Personnas

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Axiome de la Bor'And'Ja : “Plonger dans la difficulté n’est souvent qu’un moyen de fuir sa responsabilité”

Des questions, il en posa. Sans obtenir de réponses sauf l’affichage d’un itinéraire. Complètement familiarisés avec ce système, ils comprirent vite que l’endroit désigné se trouvait à quasiment l’autre bout de vaisseau. Ils n’auraient su dire si l’endroit indiqué faisait partie de la liste des inaccessibles. Ils se contentèrent donc de prendre le chemin tracé.

Une des particularités du vaisseau se trouvait dans l’absence totale de moyens de locomotion d’un point à un autre. Tout se réalisait à pied. C’était en harmonie avec le reste de l’environnement, rien de sensationnel, rien de futuriste, en termes terriens s’entend. Il n’y avait pas non plus d’ascenseurs. Quand on avait réalisé sa taille, 3875 mètre en longueur, 996 en largeur, 1153 en hauteur – traduction sujette à caution tant le système arithmétique zhoumain leur était étranger. – le constat était assez étrange voire bizarre. Sa structure était simple. Un long couloir de la longueur totale autour duquel s’articulait des modules. Chacun de ces derniers pouvaient être détachés. Donc une grande ligne droite que coupaient d’autres voies tortueuses, montantes, descendantes. Ils n’avaient pas pu en pénétrer la logique. Le but à atteindre leur était mal connu. Il faisait partie des espaces comportant le plus d’interdits. 35 minutes leur furent nécessaire pour y arriver. La marche dans ce couloir rectiligne était aisée ; la pression gravitationnelle constante, légèrement en deçà de la terrienne, contrairement aux autres voies adjacentes où elle pouvait varier du simple au double.

Ils visualisèrent l’entrée facilement mais elle ne s’ouvrit pas. Quelques instants passèrent les laissant dans l’expectative, silencieux. Un léger courant d’air, signe évident d’un changement de pression les alerta. Une ouverture apparut à l’exact opposé de leur position. Sans hésiter, ils avancèrent, entrèrent, stoppèrent. Une voix s’élevait alors qu’il venait de franchir le seuil.

— Avertissement ! Vous entrez dans un lieu consacré à l’information dans un sens global. Vous y trouverez des réf…

*

Leur vie, pour le moins, jusqu’à présent, avait été sacrément chamboulé. En pénétrant dans ce qu’il saurait bientôt être le L’Lia'ndra, ils pressentirent que le vécu, le vu, le ressenti, d’auparavant, seraient impossible à percevoir à l’identique. Ils n’étaient pas assez naïfs pour ne pas avoir déduit que chaque jour était une lente remise en cause de leurs repères. La rupture du jour, inattendue et brutale les prit au dépourvu. Ce qu’ils avaient sous les yeux était au-delà de l’humain actuel. La salle était gigantesque. En levant les yeux, ils ne pouvaient pas percevoir le plafond. Sa largeur semblait prendre entièrement celle du vaisseau, impression confirmée par la passerelle qui la traversait de part en part. La salle était carrée ou peu s’en fallait. Chaque côté mesurait donc près d’un kilomètre. Il y avait de quoi être effaré. Qu’était-ce ? Elvyn, malgré son ignorance, jugeait qu’elle ressemblait tellement à une salle de serveurs. Il avait bien enregistré le message à l’entrée. Une salle d’archives ? Jusqu’à quand remontaient-elles ? Quelles formes ? Quel pouvait être le lien entre eux, ignorants complets de l’endroit, du qui, de la culture, de la langue ? L’ameublement était absent mais ce n’était plus une surprise. En apparence, il n’y avait rien, pas plus d’images que d’indications ou de machines. Un frémissement dans l’air le mit en alerte. Amelyne, qui s’était éloignée pour fureter, se rapprocha instantanément. Leurs mains se trouvèrent automatiquement. Une machine entra. C’était la première qu’ils voyaient. Elle était presque comme ils auraient pu l’imaginer s’ils leur avaient été demandés de décrire un robot. Moyennement grand, environ 1 mètre 50, elle se décomposait en trois parties ; le haut, la tête, ronde, lisse, mat avec des capteurs en guise d’yeux, posée sur le milieu, le corps totalement lisse, encore, sans excroissance ; le tout reposant sur quatre « jambes » ridiculement courtes. Ces dernières ne touchaient pas le sol et l’engin flottait à 50 cm du sol.

L’engin stoppa près d’eux sans rien dire. Aussitôt dix fenêtres s’ouvrirent, des écrans, laissant paraître dix êtres.

