Révolu Scion Aire

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Un vrai semble anse !

J'ai,

Epuisé toutes les larmes de mon corps.

Aspiré tout le fiel de ma vie.

Ejecté tout l'amour de mon cœur.

Amassé toute la haine du monde.

Résisté à la douleur totale.

Echappé au puits sans fond des regrets.

Clos ma bouche.

Effacé de mes lèvres les verbes, les phrases.

Touché avec délectation le fond de mon désespoir.

Ou, plutôt, je l'aurais voulu...

Pour toi !


Axiome de la Bor'And'Ja : Faire simple c'est souvent très compliqué ! Faire compliquer c'est souvent très simple ! Alors ? Quoi faire ?

La vie serait un éternel recommencement. A l’évidence, une erreur dont bon nombre s’approprie le sens pour mieux se voiler la face. A observer de loin, de près, les conditions et conséquences adjacentes, la sentence ne tient pas.

Ainsi en étions-nous, en moins de 24 heures à notre 3° passage à Bordeaux. Subsidiairement c’est une ville que je déteste. Pourtant, pour ce moment, elle est le repère d’un basculement de mon monde à un autre.

3° fois, même décor, même temps, mêmes acteurs, la trilogie pourrait être idéal pour une pièce classique mais, chaque représentation différeraient en actes, scènes et répliques.

Nous voguions donc sur l’océan autoroutier. Poitiers, Tour et se profilait à l’horizon Orléans. Autant d’étapes que nous avions franchi sans les voir ; à peine une notification visuelle, moment fugace perdu dans notre soif de bavardages, commérages, fariboles et autres marivaudages. Durant ce voyage initiatique, qu’il était devenu, il y avait eu de grandes périodes de silence. Nous aurions pu en faire de même mais il n’aurait été qu’une tentative d’esquive ; une négation de ce retour vers un point de départ dont l’origine ne nous était pas connu ; que nous ne voulions pas connaître ; juste nous écrivions le préambule de notre histoire naissante. Eviter, en toute conscience, de (re)prendre le chemin de nos obsessions immédiates, permanentes, oubliant, volontaire, intentionnel, hune temps scion, nés le jour de la création que, reculer pour mieux sauter, n’est que tomber, plus lentement, ni plus haut, ni plus bas, casse-gueule tout bête, irrémédiable ! Souvent, ça se passe ainsi. Vous est-il déjà arrivé de connaître par avance la phrase que va prononcer votre interlocuteur ? En un éclair, je sus ce qu’Elvyn allait dire :

— Pouce !

Soit son expression favorite ! Je lui renvoyais ma mine interloquée tout aussi favorite.

— ?

— Tu as le don pour t'interloquer d'une manière charmante… désirable, oserais-je dire ?

L'empereur du contre-pied, le souverain du déconcertant impromptu, le prince du pas de clerc volontaire ! J'en étais encore à envisager de prononcer ma dernière vanne qui resterait, paix à son âme, à jamais dans l'oubli.

— C'est un art inné ou cultivé ?

— ?

— Tes inversions sémantiques ambiantes

— Un TOC !

— A ce point ?

— Longuement affûtées par l'érosion de la climatologie humaine, connerie ou intelligence. Quand j'ai ma dose de futilités, de superficialités, avant de décrocher, je préviens. Comme je t'avertis que nous allons nous arrêter parce que je vois un contrôle routier, là-bas, qui va nous concerner, je le sens gros comme ce camion.

Ca ne rata pas. Pas plus que le PV. Les motifs ne manquaient pas. Dépassement d’amplitude, défaut de disques, etc. Elvyn me dit que nous en tirions à bon compte avec juste un PV et l’obligation d’immobiliser le bahut. Tout ça aurait pu finir au poste. D’un commun accord, loin de leurs oreilles, nous les remerciâmes. Sans eux, cette aventure, ordinaire, la nôtre n’aurait, peut-être, pas vraiment commencé. C’est sans la moindre amertume que nous abandonnâmes le camion. Ni regrets ! Tous deux savions que nous ne le reprendrions pas.

*

— J’ai un coup de fil à passer.

