Après

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Axiome de la Bor’And’Ja : “Le mépris n’est qu’un versant de la jalousie et de l’ignorance conjuguées !”

Depuis combien de temps étaient-ils à bord de ce vaisseau ? Impossible à dire, même pas à estimer. Ils étaient totalement perturbés par le déphasage dont ils étaient victimes. Dont une part importante venait qu’il savait être sur un vaisseau spatial. Comment ? Aucun souvenir pour étayer cette connaissance, rien dans l’environnement immédiat qui soit un signe clair d’être à bord d’un engin au milieu de l’espace. Aucune angoisse de cet état ? Comment ? Pourquoi ? Médicaments ? Pas de réponses !

Leur réveil s’était effectué dans un lieu inconnu, carrément étranger, pourtant, pas tout à fait étrange, pas tout à fait familier. Comme s’il avait manqué une pièce dans un puzzle. En fait, pas vraiment, cette pièce manquante avait la forme voulue pour emplir le trou mais elle s’obstinait à ne pas rentrer. Toujours est-il qu’ils n’avaient pu tirer un quelconque enseignement utile à se situer dans l’espace et le temps. Dans cet environnement, ils n’avaient trouvé aucune référence pour quantifier les jours et les heures. Ils n’étaient pas restés sans réagir, mettant très rapidement leurs sensations en commun. Schéma classique, ils avaient aussi comptabilisé les jours passés depuis leur réveil. Amelyne avait une bonne mémoire et, en absence d’instruments quelconques, ils s’étaient basés sur leurs périodes de sommeil, estimant qu’elles pouvaient ponctuer, au plus près, une journée. Ils savaient qu’une marge d’erreur était plus que possible d’autant qu’il n’avait pas la moindre idée de la durée du sommeil artificiel dans lequel ils avaient été plongés.

Cet absence de références temporelles les mettaient très mal à l’aise. Pourtant, dans le quotidien, ni l’un, ni l’autre, ne possédaient de montres. A quoi bon ? La société terrienne est ainsi faite qu’avoir l’heure est plus facile que se nourrir ! A part être ermite, vivre tout en haut d’une montagne, sur une île déserte, au fin fond d’une grotte, au plus profond d’une forêt vierge, partout s’affiche l’heure, visuellement, oralement. Du téléphone à la machine à café en passant par la radio, l’ordinateur, elle s’étale partout dans nos sociétés dites avancées. Certaines fonctions humaines sont une seconde nature, elle, l’heure, est devenue primo-nature. Ils n’y échappaient pas. Au bout de quelques spéculations, ils finirent pars tomber d’accord pour estimer qu’ils n’avaient pas du excéder un ou deux jours, trois au maximum, se basant sur leur ressenti physique. Ni l’un, ni l’autre n’avaient la sensation d’être restés longtemps dans l’inconscience. A priori, ils tablaient sur une période d’un mois depuis le jour fatidique.

Leurs premiers moments conscients s’étaient déroulés dans ce qu’ils avaient nommé une infirmerie même si rien ne le laissait supposer. Ils étaient dans une pièce avec deux lits tout à faits normaux, des murs, couleur blanc cassé, sans fenêtre. La pièce ne disposait d’aucun appareillage. Le mobilier se réduisait à une table et deux chaises. Pour ce qu’ils en savaient, la lumière fonctionnait en permanence. Ils n’avaient pas trouvé d’interrupteurs. Personne ne s’était manifesté. Malgré le stress et l’angoisse, ils avaient fini par s’endormir. Ils n’étaient d’ailleurs pas certains que ce fut naturellement. A leur réveil, ils avaient trouvé la table prête. Tout ce qui s’y trouvait était familier, tasse, théière, viennoiseries, confitures, pain, jus de fruits. Ils ne s’étaient pas posés de questions et avaient fait honneur au petit déjeuner. La veille, il n’y avait pas eu de repas mais ils n’en avaient pas souffert et ne l’avaient pas vraiment remarqué à vrai dire. Seul Elvyn fit un commentaire : « Et le café ? ». Il n’y avait que du thé. Ils étaient restés relativement silencieux. Ils parlaient plus avec les yeux et les mains, se soutenant mutuellement dans ce qu’il fallait bien qu’ils appellent leur détresse. L’estomac calé, Amelyne estima que le temps des mots était arrivé :

— Et maintenant ?