— Enfin ! Laissa échapper Elvyn

— Bof ! Enchaina Amelyne

Elle exprimait clairement frustration et déception. Il le comprit. Elle avait vu avant lui qu’il n’y avait rien à voir. Noir sur noir, les dix formes étaient, comme d’habitude, recouvertes de ces vastes houppelandes qui ne laissaient rien voir, rien transparaitre. Impossible de se faire une idée sur la forme ! Ils auraient tout aussi bien pu se croire dans une cave ou dans l’espace qui aurait perdu ses étoiles en cours de route. Il sentit, avant même de l’entendre, qu’Amelyne s’apprêtait à poser une question, genre rentre dedans. Elle était prompte, bien plus vive et spontanée que lui. Son temps de latence personnel fait d’observations était important. Il se mit à l’écoute.

— Je v…

Elle n’alla pas plus loin, coupée par une voix grave, solennelle à ce qu’ils ressentirent.

— Cette planète tousse de ses affections allergiques…

Amelyne et Elvyn se figèrent. En quelques mots, le décor était planté ; un carrefour, moment crucial en mode sans préliminaire. Il aurait fallu être obtus pour ne pas comprendre de quelle planète il était question. Pourquoi cette ouverture directe ne surprit-elle pas Elvyn ?

… Vous, humains, auriez dû vous avérer parfaitement inoffensifs dans le plan globalisé d’une planète à l’échelle de votre univers. Vous êtes devenus parasitaires. L’image n’est pas unique à l’échelle universelle, loin s’en faut. Vous l’avez poussé, toutefois, à une extrémité difficilement concevable. L’équilibre qui préside à toutes vies dans l’univers, vous l’avez rompu. C’est un peu le lot commun de toutes civilisations pratiquement impossible à éviter dans un premier temps. Qui pourrait se nommer obscurantisme, en est la cause directe. Elle recouvre toujours les mêmes codes, raisons. L’équilibre originel n’y résiste pas mais tel n’est pas le problème. Sa solution est simple à énoncer, en créer un nouveau parfaitement en osmose et adéquation avec les environnements et l’ancien. C’est réalisable pourvu qu’elle n’intervienne pas trop tard. Avez-vous atteint le point de non-retour ? L’affirmer serait malhonnête et prétentieux ! Sa supposition est, elle, parfaitement viable. Au vu de l’évolution que vous suivez, supputer que vous en franchiriez le seuil sans même avoir commencé à envisager la question n’est pas une vue de l’esprit. L’extrémisme avec lequel vous vous précipiter dans le néant est un cas quasi unique. Impliquant de facto votre incapacité chronique à une réaction… Chaque pas vous rapproche de l’apocalypse. Pire, nombre de vos récits la prédisent, la déguisant sous la volonté d’une entité que vous nommez Dieu. En compensation, ce dernier, daignera(it) vous mendier un accès à un mieux disant hypothétique. Les conditions ne sont pas draconiennes ; être sage, bien obéissant nonobstant l’aspect normatif destructeur. Sinon ? Punition, vous irez dans une des différentes versions de l’Enfer ! Si je peux me permettre un trait d’humour acide, rassurez-vous, le paradis, vous l’obtiendrez tous tellement vous êtes appliqués à faire de votre monde un enfer. Si nous avions du nous arrêter à l’étude des schémas statisticiens, votre courbe existentielle représentative depuis vos origines se serait dressée dans un premier temps en une montée lente mais régulière. Tout va bien là, c’est après que ça se gâte. A un moment T, elle se stabilise d’une manière rectiligne, normal, avant de reprendre sa progression, toujours normal. La vôtre est restée rectiligne, axe presque parfait, représentatif d’une fuite dirigée vers un but ignoré ? Vous parlez de progrès. Beaucoup en ont plein la bouche de celui-ci ! Quel progrès, celui d’un véhicule passant d’une vitesse X à X+1 ? Sans broncher quand des milliers d’humains crèvent à vos pieds ? Que pensez de ces grands discours dont la finalité n’est, au fond, qu’une forme de (dé)culpabilisation auto proclamée dépendante du public visé. Le temps additionné des divers génocides s’étant produit dans vôtre histoire produirait une énergie suffisante à alimenter une de vos grandes villes pendant au moins 1 siècle. Quand elle viendrait à manquer, il suffirait de la remplacer par celles abondées par les diverses réconciliations. Puis le cycle recommence ! Quand vous ne vous tuez pas, guerre, crime, meurtre, assassinat, élimination, épuration, etc., la valeur « pouvoir » prend la première place ; écraser l’autre sous toutes ses formes de la pire à ? Violences, tortures, corruptions, esclavagisme, ségrégation, prostitution, etc. ! Vous passez un temps incroyable à théoriser y compris l’injustifiable. C’est une permanence, évolutive au gré des époques restant dans le domaine du conceptuel. Sans jamais remettre en cause, réellement, le caractère vil et contraire au moindre principe de vie de tels comportements. La somme, encore une fois, de ces énergies délétères, feraient passer votre soleil pour une étincelle pâlotte. Cette dernière analogie n’est pas une vue de l’esprit mais une réalité physique !

