Interlude

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Axiome de la Bor’And’Ja : “L’apparence n’est qu’un emballage. Consommes-tu le pot en carton du yaourt ?”

Une lumière clignote au bout d’un long tunnel de noirceur et de silence. Bruyant comme tous les silences, bruissant du souffle de l’air immobile, bourdonnant de résonance du vide. Puis une seconde scintille, suivie d’une troisième, pour finir en guirlande. Un rectangle, brièvement bleu, apparaît. Une série de lignes s’affiche, figée l’espace de quelques secondes avant de se mettre à défiler à toute allure. Elles se fixent enfin révélant les contours aisément reconnaissables d’un écran. Presque instantanément, ses frères-terminaux s’allument tous, provoquant une luminosité aussi soudaine qu’incongrue. Elle n’éclaire que des sièges vides et un sol en matière indéterminée, immaculé. Cet éclairage soudain stoppe aussi soudainement qu’apparu. Tout redevient noir.

L’homme range le véhicule le long de la route. Il y a à peine la place et il débordait légèrement sur la route. A cette heure matinale, peu de chance d’être dérangé par des importuns. À coup sûr, quiconque résidait en ce lieu, l’avait repéré mais il s’en moquait. Personne n’interviendrait en ce qui ne les regardait en rien. Plusieurs dans l’avenir s’en souviendraient. Certains témoigneraient, d’autres pas. Aucun n’en saurait plus au-delà de l’irruption d’un « gros cul » dans un endroit désert et inapproprié. Autour de lui, les sommets des Pyrénées l’entouraient, l’invitaient. Il déposa les clefs sur le tableau de bord ainsi que les papiers du camion et la paperasse. Il se changea et enfila des chaussures de marche. Puis il prit son téléphone, appela la gendarmerie pour leur signaler la présence insolite d’un 42 tonnes plein à craquer de matériel électronique, mal garé et probablement volé. A l’autre bout du fil, la gendarme le pressait de questions tout en essayant de se conformer au manuel pour tenter de le faire rester au bout du fil. Comme il n’avait plus rien à dire, il raccrocha tout simplement. Le téléphone rejoint les clefs et les papiers.

Poussant un immense soupir manifestement de soulagement, il se dirigea vers le sentier qui le mènerait en haut, une promenade de 7 heures à allure normale. Le temps n’était ni beau, ni mauvais, idéal pour la marche. Il avait tout du randonneur standard hormis qu’il voyageait sans le moindre sac à dos. Au bout d'¼ heure, il stoppa, se pencha près d’un de ces amoncellements de pierre dont sont friands les randonneurs. Il entreprit de le démolir patiemment jusqu’à parvenir à sa base. Il nettoya la surface ainsi mise à nu, révélant une plaque métallique. Il posa sa main dessus et la surface s’illumina brièvement et glissa. Dessous se trouvait une cavité dont il sortit un objet ressemblant à une aiguille. Il la rangea dans sa poche. De sa position, il pouvait voir la route et aperçut une voiture bleue stopper à hauteur du camion. Les gendarmes avaient fait diligence. Il leur souhaitait bon courage pour résoudre ce qui resterait une énigme ainsi qu’un bon sujet pour les journaux. Il reprit le chemin du sommet. Derrière lui s’éleva mollement une fumée blanche. Plus rien ne resterait de l’aménagement. Sa route serait ponctuée, ainsi, à intervalles réguliers de ces fumées blanches. Il détruisait ainsi tous les détecteurs installés longtemps auparavant. Combien ? Quand ? Loin en arrière en tous cas ! Il ne savait plus, s’en moquait. Tout comme il se débarrassait des capteurs, il évacuait cette sectorisation du temps qu’il abhorrait. Au fond, il n’avait jamais pu vraiment s’y adapter. Calculer le temps ? Quelle idée saugrenue, quelle déviance ! Comme prévu, son but fut atteint au bout des 7 heures. Il se dirigea droit vers un fouillis de ronciers apparemment inextricable. Il sortit l’aiguille et passa un doigt sur toute la longueur. Le taillis émit une couleur bleutée avant de disparaître comme si de rien n’était. A la place se trouvait un objet oblong, uni et sans ouverture, d’environ 2,50 mètres de longueur sur 1 de largueur. Sa navette ! Il posa la paume sur le flanc de l’appareil. Une ouverture coulissa sur toute la longueur, révélant un intérieur vide à l’exception de ce qui ressemblait furieusement à un lit de fortune. L’homme se retourna pour regarder autour de lui. Il voulait s’emplir du spectacle d’un lieu qu’il regretterait pour le restant de sa survie. Dans une autre vie, il aurait aimé s’y installer pour y écouler des jours en solitaire, loin de tout et tous. La possibilité ne se présenterait pas. Il s’ébroua, se tourna vers le navette et s’y allongea. Il n’y avait pas d’autres positions possibles. L’engin était minuscule mais suffisant pour le ramener « à la maison ». Il reprit l’aiguille et l’introduisit dans l’orifice prévu à cet effet. A l’extérieur, le bouclier se reforma. A haute voix, il dit : – Initialisation ! Le noir laissa place à des lueurs changeantes marquant la mise en route de tous les systèmes de déplacement pour finir par se fixer en un écran sur lequel défilait à toute allure des lignes d’écriture. Elles disparurent pour laisser place à l’image de l’environnement extérieur. Une voix s’éleva : Le bon jour ! Où allons-nous ? Maison ! Calcul de l’option de départ ? Mi-nuit. Commandes ? Plus tard ! Comme il était allongé et qu’il n’avait rien de mieux à faire, il s’endormit. Il ne sentit pas le décollage. C’était aussi bien. La perspective de rester ainsi allongé pendant pratiquement ¼ de période zhoumaine n’avait rien de réjouissant même en stase. Il était quand même heureux d’avoir dormi naturellement auparavant. La perspective de se retrouver dans le vaisseau était tout sauf tentant. Il était peut-être temps d’interrompre le voyage et de rejoindre l’éternité du sommeil sans fin. Il ressentait un peu d’usure. Il ne le ferait pas. Il lui restait encore du travail. Il avait fait ce qu’il avait pu pour faire germer une nouvelle pousse, sa dernière tentative. Si elle échouait ? Il n’en saurait rien ! Humainement parlant, il avait renoncé ; zhoumainement ? Advienne que pourra pour cette Terre (im)promise. Commandes ! Un casque et des tuyaux descendirent du plafond à quelques centimètres de lui. Il installa le tout mécaniquement, une longue habitude ne nécessitant aucune réflexion. Réveil H – ¼ d’empance du but. Amorçage ! Il se rendormit à nouveau mais moins naturellement cette fois. Tout redevint sombre à l’intérieur de la navette.

