Mission

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Axiome de la Bor’And’Ja : “L’immortalité est aussi éternelle que tout le vivant : très provisoire !”

Deux des plus grandes forces de l’être humain sont sa capacité de survivance et celle de l’adaptabilité. Les 2 sont liés et dépendantes. Parfois antagonistes, l’humain, face à une crise mettant en jeu son existence, tentera par tous les moyens de survivre en s’adaptant. Le contraire n’est pas toujours exact surtout à moyen et long terme. Pourtant, face aux inéluctables, écologiques, économiques, sociologiques, etc., sans danger immédiat, l’adaptation n’est pas une priorité remisant les espoirs de survie à peau de chagrin. L’histoire humaine est pleine de ce paradoxe. Elle mène trop souvent face à un mur sur lequel fonce l’humanité à pleine vitesse, sans frein. Quand elle l’aperçoit, alors entre en jeu la volonté de survivance.

Amelyne et Elvyn étaient des êtres humains. Physiquement ils n’étaient pas en danger. Mentalement si ! Quelle est le meilleur moyen pour le circonscrire quelque peu ? La routine ! Le constat était simple. Ils avaient des questions et personne en face pour leur répondre. Depuis le premier contact, par écrans interposés, il n’avait vu, ni entendu personne.

L’être humain aime s’inventer des rituels. La routine en fait partie. Amelyne et Elvyn s’en créèrent donc partageant leurs journées entre phase récapitulative, le matin, et d’exploration, découvertes du vaisseau, l’après-midi. Celui-ci était bien assez grand pour les occuper un moment.

Chacune de leurs avancées était suspendues à un décryptage. Mesurer, quantifier, visualiser, analyser, tout leur demandait un effort intellectuel. L’environnement, insidieusement, était étrange sans sembler forcément étranger. Un déséquilibre permanent qui les obligeait sans cesse à se souvenir qu’ils n’étaient plus sur Terre.

Le matin, déterminé par le secours de l’heure, sans garantie qu’il soit tel puisqu’il n’y avait personne pour leur confirmer, il restait dans leur cabine comme ils avaient fini par la nommer naturellement. Faire le tour des possibilités qu’elle offrait leur prit 2 jours. Le temps pour eux de toucher à tous les pictogrammes et d’en comprendre entièrement le fonctionnement. Ainsi ils eurent vite fait de repérer comment faire apparaître le lit mais pas de le faire rester. Le lit apparaissait mais se rétractait presque aussitôt. Ainsi le premier jour dormirent-ils par terre ! De base, seul le coin repas était persistant. La nourriture, les boissons, arrivaient automatiquement. C’est un peu grâce à leurs contenus qu’ils avaient pu rétablir une segmentation matin, midi, soir. En attendant toutes les icônes d’ameublement se comportaient à l’identique, effleurement, apparition, rétractation.

La solution vint d’Amelyne, le second matin en s’éveillant après une nuit inconfortable alors qu’ils avaient choisi de ne pas retourner à ce qu’il nommait l’infirmerie. Elle s’écria :

— Évidemment !

Sans tenir compte de l’air circonspect d’Elvyn, elle se leva, se dirigea résolument vers le pictogramme du lit, l’effleura et dit :

— Validation !

Le lit se matérialisa et ne bougea plus. L’être humain peut vite oublier même si ce n’est que temporairement. Donc les heures suivantes furent consacrées à tout presser, tout valider. Créer un foutoir absolument improbable, jouissif pour tous les 2. Jusqu’à l’impossible ! Comme l’annonça une voix synthétique : « Les choix opérés ne peuvent être réalisés. Vous êtes priés de recommencer. »

Ils s’en lassèrent assez vite mais la voie était ouverte à un aménagement un peu plus pragmatique. Les possibilités, sans être infinies, étaient innombrables. Chaque choix ouvrait des options aussi bien visuelles qu’orales. Là se situait la vraie découverte comme le souligna Elvyn. En croyant avoir affaire qu’à un système graphique, ils s’étaient trompés. Ils n’avaient même pas imaginé une autre possibilité. Probablement auraient-ils pu gagner du temps le premier jour. Pour en avoir le cœur net, ils revinrent dans la « salle d’attente ». C’est Amelyne qui expérimenta :

— Toilettes ?

L’espace qui leur avait demandé tant d’efforts apparut tout simplement. Elvyn prit le relais.

— Plan vers hébergement ?

Un de ces écrans flottant, devenu familier, apparut avec un itinéraire tracé, fléché. Il fut presque déçu de découvrir un plan banal, tout plat. Par curiosité, il insista :

— Vue réelle objective ?

