Antisocial

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Axiome de la Bor'And'Ja : “La routine est à l’habitude ce que l’inconscient est au conscient !”

Tu perds ton sang froid ?

Six jours s’étaient écoulés depuis la fin de ce qui, au fond, n’avait jamais été une conférence mais un entretien d’embauche à sens unique. C’est ce que pensait Amelyne avec un sentiment qui allait au-delà de l’amertume, justifiable en soi mais improductive.

Au premier instant de leur entrée dans le L’Lia'ndra, ils avaient eu la certitude que rien ne serait plus comme avant. Elle ne les avait pas quittés. Chaque matin, elle se rappelait à eux, omniprésente, taraudante. A chaque jour suffit sa peine. La leur, pour l’instant, était de redécouvrir l’existence. A la recherche du temps perdu, des marques perdues, des repères obsolètes, des souvenirs déphasés, des réflexes dépassés… Mission impossible dont ils avaient une parfaite conscience et qui leur demandaient un effort quotidien pour la reléguer au fin fond du réalisme en tant qu’affect suranné, dépassé, vain et contre productif.

Plus rien ne serait comme avant, redécouvrir leur vie ? Ou la découvrir ? Une renaissance ! Un réinitialisation sans retour possible à l’état d’usine… Un renouvellement dont les bases étaient par trop foisonnantes, par trop globalisantes, trop rares en matière de réalité immédiate. Qui étaient ces êtres ? Vraiment ? Que voulaient-ils ? Vraiment ? Voir(e) !

Cette histoire, aucun doute, si un tiers la leur contait, ils n’en auraient pas cru un traitre mot. Amy regardait Elvyn. Son regard traduisait un voyage intérieur. Elle pouvait presque suivre à la trace le parcours de sa question vers ses neurones, l’ouverture de son œil interne et déterminer le moment où il répondrait.

Maintenant !

— Non, je m’interroge ?

— Sur quoi ?

— Sur la structure sociale de ces gens surgis d’ailleurs.

— Que sur ça ?

— Tu me charries là ?

— Un peu j’avoue ! Mais j’ai la tête pleine de questions, de peurs, de réponses subjectives. Je ne sais pas où je suis. Ce lieu n’est pas spécialement étrange. Je pourrais me croire dans un avion qui serait un peu démesuré ou dans un paquebot géant ; même dans un rêve glauque d’où je pourrais contempler l’espace inconnu. Je n’ai jamais été une fan de SF, pas par manque d’intérêt envers ce ciel porteur de mythes et d’espoir mais, parce que, j’ai toujours préféré me concentrer sur mes instants. Je ne sais plus qui a dit : « le ciel peut attendre ! ». Dans un sens terre à terre, ce n’est pas loin de ma pensée. Il me faut tout remettre en cause brutalement en ignorant non le but mais les motivations et les moyens. Ce n’est pas logique. Pas la mienne en tous cas…

— Pas a dit, vu !

— ?

— Le ciel peut attendre », c’est un film. – Ernst Lubitsch —

— Peut-être mais…

Il ne la laissa pas continuer.

— Va jusqu’au bout.

— Y a-t-il ne serait-ce qu’une motivation ? Et les moyens ? Sont-ils ça ? Ou notre premier réveil, nos tâtonnements, notre errance des premiers jours ne seraient-ils pas les vrais, les générateurs ?

Dans le même temps, du menton, des bras tendus, elle indiquait cet endroit, tellement gigantesque à leur échelle ? Par où attaquer ? Pourquoi surtout ? Comment combattre ou se départir d’un sentiment de défaite ? Par rapport à quoi ? Une guerre ? Nul bataille rangée en perspective ! Mais un vrai combat tout de même, sans ennemi en chair et en os sur qui frapper, sans aucune possibilité d’acquérir une victoire à coup de fureur, de bruit, de sang et de larmes… Se rebeller, ouvrir la possibilité d’un chemin libérateur ou même une impasse, existentielle, à l’issue funeste ou non ? Sans l’interroger, elle savait que son compagnon lui répondrait qu’il valait mieux se rebeller contre la rébellion. Que faire autrement ne leur procurerait que le sentiment d’être stupide, stérile ! Une litanie de questionnements… Une guirlande de réponses… Alors qu’une seule était valable, énoncée par avance… Elle si prompte à s’épancher en perdait ses mots.

— La/les motivations ? Elles n’existent pas. Pas encore ! Elles vont naitre au fur et à mesure de nos explorations. Chacun de nos pas fera surgir un moyen. Chacun de ceux-ci viendra corroborer une finalité à l’issue évidente et à la clôture obscure.