Hasard ? Volonté ? Elle avait à peine achevé qu’un pan de mur entier s’éclaira. Quatre êtres leur faisaient face, vêtus de vastes houppelandes à capuches ne laissant rien deviner, rien voir. Il n’y eut pas de temps de pause. L’un d’eux attaqua derechef dans un français parfait, sans accent quoique avec une tonalité quelque peu mécanique :

— Comme vous l’avez remarqué, nous vous avons débarrassé de tout ce qui était de votre monde. N’y voyez pas une tentative d’humiliation ou une négation quelconque. Ce n’est qu’une mesure de sécurité basique tant pour vous que pour nous. Si un de ces objets vous semble essentiel à votre survie, réclamez-le. Nous ferons en sorte de vous le procurer rapidement.

Elvyn sursauta légèrement. Il était certain d’avoir saisi une espèce de contrition dans ce discours. Pourquoi ? Il regarda Amelyne et lut la même interrogation de son regard. Cette sensation, fugace mais persistante venait s’empiler avec le reste : angoisse, suspicion, incompréhension, excitation. Autant d’éléments qui, paradoxalement, en s’additionnant les laissait, en apparence, en manque patent de réactivité. Il n’est guère commun ou usuel de se retrouver en victimes d’un enlèvement de science-fiction ! Il faudrait du temps avant qu’ils commencent à reprendre le contrôle. S’ils arrivaient à trouver des repères ! Il sentit Amelyne prête à poser une question. Elle n’en eut pas le temps. Le mur s’éteint brusquement et une porte s’ouvrit dans un autre.

— C’est tout ?

C’est un cri du cœur qu’elle venait de lancer. Ils se retrouvaient seuls et ahuris.

— A quoi on joue ? Renchérit Elvyn

— Je ne sais pas mais ça m’agace.

Il sentit le désarroi dans la phrase et surtout les prémices d’une grande colère. Lui n’en était pas là. Il tentait d’en rester à ses fondamentaux. Rester calme, observer, tenter d’attraper un fil qui le remettrait dans le sens de la marche. Il se faisait l’effet d’un nageur naufragé qui saurait que la distance lui restant à parcourir était mathématiquement trop grande pour ses capacités. Que sa fin était inéluctable. Que chaque tasse qu’il buvait le rapprochait de la noyade finale. Que chaque fois que sa tête se retrouvait sous l’eau, il avait un peu plus de difficulté à la sortir, avec le poids de sa compagne en plus sur les épaules. Non pas qu’elle fut complètement à l’agonie. Non, il était intimement persuadé que son pragmatisme personnel la faisait se reposer sur lui dans cette circonstance où son sens du détachement était plus fort que le sien. Il sentit l’urgence de « faire quelque chose », n’importe quoi sauf de rester sur place. Il lui prit la main. Elle accepta et lui emboita le pas. Ils franchirent l’ouverture qui se referma aussitôt. Ils restèrent immobiles, s’attendant à quelque chose ? Quelqu’un allait venir. Rien ne survint ! Volontairement ou pas, ils étaient laissés à l’abandon. Ce stade d’attente fut long, tétanisés qu’ils étaient par l’incompréhension. Ils commencèrent à regarder autour d’eux avec un sentiment d’impatience et de colère. Ils étaient dans une salle comprenant quelques sièges. Elvyn voyait nettement Amelyne s’approcher dangereusement du moment « pétage de câble ! » Il lui prit la main, la serrant doucement pour l’inciter à capter son regard. Elle finit par céder puis par demander, mi-irritée, mi-intriguée :

— Oui ?

Au vu du lieu, du moment, des circonstances la question était à multiples degrés. Il l’incita du geste à regarder autour d’elle. Elle s’exécuta mais à l’issue de son tour, elle était toujours interrogative. Elvyn s’assit. Elle resta debout.

— Ça ne te fait pas penser à quelque chose ?

— A part une salle d’attente de dentiste ? Et ce n’est pas agréable !

— Justement !

— Tu crois ?

