L'histoire

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Axiome de la Bor'And'Ja : “L’éternité est une sensation ! Fugace !”

Le bon jour, pour complaire à la tradition, je me dois donc de me présenter. Mon nom est Ant'Hdr'Aes. Je suis venu ici, spécialement, pour acquitter une promesse faite. Laquelle est venue en contradiction avec une autre, pour la même personne, ma compagne !

Je me suis rendu à ses raisons, avant qu’elle ne meure, au nom de l’historiologie. Je lui ai faite car, comme souvent, elle avait raison. Il était de notre devoir de rendre compte. Il ne s’agit pas de raconter des faits mais bien les pensées qui ont prévalues, leurs sens profonds ou pas. Faire part d’un cheminement pour nos frères au cas, improbable, pas impossible, où ils auraient réussi, pu, voulu rééditer une volonté exploratoire.

A l’issue de mon récit, je m’en irais. Rejoindre ma compagne. Espérer qu’au fil de nos recyclages, une lueur de conscience fasse que nous nous retrouvions. Le vecteur importera peu. Seul comptera notre union. Nous, zhoumains, ne croyons pas en un Dieu quelconque mais depuis mon passage en cervmaître, je sais que les relations d’amour, que je nommerais standards zhoumaines, peuvent prendre d’autres formes. Être aussi forte et procurer des sensations tout aussi intenses, parfois plus, parfois moins, qu’une relation charnelle basique pour être terre à terre. Je n’exprimerais qu’un seul regret, en mon nom, au nom d’Eh'Ald'Riah, n’avoir pas pu engendrer. Sous cette forme ! Dans une autre ? L’espoir est permis !

*

Tout aurait pu démarrer au cours d’un P.D.G.C.. L’histoire démarra en réalité à la fin de celui-ci. Je le revois comme si c’était hier. Ne l’est-ce d’ailleurs pas ? Hier… De la perception du temps et de son réalisme interprétatif ! La fête finale a duré toute la nuit, intense, incarnant le marquage parfait de plusieurs états à l’autre. Nous l’ignorions à ce moment-là !

Pour nous, juste une évidence, avant nous n’étions qu’adolescent, après adultescent. Avec le recul, l’attitude la distanciation des adultes présents, presque tous des proches parents, aurait pu, dû (?), nous alerter.

L’air est doux. Il fait clair obscur et nous guettons le moment où le soleil va émerger faisant éclater la brutalité de la projection de sa lumière aveuglante. Nos verres fumés sont à portée. Regarder Es’Tra’F, le soleil, est un acte dangereux, à ne pas reproduire trop souvent. Il est un peu le symbole de notre civilisation : le feu sous la cendre ! L’intervalle de durée du danger direct de cet aurore est court. Nos scientifiques ont expliqué ce phénomène par l’angle pris par l’astre. Suivant l’endroit où vous vous situez, ce laps est variable. Ici à l’ouest, il dure quelques clignements d’yeux, une quinzaine maximum. J’ai entendu dire qu’au sud-ouest, il pouvait dépasser les 50. Qu’il fallait baisser le regard impérativement même protégé.

Et l’aurore fut là. Juste le temps d’apparaitre, de disparaître pour laisser place à un éclairage orange pâle à perte de vue. Tout le panorama s’uniformise. Difficile de distinguer quoique ce soit dans ce brouillard lumineux, assombri par les verres fumés. Il ne faut pas se fier à la couleur ; le danger est encore présent. Il est dit que des fantômes en profite pour se promener en plein jour sans être vus. Personnellement je n’en ai jamais vu, même pas une ombre. Sauf aujourd’hui ! Soudainement s’est profilé un groupe, nombreux, avançant droit sur nous. Fatigue, coajustement d’une pensée et d’un évènement, j’ai vraiment cru quelques instants avoir affaire à des fantômes. Effet vite dissipé par la reconnaissance de quelques membres du groupe. Pap’, mam, en font partie. Ma stupéfaction doit être à la hauteur de celle de mes camarades. Ce groupe, en fait, n’est composé que de parents, nos parents, tant géniteurs qu’affiliés. La tension inexistante jusqu’à maintenant monta brutalement. Eh'Ald'Riah se rapprocha, prit ma main, sans rien dire. Je savais ce qu’elle pensait. Problème ! Gros…

*

— C’est pourquoi vous avez été choisi, si telle est votre volonté, pour en devenir les cervmaîtres

*

13 zhoumains ! 13 vaisseaux !

