Prélèvement

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Axiome de la Bor'And'Ja : La vérité n'est qu'une sensation. Comme toute sensation, elle nécessite son pendant : la sincérité !

Depuis le départ de cette mission de la dernière chance, loin, très loin dans les limbes du temps passé, jamais une situation aussi exceptionnelle, un évènement d’une importance aussi primordiale ne s’étaient produits. Tout concourrait à le souligner à commencer par l’immensité du vaisseau que tous ressentaient pourtant comme étouffant. (R)éveiller pour réunir un conseil n’était guère chose aisée, ni rapide, encore plus dans ces conditions toutes particulières.

Qui ? Pourquoi ? Combien ?

Plusieurs faits étaient indubitables dont le principal : tous à bord, enregistrés de la cellule active, enregistrés de la cellule passive, étaient légitimes et en « droit » ! A la participation…

Un autre aspect, dans sa simplicité presque troublante, ce cas ne pourrait pas se cantonner aux apparences. Une décision allait naître. Elle ne pourrait faire l’objet d’aucune polémique tant, quelque soit l’option finale, elle remettrait en cause l'équité zhoumanitaire — Aj’Dr’It, traduction la plus proche bien que celle-ci n’inclut pas le principe primordial du mot zhoumain, à savoir, Valeur(s) — rendant l’affaire bien moins insignifiante. Et sa viabilité ?

Une plaine, quelques vallonnements, une terre déchirée de longues rayures sombres. De ces sillons surgissent des ombres mouvantes gravissant péniblement les rebords. Ils avancent les uns à côté des autres, les uns derrière les autres au milieu d'explosions qui déchiquètent, au milieu d'un déluge de stries provenant de l'autre côté et qui, à chaque rencontre avec un de ces êtres, le fait tomber avec de grands soubresauts. Le bruit est infernal, les cris incessants. Les corps tombent, restent immobiles ou s'agitent de mouvements impulsifs. Les corps entiers, les corps mutilés deviennent des pièges pour ceux qui continuent imperturbablement à avancer, au nom de quoi ?…

Ce voyage qu’ils avaient entrepris pouvait être qualifié d’extraordinaire. Il l’était, le resterait. A leurs yeux d’acteurs, sa longueur, les désenchantements accumulés, il était devenu ordinaire, leur ordinaire ! La routine dans un tel contexte est un aspect quasi inévitable, pire, nécessaire. Les repères normaux n’existant plus, le confinement dans un espace aussi grand peut-il paraître, le contenant, le vaisseau, bateau, véhicule, devient lui-même le repère unique. Il lui manque le principal, l’espace. Un comble ! Dans ce cadre…

Pour le première fois depuis leur départ, ils rencontraient une urgence que les cervmaîtres ne sauraient, surtout ne pouvaient, résoudre seuls. Dans le continuum, elle n’est pas vêtue, ni revêtue des mêmes effets. La vitesse n’en est pas un facteur probant. L’inéluctabilité est le coefficient le plus lourd et, contradiction toujours, il en est le propre produit. Le risque potentiel serait purement et simplement l’annulation, sens dissolution.

Ils décidèrent au bout du compte de procéder à l’éveil de 50 zhoumains. Il n’y faudrait pas un claquement de doigts. L’émergence, la synchronisation et l’absorption d’une masse de données nécessiteraient de longs jours. Lui, F’lm’Dig ainsi que les cervmaîtres devraient veiller à ne pas tomber dans un piège commun à toutes les veilles, attentes, la tentation de « refaire le monde » avant même sa possible (re)création.

Tout y concourrait. En tant que virtuel capitaine, titre informel conféré par son statut de premier né, il lui revenait l’organisation, la condensation et le tri d’une masse d’informations en flots continus aussi bien présentes que passées. Au final, aurait-il un choix différent que celui de la ligne directe, brutale. Cette question, il la posa à haute voix. Aurait-il du être surpris de recevoir une réponse susurrée :

— Sans le moindre doute possible !

