Sy'Phet

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Axiome de la Bor'And'Ja : “Tu n’as rien à dire ? Dis-le !”

Note aux consultants : Ce témoignage n’est pas une archive. Il a eu lieu « en direct ». Il est un assemblage en vue synthétique faisant intervenir zhoumains comme terriens. Il agrège les faits pour en faire une unité. Curieusement les archives zhoumaines éducatives n’existent pas vraiment. A vrai dire le mot même d’éducation n’a pas d’équivalent terrien. La notion recouvre un florilège de termes désignant plus que des nuances, soit bien plus précises ou, au contraire, plus floues que les nôtres.

Il serait aisé de croire que la nature humaine est changeante, adaptante. Il en va de même avec l’essence de tout ce qui compose l’univers. La confusion avec la simple évolution est amplement majoritaire et créatrice d’impasses. Les uns sont la conséquence de l’autre et l’inversion cause conséquence ne devrait pas avoir lieu.

Il n’existe pas une seconde de temps qui ne l’impose pas. Quoique nous fassions, projetions, voudrions, nos environnements se mettent en opposition. Cette dernière n’est pas un facteur négatif. Il peut le devenir mais, généralement et majoritairement, il est le porteur de l’avancée voire de la régressivité qui, au final, reste une évolution qu’il faudrait bien se garder de qualifier de négative ou positive. S’il est une chose qui n’a pas cours dans l’univers, c’est bien l’immobilisme. Même la mort ne peut l’être considérée. Elle est elle-même une évolution.

Nous-je étions bien loin des premiers jours assaillis par l’étrangeté de nos ravisseurs. Nous continuions à les qualifier ainsi mais nous n’y mettions plus l’aspect négatif. Je-nous avouerions même qu’il y avait une nuance de presque affection. Presque car il restait des troubles, souvent liés à des comportements singuliers, pour nous humains.

L’un des principaux ? Cette faculté à, ce qui serait qualifié sur Terre, de « passer du coq à l’âne. » Pour eux c’était naturel. Pour nous, elle impliquait une réflexion et une recherche. Ainsi ce matin-là, nous étions dans une configuration classique, presque habituelle. Nous devisions, en roue libre quand une zhoumaine, As’Ty’Hui, jeta à la cantonade :

Parler de l’éducation zhoumaine ?

Elle faisait référence à une question que j’avais posée quelque temps avant. Elle n’avait pas obtenu de vraies réponses. Sans être sortie de ma tête, je l’avais remisé dans la catégorie « en attente » et, pour dire vrai, je l’avais quelque peu oublié.

Il faut savoir et comprendre une chose à propos des zhoumains. Ils ne laissent jamais une question sans réponse. Simplement ils y répondent, d’une manière ou d’une autre, aux moments qu’ils choisissent, pour des raisons pas toujours claires pour nous. Dans les débuts, nous les avions pressés, sans aucun résultat probant et, avec une seule réponse constante : « Vous saurez ! »

Les réponses faites ne proviennent pas toujours, et même souvent, de l’interrogé. Comme aujourd’hui ! As’Ty’Hui n’était même pas présente le jour où je l’avais posée.

As’Ty’Hui était une « renée », le terme que nous avions adopté pour les qualifier. Nous n’avions pas pu nous résoudre à les assimiler à des clones. Même pour des ignares scientifiques comme nous les différences étaient trop importantes.

Chaque zhoumain sur le vaisseau avait donc peu ou prou le même âge physique. Mais, surprise, nous avions constaté qu’il était aisé de déterminer l’âge réel de leurs « hôtes » au moment des enregistrements servant à leur reconstruction.

Notre surprise avait reçu une réponse instantanée. Pour les zhoumains, il n’y avait là qu’évidences. L’accumulation des années détermine obligatoirement l’évolution de nos expressions, regards, sensations, mouvances, pensées, quelle que soit votre forme. La simple observation permet donc de déterminer la catégorisation d’une personne sans avoir besoin d’en connaître l’âge précis. Ce dernier est une entrave, un faux semblant n’apportant rien hormis une ségrégation larvée.