Jamais Elvyn et Amelyne n’aurait cru possible qu’un poids virtuel puisse à ce point tasser leurs épaule au fur et à mesure de l’énoncé des hypothèses assertive.

— Nous n’avons pas la prétention d’être meilleurs que vous. Tout en étant plus évolués, notre planète, Zhyoom, nous n’avons pas pu la sauver. Le résultat est devant vous. Un peuple en errance, à l’issue incertaine, à la recherche d’une perle. Nous venons de la trouver ! Que pensez-vous que nous pensons ? Nous…

— Dilemme, occupation, élimination, espoir, renaissance !

Amelyne venait d’interrompre d’une manière fulgurante, plus vite que sa pensée, l’étranger :

— La synthèse pourrait ne pas être mauvaise sauf qu’il n’existe pas de dilemme en nous. Pas encore… Ce vecteur d’hésitation n’est en aucun cas un facteur décisionnaire ; juste un paramètre basique intervenant, possiblement, après.

— Et l’espoir ? N’est-ce pas un paramètre ? Enchaîna Elvyn tout surpris de pouvoir parler

— Non, un facteur objectif global, c’est plus qu’une nuance, une différence patente.

— Et ? Poursuivit Elvyn

— De nos 2 sociétés, l’une est plus structurée, sans surprise, la nôtre. Nous voyageons depuis des milliers de Périodes. Durant ce périple, nous avons eu tout le temps pour l’affiner. Nous avons défini des valeurs. Schématiquement, ce qu’il ne fallait, faudrait pas faire menant presque logiquement à ce qu’il faudrait faire. Appliqués à la situation actuelle, le résultat tangible ne ferait pas de doute. Reste alors le paramètre vérification. C’est le but de vôtre présence, vôtre enlèvement direz-vous, un prélèvement pour nous, à objectifs observatoires. La première phase est maintenant terminée de nôtre point de vue. Ils vous incombent maintenant d’en faire autant. Avez-vous des questions ?

— L’enjeu est-il la Terre ? Dit Elvyn

— Quoi d’autre ?

— Que faites-vous de la liberté, du libre arbitre, de l’humanité ?

— Et vous ?

— Inversement des rôles… murmura Elvyn

— Exact ! Vous êtes en droit de penser que ceci n’est pas juste. Ça ne l’est pas mais c’est équitable !

— A votre sens !

La colère montante d’Amelyne était palpable, perceptible dans toutes ses expressions faciales, corporelles et ses ondes spirituelles. Elvyn saisit sa main et d’une pression lui suggéra de se taire. A sa grande surprise, elle obéit. Il reprit la parole.

— En évoquant équité, vous impliquez corollaire ?

— Quoi d’autre ?

— Lequel ? Si toutefois vous étiez décidés à nous répondre !

— Évidemment non !

— Donc nous allons devoir jouer à un jeu dont les règles sont inconnues, le but non défini. Nous devons nous plier à ce qui, pour nous, est furieusement semblable à un caprice grandiloquent d’êtres censément supérieurs. Que nous pourrions supposer, nous primates mal dégrossis, dotés d’une compassion, au moins celle de la supériorité.

Elvyn débita son discours sans la moindre colère affichée, d’une voix calme. Amelyne était certaine qu’il en allait de même à l’intérieur de sa tête. Il était comme ça Elvyn, émotionnellement non réactif en première intention.

— Compassion, liberté, injustice, des sentiments, du ressenti que tout ceci qui n’ont et ne feront jamais avancer une prise de décision mais la pérennisera dans une durée, quelqu’elle soit. Il ne faut pas tout mélanger. Pour illustrer mon propos, vous contredire, voici les règles, enfin la règle unique devrais-je dire. Le facteur temps n’existera pas pris dans votre configuration existentielle. Comme nous vous l’avons déjà évoqué, chaque nouvelle action ne peut être entreprise que si la précédente a été close, résolue ou intimement liée à la nouvelle. L’impatience ne peut être un vecteur de droiture décisionnelle. Pour parler un langage clair, démontrez-nous que nous avons tort ?