— Contradictoire, socialement intenable !

— De ton point de vue ! Du leur ?

— Déroutant !

— Mais équitable ! Ils avaient raison sur ce point.

— A croire que tu fais partie d’eux, de leur système…

— Je ne les connais pas…

Ce n’est pas la première fois qu’Amy remarquait cette faculté d’Elvyn de poursuivre comme si de rien n’était une conversation à la suite d’une de ses boutades. Une qualité, un défaut ? Une volonté à coup sur ! Un moyen aussi de signifier qu’un sujet n’était pas clos.

— … et je ne suis pas sur d’en avoir envie. Ni le contraire d’ailleurs ! Reste une problématique et un constat évident. Ma manière de procéder est similaire à ce qu’ils nous, j’allais dire proposent, mais c’est imposent. Je me fixe un but. Une fois défini, je fais un pas puis un autre et ainsi de suite. Motivations et moyens se construisent alors, hors de toutes échéances définies, de toutes contraintes de réussite obligée. Ma seule obligation est l’observation d’un respect basique envers mes environnements. Le temps ne fait rien à l’affaire. L’urgence n’est pas viable puisque mon intégrité physique n’est pas en jeu.

— Tu penses donc que moyens et motivations ne pourront se faire qu’au travers d’un échange.

— Comment autrement ? Ce serait faire à la fois les questions et les réponses, la certitude d’avoir une réponse objective donc non contestable, une perte de temps pour son exécution. Nous sommes face au contraire. Ils veulent, j’en suis persuadé, de la subjectivité. La raison m’échappe et je ne veux pas la chercher.

— Et ?

— ?

— Présentement tout de suite maintenant ?

— Jouer à fond notre rôle de paramètre. Si possible leur faire jouer le leur.

— ?

— Les humains confondent trop souvent motivation avec but. Alors que ce n’est qu’un paramètre à X variables dont l’issue est un facteur ni connu, ni stable mais pouvant donner un résultat parfaitement cohérent. Depuis hier, je n’ai pas changé. Toi, moi, nous !

Amelyne était suffoquée par la vertigineuse possibilité de toutes les implications possibles. Et par l’autre faculté d’Elvyn, mettre des claques toutes en vraie tendresse ! Lequel, imperturbable, poursuivait :

— Comme je le lis dans tes yeux, tu saisis les implications, les incidences immédiates. Tu vas les sérier ; déjà tu commences au contraire de moi, trop obnubilé par le moyen terme que je suis.

— Je m’incline. La ligne paraît claire, faire un plan de culture si j’ose dire. Ne pas partir dans tous les sens. Ne pas les conforter dans notre incapacité à agir autrement que dans le bordel et la cacophonie. Première demande, un bureau standard et une occultation de ces rangées qui ressemblent tellement à une salle de serveurs que ce doit en être une. Isn’it ?

S’il avait pu ou oser, il lui aurait sauté dessus pour l’embrasser. Il se contenta de la regarder. Et prit sa claque. Chacun son tour !

— Si nous devons faire tout en toute honnêteté, alors…

Elle lui sauta dessus, elle, pour faire ce que son caractère introspectif l’avait empêché de faire.

Derrière son écran, invisible, F’Lm’Dig sursauta. Il avait oublié cet aspect de la zhoumanité, son existence possible, surtout son caractère incontournable. Une lassitude encore plus grande lui alourdit les épaules. Tout caractère sentimental, sexuel, même amical n’étaient pas réellement bannis de fait dans le vaisseau mais la réalité, elle, s’en était chargée. Plus de 90 % des réveils étaient solitaires donc guère propices à cet aspect. Parfois deux, très rarement trois, la durée de ces phases ne l’était guère plus. Ils, tous savaient qu’une erreur avait été commise dans la négligence de ce paramètre. La question avait été posée. Des réponses, il y en avait peut-être eu, ou pas. La majorité, tout comme lui, pensait, voulait, espérait que, quand viendrait le moment de la poser vraiment, la solution surgirait d’elle-même. Grave erreur bien illustrée par ce proverbe terrien : « Chassez le nature, il revient au galop ! » Même si le postulat de base est faux. Chasser, c’est tuer donc peu de risques de retour…

Cette réelle problématique, qu’ils ne l’aient pas anticipée, relevait de la pure inzhoumanité. Un comble ! Sans conteste, elle leur rejaillirait à la figure.

Si possible, le poids se faisait plus pesant sur ses épaules. Il commençait à l’être vraiment trop. Une larme coula puis une autre et encore une autre. Il ne les sécha pas !

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