Point n’est besoin d’une grande recherche pour faire de simples constats. Depuis l’adolescent « attardé » jusqu’au vieux « bien conservé », en passant par le bambin « en avance », les exemples ne manquent pas du décalage possible entre nombre et réalité. Les zhoumains ne comptent donc pas, comme dans beaucoup d’autres domaines. Ils s’appuient uniquement sur une évolution mentale ; laquelle conditionne une catégorie : naissance, primenfance, enfance, adolescence, adultescence, maturescence, vieillence, sénilescence. Aucune ne préjuge de quelconque capacité ou incapacité. Elles soulignent juste l’évolution intellectuelle et le degré d’autonomie, sens responsabilisation personnelle.

Li'Yu'Thi, qui devenait peu à peu leur interlocuteur privilégié, leur avait servi une de ces réflexions purement zhoumaines dans son laconisme : « L’âge ne peut se travestir que les organes soient neufs ou d’occasions ! »

As’Ty’Hui est donc une adolescente. Celle-ci, en valeur zhoumaine, est très différente de la nôtre. Elle n’est pas cette période où l’insouciance est reine. Au contraire, elle est un intermédiaire, court et intense, où elle se délite. Où la tentation du refus, des vaines tentatives pour la faire perdurer, ouvre la voie aux excès possibles ; où, paradoxalement, ils sont un marqueur sain de l’évolution. Pourvu qu’ils ne soient pas gangrénés par des donneurs de leçons oublieux ou nourris par un quelconque extrémisme de mauvais aloi. L’adolescence est un moment clef et déterminant qui se prépare bien en amont et s’accompagne quand il survint. S’accompagne, pas se dirige. Pour schématiser, avant les parents soutiennent, orientent, déterminent aussi ; pendant et après ils marchent à côté sans jamais empiéter sur leur route propre.

L’adolescence est tellement essentielle qu’elle peut procurer des regrets éternels de la quitter. Au point de la rechercher plus avant dans l’existence, parfois frénétiquement. Ne pas la vivre, c’est s’assurer un handicap incurable d’autant larvé qu’il n’achoppe pas le cours de la vie ; ni de trouver l’équilibre qu’est le bonheur. Il restera toutefois un manque. Ce ne sera ni le seul, ni le plus grave, ou le contraire. L’existence d’un être ne peut pas être un cheminement parfait, linéaire, préconçu. Elle comporte nombre de ratés, quelque soit la raison, aveuglement, urgence, retard, les raisons ne manquent pas. Parfois il faut prendre le temps de s’y arrêter, parfois. Le plus souvent, son simple constat suffit à aplanir. Par anachronisme, il est possible de la faire exister dans la maturescence. Elle en aura l’odeur, le goût mais aucunement la saveur. Il lui manquera définitivement cette insouciance des premières tranches de vie.

Sûr que si nous avions posé la question de la légitimité d’une telle jeunesse pour un sujet aussi primordial, la réponse aurait été : « Qui de plus légitime que celui qui la reçoit ? »

Toutes conversations zhoumaines, formelles ou non, génèrent un synthétiseur qu’eux nomment, d’après leur propre traduction, synthiseur. La meilleure image serait celle de l’animateur de débat. As’Ty’Hui serait donc celui du jour.

Un autre point était attaché aux zhoumains. Jamais ils ne livrent une information qui ne produise d’échange(s). Même le plus bénin des dialogues doit pouvoir opérer un apport. Sur Terre, il aurait été le parfait symbole de l’individu pratiquant le refus du "parler pour ne rien dire". Il est donc facile de deviner qu’ils ne sont guère loquaces. Dans le banal, il peut parfaitement se contenter d’opiner, désigner, sans prononcer la moindre parole, ni provoquer vexation.

Enfin toutes les conversations zhoumaines sont ouvertes. Quiconque peut y pénétrer, en sortir sans s’attirer la moindre remarque. Pour l’intimité, il y a l’atelempathie.

*

Réparons un manque patent. Je vais me confier aux archives en rassemblant tous mes souvenirs ainsi que certains autres.

*

Je me nomme donc As’Ty’Hui. A l’époque du récit, je suis en fin d’adolescence, je pense, même sans certitude, être tout prêt de l’adultescence. Cette journée me voie complètement libre de tout engagement. Il y a comme une ivresse à l’être et à le ressentir. La liberté est sentiment et n’est que ça au final ! Elle se heurte sans cesse aux environnements multiples qui construisent une existence ordinaire. L’être le plus libre au monde n’est et ne sera toujours que l’ermite. Sa position lui permettra de rassembler le plus fort pourcentage possible de probabilité d’être le moins pollué. Pour les autres, dont moi, elle est comme articulation qui frotte contre les parois de sa cavité. Parfois elle voudrait bien en sortir !

