation sera grande de fusionner ? Sans grand risque, j’envisage les mêmes conséquences, la perdition ?

— Non, oui, pour répondre dans l’ordre ! L’atelempathie ne fonctionne qu’en état de pleine conscience, le sine qua none de sa viabilité ; note que je n’y ai pas adjoint l’adjectif « bonne ». L’état atelempathique ne permettrait pas une telle finalité. Qui irait s’effacer en toute connaissance, non seulement de cause, mais, de fait ?

Les derniers mots furent émis avec à peine une nuance d’hésitation qu’elle traduit sans hésiter :

— Mais ?

— Chaque valeur, morale, règle connaissent anomalie, exception, singularité. Ici, ce sera une maladie, grave, mortifère, le syndrome fusionnel, dans tous ses états, y compris amoureux, dont la principale caractéristique est l’échelle de gravité dans la souffrance, ressentie ou pas, présente ou à venir, substituée ou pas, peu importe.

— Mortelle ? A ce point ?

— Objectivité subjective ! Tu es face à la caractérisation d’un manque de confiance patent, secondaire parfois, bénin s’il ne bascule pas du pôle positif au négatif. Donc s’il ne verse pas dans la méconnaissance de soi. Dans ce dernier cas, il y a identification, domination obligatoire, parfois obligataire de l’un des protagonistes ; qu’elle soit consciente ou alternative. Retour à la case départ…

— Et dysfonctionnement de l’atelempathie… Elvyn et moi sommes très proches du fusionnel.

— Subjectivité objective. Tu mets une conséquence, très éventuelle, en lieu et place d’une cause, la renommant non équitablement. Tu confonds avec complémentarité assaisonnée d’un ingrédient très relevant, nommé amour. Que ce dernier illustre l’amitié, un lien filial, voire une camaraderie ancrée de longue date ; autant d’affects où prédomine un facteur initial et terminal, la fidélité et son vecteur, pilier, probité/assiduité !

— L’atelempathie va renforcer cette complémentarité ?

— Bingo !

— Mais ne garantira pas l’amour, avec un grand A !

— Non, juste avec un petit. En zhoumain, le mot amour pour couple et famille, par exemple, n’est pas le même. Pour finir sur le syndrome fusionnel, la réponse au dysfonctionnement est : « ce serait trop facile ! » La technologie, le science parfaite, n’existent pas. Il y a toujours un risque. La fusion, telle que tu l’entends, ne produirait qu’une nouvelle entité. Elle ne garantirait pas, avec une quasi certitude, la survivance de la conscience du survivant ; celle de l’absorbé serait irrémédiablement effacée. Le transfert de son moi ne s’opérerait pas sauf à la marge et uniquement en valeur mémorielle. Le lien fusionnel, pour autant que soit approprié le qualificatif de « lien », disparaîtrait, anéanti. En tout logique, l’aspect existentiel d’une relation fusionnelle n’a qu’une visibilité à court terme, parfois parcellaire, omettant l’avenir. Il est un frein, puissant, à tout mouvement évolutionniste. Ce symptôme n’est que, comment diriez-vous ? Ah ! Oui, comme mettre des œillères. Reste une possibilité infime que la personnalité « sacrifiée », ses spécificités entrent et créent des interférences majeures, aliénant la distinction entre, pour utiliser tes mots, canal concret et abstrait. Fin, retour à la case un et perdition, disparition.

— Que deviendrait la nouvelle entité si sa création réussissait ?

— Nous n’en avons pas la moindre idée. Le cas ne s’est jamais présenté, heureusement. Quelques hypothèses quand même comme l’impossibilité de prendre pied dans un corps qui ne le reconnaitrait pas entièrement. Il le rejetterait comme membre étranger, ennemi.

— Pourtant l’atelempathie est proche cousine de vos régénérations ?

— Cousines, parentes mais avec une différence nette : l’une utilise une structure corporelle vierge de toutes imprégnations ; l’autre son propre corps. Une nuance de taille !

