Dialogue

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Axiome de la Bor’And’Ja : “L’hypothèse est à la lumière ce que le mensonge est à la vérité !”

Au, “nous n’allons nulle part” d’Eh'Ald'Riah, ne répond que le silence qu’Ant’Oti’Nel et Esc'Hac'Iel se garde bien de rompre. Sur les visages, ils peuvent aisément percevoir la rupture de leur façade d’insouciance, mélange de factice et de naturel. L’impatience commence à poindre. Un phénomène qu’Av’Ra’Hm, en bon penseur proactif, anticipe. Il ne veut en aucun cas la laisser prendre le pas sur l’instant.

«… Nous sommes encore dans un cycle de leçons ! dit-il en ouverture. »

Ce n’est nullement une question de sa part, un constat.

« J’aimerais dire : tout ça pour ça ! Avec la certitude que derrière fusera la réplique cinglante. »

Une entame faussement anodine qui focalise l’attention.

« Vous attendiez que nous contestions ?

— Ou que nous constations, prolonge affirmativement Ant’Hdr’Aes.

— Quoi d’autre ? intervient enfin Esc'Hac'Iel.

— Bah ! Oui, quoi d’autre ? glisse Av’Br’Am sans illusion sur une réponse éventuelle.

— Un air de tradition… intervient Sha'0l'Mo.

— Et ? prolonge Esc'Hac'Iel.

— Une impasse…

— En es-tu sûr ? Que fais-tu du triptyque Ul’As’Ty – le comment pourquoi où ?

— Et ? imite Ant'Hdr'Aes en une tentative de retournement. »

Le sourire de Pap’ ne laisse aucun doute à Eh’Ald’Riah. Il va revêtir son rôle favori. Celui de pédagogue zhoumain : faire rebondir la discussion sans apporter la moindre réponse ! Elle promène sur l’assistance un regard dubitatif. Tous ici connaissent la réponse et se prêtent à finalement ce qui n’est qu’un jeu de dupes.

« Une tradition est, sans aucune exception connue, toujours un contenu invariable logeant dans un contenant variable, commence-t-il avant de se taire.

— Autrement dit, Sy’t’Ax est un contenant fixe dans le contenu est fluctuant, étroitement dépendant des participants, avance Ant’Hdr’Aes. »

— Nous, prolonge Sha’Ol’Mo.

— L’exception de l’exception de la règle de l’exception… lâche Av’Br’Am. »

Les sourires fleurissent. Ant'Hdr'Aes, décidément très en verve, contrairement à ses habitudes, poursuit :

« Est-ce vraiment nécessaire ?

— Auriez-vous écouté ? interroge Ant’Oti’Nel.

— Probablement pas ! rétorque Ant’Hdr’Aes.

— Une demie vérité…, contre Mam’.

— Ou un demi mensonge…, ironise Pap’, même si probablement semble être une bonne réponse ! L’adolescence est le fondement d’une mutation de la raison en devenir. Elle véhicule spleen, questionnements divers, remises en causes, contestations, rébellions, découvertes, espérances et déceptions, entre autres. L’instant où le zhoumain acquiert la conscience des changements s’opérant, physiquement et psychiquement. Sans pouvoir définir vers quoi comment pourquoiBe’As’Ty – il va aller. Pour le toucher du doigt, il faut avoir parcouru quelques années nommées, à tort, l’expérience, la sagesse ou autre. C’est comme un promontoire, plus il est haut, plus le panorama est étendu.

— Comment vous le faire toucher du doigt ? poursuit Esc'Hac'Iel. Les grands discours poncifs ne s’impriment pas dans les cerveaux adolescents. Ils ne font que passer en coup de vent. Vous n’accepteriez pas d’emblée nos mots, à nous vieillants. Vous les ressentiriez comme une castration pour vous. À raison… Nous apprenons avant même d’être nés, le N’dra du Lu’Sa’Ytla connaissance impulsée du passé présent avenir.

Cr’uc, marmonne Ee’No’Ch.

Cr’uc, comme tu le dis si bien, approuve Esc'Hac'Iel, la vie en est une longue suite à franchir. Il est toujours possible de les rater ou les éviter, voire les nier. Sans jamais oublier que, tôt ou tard, elles frapperont à la porte, au mieux ; elles vous exploseront à la figure, au pire.

— Ces étapes sont-elles déterminables ?

— Non, oui, non, dans cet ordre… poursuit en souriant Esc'Hac'Iel. Par définition, il est personnel, un indicateur identitaire à l’image d’un ADN ou d’une empreinte digitale. Intimement lié à la personnalité de chacun et générant une multitude de facteurs. Que le plus puissant des ordinateurs ne saurait compiler. Sans se tromper car il est difficile – je ne dis pas impossible – pour lui d’opposer facteur objectivité versus subjectivité, globalité versus particularité

— Alors en quoi Sy’t’Ax s’en distingue. Est-il indispensable ?

— Inutile de se voiler la face, enchaine sans répondre Ant’Oti’Nel, il est plus aisé de savoir si elles ont été franchies. Ou pas… Il reste possible de cerner, supposer, ressentir. N’est-ce pas Ant'Hdr'Aes ?