*

Apport oral d’Amelyne : Vue de loin et en s’en tenant à l’apparence, la culture et le mode de vie zhoumain pourrait faire croire que nous nous trouvons devant un modèle de société à tendance libertaire où la liberté aurait tout son sens ; où tout un chacun serait en mesure de faire ce que bon lui semble. Pourrait n’étant pas être, le croire ne serait que la vision étroite, partielle procurée par des jumelles borgnes.

*

Apport oral d’Elvyn : « La liberté n’est qu’un sentiment ! » proclame un des axiomes de la Bor'And'Ja.

Comme tout sentiment, l’usage des pincettes est recommandé. La subjectivité personnelle entre pour une part primordiale dans celui-ci.

La méfiance est de rigueur et sert de contrepoids. Le ou les sentiments ont une fâcheuse tendance à submerger ; allant même jusqu’à devenir un moteur décisionnaire qui ne peut que mener vers du « grand n’importe quoi ! » Les exemples ne manquent pas. Elle occulte, ou peut le faire, toute analyse saine pouvant mener alors à des conflagrations titanesques entrainant des millions de morts.

Sa fugacité peut parfaitement être illustrée par cette phrase magique que trop prononcent sans réfléchir : « Je t’aime ! » Alors qu’il serait plus important de savoir pourquoi, le dire ! Le sentiment n’est pas différent de la dualité permanente de l’univers : blanc, noir ; bon, mal ! Le simple fait de croire, qu’en le disant, va le prolonger au-delà de son instant, le fait pencher, qu’on le veuille ou non, d’un côté à l’autre, en déséquilibre permanent. Parfois, alors, la balance penche du mauvais côté, parfois du bon. Le couple entre alors dans une phase de hasard et, sans avoir besoin de faire des statistiques, rencontre majoritairement un mur que peu peuvent éviter, contourner, détruire.

*

Reste que les sentiments, et son corollaire indispensable, l’expression de ces sentiments, sont une partie intégrante de l’âme zhoumaine. Ils sont le vrai symbole de la sapience bien avant cette somme de connaissances et de sagesse, l’intelligence, qui n’est qu’un pan réducteur et, à vrai dire, quelque peu… sentimental ! Croire que cette dernière est un apanage zhoumain est une pure hérésie, un orgueil mal placé et parfaitement sordide. Il est aisé de faire l’ignorant et de réduire une notion à un seul pan sans se demander si une autre vision, version n’est pas possible. Sans prendre en considération l’univers dans son ensemble, ne serait-ce qu’à l’intérieur de notre/votre terre, il existe bien des espèces animales parfaitement intelligentes, capable de raisonnements qui, pour n’être pas foncièrement pragmatiques, à nos sens, sont parfaitement sensées.

Le plus fragile des animaux, celui qui ne peut trouver son salut que dans la fuite, par ce simple geste, effectue déjà un raisonnement. Croire que ce ne serait qu’un réflexe est une hérésie ayant pour base une fatuité sans borne, non pas mal placée, parfaitement sordide. Cet animal qui fuit, ne le fait pas toute la journée. Ce n’est pas une machine, parfois, il se cache. C’est la présence du danger qui va l’amener à courir, le ressenti de celui-ci. Ressentir mène directement au sentiment. Est-il capable de dominer celui-ci ? C’est une question que nous sommes en droit de nous poser ! La question ou la comparaison avec nous autres zhoumains pourraient se faire sur sa capacité à se sublimer pour faire en sorte d’entamer une progression rendant cette situation de fuite perpétuelle vers un plus de confort et de protection. Question tout à fait inutile pour peu qu’un minimum d’observation soit faite. Oui, nous autres zhoumains, êtres relativement fragiles physiquement, comparativement à d’autres espèces, avons fait en sorte de dominer notre environnement. Mais n’est-ce pas quelque peu illusoire ? Chaque jour révèle de nouvelles sortes « d’ennemis ». Schématiquement, nous sommes passés du plus grand à l’infiniment petit voire de l’invisible ou de l’inconnu. Il est presque certain qu’à l’occasion d’une expansion qui sera presque un fait obligatoire vers l’espace, surgirons de nouveau des obstacles. Une lutte perpétuelle qui peut facilement et avec raison se confondre avec une fuite sans fin. Réduire sa vision à une seule focale à un côté pratique pour tout envahisseur, pour tout raciste. Tout ce qui n’est pas lui, ou comme lui, est inférieur, parfois et trop souvent même, à son propre animal de compagnie. Ce n’est certainement pas une manière zhoumaine d’envisager l’existence que d’opérer des raccourcis aussi réducteurs, égocentriques et définitivement inzhoumains.