— Les implications de tout ceci sont presque divines.

— Presque, déduction faite de la connotation d’immortalité relative ou effective. Mais stoppons là pour permettre de relancer le processus. Ensuite nous aurons tout le temps d’aborder ces questions.

Au bénéfice de mes nouvelles perceptions, j’ai littéralement senti le cervmaître se retirer. Mon trou noir a repris forme. Me satisfaisant pour le moment, je l’ai laissé en place. Ma peur du début d’avant processus n’a jamais existé. Je sais qu’au bout, si quelque chose tourne mal, il n’y aura ni chute éternelle, ni écrabouillement, juste l’extinction, l’anéantissement. Je me laisse aller en abandon total, confiante en cette perception intégrale.

Une petite gêne résiduelle diffuse, en lien direct avec un sentiment d’impudeur. Sans même en savoir plus, il est évident qu’il y a mise à nu, ultime. Un afflux d’informations dont certaines qui lui étaient connues sans qu’elle n’en est jamais tenu compte ou même seulement en avoir eu un déclic. Ainsi cette manie de relever sa mèche à tout bout de champ, la plupart du temps sans raison ; ce réflexe de défense fait d’ironie mordante et souvent cynique ; ou celui qui la poussait à tenter de se rendre invisible dans une assistance trop nombreuse et tant d’autres.

Tous ces détails m’arrivent par le biais d’une partie de mon secteur mémoire. Il semble qu’y sont inscrits, stockés, vérification ultérieure nécessaire, les moindres évènements, faits, depuis sa naissance, peut-être avant aussi. Dire que j’en ai « oublié » un grand nombre est évident mais, certains, ont une atmosphère qui ne sent pas ma globalité ; comme appartenant à un tiers qui aurait un ADN proche. La vraie question ? Est-ce vraiment de l’oubli au sens commun ? Ou la conjonction de la conception zhoumaine d’une conscience/inconscience à plusieurs niveaux, étendue à la mémoire, dont les secteurs remplaçant les niveaux ? Ce que j’en « voyais » m’incite fortement à le penser. L’un de ces derniers, celui qui m’intéresse en cet instant, ne peut-il être une espèce de mise en cache ? A destination de quoi ? De qui ? Sinon à un niveau d’inconscient ? Un réservoir dans lequel puiser une source d’alimentation, une nourriture ? Il y aurait une explication possible à ce phénomène se produisant lorsque, juste avant de s’endormir, le fait d’évoquer un problème peut amener sa résolution le lendemain au réveil !

Spéculations dont les réponses devraient attendre. Je peux quand même en tirer une conclusion partielle. A compter de maintenant, mes mémoires, devenues plurielles, jusqu’alors plutôt sélectives, au gré de moments, plus ou moins heureux, de fantasmes, nécessités sécuritaires nées ou causées par mes égoïsmes, mon égocentrisme, me seraient intégralement accessibles. Bonne ou mauvaise acquisition ? Une intégrité nouvelle bien plus ? Comment la qualifier ? Entière, intégrale, formelle ? Un peu de tout, sans le côté achevé, irrévocable !

Je crois qu’il est temps pour moi de « voir » mon environnement immédiat. Mon œil, le vrai, est attiré par une ombre se déplaçant à grande vitesse. Elvyn ! Sans le moindre doute, tout comme le fait que sa panique est manifeste. Le cervmaître m’ayant prévenu, je ne suis pas surprise. Je tente un signe, mental. Il ne lui parvient pas ou ne comprend pas. Je n’ai pas de moyens de confirmer l’un ou l’autre fait. A haute voix, je lui crie de fermer les yeux, comme il lui demanda lors de leur première incursion dans le L’Lia'ndra. En espérant qu’il a entendu, je fais cesser ma chute. Lui la poursuit.