Il ne répondit pas mais du peu qu’elle commençait à le connaître, elle traduit par : « Surement ! ». Elle avait du mal à se concentrer. Elle avait faim. Elle avait besoin d’aller aux toilettes, de se laver, de se poser, de comprendre un petit quelque chose, de trouver un repère. Le seul qu’ils possédaient pour le moment c’était cette mauvaise imitation d’une salle d’attente d’un quelconque praticien. C’est cette dernière pensée et l’image de l’imitation qui lui donna une impulsion. Sans avertissement, elle se leva et se dirigea vers ce qui devait être une porte tellement elle y ressemblait. Elle n’avait pas lâché la main d’Elvyn et ils faillirent tomber tous les deux, lui de son siège, brusquement tiré en avant et elle de sa hauteur, brutalement freinée par la résistance.

Sans question, il se leva et suivit. Une ouverture apparut avec un léger bruit provoqué par l’air libéré. Elle laissait voir un couloir d’une bonne cinquantaine de mètres. Austère et métallique étaient les meilleurs qualificatifs pour le décrire. Ils n’osaient pas avancer s’attendant à voir arriver des gardes. Dans leur esprit, pas le moindre doute, ils étaient prisonniers et donc surveillés, épiés, guettés, testés. Au final, quel que soit le qualificatif, l’effet de la conséquence, ou vice versa, était identique. Au bout d’un temps certain, ne voyant rien venir, n’entendant rien, ils osèrent faire un pas. Et s’arrêtèrent toujours dans l’attente d’une réaction qui ne vint pas. Ils continuèrent. Au bout de trente mètres, ils n’avaient remarqué aucune porte, ni aucun signe un tant soit peu familier qui puissent leur laisser une indication. Rien sur les murs à part des dessins ? Mots ? Pictogrammes ? Ils parvinrent au fond de ce couloir. Inconsciemment, ils s’attendaient à ce qu’une ouverture apparaisse, comme tout à l’heure. Cet espoir fut déçu. Amelyne fit demi-tour, bientôt suivi d’Elvyn. Elle revenait rapidement vers la première issue. Elle faillit se heurter à la cloison qui, cette fois, resta close. Ils furent incapables de la distinguer du reste du pan de cloison. Pas le moindre interstice, pas de marques qui puissent la localiser.

— Hey ! Vous allez nous laisser nager comme ça longtemps ? Dit Elvyn en haussant les épaules

— Je ne sais pas pourquoi mais je sens que la réponse est oui. Répondit Amelyne d’un ton doucereux

— On fait quoi ? Dit-il, dépité

— On se pause, on réfléchit car, ou ils le font exprès, ou ils le font exprès. Ne me demande pas pourquoi, j’ignore la motivation arrière.

— D’accord mais rien de changé à mon interrogation, qu’est que nous faisons ?

— Nous cherchons !

— Quoi ?

— Justement !

— Merci !

Ce dernier mot aurait pu être le signe d’une amertume mais Elvyn commençait à appréhender, dans un sens de ressenti profond, le mode de fonctionnement d’Amy. Sous l’apparence absconse, il percevait la mise en fusion de ses neurones. Elle était le feu, lui l’eau. Parfois cette dernière éteint le feu, parfois elle l’attise. Il se mit en mouvement et commença à scruter le mur de son coté en remontant vers l’autre bout du couloir. Elle prit la même direction, côté opposé. Ils arrivèrent ainsi au bout, se regardèrent.

— Alors ? Dit-elle

— Je vais essayer de faire parler ma logique. Il doit y avoir une porte mais nous sommes incapables de la voir. Il doit donc y avoir un moyen de la repérer. Soit on nous laisse volontairement ici pour une raison que nous ignorons. Soit nous sommes dans une antichambre de conservation avant d’être empaillés. Il n’y a pas le moindre doute sur le fait que nous sommes observés. Je n’imagine pas un instant qu’il n’y ait personne ou que l’on nous est oublié. Donc, conclusion, au mieux nous sommes un sujet d’expérience, au pire des souris de laboratoire.

— Un peu la même chose non ?

— Pas tout à fait dans mon esprit… La différence est dans la finalité et tant qu’à faire j’aimerais autant que nous ne soyons pas des souris.

— Je vois.

— Donc nous n’avons pas le choix et nous devons comprendre.

— Il vaudrait mieux que ce soit rapide car sinon je fais pipi dans le couloir et tant pis.

— Et après tu commences à me manger…

— Peut-être !