Je soupçonne qu’il avait fait exprès de laisser le portable dans le camion et qu’il voulait appeler à l’ancienne. A voir ses yeux, rieurs ?, concupiscents ?, diabolique ?, madré ?, j’imaginais qu’il avait l’intention de jouer un tour de cochon à quelqu’un. Ca ne rata pas !

— Qui aime bien, châtie bien dit-on ! Donc en vertu du fait, ah que, tu allais essayer de me virer à mon retour, ce qui n'était pas fait, sois en convaincu, donc en vertu disais-je, ou vice remarque, je t'annonce que, serais-je toi, ou sensément à ta place pour tout dire, je lèverais mon gros pétard de ma chaise capitonnée pour, soit me débrouiller à trouver une quidam, Momo par exemple, soit me désigner volontaire, pour m'emmener dans une aire d'autoroute dite « des Sablons » pour récupérer un 30 tonnes qui, sinon, va y rester. Enfin juste le temps que quelqu'un s'aperçoive que le pauvre chéri a été abandonné et qu'il décide que c'est une honte et l'adopte tout de go… Avec la cargaison bien entendu ! En outre, vu comment je l'ai super mal garé, la maréchaussée dans son immense générosité, risque de le mettre à l'abri. Inutile de te rappeler comme leurs asiles sont couteux ! A tchao bonsoir, trou du cul !

— M....

Elvyn ne laissa pas le temps au flot de paroles de parvenir à nos oreilles. Il raccrocha sèchement.

— C'est marrant comme une petite mesquinerie peut soulager et mettre en joie ineffable !

— Ca dure pas en général.

— Rabat joie va.

— Pour te servir, Oh ! Prince déchu des grandes voies autoroutières.

— Mécréante, je vais te châtier manu militari !

— Que de la gueule !

Il regarda autour de lui, un tour, deux tours, puis ses yeux s'allumèrent d'un sourire. Il m’attrapa sans avertissement et m'embrassa. C'était nôtre premier baiser. Il ne dura que peu. Pas le second !

— Traitre ! Dit-elle , en toute mauvaise foi. Comme punition c'est élaborée. On en redemanderait presque…

— Presque ?

— … Toujours…

Cette fois-ci, elle prit l'initiative. La pétarade incongrue d'une moto, forcément ancienne pour faire ce pling-pling, les tira de leur plongée sentimentale. En fait de pétarade, c'était un klaxon asthmatique, d'une néanmoins motocyclette neuve et rutilante qui les saluait.

— Faudrait se mettre en route avant que les gendarmes s'aperçoivent de la réalité.

— Faut sortir de l'autoroute !

— Oui !

Ils embrayèrent le long de la voie d'urgence, bien dans l’herbe. Elle adopta mécaniquement son lever de pouce habituel et nonchalant. Sans espoir, elle ne pouvait pas rencontrer deux fois son destin dans la même journée ! En quoi, elle se trompait. Ils n'avaient pas parcouru 50 mètres qu'ils sursautèrent au son grave d'un klaxon de gros cul. Sans avoir à se retourner, il savait qui était dans la cabine. Décidément Jhysus le surprendrait toujours en n'étant pas là où il aurait pu l'attendre, s'il avait du l'attendre, l'atteindre. Sans hésitation il se dirigea vers le camion entrainant une Amy un peu larguée.

— Qu'est-ce que tu fais là ?

— Hasard !

— Fais bien les choses !

— Parfois ! Je te quitte, seul, te retrouve deux. C'est la révolution.

— On peut dire ça comme ça !

— Tu présentes ?

— Jhysus, Amelyne. Amelyne, Jhysus

— Salut !

Je suis la reine des phrases d'introduction. Je n'en plaçais pas une de plus. Ma timidité déphasée et, surtout, ce Jhysus m'impressionnait. L'ours dans toute sa splendeur, le routier dans toute sa symbolique probablement surannée, râblé, vêtu d'un bleu comme je pensais qu'il n'en existait plus ou que plus personne n'en portait plus. Avec le Marcel blanc par dessous, ci-devant appelé tricot de corps par nos ancêtres, le tatouage à l'épaule représentant un aigle, je l'imaginais avec le col roulé façon tricot de grand-mère à grosses cotes et fermeture éclair remontant jusqu'au coup et légionnaire. Pourquoi ce dernier trait ? Je n'en savais rien. Aurais-je le temps, il serait peut-être intéressant de faire une plongée pour connaître, motiver, débusquer les causes de telle fulgurance. Totalement fausse les ¾ du temps, il faut bien l'avouer. C'est le moment qu'il choisit pour me scotcher.