Aussitôt dit, aussitôt fait, ils avaient sous les yeux la réalité du vaisseau, la partie qu’il connaissait. Les flèches se matérialisèrent au sol. Ils s’étaient donc bel et bien compliqués la vie. De ce jour, ils n’eurent plus d’hésitations. L’exploration fut facilitée. Ils avaient maintenant accès à une base de données indéterminée qui répondait à la moindre sollicitation. Ils ne la prirent jamais en défaut même le jour où Elvyn demanda le plan des parties inaccessibles. La machine se contenta de de répondre :

— D’un point de vue sécuritaire global ou particulier ?

— Les deux ! Répondit Elvyn

— Avec explication ?

— Oui !

S’ensuivit une indigeste liste d’endroits interdits. A chaque fois, la simple sécurité humaine était évoquée, jamais celle des propriétaires des lieux. Ils ne purent déterminer si la machine leur avait tout montré ou s’il restait des parties secrètes. Pour vérifier, Amelyne demanda une fois :

— Les armements ?

Pas d’armements à bord fut la réponse. Ils n’en crurent pas un mot et ils insistèrent ne provoquant qu’une seule réponse :

— Non nécessaire, chaque chose peut devenir un artefact mortel.

— Exemple ? Demanda Amelyne

— A quoi bon ? Répondit la machine

— Pour voir ? Dit Elvyn

— Ce ne serait pas un acte de Respect, une inzhoumanité.

Comme lorsqu’elle leur donnait des explications auxquelles, la plupart du temps, ils n’entendaient rien, leurs compétences personnelles étant très limitées voire basiques, la machine utilisait un langage traduit et conformé à un sens humain. Néanmoins elle venait de leur livrer un indice. Il valait ce qu’il valait mais c’était un début. Les mots Respect et inzhoumanité avaient été nettement accentués. C’était leur première vraie découverte. Tout le reste, ils le rangeaient au rang de l’anecdotique. Peut-être même que ce n’était qu’un test, une évaluation de leurs capacités intellectuelles.

N’empêche qu’à compter de ce jour, ils entrèrent souvent en dialogue avec la machine. Elle était toujours prête à les renseigner, apparemment sur tout, avec bonne grâce, à l’écoute. Au-delà de ce qu’ils pensaient comme ils le constatèrent un autre jour. Alors qu’Amelyne avait posé une question sur la nature des moteurs propulsant le vaisseau. Avait suivi un flot d’explications auxquelles ils demandèrent grâce tant ils n’y comprenait rien. Elvyn s’était étonné à haute voix d’avoir des réponses et renseignements sur des technologiques qu’ils auraient pu penser secrètes, au moins sensibles. La machine lui répondit comme s’il avait posé une question :

— Il n’y a rien là de secret. Votre incompréhension n’est que de l’ignorance. L’ignorance n’est qu’une étape de la connaissance. La simple volonté suffit à la passer. Voulez-vous savoir autre chose ?

Elvyn allait répondre négativement quand Amelyne, plus rapide, dit :

— Oui ! Sommes-nous l’objet d’une surveillance constante et rapprochée ?

— Bien sur !

— Donc tout le monde est à même de nous voir sans la moindre respect pour notre intimité !

Ce n’était pas une question mais un constat. Amer ! La machine répondit :

— Cette surveillance n’est pas publique, ni accessible et n’engage que les éléments de votre propre sécurité. Aucun visuel, hors les zones de danger n’est opéré, encore moins transmis. Vous voulez autre chose ?

Elvyn et Amelyne se regardèrent, se comprenant sans parler. Tous deux se demandaient pourquoi la machine semblait avoir répondu d’un air nettement contrit et vexée. Amelyne répondit tout en se promettant d’y revenir.

— Non merci !

Elle n’était pas satisfaite mais soulagée. Ils eurent plus d’une fois ce genre de dialogue. Ils en usèrent même, trop content d’avoir un interlocuteur, peu importe qu’il soit une machine, aspect dont ils ne tinrent jamais compte. Les journées s’écoulaient donc ainsi, finalement assez sereine. Jusqu’au jour où Elvyn décida que ça commençait à bien faire, prenant totalement au dépourvu Amelyne qui ne se gêna pour lui demander ce qu’il lui arrivait.

— Je préfère réagir avant de commencer à m’ennuyer ferme. J’ai toujours détesté le répétitif et nous y sommes en plein.

— Ce n’est pas faux ! Que proposes-tu ?

— Si je le savais ! Apprendre leur langue ? Leur culture ? Leur histoire ? Leur demander le but de tout ceci ? Pourquoi nous ont-ils enlevés ?

— Tu crois que la machine va nous répondre ?

— Sérieusement ? Oui !

— Alors qu’attendons-nous ?

— Rien !

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