Au mot liberté, nous préférons le mot autonomie qui inclue bien plus une capacité réflective et une prise de responsabilités de, par et pour ses environnements. Le problème de nombres de théories émises de par la zhoumanité ne peuvent fonctionner que pour un nombre d’individus extrêmement réduits, se résumant, très précisément, à une unité. Au-delà, les paramètres s’accumulent à vitesse grand V. Toutes les belles théories, dès qu’adoptées par un tiers, se verront modifier volontairement ou non. Rien ne résiste au regard personnel de tout un chacun, à son égoïsme dans le meilleur des cas, son égocentrisme dans le pire.

La plus belle anarchie est celle qui contient des règles. La plus belle des règles est celle qui n’a pas besoin d’une signature, d’une publication, d’une force pour la faire respecter. Celle qui vous donnera ce sentiment de liberté librement consentie dans son application.

Tout rassemblement de plus d’une personne nécessite des règles. Il ne saurait être question de s’en passer, que la forme de celle-ci soit tribale ou animale. Qu’il s’agisse d’une obligation n’est pas contestable mais, encore une fois, le ressenti diffère d’une extrême à l’autre suivant la variation ou le côté de la barrière où l’on se trouve. L’éducation, sens scolaire, en est une dont la définition est « apprentissage global de la vie ! »

La meilleure image que je n’en ai jamais eue depuis que j’ai été en mesure d’un concevoir un sens, est celle d’une montagne à gravir. Telle peut, est la définition de notre éducation. Toute montagne a un sommet. Les chemins pour y accéder sont multiples. Ils se trouvent que si ils permettent l’ascension, ils en en sont tout autant ceux de la descente. Elle peut être très rapide comme tout aussi longue que la montée.

*

Le mot scolarité, les écoles, collèges, lycées, facs, professeurs n’existent pas chez nous ou, pour être plus exact, pas d’une manière aussi précise sur un champ d’application aussi étroit. En s’en tenant aux apparences, la différence ne serait pas flagrante avec la Terre. Il y a des bâtiments, des personnels, des programmes. Au-delà, clairement, le contenant ne fait pas le contenu. Ne cherchez pas de salles de cours. Pensez-y comme des sortes d’atelier ludo-éducatif à usage conférencier publique.

Les cycles scolaires n’existent pas. La fréquentation des Sy’Phet, école mal traduit, ne connaît aucune limite de temps. Leur seul point de repère, la seule obligation est que son entrée est assujettie aux 2 blocs de savoirs basiques : écrire, lire, compter et bonjour, au revoir, s’il vous plait, merci. Nous les nommons Ar’Ch’Ro « règles de bienséance », traduction partiellement inexacte la plus proche.

Ces acquis sont du domaine exclusifs de la famille qui, pour rappel, se décompose en une partie génitrice et éducatrice. Sans vraie prérogative, chacune s’occupe d’un bloc. Les 2 sont tellement liés, contre toutes apparences, qu’une osmose se crée. De ces 2 blocs découlent naturellement un « vivre » et entraîne la notion primordiale qu’est le respect.

Notre société, sous ses apparences libertaires, est très morale, dans le sens terrien du terme. Pourtant, hors le cadre familial, vous ne trouveriez pas de leçons formelles. Pas plus que d’ukases sur ce qui est bien ou mal à faire, pratiquer. Si leçon il y a, elle concerne l’aspect primordial de toutes choses composant un monde : plus, moins, blanc, noir. Sans attribuer catégoriquement le jugement « mauvais » à l’un ou l’autre.

Ces enseignements soulignent l’ambiguïté zhoumaine. L’échange informations contre informations pouvant laisser croire à une manipulation permanente, à une vigilance extrême. Laisse moi te citer un exemple, Amelyne, que je sens dubitative.

Si je dis bonjour à un ennemi, je respecte mon code. Mais, aussi, je le mets en position de faiblesse. Il pourra provoquer sa colère. Ou une réponse polie. De ses 2 options, parmi d’autres nombreuses, je peux déduire une mine d’informations. Si réponse, l’amorce d’un dialogue reste possible. Ou au contraire s’il agresse, je sais qu’il faut entrer en défense.