Ils rirent d’autant plus qu’ils étaient surs et certains qu’eux seuls pourraient comprendre ce qu’il y avait derrière. Rire sera toujours un bon remède. Ils se sentaient subitement mieux même si rien n’était résolu. Cet espèce de dialogue futile, mot qui contient utile, avec lequel nous pourrions dire fut utile, générant sa propre contradiction, cet échange donc où les références ne sont compréhensibles qu’à ceux qui les utilisent, est un procurateur d’intimité. Et cette dernière est rassurante quand, pour n’importe quelle raison, vous vous retrouvez en situation de désorientation complète. Elle est bien souvent un déclencheur.

— Je crois que le mieux est de se concentrer sur les dessins. Dit-il

Ils reprirent leur exploration conjointe, s’attardant devant chaque motif. Ils ne firent aucun commentaire, se contentant de regarder. Encore une fois, ils parvinrent à l’autre bout. Ce couloir, si rien ne venait éclaircir leur horizon, ils allaient le connaître dans ces moindres recoins.

— Alors ? Dit-il

— Je suis sûre d’avoir remarqué des flèches même si elles ne semblent pas familières. Le reste, c’est mystère et boule de gomme.

— Idem !

— Et ?

Il s’avança sans répondre vers ce qu’ils pensaient être des flèches. Il effleura du doigt la représentation. D’un seul coup, toute une série de pictogrammes s’éclaira le long du couloir et, dans la cloison du bout, un bouton s’éclaira. Prise d’une impulsion soudaine, elle effleura à son tour le même dessin. Tout s’éteignit. Alors ils entreprirent de faire de même avec toutes les images sans guère de résultat cette fois.

— Tu crois que ça signifie qu’ils veulent que nous allions là-bas ?

— Quoi d’autre ?

Elle effleura une des flèches et ils se dirigèrent vers le bouton lumineux. A peine touché, la cloison s’ouvrit comme tout à l’heure. Derrière ce fut la déception : le même couloir, même distance. Ils s’avancèrent. Au quatrième couloir, ils en avaient assez.

— Je crois que nous perdons notre temps.

— C’est une certitude.

De ces approximativement deux cent mètres parcourus, ils avaient vu d’autres dessins qu’ils avaient consciencieusement effleurés sans plus de résultat. Seules les flèches faisaient naitre quelque chose.

— Quelque chose doit nous échapper. Je ne crois pas que le but soit de parcourir des dizaines de couloirs. D’autant que comme nous n’avons pas la moindre idée de la grandeur de ce vaisseau, rien ne nous dit que nous ne tournons pas en rond. Ce qui se produirait au final car même grand, cet engin ne peut être infini. Et puis de toute façon, il est hors de question que je tourne en rond pour rien. D’autant qu’à faire ainsi, tôt ou tard, sans nourriture, sans eau, nous allons tout simplement claquer. Tant qu’à faire, j’aime autant le faire sans passer pour un crétin à faire des cercles.

— Ce qui nous échappe, c’est le mode de fonctionnement des visuels. Pour commencer, peut-être, je ne sais pas, est-ce leur langage ?

— Comme des hiéroglyphes ?

— Surement, pourquoi pas ? C’est un langage comme les autres.

— Nous ne sommes pas linguistes. Avant de trouver la clef, nous serons desséchés.

— Non sans avoir p… dit-elle en riant jaune

— Y a urgence ?

— Primale même…

— On s’y remet.

Un quart d’heure terrestre plus tard, ils s’étaient usés les yeux sans rien trouver. Pas la moindre étincelle pour venir éclairer leur lanterne !

— Reprenons à ma manière, dit Elvyn, les flèches, il suffit de les effleurer. Les autres dessins s’ils sont là dans le même but, leur utilisation doit être aussi simple.

— Mais leur simplicité, enchaina Amy tout en hochant la tête pour indiquer qu’elle parlait des autres, n’est pas obligatoirement la nôtre. Que dis-je, ce n’est pas la nôtre ! Toute dépouillement apparent ne l’est que pour celui ou ceux qui ont la même logique. Les deux sont étroitement imbriquées. C’est d’ailleurs pour ça que la simplicité est une grande illusion, au mieux, une immense fatuité, au pire…

— Pour les réflexions profondes, on pourrait attendre…

— … Mais si nous n’avons pas les même références, s’ils veulent, pour notre bien ou notre mal peu importe pour le moment, que nous fassions certains gestes, alors, il doit y avoir une clef qui doit être accessible.

— Reste à la trouver pour en revenir à notre point de départ.