Aucun de nous n’ignorait l’existence du projet. Notre planète se mourrait. Elle ne trépasserait pas dans les périodes à venir mais la fin était inéluctable. Les termes étaient un faux semblant. En réalité, l’équilibre qui avait permis aux zhoumains de naitre, vivre, mourir, créer une civilisation, était rompu. Il n’y avait plus moyen de le rétablir. Le temps jouait contre nous et nous, nous étions condamnés à disparaître. Laisser la place à l’épisode suivant. Alors, après des années d’atermoiement, la décision de partir en exode avait été prise. Depuis 30 périodes, tous les efforts s’étaient focalisés sur ce projet. Démarré sous les auspices de la Fédération naissante, il avançait cahin-caha au rythme des soubresauts de la politique zhoumaine. Finalement les 10 dernières périodes avaient accéléré le processus, se calquant sur l’établissement pérenne de la Fédération. Une discipline des naissances avaient été adoptés afin de permettre de laisser le moins de monde en arrière. Même si tous n’embarqueraient pas, pour autant de raisons, bonnes ou mauvaises, qu’il y aurait de non départ.

Je-nous savions maintenant qu’il y avait eu aussi une sélection, non démocratique, pour s’occuper du pilotage des vaisseaux.

*

— Ce n’est pas très bien comme manière de procéder ?

— Non !

— C’est tout ?

— Quoi de plus à dire qui ne serait qu’une justification infondée ?

— Justement.

— Hors vous dire que ce projet est né loin en arrière ? Qu’il n’était connu que d’une minorité ? Que le choix se porta exclusivement sur des ichtr’yens pour leur sens zhoumain censément le plus développé ? Que devions-nous faire ? Reprendre à zéro ? Nous n’en avons pas décidé ainsi.

*

— Nous-je, ce sera non ! Ferme et définitif !

Ainsi venais-je de m’exprimer en notre nom.

*

Une terre qui fut bleue dans le profond de l’univers ! Elle n’est plus ! Pour nous…

Des millions de zhoumains ont embarqué âmes et égos enregistrés sur un microscopique morceau de matière inerte. Seuls quelques-uns demeurent éveillés, privilégiés douteux, spectateurs incongrus d’un focalisateur n’affichant que le vide, une absence, une solitude de néant, un néant de solitude.

Amertume ? C’est tout ce qu’il leur restait de leur planète et seul le souvenir les y reliait maintenant. Il n’avait guère fallu de temps pour qu’elle disparaisse de leur vue, laissant leurs cœurs lourds, l’oppression latente. Sur nombres de joues, des traces humides persistaient alors que Zhyoom était depuis longtemps disparue de l’écran. Il ne la reverrait plus. Le voyage ne prévoyait pas de retour. Pour l’avoir anticipé pourtant, aucun ne s’était imaginé confronté à cette douleur, ce déchirement. Chacun à bord était empli d’espoir de trouver une nouvelle planète pour pouvoir perpétuer leur civilisation, d’une certaine joie et aussi d’une tristesse irrémédiable. Contraste, contradiction, éternels entre l’avenir porteur d’espérance et le déchirement d’un antan qui, à bien des égards, était chargé d’émotions, de joies, de peines aussi. Son stigmate était pourtant irrévocable, sa disparition incontournable. Aucun de ces points étaient inconnus. Ils étaient assimilés, pour la théorie du moins. Mais, dans la pratique, tout ou rien n’aurait pu les préparer à la réalité d’une telle déchirure !