Le vaisseau d’exploration endormi depuis si longtemps semble s’ébrouer. Ses structures vibrent. Des grincements parcourent les coursives. Un ronronnement l’emplit. Les automatismes de remise en configuration de vie s’enclenchent. Elle demanderait du temps mais, ce dernier, les cervmaîtres en disposaient plus qu’il n’en fallait. La gangue de glace qui le recouvrait nécessiterait plus de patience pour la faire disparaître. Dans le noir complet du poste de pilotage, un listing de survie défilait, vérifiant point par point l’état des puces souvenirs ; une opération nécessaire de contrôle et obligatoire en perspective du besoin d’un réveil. La cuve de culture s’activa, prête à opérer la reconstruction d’un être zhoumain. Dans l’attente d’un ordre éventuel et pour parer au quotidien et la remise en état interne, le centre de fabrication robotique démarra le processus. En premier viendrait les drones de contrôle puis les réparateurs. Leurs tâches seraient immenses. Un objet quel qu’il soit, un vaisseau n’étant rien d’autre, se dégradait aussi surement, même lentement, qu’une falaise battue par les vagues. Les robots utilisés précédemment avaient dû se mettre en léthargie puis en panne. Il est illusoire de croire qu’ils auraient pu redémarrer comme si de rien n’était au bout de tant de temps. D’après l’expérience des cervmaîtres, 30 % seraient bons pour le recyclage, 20 % opérationnels et le reste devrait subir des réparations. Sur un autre écran, un calcul complexe s’établissait pour déterminer le moment propice de la ligne de fuite. A l’échelle de l’univers, même caché derrière la plus grosse planète d’un système voisin de la voie lactée, la situation était la même que 2 maisons mitoyennes séparées uniquement par une clôture ajourée. Ils allaient être repérés sans le moindre doute. La glace qui les recouvrait, stratifiée de toutes les scories recueillies durant leur orbite de quelques siècles, laisserait un sillage qu’immanquablement un observateur reconnaitrait pour une anomalie. Tant que tous ces résidus n’auraient pas totalement disparus, il serait dans l’incapacité d’activer le bouclier. Il en allait de même pour la navette. Elle était minuscule même à l’échelle d’une planète mais comme tout objet se déplaçant, elle laisserait un sillage résiduel qui finirait par alerter un observateur. Le retour du cervmaître principal signifiait leur échec et une nouvelle errance à travers la galaxie. Pour une mission dont le contenu n’était plus guère envisageable sereinement. A bord, il ne restait qu’une centaine d’âmes susceptibles d’être reconstruites. A l’échelle de leur mission, statistiquement et objectivement, il ne restait donc qu’une dernière chance de pouvoir réimplanter le fantôme de la civilisation zhoumaine sur une éventuelle planète. Comme dans toute bonne équation de vie, il existait un seuil du possible sous lequel plus rien ne le serait. Possible… Ils en étaient tout proches. Il faudrait surmonter aussi cet échec cuisant qu’ils avaient rencontré sur cette planète nommée Terre, Zhyoom dans la langue ancienne. La majorité ferait quel choix ? Poursuivre ou entamer le long sommeil ? Seul l’avenir le dirait.

Et, dans une certaine mesure, Jh’Ys’Us…

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