Dans tes yeux, je vois la question muette. C’est une attention de tous les instants ? Difficile à vivre ! Oui et non. Ce n’est aucunement un comportement différent du terrien par exemple ou d’autres civilisations ailleurs. Toutes sociétés, tribales, animales, végétales, minérales ou autres possèdent ses codes de communication. Chaque mot, sonorité, couleur, aspect de manière générale, ont une signification plus ou moins précise, plus ou moins intégrée. C’est la conscience de cette dernière qui établit les différences. Nous ne sommes pas bavards car les mots ont, justement, un sens et ne s’utiliser qu’à bon escient.

Je sais que vous ne connaissez pas l’atelempathie. Pourtant, vous allez me croire sur parole. Pour revenir au « bonjour », dit oralement ou mentalement, il n’aura pas la même signification, la même force, le même goût.

*

Notes aux consultants : tout ce début est l’illustration parfaite d’une conversation zhoumaine. Elle peut durer longtemps, prendre des chemins de traverse et revenir ensuite à la base du sujet. Le zhoumain ne discute que s’il a le temps et quelque chose à dire ! Elvyn

*

Ce lieu où je me rends ce matin est un peu le centre de mon monde. Je le fréquente depuis bien longtemps, comme mes congénères et je vais y avoir à faire au moins aussi longtemps. A moins que, comme certains des nôtres, j’y passe toute mon existence ou que j’y revienne régulièrement.

*

Note aux consultants : Les bâtiments, l’école pour faire un raccourci, s’appelle : Syphet’Ox. Ox désigne la vie d’un point de vue global. Syphet est le mot générique racine de tout ce qui se rattache à l’éducation. Sa traduction pourrait être : « éducation de la vie » et elle serait parfaitement exacte pour une fois. Pour un terrien, le concept peut sembler plutôt vague. En faire une description plus poussée est difficile tant il serait plus aisé de dire ce qu’il ne contient pas que le contraire. Ainsi en entrant dans une des salles, l’adultescent présent sur l’estrade est-il le professeur ? Ce serait une erreur. Il faudrait plutôt le comparer à un animateur, limite presque de colonies de vacances. Dont la fonction principale et essentielle serait d’amener à la découverte à partir d’une curiosité. Elvyn

Le Syphet’Ox se charge du reste. Sa fréquentation n’est pas facultative. Les jeunes zhoumains vont y passer un bon nombre de temps. École, Syphet’Ox, apprendre ou apprendre à apprendre ! Si les cours formels n’existaient pas, il n’en reste pas moins que pour apprendre, certaines contraintes vont de soi. Que quel que soit l’apprentissage, le temps passé est incontournable. Autre point la « scolarité » ne comprend ni notes, ni classements, ni distinctions et pas de diplômes ponctuant un parcours. Amelyne

*

En tant « qu’élève », je suis maitre de ma journée. Comme tous ici, en excluant le caractère obligatoire de la fréquentation du siphet’Ox. Cette autonomie augmente proportionnellement avec l’âge, sans qu’un quelconque règlement l’institue. Elle est une conséquence directe de l’Ox.

Je me rappelle encore clairement la première fois où je vins. Totalement perdue et déroutée, j’ai erré toute la journée et la suivante avant de comprendre. J’allais de salles en salles, ne comprenant rien à ce qui s’y disait. Je n’avais reçu aucune instruction. Pap et Mam ne m’avait pas renseignée. J’avais posé la question, bien entendu, et la réponse, vous la connaissez : « Tu sauras ! » Voilà donc une règle incontournable de nôtre société.