— De quoi disposons-nous pour y parvenir ?

— De tout ?

— Ce tout pourrait être un rien !

— Le rien est déjà un tout. En tant que tel, ni l’un, ni l’autre, n’existent. Si l’un est présent, l’autre est en lui. Vice-versa ! Nul microcosme ne peut être un tissu d’inepties. Vôtre terre ne déroge pas à la règle. Il ne peut pas être rien, ni tout, ni vide. Quelqu’un de vôtre monde a dit une chose juste : « La nature a horreur du vide. »

Pris au sens du rien, le vide n’est qu’une apparence dont le facteur principal est la place d’où on l’observe, la taille de l’observateur. Le vide n’est pas rien, si j’ose dire, il comprend toujours un petit quelque chose. Le rien voudrait ressembler à du vide, faire en sorte de le transformer ou se faire paraître comme un néant artificiel. Ce ne serait qu’un écran factice, un paravent pour dissimuler ses faiblesses, ses incompétences et sa mauvaise foi. Combien il a raison ! Peut-être à l’issue d’une certaine période, aurez-vous la sensation d’un vide.

Si ce dont vous disposez, à terme vous semble rien, alors, il ne le sera que de votre simple fait. Vide ou rien, le vecteur moteur de l’enjeu, installation, départ, n’en sera pas transformé radicalement. Ce rien sera alors le vecteur de décision de notre installation ou de notre départ. A vous de proposer ! A vous de proposer !

— ?

— ?

Les écrans s’éteignirent, le robot sortit de la salle, sans autre avertissement. Pourquoi avait-il été là ? Ils n’en avaient pas la moindre idée !

Ils restaient estomaqués. Elvyn en restait pour la remarque acerbe qu’il allait faire. Il était submergé par des sensations contradictoires mais toutes à tendance injustes ou inéquitables, il ne savait pas. Surtout, il n’appréciait pas cette pure litote employée pour désigner la destruction en toute simplicité de l’humanité, inadmissible à son sens.

Amelyne qui avait laissé Elvyn parler sentait de nouveau poindre une grosse colère. Elle se tourna vers lui sans rien dire. Elle déchiffra sur son expression faciale une même colère, plus terrible que la sienne car intérieure et, curieusement, aussi une attente. Il ne semblait pas le moins perturbé du monde comme si tout ceci était normal, dans un quotidien et une situation banale. Elle nota ce détail dans un coin de son cerveau qu’elle nommait « endroit de stockage pour questions ultérieures sur points pas toujours compréhensibles au premier abord. » Elle aimait bien ces noms à rallonge parfaitement superfétatoires. Elle assumait.

Sa colère n’ayant pas de prise immédiatement préhensile, elle entreprit de faire le point. Ils les avaient laissés seuls dans cette pièce où, même en fronçant leur regard au maximum, ils ne distinguaient pas le plafond. Le silence régnant était du genre cathédrale, un rien caverneux. Ils auraient dû être à la dérive, plongeant dans un gouffre d’incrédulité, les yeux dans le vague. L’imaginaire d’Amelyne se mettait en route. Elle les voyait déjà, titubant, se regardant et déchiffrant la même expression d’incompréhension quasi totale de ce qui leur était demandé. Tout d’un coup la réalité de la dernière phrase la percuta de plein fouet. Lentement, elle marmonna :

— De notre exploration naitra la décision de…

Le reste de la phrase fut inaudible.

— En quoi l’étude d’une civilisation inconnue pourrait-elle influencer notre avenir futur ? Dit-il

— Mon avis, je peux leur donner séance tenante.

— Je pense la même chose même si mes congénères m’excèdent parfois, enfin souvent pour être honnêtes !

— Et puis j’ai faim !