*

— Dans un plan qui se respecte, la simplicité est de mise…

Le dernier briefing de Ji’Ac’Te nous avait parfois fait sourire.

Avec le recul, la balance entre sourires et pleurs s’équilibraient. Plan ? Simplicité ? Lesquelles ? Comment faire simple quand un évènement aussi primordial s’était opéré sous les auspices les plus compliqués qui soit ? Il y a loin entre volonté de bien faire et faire bien ! Les plans, et celui-ci ne dérogeait pas, faits trop loin du terrain, partent avec un handicap. La probabilité de l’échec est non négligeable sans être obligatoire. L’autre aspect est qu’ils sont souvent accompagnés de mensonges qu’ils soient volontaires ou non ou même par omission. Ce n’est pas le meilleur moyen pour instaurer une relation saine.

Pap et mam n’avaient pas réagi à mon affirmation pas plus que ceux d’Eh'Ald'Riah. L’auraient-ils pu ? Couple en formation, ils savaient que nous n’envisagerions pas de séparation. Imposée de surcroit !

*

— Dans un plan qui se respecte, la simplicité est de mise…

De ma position de cervmaitre du F'Zio'An, privilégié, le souvenir était remonté à peine le départ exécuté. Signe évident que je commençais donc seulement à réaliser ! Il était si près ce briefing. N’était-ce pas hier ? Je savais bien que non ; qu’il avait eu lieu plusieurs jours en arrière. Déjà !

— … Décollage, planète, atterrissage, renaissance ! Le critère de destination est rigoureux. Pourtant aurez-vous le choix ? Plus passera le temps, plus vous serez amené à modifier certaines options. Vous avez été choisi pour votre empathie. La communication n’est pas obligatoire, elle est essentielle. Aucun de vous n’aura la prééminence. Vous devrez vous consulter sans cesse. Gardez graver dans vos cerveaux que vous êtes l’espoir de la zhoumanité. Ne nous implantez pas dans une impasse. Cette expédition est notre ultime chance. Elle ne pourra pas être rééditée ! Vous n’aurez droit qu’à un coup : le bon.

Sur l’instant, nonobstant le lyrisme de pacotille, c’était presque beau, repoussant l’anxiété de l’écrasante responsabilité à une petite tête d’épingle pas encore douloureuse, à peine sensible.

Ce n’était plus le cas. Le simple décollage de la première navette vers les vaisseaux l’avait réveillée, ténue, lien direct entre un passé révolu et un avenir inconnu. L’orateur l’avait bien dit : « Plus passera le temps… » La conscience est une affaire étrange. Parfois elle met des années à se manifester, parfois elle n’attend pas même le début ou la fin d’un événement. Comme aujourd’hui ! La petite tête d’épingle grossissait. Elle le ferait jusqu’à la finalité, qu’elle soit la découverte d’une terre promise ou notre disparition. Elle pique !

*

— Avez-vous vraiment le choix du refus ? Il s’agit du sort de millions de personnes. Du bien d’un tout !

— Le tout peut n’être rien quand le rien peut être tout ! Axiome de la Bor’And’Ja. Se contenta de dire Eh'Ald'Riah

— Donc, oui, non est notre réponse. Trouver deux autres candidats potentiels. Nous nous contenterons d’une parcelle de vie ici.

*

— Le treizième vaisseau ne pourra être fini à temps. S’il nous est possible de l’achever un jour. Rien n’est moins sur ! Le choix d’une décision s’impose donc à nous. En toute conscience, pouvons-nous retarder, à nouveau, ce départ. Mon sentiment est que non, nous ne le pouvons pas.

*

Le F'Zio'Na se retrouva donc avec 2 cervmaîtres à son bord.