Il savait ne pas être juste mais il avait besoin de ce genre de réflexions pour se concentrer. Imperturbable, Amelyne continuait::

— Donc nous devons revenir au point de départ, justement, déjà pour vérifier que nous pouvons rouvrir la première porte. Ce que nous n’avons pas tenté.

— Ce n’est pas faux.

Ils refirent donc le chemin inverse. Sans la moindre difficulté, la première porte s’ouvrit. Sans raison apparente, ils en ressentirent un soulagement bienvenu.

— Donc, reprit Elvyn, nous sommes observés. On veut que nous fassions quelque chose. Le fait que nous puissions revenir dans cette salle d’attente indique que probablement, il n’y a pas de mauvaises intentions dans l’immédiat. Si, ce qui ressemble furieusement à une salle d’attente, en est une, ils auront probablement poussé la ressemblance jusqu’à la doter de commodités comme on dit chez les gens bien élevés.

— Reste encore une fois à les trouver ces commodités.

— Oui, au boulot.

Et il s’assit. Elle était trop concentrée à contrôler son urgence personnelle pour pouvoir être d’une quelconque utilité. Elle savait que c’était sa manière à lui. Pourvu qu’il trouve. C’est fou comme un détail peut devenir un élément crucial de l’existence. La preuve que tout et rien peuvent donner un résultat parfaitement convergent, même identique parfois : tout est rien, rien est tout, blanc, noir, positif, négatif. Sans parler, Elvyn se leva et s’avança vers le seul dessin, hors les flèches qu’ils n’avaient même pas remarqué au début. Il représentait une ellipse en relief. Il l’effleura. Rien ! Il appuya. Rien ! Il lui parla. Rien ! Il tenta d’effleurer l’ellipse et une flèche en même temps. Rien ! Il demanda à Amy de se joindre à lui pour le faire. Rien ! Pire même les flèches ne s’illuminèrent pas. Elle voyait le dos de son compagnon se crisper, signe tangible que tout ceci l’irritait gravement. Il toucha une flèche provoquant le réveil de la signalisation vers la porte puis revint vers le dessin qu’il toucha. Surprise, une ouverture se fit révélant ce qu’ils attendaient. Il n’eut pas le temps de faire le moindre commentaire, se contentant de heurter le mur, propulsé par Amy qui se ruait dans les toilettes. Elle ne vérifia même pas que l’endroit était adéquat ! La porte se ferma ne lui laissant pas le temps de faire le commentaire ironique qui naissait dans sa gorge.

Un long moment plus tard, elle se rouvrit et Amelyne vint vers lui, l’enlaça et l’embrassa avec une tendresse qu’il ne se rappelait pas avoir connu. De toute façon, il avait déjà oublié sa rencontre avec le mur. Il profita de l’instant. Elle se serra contre lui appuyant sa tête contre son épaule. Ils restèrent un long moment ainsi. Il avait oublié que lui aussi aurait bien eu besoin de se servir du local qu’ils avaient mis tant de temps à trouver. Amelyne se détacha, effleura une flèche et le dessin et lui fit signe d’y aller. Il s’exécuta. L’intérieur n’était guère différent, hors les formes, d’une toilette humaine. Seul le lavabo semblait vraiment étrange, pas de robinet, pas de savon, pas de serviettes mais une glace. Le lavabo lui-même n’était qu’une cuvette de 0,5 cm de haut. Si tout chez ses étrangers fonctionnaient comme leur signalétique, alors il lui suffisait surement d’approcher les mains pour provoquer l’apparition de l’eau. Ce qu’il fit mais il n’y eu pas de jet, ni de robinet qui surgit du mur. Juste une légère brumisation à l’intérieur de laquelle il pouvait voir de fines particules qui ressemblaient furieusement à du sable, provoquant le même effet. Il insista pour voir combien de temps allait durer cette vaporisation mais tout s’arrêta en une vingtaine de secondes suivit par un souffle à peine perceptible d’air ni chaud, ni froid, même pas vraiment tiède. En tout cas, ces mains étaient sèches. Pour ressortir, un bouton lumineux l’invitait à appuyer.

— Reste plus qu’à trouver une salle de bains, un lit et une cuisine. Dit-il en sortant

— Qui sont probablement au même endroit.

— Et je sais où !

— Ah !

— Viens.