Je ne suis pas inquiète pour Elvyn. Il va réagir. Réaliser, que la volonté permanente de toujours vouloir comprendre ce qui lui arrivait, peut parfois être un frein, un non choix, désir inconscient de ne pas avancer par crainte de la suite. En attendant, sa trace s’est évanouie.

Je reprends mon observation. Tout l’espace proche est zébré de lignes d’une finesse telle qu’elle n’aurait pas dû les percevoir. J’ai même l’impression d’être le centre d’un mouvement permanent. Elles me traversent, pénétrant avant de ressortir pour s’agréger en une petite boule, à peine distincte, à la limite de son champ visuel, le physique normal, le seul potentiellement à sa portée. Les autres, les nouveaux, la sollicitent, trop(?), par ailleurs et requièrent une maîtrise qu’elle est encore loin de posséder.

Le nombre de lignes ne semble pas diminuer, formant un réseau dense, sur une palette de couleurs complète, de toutes tailles. La tentation d’en suivre une est trop tentante. j’opte pour une, vert tendre, un peu plus épaisse que ses voisines. Aurais-je dû être surprise qu’elle aboutisse à Elvyn ? Qui se débattait toujours dans son un con préhension mentale. Tout en se servant sans vergogne de l’effet atelempathique ! Je lui réitérais de fermer les yeux. Que j’accompagne d’un bien senti « Fais ce que je dis, pas ce que je fais ! » Un changement se produit immédiatement, preuve indéniable que cette fois, elle a été entendue.

Je suis quand même un peu rassurée. Je repars dans mon exploration. j’ai la certitude que ces lignes n’existent que pour se conformer à ma structure psychologique. j’ai envie d’en suivre une autre, couleur noire. Elle me mène directement à une salle que les zhoumains nomment, d’une manière que je peux qualifier de cynique, adossée à mes nouvelles connaissances zhoumaines, « la caisse à savon pressurisée. » Le lieu abrite le cervmaître, les, devrais-je dire.

Nouveau constat, déduction, élément d’une confiance ou d’un désespoir, ou des deux, preuve intangible d’une urgence paradoxale en milieu zhoumain, plus aucun secteur du vaisseau ne leur serait maintenant interdit. A méditer !

Ces lignes qui zèbrent tout l’espace semblent répondre à une logique. Une couleur correspond à une catégorie. J’ai l’impression très nette que le vert désigne des connaissances. Je ne saurais préciser à quel degré, amical, filial, amoureux, simple connaissance ? Le noir, unique, est les cervmaîtres. Il y du marron, du bleu très pâle, gris perle, jaune paille et, enfin, orange corail. Comme la noire, cette ligne est unique, pansue accentuée par une ressemblance avec un tore. Son apparence attise, comment en douter, ma curiosité. J’ai donc envie d’en savoir plus et, dans ce cas, de la décision à l’action, il n’y a guère plus rapide que moi. En avant pour la « fil » à « Tur » !

Je me retrouve rapidement face à une paroi, dernier rempart avant l’espace. Dans l’espace ! Vais-je oser ? Sans hésitation ! Pour n’avoir pas de matérialité, je n’en ressens pas moins une ivresse tangible. Jamais je n’aurais imaginé me retrouver ainsi à pouvoir voyager dans l’éther, l’infini de l’univers. Le sillage de ma cible orange file tout droit, passant au travers de tout. La matière ne l’arrête pas. Je commence à ressentir une accélération forte tendant vers l’insensé. Une douleur ciblée, cœur, violente, m’assaille. Illusion ? Je sens le vent du déplacement de l’air comme une gifle sèche et répétée.