— Non, je n'ai jamais été légionnaire !

Elvyn éclata de rire. Inutile de me regarder dans une glace pour savoir que j'avais viré teint pivoine. Deux jours avant j'aurais été vexée comme un pou au point de partir en live. Pas aujourd'hui ! Je leur lançais mon regard incredible two part three. Le rire d'Elvin ? Je le soupçonnais fort être provoqué par celui-ci. Jhysus lui ne souriait même pas. Il aurait pu n'avoir rien dit, ne pas être vraiment là, c'aurait été tout comme. J'ai rencontré dans ma courte vie des tas de personnes qui jouaient l'indifférence. Jouaient justement donc faillibles à des détails pour peu qu'on les observe. Lui il l'incarnait, sans mépris, attendant juste que vous arrêtiez les questions silencieuses erronées. Je le sentais capable d'attendre ainsi l'éternité s'il le fallait. Libre à vous de le rejoindre sur ce terrain où de continuer votre chemin. Il ne prendrait pas la peine ni de vous retenir, ni de vous empêcher. Je savais au plus profond de moi que cet homme que je voyais pour la première fois qui serait aussi la dernière me laisserait une marque indélébile, un lien fragile vers un futur possiblement vivant. Sans avoir prononcé plus de trois phrases, il était en train de m'emplir d'une philosophie dont je n'imaginais même pas les tenants et les aboutissants. Ni comment c'était possible. Déjà la route me semblait différente. Pourtant ce n'était qu'une autoroute, trois voies, des panneaux, des sorties, des entrées, des aires de reuh pot pot, des voitures, des camions, des ponts, des éléments solides qui m'invitaient à voir leur fragilité, leur futilité, leur inutilité, leur pédanterie et leur représentation du faux semblant d'un orgueil d'improbables existences se prenant pour Dieu(x). Ex machina !

— Je vous pose à la prochaine sortie.

Il n'en dirait pas plus sur le pourquoi/comment de sa présence dont le hasard ne faisait pas partie. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un pouvant produire un tel silence productif, le soulignant même avec des propos parfaitement banals. Il me faudrait un bon moment pour m'apercevoir que ces quelques mots sans le moindre intérêt représentaient le trait d'union comme un soupir dans une partition musicale. Je sentais Elvyn au diapason de Jhysus et j'en éprouvais une pointe de jalousie aussi violente que vite refoulée. Je m'abimais en moi, plongée dans un monde de connaissances nébuleuses indéfinies, insaisissables. Elles étaient là mais je ne pouvais pas mettre un doigt dessus, ni en attraper un fil. Le rétropédalage des vitesses conjugué au clic clac du clignotant me ramena dans la cabine du camion. Dans un chuintement d'air, il stoppa. Elvyn ouvrit la portière, commença à descendre, s'arrêta sur la première marche, regarda Jhysus et lui dit :

— Adieu !

Jhysus lui répondit oui, en silence toujours, à peine souligné d'un hochement de tête. Il se tourna vers moi et sourit. Il avait plus que jamais l'air d'un ours, un nounours plutôt prêt à faire une dégustation de miel. Je descendis sans un mot, remontait brusquement et lui fit un signe de la main. Je savais qu'il avait compris sa signification : merci et bonne chance ! Le haussement d'épaule qu'il me renvoya me le confirma sans aucun doute. Je redescendis. Elvyn m'attrapa la main et se mit en route. J'avançais comme dans un rêve, naufragée dans un désert surpeuplé subitement de végétation à croissance rapide profitant de la pluie du siècle pour exister. Ce n'est qu'au bout d'un long moment que je rompis le silence.

— Tu me parleras de Jhysus ?

— En long, en large, en diagonale !

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