Elle suivit. Il s’arrêta devant un dessin représentant un rectangle dont le bord supérieur dépassait les côtés et dont le centre était occupé par un bouton. Elle appuya sur une flèche et lui sur le dessin. Rien.

— Ah ! Non, dit-elle, ne me dis pas que c’est une autre manière pour le faire ouvrir.

— Non, en fait, j’ai l’impression que chaque symbole enregistre disons une empreinte qu’elle suit. Regarde !

Et il appuya à son tour sur une flèche. Une seconde série s’alluma parallèle à celle d’Amelyne mais d’une nuance différente. Puis il appuya sur le rectangle. Il faillit être déçu mais n’en eut pas le temps interpellé par le « Oh ! » de sa compagne. Il se retourna et suivit son regard. Une troisième série de fléchage venait d’apparaitre. Sans plus de commentaires, ils la suivirent. Ils traversèrent ainsi 6 couloirs sans s’attarder. C’est au septième qu’ils virent un autre rectangle similaire clignoter. Il l’effleura. Ils entrèrent. Ils étaient dans une pièce d’une quinzaine de mètres carrés, vide. Quatre murs/cloisons était le seul spectacle pour satisfaire leur curiosité. Ils n’en furent même pas dépités, commençant à avoir l’habitude.

— Il va falloir que nous trouvions les meubles ?

— A moins qu’il ne faille tout fabriquer.

— Je ne suis pas bricoleur, je te préviens.

— Moi non plus ça tombe bien.

Ils se turent, chacun plongeant dans ses pensées. Le silence ne dura guère.

— J’ai l’impression qu’il faut absolument que nous intégrions que nous sommes dans un univers complètement différent. Ça va nous demander un sacré effort. Au fait quelle heure est-il ?

— Je n’en ai pas la moindre idée. Rappelle-toi qu’ils nous ont tout pris. De toute façon ni toi, ni moi, n’avions de montres, alors…

— C’est embêtant.

— Pire !

— Peut-être que ceci aussi fait partie du parcours de découverte ?

— Il y a des chances.

— Je ne comprends pas vraiment l’intérêt de tout ce mic-mac.

— Y a-t-il seulement quelque chose à comprendre ?

— Pourquoi non ?

— C’est leur mode de vie. Ce pourrait être tout à fait à la fois un parcours mais aussi simplement un état de fait. De tout ça on peut tirer n’importe quoi à commencer par être sujet d’expérience ? Ou digne de communiquer avec eux ? Si nous échouons, ils nous renvoient sur Terre.

— Ou décident que nous ne sommes vraiment pas intéressants, s’en vont, nous balancent par la fenêtre.

— Ou décident que cette planète vaut que dalle et que ses habitants sont trop nuls pour survivre.

— Spéculations and co qui ne nous mènent nulle part. Je crois qu’il vaut mieux essayer de résoudre nos soucis pratiques en attendant. A un moment ou un autre, ils finiront peut être par se montrer. Au boulot !

— A priori, si j’en juge par toutes les images sur les cloisons, le principe semble le même.

— Ça a l’air mais on fait comment ? On essaie de deviner ou on touche à tout ?

A ses yeux rieurs, il comprit qu’elle préférait la seconde solution.

— La droite ou la gauche ?

Elle ne répondit pas et se dirigea vers sa droite. Elle effleura un bouton sans s’occuper de sa représentation. Un rideau opalescent apparut dans un angle. L’effet ressemblait à une chute d’eau qui fonctionnerait au ralenti. Il était traversé par une lueur qui laissait entre apercevoir l’intérieur. Lequel ne semblait pas contenir grand-chose. Pourtant, dans le plus grand coté, un pan de cloison n’était plus uniforme laissant apparaître, quoiqu’un peu différent, le même style de lavabo.

— Ça a l’air d’être la salle de bains ?

— On dirait bien.

Une ouverture flanquait le milieu du mur liquide. Ils se regardèrent s’interrogeant de l’air du : y va t-y ton, y va t’y ton pas ? Plus pour la forme car ils y allèrent. La curiosité humaine est insatiable. Amy entra carrément, lui s’arrêta pour tâter la cloison. Sa main ne rencontra rien et traversa tout bonnement. Il ne fut même pas surpris sauf qu’il fit la remarque qui lui vint immédiatement à l’esprit :

— A quoi bon une porte ?

— Hein ?

