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F'Zio'An

Axiome de la Bor'And'Ja : “La vérité est comme l’objectivité. Étroitement dépendante de la subjectivité…”

« Ar'It'Uj ? Amène-toi ! »

Ce matin est mon premier jour en tant que Veilleur de l’Eternité. Enfin, pour tout dire, c’est moi qui en est décidé ainsi, au nom de ma subjectivité. En celui de mon objectivité, je devrais dire que je suis parmi eux depuis longtemps. Je suis entré un jour, purement par hasard, à l’issue d’une course poursuite avec ma O’sy’ T et ma O’sy’R – les deux mots se traduisent par "sœur", même signification mais l’une est filiale, l’autre de la famille éducative – Ce jour là, je suis resté. Je suis revenu le lendemain, le surlendemain et ainsi de suite.

Je viens à peine d’entrer dans l’observatoire. Lo’Re’Zaë me désignait les écrans. Je reste scotché sur le pas de la porte n’en croyant pas mes yeux. Un vaisseau de grande taille les remplit.

« Tu peux dire que tu es un grand chanceux. A peine ton jour du choix fait et déjà quelque chose à observer. Sinon, tu entres ou tu sors mais tu bouges du pas de la porte que tu prendras soin de refermer. »

Ce n’est pas une stupeur face à de l’inconnu qui m’étreint ainsi et me paralyse. Des vaisseaux spatiaux nous en avons déjà vu ; nous en avons mais, en aucun cas, de cette taille. Donc plus que de la stupeur, je suis impressionné. On nous prépare à presque tout mais là, la réalité dépasse mon, probablement nôtre, imagination. Dans un passé assez récent, je sais que Zhyoom a produit quelques vaisseaux gigantesques. Un travail absolument colossal, impossible à produire en grande quantité. Les ressources pour les construire sont trop énormes. Rares doivent être les zhoumains à ne pas avoir visionné les vidéos des départs et à n’avoir pas vu au moins une image de ces engins. C’est un, sinon l’évènement, le plus marquant de notre historiologie. Chez moi comme chez la plupart, il n’y a pas de nostalgie, un peu de regret, quelques questions mais le sentiment le plus commun, une fierté certaine. Pas d’avoir pu produire de si grands vaisseaux, non, celle d’avoir pu emmener au bout une entreprise pleine de zhoumanité.

Nous l’avons fait dans le seul but de nous donner une chance de recréer un monde, ailleurs. Le nôtre est condamné. Nous sommes encore présents mais pour une petite période, une minuscule part de temps, une étincelle pâlotte dans l’univers. Comme la majorité, j’ai vu des photos, des films, des simulations mais elles ne rendaient pas l’effet ressenti en cet instant. Ce que je vois est au moins aussi grand.

Une des premières leçons reçues pour le rôle de veilleur est celle du calme, de la retenue et du recul. Le simple fait d’y penser me rend mon autonomie. Je m’avance donc en refermant. Une multitude de questions se pressent dans ma bouche. J’essaie de les canaliser mais l’une d’elles parvient à franchir le barrage. C’est presque avec surprise que je m’entends dire ce qui, dans ces circonstances, pourraient passer pour une banalité, sotte.

« Il vient d’apparaitre ?

— Pas exactement ! Nos satellites avancés l’ont détecté depuis un bon moment. Mais ce n’était qu’une trace sonore et lumineuse alors qu’aujourd’hui nous pouvons, en quelque sorte, le capter en plein.

— Nous ne déclenchons pas l’alerte ?

— Pourquoi ? Ce n’est pas vraiment une information. La nouvelle est connue. Il nous revient de collecter plus d’informations.

— Nous envoyons une navette ?

— Non ! Pas encore du moins mais ne te laisse pas abuser par l’image. Ce que nous voyons est en réalité une virtualisation. Il est encore très loin, au bas mot 8 saisons. »

*

Depuis nous veillons. Notre attention est entièrement cristallisée vers le vaisseau. l’intérêt est si fort que nous nous retrouvons bien souvent à plus d’une dizaine, veilleurs ou simples citoyens, primenfant, enfant, adolescent, adultescent, maturescent comme vieillant. Chaque jour apportait son lot d’images ; de virtualisation, nous étions passés à du réel. Aujourd’hui nous pouvons carrément appréhender son ancienneté. C’est le fait du moment ; celui qui canalise toute l’attention de la planète.

L’espace n’est pas un continuum neutre où rien ne s’userait. Tout comme la coque d’un bateau dans l’eau porte les traces de son passage dans cet élément, un vaisseau spatial subit les assauts de ce faux vide. Du revêtement d’origine, il ne restait guère que quelques traces à peine distinctes et insuffisantes pour en déterminer la tonalité. L’usure l’avait paré d’un nuancier gris dégradé. Sur le métal s’accrochait une couche de scories a l’origine et la composition indéfinissable à cette distance. La coque n’était plus lisse. Elle était émaillée de traces de chocs, plus ou moins grands, provoqués par tous les résidus parsemant l’univers. Un bouclier, aussi sophistiqué soit-il, ne peut pas tout arrêter. Plus sa taille est petite, plus la tâche s’avère compliquée. Un certain nombre peuvent donc le traverser et laisser leurs signatures. L’autre tâche d’un écran de défense est donc de freiner les impacts ; ralentir suffisamment pour que le projectile ne puisse traverser la coque et provoquer une catastrophe pouvant aller jusqu’à la destruction.