Dans les bâtiments, du coup, je n’osais poser la question. Du haut de ma taille réduite, j’essayais de comprendre. En vain ! Ce ne fut pas une journée stérile, loin de là. Je trouvais les lieux de restauration, les aires de jeux, les salles de culture, les commodités. De fait ma journée fut bien remplie et je n’étais pas peu fière de la raconter le soir venu. Ce n’est que le lendemain que je me demandais, toujours du haut de ma taille réduite, qu’est-ce que je devais faire. Et de reprendre mes tentatives de compréhension sur la finalité (bien entendu, je m’exprime là avec des mots de presque adulte, loin de mon vocabulaire d’alors…)

Avec le recul, j’ai souvent pensé, à ce moment précis, que je n’avais pas eu de chances d’arriver seul. J’avais beaucoup de camarades « scolarisés » que je ne vis pratiquement pas le premier jour. Quand je suis arrivée, « les cours » étaient commencés depuis la moitié du matin. J’étais bel et bien seule. Je n’en retrouvais certains que dans l’après-midi et le début de soirée à l’heure de rentrer à la maison. Je sais maintenant que tout çà était volontaire. Comme vous le comprenez, il n’y a pas de « rentrée ». Chaque arrivée est soigneusement programmée pour provoquer un grand moment de solitude. Tout aussi bien, comme le fait survient assez souvent, j’aurais pu faire demi-tour et rentrer à la maison. Il n’y aurait eu ni remarques, ni reproches, ni punitions. Simplement le constat que je n’étais pas prêt. Un simple report d’une curiosité qui, obligatoirement, prendrait le dessus tôt ou tard.

Le second jour, j’y retournais toujours à la mi-matinée. Résultat identique. Je demandais donc à père à quelle heure ouvrait le syphet’Ox.

Le lendemain j’arrivais donc en même temps que tout le monde. Je n’eus même pas à me contenter de suivre le mouvement. Mes copains se chargèrent de moi, m’emmenant vers le phare de nos « écoles », le sypher’Usi qui pourrait se traduire par « tableau d’obla-vie-tion (oblavité) ».

Ce tableau recensait tous les « cours », programmés tant dans la journée que les jours à suivre. Mais pas seulement ! Par exemple, il regroupait toutes les demandes ou les propositions d’assistance, un agenda communautaire intégral.

*

Aujourd’hui, personnellement, rien ne m’attendait vraiment, ni d’un point de vue pratique, ni d’une quelconque appétence en fait. Alors, en bonne zhoumaine que je suis, sans nécessité de me poser la question, je décide de consacrer ma journée aux autres. C’est inscrit dans nos âmes ; cette forme d’assistance est ancrée. Elle est sans exclusive. Vers les plus petits, les moins avantagés, plus, moins, moins, plus, peu importait. Ce jour sera pour moi l’assistance aux plus petits.

Je me calais devant le syphet’Usi. 2 sujets attirèrent mon attention. Langue dans l’espace et Equilibre et renversement des valeurs dans l’appréhension des extrêmes, du très classique, sans véritable complexité mais clairement aride, demandant donc une concentration forte sous peine de décrocher rapidement. Le zhoumain n’est pas à l’abri d’une certaine propension à la fatuité voire d’en être atteint. C’est sans conteste cette dernière qui me fit faire le choix du second item. J’y retrouverais une majorité de primenfants. Je pensais y être moins déphasé.

*

Je ne crois pas être particulièrement prétentieuse, ou alors sans excès, pour estimer que ma vie actuelle est sur une pente nettement ascendante. Le tout conforté par une accumulation de points absolument positifs.

J’étais amoureuse comme je n’aurais pu le croire possible. En pure mauvaise foi, qui ne nous épargne pas, puisque c’était ma première expérience de ce sentiment. Y aurait-il eu des raisons de m’en vouloir ? Aucunement, d’autant que la réciprocité existait, sans le moindre doute ! Une sécurité entrant directement en opposition avec ce que j’avais pu entendre jusque-là. Sur la fragilité de cet équilibre qu’est le sentiment amoureux ! Personnellement, en cet instant périodique, je me sentais forte. Suffisamment pour en appréhender sa possible fugacité et sur les obstacles que nous rencontrerions. Il en allait ainsi de la vie comme d’une route, des bouts droits, des virages plus ou moins prononcés, des pentes à monter ou à descendre ; comme gravir un escalier, il fallait penser aux marches mais aussi à ne pas cogner douloureusement dans les contremarches. Pour le moment elle savourait la présence de son soleil personnel, Ad'Jui'Thuh. Cette combinaison de bienfaits, au-delà de me rendre heureuse, par moment, l’emportait sur ma nature assez modeste et réservée. Je me tenais plus droite, à la limite du martial voire un peu hautaine, l’air méprisante en moins, laissant quand même une apparence un peu condescendante dont des moqueries, souvent, venaient troubler la belle ordonnance. C’est dans cet état d’esprit que j’entrais dans la salle ce matin-là.

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