Elle n’avait pas vu son geste. Comme à son habitude, Elvyn, plutôt que se lancer dans une explication, usa de gestes. Il lui saisit le bras à travers le mur. Elle sursauta puis regarda. Ayant intégrée la relation question/action, elle se dirigea franco vers la paroi et la traversa sans autre forme de procès.

— En effet à quoi bon ?

— Et puis si c’est perméable pour une masse comme nous, qu’en est-il de l’eau ? Enfin si cette supposée salle de bain contient bien une douche ?

— On cherche ?

— Quoi d’autre ?

Il se savait en décalage avec Amelyne qui semblait se laisser gagner par la curiosité. Il voyait dans son allure, son regard, une certaine insouciance mâtinée spontanéité qu’il aurait bien aimé avoir lui-même. Mais il était incorrigible. Il regardait, envisageait, essayait d’intégrer un mécanisme de pensée alors, et il le savait, qu’il lui manquait vraiment par trop d’éléments. En attendant il scrutait et enregistrait… pour plus tard… pour pouvoir relier des faits… si possible ne pas se laisser surprendre… tenter d’avoir non pas un temps d’avance mais ne pas avoir trop de temps de retard… Elle était déjà presque entrée quand elle se retourna et revint vers lui. Elle l’embrassa sur la joue d’un baiser à peine affleurant mais qui provoqua une onde de frissons dans tout son corps.

— Lâche les vannes, mon amour, lâche. Ça ne nous coutera pas plus cher.

C’est le « mon amour » qui le décida alors qu’il se faisait la remarque que, sans s’être jamais dit « je t’aime », elle venait d’une manière irréfutable de marquer, notifier, classifier, valider, confirmer son sentiment. Il refoula et ils entrèrent ensemble. La signalétique, le langage ?, était opalescent à l’intérieur. Par ailleurs, il n’y en avait guère des images, ici. A peine quatre alignées les unes à côté des autres. Elle appuya sur le premier. L’ouverture se ferma. Il s’occupa du second. Le même phénomène de brumisation déjà rencontré se produisit. L’un comme l’autre s’attendait à ce qu’il s’arrête automatiquement comme tout à l’heure mais au bout d’un moment, ils durent se rendre à l’évidence, l’arrêt n’était pas automatique. Il effleura l’icône et le nuage cessa.

— Au moins on peut se laver tout habillé sans être trempé…#

— Mais couvert de sable…

— Si c’est du sable…

Ils en avaient partout dans les replis de leurs vêtements, les cheveux mais, curieusement, ils n’en ressentaient ni gêne, ni picotements sur le visage ou les yeux. Pris d’une impulsion, Amy se dirigea vers la cloison et entra en collision avec. Elle ne pouvait plus traverser. Cette fois, ils ne furent plus surpris. L’être humain s’habitue à tout, au pire comme au meilleur. Elvyn toucha la troisième image. Le même souffle de vent se produisit, toujours ni chaud, ni froid. C’était un peu curieux au début mais à la longue extrêmement agréable et apaisant. Il laissa le souffle continuer ainsi. Amelyne avait les yeux fermés et offrait son visage à cette légère brise. Elle ouvrit les yeux et dit :

— On pourrait peut-être recommencer depuis le début et se laver, enfin si c’est encore le mot juste, vraiment ?

Lui, il lui montra des yeux le quatrième pictogramme. Elle fut plus rapide que lui. D’une manière incongrue, il se demanda soudainement ce qu’était devenu le sable. Il n’avait pas remarqué d’évacuation quelconque. Il faillit rater l’apparition de l’ouverture juste au-dessus du lavabo. Elel laissait voir un placard avec un certain nombre d’objets, flacons, ustensiles. Certains semblaient assez familiers, d’autres carrément étranges. Leur curiosité fut la plus forte et ils commencèrent une exploration minutieuse de l’ensemble à coup de rires, de « Oh ! », de mines interrogatives, septiques, convaincues. A l’arrivée, ils réussirent à déterminer à peu près l’usage du quart des objets. Pour les flacons, c’étaient plus simple car probablement des produits, parfums. Mais ils n’y touchèrent pas et n’y toucheraient pas tant que quelqu’un ne leur aurait pas dit ce que c’était exactement. Ils ne trouvèrent pas de brosse à dents, de dentifrice, de rasoirs. Au rang de leur « reconnaissance », ils avaient identifiés des limes à ongles, ciseaux, peignes, brosses, épingles et barrettes à cheveux ; un appareil soufflant de l’air mais trop petit pour un sèche cheveu ; lequel semblait à ranger au rang des accessoires inutiles puisque la toilette se faisait sans eau. Ils finirent par cesser le jeu de la découverte.