— Certaines ne le seront jamais. Sans empêcher de vivre, il me semble pourtant ? L’ignorance n’équivaut-elle pas alors à la reconnaissance ? répond-il.

— Un cr’uc correspond à un manque. Le nature(l) ignore le vide. Paradoxalement l’ignorance est en soi une étape, un comblement artificiel qui, pourtant, peut devenir légitime. Ou pas…

— Pour mémoire, dit Esc'Hac'Iel prenant le relais de son compagnon, un cr’uc est une individualité, stricte. Qui peut conduire à une communauté. Comme contenu dans nombre de segments existentiels, nous entrons de plain-pied dans le blanc/noir et, plus encore, dans le positivisme du négatif. Le créatif surgit bien souvent du « ne… pas ». Sache ce que tu ne veux pas plutôt que savoir ce que tu veux.

— L’acceptation dans l’adhésion, la clairvoyance dans l’assimilation. »

Ces quelques mots lâchés laconiquement, synthétiquement, illustrent à merveille Av'Br’Am, empereur du raccourci, parfois parfaitement abscons, présentement tout à fait clair. Esc’Hac’Iel enchaine :

« Une étape en soi est un vecteur de progression la plupart du temps mais attention à ne pas tomber dans l’extrême et vouloir tout cadrer. Ce serait l’empêcher d’exister ou la biaiser. Il faut y rajouter le facteur équilibre entre vraies et fausses étapes. Car, s’il était besoin de le préciser, ces dernières existent.

— Un exemple ? réclame doucement Ant’Hdr’Aes.

— L’acte sexuel dans le début d’une relation… »

Une réponse sans hésitation aucune d’Esc’Hac’Iel, bien dans la manière zhoumaine de s’exprimer, sans tabou, ni hypocrisie. Ce qui arrive doit pouvoir être dit. Se taire, une source de manque, de frustration ou d’animosité, une crainte sans fondement, un risque inhibiteur avec comme issue probable une névrose.

La complication inhérente de l’être zhoumain le rend d’office vulnérable aux autres aléas de l’existence. Nul ne peut parvenir à tous les éviter sans, en outre, leur ouvrir grande la porte. C’est courir le risque d’une accumulation néfaste, curable mais pas dans la trace indélébile qu’elles laissent. Ainsi l’arachnophobe ne pourra jamais complètement se défaire de sa crainte irraisonnée de ces petites bêtes mais, pour autant, rien ne l’empêche de la transformer en raisonnée. Comme dirait Av'Br’Am, l’acceptation dans l’adhésion.

«… Bien longtemps cet acte fut réduit à une seule expression. Physique ! Avant que nous nous apercevions qu’une seconde existait, ignorée. La part abstraite, indispensable pour qu’une histoire puisse être nommée d’amour. L’une sans l’autre ? C’est prendre le risque de la réduire à une simple historiette. Dont les sentiments ne sont pas forcément exclus. Simplement l’osmose ne se fait pas. Vous allez me demander dans quel ordre ? Aucun, avant, après, en même temps…

— Ensemble c’est un marqueur, sinon juste une conséquence, interrompt Eh’Ald’Riah.

— Nous-je, rajoute Ant'Hdr'Aes.

— Donc si vous me permettez d’en revenir au point de départ, enchaine Sha'0L'Mo, pour concrétiser cette étape de passage de l’adolescence à l’adultescence, vous avez créé une tradition. Afin de rendre le cr’uc plus repérable ?

— Répondre oui ou non serait trop simple, vous vous en doutez. Tout dépend du point de vue, externe ou interne. La vision de l’un est plus aisée que l’autre ! commence Ant’Oti’Nel.

— En somme, vous nous dites qu’un cr’uc n’a rien de concret ? l’interrompt Eh’Ald’Riah.

— Une évidence, non ? répond Esc'Hac'Iel, ce peut n’être qu’une question, qu’une réponse, un refus, une dénégation, un acte, une renonciation, une négation, une approbation.

— Autant de mots, interrompt à nouveau Eh’Ald’Riah, incluant un sens d’acceptation ou de refus.

— Choix, laisse tomber laconique Ant’Hdr’Aes.

— Rétroactif… prolonge Eh’Ald’Riah.

— Et ? dit encore une fois Ant’Oti’Nel.

— Une abstraction menant au fait ? interroge E’E’Nok.

— Pour peu d’accepter de se retourner pour voir. Le piège, car il existe, est alors le regret mélancolique, commence Esc'Hac'Iel. Un cr’uc ne symbolise pas nécessairement un moment heureux.

— Il peut faire quitter un cocon douillet et sécurisé, enchaîne Ant’Oti’Nel, pour un inconnu qui peut sembler inquiétant. Provoquer une tentative de retour en arrière dans une tentative, désespérée et perdue d’avance, de restauration d’un état qui ne peut plus exister.

— Demain ne peut être hier, murmure, laconique, Ant’Hdr’Aes.

— Pas plus qu’aujourd’hui, prolonge Av’Ra’Hm.

— Au fond, chaque jour est un cr’uc ? intervient E’E’Nok.

— C’est la vie tout simplement, laisse tomber Sha’Ol’Mo.

— Quoi d’autres, répondent en chœur Esc'Hac'Iel et Ant’Oti’Nel. »

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