— Aïe ! Dit-il tout haut

Elle était imprévisible, ou trop, dans ces moments-là ! En la regardant, il vit qu’elle n’était pas dans un moment d’impatience. Sa faim n’était peut-être qu’un moyen détourné de reprendre pied. Ils se regardaient, totalement largués ; l’endroit où ils se trouvaient, le discours reçu, le demande et, contrepoint de l’ensemble, la liberté soudaine. La vie n’est faite souvent que d’une succession de paradoxes. Prenez deux individus que vous stressez un maximum et lâchez les dans un environnement étrange, inhabituel et la liberté dont vous venez de les gratifier, dont ils n’ont pas la moindre raison de douter, infailliblement, enfin presque, ils vont la ressentir comme une prison, dorée, amère, suivant les cas. C’est pile l’impression qu’ils ressentaient. S’ils avaient pu y avoir des spectateurs, à coup sûr, les sourires seraient bien vite apparus sur leurs lèvres. Hagards, errants du regard, ils n’avaient même plus conscience que l’autre existait. La vue glissait partout, passant à tout allure, sautant d’un coin à l’autre, ignorant même ce qu’il reconnaissait, en l’occurrence, l’autre ici. Pourtant, dans ces circonstances, il faut justement fixer son regard sur le connu, le temps nécessaire de rétablir un semblant de logique, laisser le temps à la raison de reprendre quelque peu ses droits. Mais c’est comme si nous n’étions plus maitres de nos nerfs optiques dans ces cas-là. Elvyn, par réflexe, comme pour un coup de flash dans les yeux, les ferma. Ce laps d’un dixième de seconde suffit à lui insuffler une pensée logique. Fermeture, ouverture, son cerveau conscient commanda de rééditer l’opération. Clore ses organes oculaires par qui venaient la déstabilisation créant la dichotomie entre raison faite raison et raison irraisonnée, créée par un environnement inconnu.

— Amy, ferme les yeux, ne les rouvre pas dans l’immédiat.

Elle s’exécuta et comprit très vite l’intérêt.

— Prends mes mains.

Obéissante, elle logea ses menottes dans les siennes. Sans avoir besoin de les chercher, ce qui aurait dû l’interloquer un tout petit peu. Une connexion s’établit aussitôt. Pas, n’ayant guère ou pas de rapport avec une fusion de pensées mais un sentiment de sécurité. L’être humain pense souvent à tort qu’une connexion implique obligatoirement la pensée. Complètement faux la plupart du temps évidemment ! La possibilité existe mais, bien souvent, ce n’est qu’une sensation physique, sentimentale, un contact intemporel, intangible, déstructuré qui est bien supérieur au fait de la capacité d’entendre ce que l’autre pense concrètement ou pas ; la fameuse télépathie, serpent de mer invraisemblable, tant dans son existence supposée que dans le contraire. La question ne devrait même pas se poser car sans intérêt. Il est absolument indubitable, quasi inévitable qu’un jour, un petit génie trouvera le moyen de faire communiquer deux cerveaux sans passer par la parole. Toutes les conditions sont réunies, courants électriques, impulsions, connexions entrantes, sortantes ; reste le pas à faire pour les mettre en relation. Ce n’est qu’une problématique de physique, chimie qui, un jour, sera résolue. De ce jour, pourvu que l’interrogation essentielle soit posée ! Son utilisation sera-t-elle calquée sur le schéma humain classique, une arme de pouvoir ? Plutôt qu’être un moyen global tout simplement. Ayons peur !

Leurs respirations s’étaient calmées. Automatiquement, ils s’étaient rapprochés. Sans mouvement visible leurs mains se caressaient tendrement apportant calme, une forme de ré irrigation sensorielle qui, lentement, chaleureusement, les envahissaient : mains, bras, poitrines, visages, cerveaux. Ils étaient maintenant l’un contre l’autre, tête contre tête, regards toujours clos. Amy déposa un baiser imperceptible sur la joue d’Elvyn qui lui rendit la pareille quelques secondes après ; autant dire une éternité dans un contexte de communication sensorielle, trop souvent ignorée, reniée car impliquant trop l’intime. Dans cette bulle, le temps immuable s’effrite et se comporte comme un ralenti. L’impatience n’y a pas sa place, pas plus que l’attente. C’est une ouverture complète du soi vers l’autre, une réception entière du l’autre vers le soi. Une intimité faite de douceur où la douleur ne peut pas s’introduire ; où la finalité pourrait être la mort et être une voie bienheureuse. Une forme d’acte d’amour qui ne nécessiterait pas la concrétisation de la jouissance par l’expulsion ; identiques et différentes, explosion sensorielle et physique mais d’une intensité débarrassée de sa part brutale pour être remplacée par une force tranquille et une douceur infinie. Un peu à l’image des caresses par affleurement qui nous incite à aller à la rencontre de la main qui caresse tout en nous retenant pour ne pas perturber cet effleurement procurateur d’une intense sensualité ou d’une tendresse réparatrice. Cette forme de communication ne peut être viable qu’ainsi, réceptacle émetteur dans un équilibre d’apparence précaire mais d’une solidité à toute épreuve car chaque cellule du corps est voué à cet acte, occultant tout le reste, rendant sourd à tout le reste. Une éternité plus loin, Amy et Elvyn coupèrent.

— Prête ?

— Oui !

— Alors regardons ! A deux !

Et ils ouvrirent les yeux !

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