— On se nettoie vraiment cette fois ?

— Oui !

Sans plus de formes, ils se déshabillèrent. De ne pas savoir où poser leurs affaires, ils ne se formalisèrent pas plus que çà. Amy toucha l’image. Elle s’avança vers lui et commença à lui frotter le dos même si cela ne semblait pas très utile à priori. Il en fit autant. Le frottement se mua en caresse. La douche dura longtemps alternant brumisation et souffle au gré de leurs errements et de leur volonté. Ce n’est que bien plus tard qu’ils s’inquiétèrent d’une possible, probable?, observation. Elvyn l’introverti par excellence résuma leur sentiment par ce mot simple et signifiant : « Basta ! » Quand ils récupérèrent leurs habits, ils constatèrent qu’eux aussi étaient propres.

­— Efficace leur système, économique en plus, tu laves tout en même temps. Avec un peu de chance, tu peux faire la vaisselle aussi.

— Je crève la faim à ce propos.

Il n’était pas le seul comme le regard d’Amelyne lui montrait.

— Si j’en crois les hurlements de mon estomac, il doit être au moins 14H.

Ce en quoi elle se trompait, sans le savoir ; il était 3 heures du matin mais elle n’avait aucun moyen de le savoir, ni de faire le constat que coupé de toutes représentations horaires l’être humain perd ses repères, factices en somme.

La cuisine, ils n’eurent pas le moindre mal à la trouver ensuite, pas plus que de faire fonctionner l’ameublement. Le jeu les lassa vite surtout déstabilisés par le manque de référence temporelle qui sans cesse se rappelait à eux.

Dans une situation étrangère, il est facile de penser que l’inconscient contient plusieurs parts. Probablement une faite d’excitation intense, une autre d’auto protection, les deux pouvant s’unir, se rejoindre ou se scinder et s’opposer en sous-éléments au gré d’un équilibre mental précarisé. Reste qu’à un certain moment, la réalité doit reprendre le dessus. Ce manque les en empêchait.

Se souvenant de la seule phrase entendue de leurs ravisseurs, ils exprimèrent ce besoin, de pouvoir s’y référer. Le souhait exprimé à voix haute fut rapidement exaucé par le biais d’un écran flottant apparu soudainement. Un petit rien suffit, souvent, à ressentir parfois un immense soulagement. Cette simple vision de l’heure les rasséréna immédiatement. Ils pouvaient enfin se situer dans une partie de la journée, raccrochés par un fil ténu à leur planète. L’interrogation suivante était logique : le jour ? Elvyn effleura l’écran. Ils eurent vite fait de constater qu’il ne différait guère d’un écran tactile terrien, hormis la forme des icônes. Ils n’eurent pas de mal à trouver l’agenda. Ce qui s’afficha les stupéfia. Le ciel leur était tombé sur la tête. Une fois de plus ! Ils ne pouvaient détacher leur regard de l’affichage : 8 novembre 2032 ! Quinze ans s’étaient écoulés ! Se seraient-ils interrogés qu’ils auraient pu faire le simple constat que jusqu’à la seconde où leurs yeux avaient visualisé cette date, ils n’en avaient cure. Qu’ils ne pensaient même pas avoir changé d’année… Ils n’y avaient pas pensé, encore moins réfléchi à part en termes de temps écoulé à court terme. Conceptualiser le fait qu’il ai été possible que 2 mois se soit écoulé alors que plus d’une décennie les séparait de leur dernier souvenir terrien ? Savoir leur faisait prendre conscience de celui-ci. Un vecteur de questionnement qui pouvait être considéré comme inutile, improductif, stérile. Ce besoin de références temporelles n’était ni plus, ni moins qu’une habitude, une routine, un objet de torture mentale indolore servant à souligner la rapidité du temps qui passe. Y a-t-il un vrai besoin de le connaître ? Une nécessité ? Quel apport d’être au fait du nombre d’heures, secondes, jours, mois, années ?

Ces constats, ils ne les feraient que bien plus tard !

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