« Je te sens perplexe Lo’Re’Zaë ?

— Ce vaisseau ne nous est pas inconnu. Sa signature est dans nos archives. »

Chaque véhicule, quelqu’il soit, à sa propre signature, unique, au même titre que les empreintes, l’ADN, le schéma véhiculaire neurologique, etc. Sa phrase me prend quelque peu par surprise. Nous possédons une base de traces de vaisseaux depuis bien longtemps. Pour être honnête, elles appartiennent bien souvent à nos propres bâtiments ou, plus sinistre, à des disparus, perdus, détruits.

« Ce vaisseau ? Cette antiquité ?

— Cette antiquité, tu pourrais même dire relique, n’est pas n’importe qui ! Tu as devant toi un Esplorer, classe VŒU, Vaisseau Ordonnée Exploratoire Unique : le F’Zio’An ! »

Je suis certain qu’il vit mon air sidéré et qu’il eut la délicatesse de ne pas se moquer. Pas sur en retour que j’en aurais fait autant. J’avais un peu le souffle coupé. Ce qui nous arrivait droit dessus, nous replongeait dans notre histoire. Je connaissais le global, pas les détails. Forcément la curiosité prit le dessus.

« Qu’est-ce réellement ?

— Sans conteste une machine de guerre ! Une guerre pacifique mais l’enjeu était identique, la survie. »

Il n’en dit pas plus. Les explications allaient venir. Je savais, à son ton mi triste, mi nostalgique que le moment ne se prêtait pas aux questions. Qu’il me fallait m’armer de patience. Qu’il en ai fini avec son introspection méditative. En attendant, il pouvait toujours supputer qu’elle n’augurait pas d’une histoire très agréable.

« Tu veux savoir ! »

Le ton mélancolique m’alerta. Il ne posait pas une question en première intention et, derrière, je pouvais sentir une espèce de lassitude mâtinée d’un espoir de m’entendre dire le contraire. La morosité laissait transparaître aussi une question, la même que j’avais posé auparavant mais aux implications différentes : " Qu’est-ce qu’elle fout là cette antiquité ? " D’ailleurs ce fut son entame de réponse !

« Antiquité ? Comme tu ne dois pas l’ignorer, ces mastodontes, lancés à une époque encore troublée de la pré-zhoumanité telle que nous la connaissons aujourd’hui n’ont jamais eu vocation au retour. L’option n’était pas prévue. La Charte, établie lors de la conception de la mission, tenait en deux lignes : « Toujours tout droit, sans retour, jusqu’à une terre possible ! Quand ce sera le cas et si, seulement si, le Temps te laisse le temps, alors, pense aux Origines et envoie-leur des nouvelles. » Le F’Zio’An est l’avant-dernier à être parti. Il devrait être à des millions de parsecs d’ici. »

Sa mélancolie m’abusait-elle ? Ou je ressentais bel et bien une peur derrière les phrases ? Lo’Re’Saë était troublé, profondément. Moi-même et mes connaissances éparses m’interpellaient sourdement. Cette apparition sonnait comme une augure. Bonne ? Néfaste ? L’ouverture d’un gouffre empli de désespoir ou l’espoir fou d’une réussite presque improbable. J’avais bien retenu le calcul de probabilité de la mission d’origine : 1 chance sur 2 multipliés, ou divisés, C’est selon, par 12 ! Humour zhoumain… Quelle que soit la finalité, les conséquences seront mortelles. Une crainte soudaine s’abat sur moi tant j’ai conscience de mon ignorance. Pour couper court, je relance la conversation.

« Quel est le problème ?

— Être là !

— ? »

Il se tut quelques secondes. Je savais qu’il allait continuer. Qu’il fallait juste patienter. Il reprit :

« Ce type de vaisseau n’a été conçu que dans une seule optique : l’exploration. Ils sont la conséquence directe des premiers constats de non viabilité de notre planète. Nous étions encore en phase de transition. Zhyoom était encore une terre divisée quoique réunie sous un régime fédéraliste présidé par un gouverneur élu. Celui de cette époque s’appelait Ar'Pi'Gat. Retiens ce nom, c’est probablement l’un des plus grands zhoumains de notre histoire.

Nous parlons d’une époque remontant à 3 Périodes où certains paramètres nocifs survivaient encore : monétique, guerre, lutte d’influence pour le pouvoir. C’était un temps de fin de latence où un combat d’arrière-garde existait. Il faut reconnaître à Ar'Pi'Gat qu’il sut influer sur le cours des choses, doter la fédération de moyens supplémentaires et d’avoir osé prendre des décisions courageuses comme de lancer ce programme exploratoire un peu radical. »

Il n’en dit pas plus. Si je voulais en savoir plus, il me faudrait aller le trouver par moi-même ! Ma curiosité, toute zhoumaine, était aiguisée. Je me tournais vers Lo’Re’Zaë qui précéda ma question en faisant un geste de la main signifiant « va ! » Je rassemblais mes affaires, ouvrit la porte et avant d’en franchir le seuil, je l’entendis marmonner à lui-même.

« Qu’est-ce qu’il fout là ! »

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