La peur, ignorée jusqu’à maintenant, arrive au galop. L’état atelempathique, dans l’état de découverte qui est le mien, le nôtre, procure confusion, décalage d’une familiarité face à l’hun connu, pas encore. Je pourrais croire que rien ne pourrait m’arriver ; que mon imagination fait tout le travail ; une sorte de psychosomatique inversé ! Dans un cas, tu te crois malade, tellement, qu’à force, tu le deviens face à, tu es malade, tu te penses sain. En sécurité… Je ne suis pas assez naïve pour y adhérer. L’évidence est que je peux parfaitement me réveiller en plein dans cet espace, virtuelle apparence, dans l’incapacité de revenir, d’être ramenée ; mon immatériel à mes côtés, mon squelette d’un autre ! Morte pour le monde commun ; errante pour mon esprit. La question serait alors l’un peut-il survivre sans l’autre ? Retour à une interrogation métaphysique pure, sans réponse valide, panique assurée ; ai-je envie de la connaître ? Assurément non ! Pas à cet instant…

L’être humain est construit, que nous le voulions ou pas, de réflexes, habitudes, routines, bonnes, mauvaises, temporaires ou définitives. Je n’échappe pas à cette règle. Je ferme donc les yeux, Geste salvateur initié par Elvyn, dont nous usons, avant d’en abuser peut-être un jour, pour lutter contre les étrangetés qui nous ont assailli depuis notre rencontre et, surtout, notre arrivée à bord. Il nous aide à atteindre un état plus serein. L’effet se vérifie encore cette fois, un retour au calme m’insuffle. Je ressens un véritable freinage d’urgence s’accomplir. Le lien entre atelempathie, volonté sous-jacente et réalité double se vérifie. Nouveau constat que je m’empresse de confirmer en rouvrant mon regard, je devrais dire mes. Détail que j’avais déjà intégré, cette particularité de voir à 380° degrés. Je peux donc la contrôler par les yeux ? Ou est-ce une relation encore de ce lien ? La réponse, une de plus, attendra. Le fait, l’accélération reprend. Je vais devoir me battre pour imposer ma volonté consciente de ralentir. Je bande ma volonté, serre littéralement mes dents, virtuelles. Au bout d’un long moment, j’y parviens, sans vraiment comprendre comment ? Je finis même par m’immobiliser. Et rester clouée !

Devant mon regard, une somptueuse sphère grise sur le noir de l’espace occulte une boule bleue. Eluard Paul, revisité ou expliqué, me revient en mémoire, le poème défile, une phrase s’imprime : « Jamais une erreur les mots ne mentent pas » Lune, Terre, il ne manque que Soleil pourtant sa présence est immarcescible. Triptyque parfait de l’illustration Amour, Vie, Mort ? L’ensemble renvoie mes questions précédentes aux calendes grecques. Une seule finit par surnager, reléguant la poésie, prévalant la factualité pragmatique. Quel lien entre ligne orange et Terre ? Je ne la voyais plus au-delà. Ma curiosité s’est subitement éteinte. Remplacée par une crainte irraisonnée, diffuse, injustifiée en l’état, symbolisant une envie forcenée d’un retour à des sensations plus primaires, basiques. Je veux rentrer chez moi ! En moi ! Emoi ! Et moi !

J’enfoncerais des portes ouvertes en précisant que je suis loin d’avoir compris comment fonctionnent les deux niveaux de pensées que j’ai définies auparavant. En tout cas, la simple évocation d’un retour m’a provoqué une douleur d’une violence jamais ressentie ; accompagnée de soubresauts saccadés totalement arythmiques. La vision de mort possible, presque certaine, m’accable. Je suis dans l’impuissance. Le vaisseau ne m’est plus visible. La ligne orange a disparu. Je m’apprête à la résignation finale, fatale quand une « voix » véhémente me parvient :

— Ne bouges plus ! Laisse-toi faire, ta vie en dépend.

Le cervmaître ! Je ne sais pas si un soulagement peut s’abattre sur des épaules mais c’est mon sentiment présent. J’en masque la nuance d’anxiété du ton. Sans plus de manières, je m’abandonne.

— Bruler les étapes semble un sport humain !