*

Nous avons été au bout d’une logique de renaissance. Nous avons dû réinventer notre comptage du temps, abandonner nos anciennes références. Le changement fut bien plus facile que la majorité d’entre nous imaginait. Bien sur, nombreux sont ceux, moi y compris, à convertir en termes de Périodes. Le temps passant, je me surprends de moins à moins à le faire. L’évidence est qu’au bout d’un certain temps, l’addition rendra la translation trop laborieuse et improductive. Dans le feu de l’action, pour remplir le journal de bord, comme nous n’avions pas encore créé de mesure de temps, nous avons simplement écrit jour 1 puis jour 2, jour 3 et ainsi de suite. Naturellement le fait est resté. Nous l’avons séquencé car, en toute logique, au bout d’un moment, ce ne serait guère pratique. Nous ne nous sommes pas fatigués à beaucoup chercher. Nous avons décidé de garder une référence zhoumaine, d’autant que le cycle zhoumain avait été gardé à bord dans l’alternance jour/nuit nécessaire aux éveillés. Nous séparons tout en dizaines. 10 jours = un dixion. 10 dixion = un anion, 10 anions = une génétion, 10 génétions = un cyclon. L’unanimité a été rapide pour l’adoption de ce système. Il parait facilement adaptable à n’importe quel cycle d’une planète viable à l’installation. Il a un autre avantage, celui d’amener un cadre assez ferme dans un endroit confiné pour permettre à tous de se maintenir à flot.

Nous en étions aux prémices du voyage, notre mélancolie n’entamait pas un enthousiasme inévitable quand même. Les premières opérations de navigation occupaient à plein nos journées. Il avait fallu établir un planning de gardes, réveils et veilles. Hors le départ, la nécessité d’un vrai équipage était nulle. Le cervmaître, moi, régissait tout. Avantage considérable par rapport aux autres vaisseaux, nous étions 2. A l’origine, était prévu de laisser éveillés 10 zhoumains répartis en équipes. Ce fut vite abandonné, l’ennui et l’inoccupation prenant le dessus.

Je suis un vétéran de l’espace et en tant que tel je sais bien que l’exiguïté d’un vaisseau, pourtant considéré comme géant, la proximité du vide et l’irréalité peuvent vite mener à un dérèglement psychologique. La nécessité de balises est alors vitale. Celle de comptabiliser le temps, une vraie révolution, fut la première et d’une importance capitale.

*

12 vaisseaux sont partis, 12 capitaines donc. Nous avons fait voyage commun pendant les 3 premières anions. Un rodage utile et une mise en commun des difficultés ainsi qu’un test idéal pour vérifier si l’évolution se fera au même rythme. L’embarquement s’est fait un peu en urgence, quelque peu dans le désordre et nous avons donc pu rééquilibrer les trop pleins d’un côté et les manques de l’autre. Réaménager les cartes de vie, certaines familles se retrouvant réparties sur les 12 embarcations. Depuis nous avons pris des routes séparées. Il y a un cyclon maintenant. J’en suis à ma seconde veille. J’avais pris la première, privilège de capitaine qui n’en était pas vraiment un, tant la nostalgie a failli me précipiter dans une certaine folie. Aujourd’hui, je me souviens, presque enfin oserais-je dire.

*

Ce décollage nous avait procuré, entre autres, un sentiment de soulagement, bref, violent, totalement proportionnel au long temps de préparation, d’attente et de questionnements. Ce n’est que maintenant qu’intervient une certitude : le caractère définitif et sans retour possible. Qu’il n'’y aurait ni bercail, ni repos du guerrier cette fois. C’est nouveau et dérangeant ! Où pourrait être la joie de se couper définitivement de ses racines ? Même l’exil n’est pas comparable car réversible. Pour nous, elle n’existera même pas en qualité de notion ! Un jour avant, ils avaient un foyer. Le croyaient ? Mais à quoi tient-il ce sentiment, cette sensation, cette symbolique ? Des objets ? Le vivant qui le, les, compose ?