Ainsi venait d’exprimer le sentiment de tous les cervmaîtres, Av’Br’Am. Il s’abstint de tous commentaires. Il ne se sentait pas assez solide pour entamer une discussion avec eux. Ce n’était pas le but de sa question orale mais un tic, commun aux réveillés. Dans un vaisseau si grand… si vide, le silence, ressenti, devenait bien vite pesant et tyrannique. Alors ils le rompaient par intermittence. Pour se prouver qu’ils étaient vivants ? Les cervmaîtres répondaient. Les mêmes effets, mêmes causes ? Après tout, ils restaient zhoumains, sans enveloppe charnelle mais quid de leurs égos ? De leurs consciences en permanence en éveil voire aux aguets ? Ressentaient-ils le temps ? Comment ?

Notoirement les cervmaîtres étaient connus pour leur pragmatisme et une certaine radicalité, tempérée toutefois par le respect absolu des valeurs zhoumaines. Le doute n’en faisait pas partie. Au contraire de lui, fraichement éveillé, dans un corps neuf, un système nerveux sans réflexe induit, une mémoire neuro-sensorielle autre et un bloc de souvenirs vieux pour certains de centaines de Périodes. Mais aucun de récent, autre que ces derniers jours…

allant droit à la rencontre de leur mort. Certains sont parvenus à une barrière de fer qu'ils s'efforcent de briser à l'aide de pinces. Dérisoires, ils tombent sur les fils tendus. Une multitude s'est effondrée dessus tentant vainement de devenir partie intégrante de la barrière. Il y a du rouge partout, des membres éclatés, des têtes, des trous dans les corps. Et ça continue. Tout d'un coup un bruit strident et tout le troupeau fait demi-tour, continuant à tomber par dizaines. Puis le silence, un silence de mort, un faux silence qui se déchire dès le rééquilibrage fait…

Les renaissances, au-delà de la première, n’étaient ni plus, ni moins qu’un chemin de croix dont le parcours s’allongeait à chaque fois un peu plus. La première était un vrai bonheur. Un corps neuf, une mémoire intact, aucun bobo, aucune maladie, une aubaine absolue dont il fallait savoir apprécier tout le sel.

Les choses se gâtaient ensuite. La technique était efficace, sur et fiable mais n’occultait pas certains effets même autres que psychologiques classiques, à commencer par son caractère « non nature. » Pour faire simple, chaque renaissance occasionnait une nécessaire remise en phase pour faire un tri entre souvenirs personnels, étrangers et déformés. La question devenait : est-ce vraiment moi ? C’est là qu’intervenait un des rôles cruciaux des cervmaîtres. Ils détenaient l’enregistrement original et suivait l’évolution de chacun. Permettant en quelque sorte de faire un hard reset où seul est préservé le hardware. Les mises à jours n’étaient alors plus disponibles et il fallait accepter d’effacer d’un coup de gomme X années passées au-delà de l’origine. Choix cornélien, quelquefois mortels, seule voie de secours final.

Un souvenir en tant qu’élément brut ne prouve rien d’autant quand il n’est pas accompagnée de la mémoire sensorielle. Il n’était qu’un enregistrement non soumis à évolutions subjectives, se révélant immuable, policé, parfois gênant. La mémoire est ainsi faite qu’elle sélectionne, trie, coupe, oublie aussi, supprime, enjolive, se laisse influencer par les émotions concomitantes. L’enregistrement n’opérait ni coupures, ni fondu-enchainés, ni adaptations des versions (une renaissance = une version) les laissant coexister. Presque inévitablement, un décalage se créait aux effets amplificateurs des doutes, questionnements et sentiments d’impasse.

Des hurlements à n'en plus finir : des vers de terre rampent ; des corps s'agitent désespérément avant de s'immobiliser. Tout d'un coup, bis répétita, d'autres formes surgissent et se dirigent vers les corps. Au bout d'un moment, il comprend que ces derniers tentent de soigner. Ça dure des heures ponctuées par des blangs réguliers. Cette trêve, si telle elle est, ne dure pas. Le même scénario se reproduit mais cette fois, c'est l'autre coté qui franchit les bords et se met en marche en bon ordre au départ avant d'être dévasté. De nouveau des corps qui explosent en l'air, de nouveau, de nouveau, de nouveau…

Les cervmaîtres n’avaient donc pas de doute. Leur raisonnement menait à une conclusion qui était tout sauf une ébauche de décision. L’annoncer ainsi frisait l’incitation unilatérale à une action ultime. En aucun cas il n’aurait pu donner sa caution et les cervmaîtres le savaient. Un élément de plus pour laisser aller leurs paroles en toute liberté.