Si le cervmaître dit ça, c’est qu’Elvyn, de son côté, a fait des siennes aussi. Il a donc dépassé le stade panique et partir à l’abordage de sa curiosité. Elle n’a pas de doutes. Il l’est bien plus qu’elle, toute la différence entre ma conception toute en première intention et la sienne à tiroirs multiples. Elle sourit et répond :

— Spécificité !

— La curiosité est un moteur de toutes formes d’existence au détriment parfois des simples règles de sécurité. Les exemples ne manqueraient pas. Elle est parfois qualifiée d’imprudente alors qu’il faudrait dire inconscience. L’atelempathie amplifie ce trait et s’accommode très mal d’une exécution en mode prescience non conscientisée. Si tu intègres que ce que tu viens de vivre, a duré moins de trente de vos secondes, que serais-tu devenue si nous n’avions pas veillé ? Tout outil, et c’en est un, demande apprentissage puis maîtrise.

Nulle intonation de reproche dans la voix, seulement un débit presque professoral, preuve que les zhoumains les avait laissés faire. Pour apprendre ! Éducation à la zhoumaine ? Ils n’avaient jamais donc couru le moindre risque ! La phrase suivante le lui confirma :

— Tu as interrompu le processus mais il est temps de sortir du mode « pause ». C’était sans danger mais tout doit avoir une fin pour mieux démarrer un début. Prête ?

J’opine en créant une onde et reçus, en retour, une pression amicale de compréhension. Soulagée, je déconnectais, intégralement, plongeant dans une demie catalepsie où seule une infime partie de ma conscience subsistait. Je remarquais alors que cette dernière fonctionnait vraiment par secteurs différenciés, trois pour être précise. Les deux que j’avais défini un peu au hasard, un troisième dont j’ignorais encore la fonction et une multitude de sous domaines comme des cases ou des consignes de gare hébergeant temporairement des données avant d’être utilisées ou partir ailleurs. Plus tard, je saurais que j’avais intégré la globalité du processus atelempathique. Resterait les détails ! Comme tout phénomène, le plus simple à assimiler est le global, le plus abstrait les détails. C’est comme visualiser un ensemble, dès que nous attachons aux précisions, la vision se brouille, change, diffère, diverge. Toujours cette confusion classique de la sapience entre contenant et contenu… Pourquoi n’ai-pas dit humanité ? Je commence à, comme Elvyn, m’assimiler partiellement aux zhoumains. Ce qui, allez savoir pourquoi, totalement hors contexte, m’amène à proférer, à voix haute, une de mes vannes, pas drôle comme souvent :

— Maintenant je peux agir et voir comme un pied sans craindre le ridicule !

La réponse que j’obtins, si telle elle était, aurait pu se comprendre à différents niveaux, pas forcément flatteurs ou rassurants.

— Extinction !

Le peu de sensations restantes s’effacèrent. Je ne « voyais » plus rien, de nulle partie. Puis un infime point lumineux apparut. Il provient d’un minuscule espace de ma mémoire. Sans tarder, je le rejoins. J’y retrouve quelques sensibilités partielles comme la réverbération d’une image par jour de grande chaleur. Tous mes sens ont la tremblote. Je m’aperçois bien vite que j’ai le pouvoir de les atténuer ou les accentuer. J’occulte donc le maximum pour favoriser la vue. Ma curiosité m’incite à regarder mon corps physique, l’accompagner dans son dernier voyage sous cette forme.

Il n’est plus. Je suis au plus proche de ce que peut être la mort. Je n’éprouve nulle panique, même pas de regrets, presque le contraire. Pourquoi autrement d’ailleurs puisque je sais me reconstruire dans quelques minutes. L’atelempathie ne doit pas être éloignée de leur technique de renaissance dans un autre corps. Un fracas soudain retentit. Sans même s’interroger sur l’origine, elle « reconnut » la patte d’Elvyn. F’Lm’Dig lui confirma.