*

Par les témoignages des livres de bord, je sais que nombre d’entre nous ont tendance à s’apitoyer sur ce qu’il considère comme notre malheur. C’est oublié ceux qui sont restés. Pour des millions de partis, combien de restés ? Qui vont y mourir ? Certains même pas par choix mais par la double obligation du manque de places et d’échappatoires. Cette amertume-là devrait nous emplir. Ne reste-on pas dans le domaine de l’impression ? Une réalité plus individuelle que communautaire, biaisée par cette immensité du vide stellaire qui ne peut s’affronter sans conséquence ? Dans cette boîte qui leur sert de lieu d’existence, ils ne voient plus rien. Un rien qui comme tout rien ne saurait les faire se déconnecter de l’égocentrisme, cette œillère parfaitement en mesure de vous boucher entièrement la vue. Vous faire perdre le coup d’œil sur tout, donc sur ce rien qu’est la vie. Trop attribue une importance existentielle à des petits problèmes allant jusqu’à leur conférer valeur d’annihilation complète dans ce qui est, reste, une sensation, un sentiment dépourvu de la moindre objectivité.

*

La faculté des espèces vivantes a occulté leur environnement pourrait être exceptionnellement impressionnante si ce n’était juste qu’un refus stérile d’une part de réalité, écot écho d’une portion de vérité vraie, pas unique, inique. Est-elle réservée à ceux que d’aucun appelle espèce pensante à contrario d’une non pensante ? Est-ce possible ? En vertu de quoi serait-il possible d’exister, survivre sans une once de pensée ? La vie serait-elle concevable sans elle ? Une hérésie prétentieuse, encore une fois oublieuse de la différence et de son acceptation. Faut-il y rechercher une concomitance ? De la structure ! Pourrons-nous concevoir un jour que la pensée se trouve à divers niveaux ? Que ces derniers ne peuvent et ne doivent pas se percevoir en tant qu’étages ou couches mais tout simplement comme une symbiose, osmose, une vie en somme enfin respectueuse de tout, donc de soi ?

*

Cette amertume, bien sur, ce sentiment, resurgira bien vite. Mais la première impression ressentie restera le sentiment d’injustice personnelle due à « l’abandon » de notre mère patrie. La zhoumanité, en ce moment particulier, est égocentrique. Elle en devient un marqueur avec sa parentèle, nombrilisme, racisme, orgueil, psychopathie, j’en passe et des meilleures ; à commencer par l’égoïsme, indispensable générateur de la survie raciale. Pour me consoler, je peux me rappeler que si l’égocentrisme n’a qu’un seul aspect, mauvais, l’égoïsme a son bon côté. Il aide effectivement à la survie !

*

Le vaisseau, à l’origine s’appelait F’Zou’An, traduction DCH, Dernière Chance de Bonheur ! Une dénomination improbable, un second degré, presque incongru, d’un penseur ; signification abscons qu’un anion passé, plus personne n’en saisissait le sel. Il avait vite été rebaptisé, Dernier Chaos Hérétique, F’Zio’An, signifiant nominal ultime d’un parmi les navires de l’ex flotte de Zhyoom.

*

Le répit, dérivatif de notre sortie de Zhyoom, de courte durée, a laissé place à une confrontation immédiate avec notre conscience. Le silence, contraste avec la fureur et le bruit du décollage, nous a connectés en prise directe avec la réalité. Je suis peut-être le seul, par nécessité autant que devoir, à continuer à me demander en quoi étions-nous meilleurs que les quelques millions des restants ? Condamner à échéance, moyenne ou longue, à l’anéantissement définitif ! En quoi ? Juste pour la survie de la race ? Eh'Ald'Riah dit que notre transformation en cervmaître nous aiguise les 3 sens de la conscience. Qu’elle nous fait percevoir notre environnement sur au moins 3 niveaux, le basique zhoumain, le zhoumain augmenté, nous ; et, surtout, le futur du zhoumain. Simplement !