— Votre compagnon expérimente…

Traduction, Elvyn devait faire son mâle basique ! Partir à l’abordage de ses nouvelles possibilités sans les connaître. C’était lui, une fois admis le principe, il devenait aventureux, sans hésitation, quitte à n’avoir pas tout assimilé. Avais-je fait mieux au fond ? Que foncer en acceptant directement un état de fait, sans procéder à la moindre vérification, ni tentative de compréhension quelconque ! J’envoyais un « attends ! » qui ne reçut de réponse que du cervmaître :

— Inutile de lui parler, c’est un enregistrement !

— Vous ou moi ?

— Question incongrue ! Nous ne nous serions pas permis une telle incivilité.

— Pourquoi cette apparition ?

— Mise à niveau en cours. Elle commence par le premier secteur d’inconscience. Celui qui met en réserve des évènements potentiellement importants dans un sens intime, familial, amical pour les restituer dans un moment propice, ou pas d’ailleurs.

L’atelempathie allait vraiment loin. J’en conclus que mon compagnon en avait fini de la mise en place. Je tente de le percevoir mais il n’a pas encore réintégré son enveloppe du monde réel. Anachronisme, je souhaite qu’il ne le fasse pas rapidement. Je ne voudrais pas qu’il me voit intégralement à nue. Pas comme ça ! Pas maintenant… Réaction parfaitement subjective, car, réciproquement, me serais-je abstenue ? Non, je dois avouer que j’en aurais profité…

Je perçois comme un signal. Mon enveloppe personnelle réclame mon attention. Elle est primordiale pour le bon ordonnancement des liaisons, des sens et la réinitialisation des sensations. Je me « cale » confortablement et j’immerge au beau milieu des points lumineux. C’est comme un bain moussant longtemps espéré après une journée harassante. Je me laisse « couler ! » je suis prête à réaliser le gros travail d’optimisation qui m’attend. Une évidence, pêchée d’elle ne savait où, comme celle qu’Elvyn l’avait reporté, par ignorance, ou, volontairement ?

— Ensemble !

Volontairement donc ! Sans hésitation, je lui réponds :

— Ensemble !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
phillechat
Jules raconte une histoire.
2
5
1
4
Seigneur chihuahua !
Voici une rédaction sur un sujet d'imagination que j'avais fait en troisième. J'espère que cela vous plaira !

/Oeuvre terminée/
4
4
0
2
Sterc

À toi, l'enfant apeuré,
Ce que tu as connu, au début,
De ta délicieuse vie,
N'a pas été évident, aisé, confortable,
Mais je voudrais te dire qu'aujourd'hui,
Tu n'as plus de vraies raisons,
D'avoir cette peur qui s'enracine,
Davantage en toi, quand tu es en colère,
Tant que tu ne l'auras pas explosée,
En prenant confiance en toi,
Et en t'ouvrant sur le monde,
Oui, pendant des années,
Pour survivre, tu t'es construit,
Une armure, indestructible,
Tel Le destructeur au Royaume d'Asgard,
Sauf que cette armure, commence,
À me tuer à petit feu, en surface,
Certes, tu es effrayé par le pire de l'Homme,
Mais si tu continues ainsi,
Nous allons passer notre vie à fuir,
Et nous finirons comme les esprits,
Des pirates, condamnés à voguer éternellement,
Dans Pirates des Caraïbes,
On sait pertinemment, que nous le voulons pas,
Alors avant de tirer cette énième fusée de détresse,
D'appeler des renforts à la radio, qui n'arriveront,
Qu'après que nous fûmes massacrés,
Par l'impitoyable peur, sommeillant en nous,
Que tu as du mal à renfermer dans une boite de Pandore,
Avec une épée de Damoclès par-dessus,
Prends ma main et,
Fais moi confiance,
Nous serons invincibles tous les 2,
Par notre courage impérieux,
Et notre confiance en nous
1
0
0
1

Vous aimez lire JPierre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0