Pour le premier, ma compagne a surement raison. L’espace des quelques instants du décollage, j’étais comme tous, scrutateur ; avec le même refus intense de la réalité circonstancielle. Notre terre, Zhyoom, ne sera plus, n’est plus déjà nôtre. La planète, elle survivra, nôtre espace non. Nous ne pouvons nier que la destruction de nos conditions de vie, directement ou indirectement ne change rien à l’affaire, nous soit intégralement imputable. Le phénomène est connu depuis longtemps. Comme souvent l’évidence, au final cette dernière est un extrême produisant un effet contraire au souhaitable, prévalut trop longtemps. Pour la majorité, c’était impensable. Que la nature ne puisse surmonter l’écueil en l’aidant. Impensable que nous ne puissions résoudre techniquement cette fatale mutation. Pensée gratuite plus orientée vers le tour de passe-passe magique que fondée sur un raisonnement logique. Impensable ! Jusqu’au moment où l’inéluctable est tellement inexorable que le constat de la finalité, au lieu d’être une analyse réfléchie, étayée, prend la forme d’une impasse. Sortir d’une impasse est toujours possible mais nécessite sa destruction. L’ellipse est bouclée. Devenue cercle, elle agit comme lui. Elle tourne en rond.

*

La petite tête d’épingle, née pendant le dernier briefing, grossit, jour après jour. Elle me malaxe le cœur. Provoque des nausées, rémanente, permanente ; une lutte sans merci, sans espoir(?), entre négation, fatalisme et utopie. Je ne suis pas seul à la ressentir. Eh'Ald'Riah aussi ! D’autres vont nous rejoindre d’ici peu, se re réveiller en somme. Comment surmonterons-nous ? Je l’ignore. Est-ce plus enviable que ceux qui ne re émergeront, probablement, jamais. Ou ceux qui se contenteront de surnager à la limite, se contentant d’espérer toucher terre. Comme un coup de baguette magique qui remettrait tout en ordre sans coup férir. Illusions menant à un risque de noyade brutale dans l’assaut de l’océan de nostalgie qui guettera.

Pour nous tous, sans exception, l’euphorie de l’échappatoire ne durera que le temps de se mettre à l’abri et de réaliser qu’ils sont dans une coquille de noix au vent des vents du vide sidéral. Si un seul d’entre eux avait songé que la liesse corrélative à leur arrachage de l’attraction de Zhyoom ferait office de pansement salvateur, alors, il se serait lourdement trompé. La fêlure était là, pour l’éternité de leur existence. Seul serait à l’abri le première génération après l’installation sur une nouvelle terre. Nous, nous serions à jamais les récipiendaires d’une victoire amèrement gouteuse, aussi âcre qu’une défaite, dépositaire de son admission !

*

Notre évasion ? L’arbre qui cache la forêt ! Nous sommes en vie. Magnifique ! Et maintenant ? Qu’en est-il de la réalité ? Commencer par lui faire face, la virtualiser, l’amadouer, la parer si possible de couleurs moins ternes pour nuancer, encore un peut-être, l’aspect réel ; nous n’avons pas la moindre idée du où… nous allons ! Aucune des personnes présentes sur ce vaisseau n’est partie sans connaissance de cause et même des causes ; sans avoir subie toutes les batteries possibles et imaginables de tests en tous genres. Ce n’est pas une élite qui a été choisie. Ce ne sont pas des privilégiés qui se trouvent à bord. Il n’y a eu aucun passe-droit, aucun marchandage. Le filtrage, c’est son véritable nom, était à nôtre main, nous les cervmaîtres. Nous sommes inflexibles. Nos choix sont neutres et déterminés pas des critères soigneusement établis. Nous avons tous accepté de nous soumettre à une démocratie numérique. Pas nécessairement par conviction qu’elle serait infaillible ! Parce que nous savions qu’elle seule s’approcherait au plus près d’une certaine justice, équité, impartiale, débarrassée de sentimentalisme, d’une part importante de subjectivité, une forme d’écologie zhoumanitaire.

*

Les cyclons sont passés. La routine s’est instaurée. Puis tout s’est détraqué.

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