Un camp, des baraquements, des barbelés, des miradors, des cheminées qui fument, une odeur insupportable, des dizaines de corps entassés en attente de leurs crémations ; des silhouettes décharnées, des gardes bien nourris, un mot, Auschwitz…

Les zhoumains, au sens terrien du terme, n’ont pas de religions, n’avaient plus serait-il plus exact d’écrire. Elles existèrent dans un passé très reculé. Elles avaient suivi un cycle classique rencontré dans divers mondes à travers les galaxies. Tout commence par un Dieu pour toutes choses de la vie voire, il faut l’avouer, pour n’importe quoi. Ensuite vient un stade qui pourrait être nommé celui de l’identification. Il se distingue par une volonté hégémonique, puissance et désir vrai ou pas de « sauver le monde. » Plusieurs centaines d’idoles ne sont pas réellement un plus pour y parvenir. Leurs symboliques peuvent et sont souvent antinomiques. Intervenait donc un processus, complètement naturel, de simplification. Bien sur, cette dernière est rarement pour le profit de tous mais bien pour des groupes ou individus particuliers ; sous touts les prétextes possibles, des bons, des moins, des inavouables. C’est la porte grande ouverte à la volonté de pouvoir une fois passé le stade des « messies » dont l’existence est faite d’abnégation, de courage certain et de mort presque aussi certaine, sauvage souvent. Reste que même eux ne sont que des extrémistes, condition sine qua none accompagnant ce courage.

Aveuglement et courage, l’union parfaite pour répondre à ce véritable mystère : qui, pourvu de tout son sang-froid et de sa logique concomitante, irait risquer sa vie, sur un champ de bataille par exemple, en sachant n’avoir pas une chance d’en réchapper ? Personne ! Sauf que… L’aspect principal des extrémismes est celui d’utiliser des prétextes comme principes, morales et valeurs. Il en existe une foultitude bordélique, à commencer par le patriotisme. Un sentiment trop souvent confondu avec un principe moral, à destination ou usage ou prétexte pour faire ou faire faire, au final, du grand n’importe quoi. A cette particularité près, morbide, qu’il conduit souvent, trop, à des fins mortelles. Il y a les usagers et les utilisateurs. Les premiers s’en gargarisent, le jettent aux 4 vents, s’en revêtent comme manteaux de dignité, bien au chaud, à l’abri. Les seconds, en meurent tout simplement ; mieux certains, s’imaginant ne pas subir, au nom d’un autre sentiment nommé liberté, le chérissent et s’en vont fleurs vénéneuses aux fusils, affronter ses sœurs carnivores, faire œuvre de morts, de carnages, de viols, d’horreurs en tous genres. Les autres subissent. L’ensemble va à l’abattoir. Au nom de quoi ? De la volonté de pouvoirs, politique, économique, social, racial, les 4 mon général le plus souvent, d’une minorité ! La guerre a toujours eu ce fonctionnement ; quelqu’en soit l’endroit, la cause ! Elle ne sert que quelques individus. Le patriotisme en est la tunique de Nessus.

Une arène, des gradins, des formes assises, d’autres debout au milieu d’un espace libre au centre, des cris, issus des spectateurs comme des participants à (?) quand des animaux surgissent de tunnels et se précipitent, dévorent, déchiquètent, démembrent…

Le dernier cycle d’évolution religieuse conduit à l’instauration d’un nombre réduit de cultes. Guère plus de 3 logiquement… Le principe d’établissement de base n’est, généralement, pas négatif. Il établit un code d’amélioration et de préservation d’une certaine zhoumanité. C’est à partir de là que tout se complique et que viennent se greffer les ambitions de pouvoir, mesquines, personnelles. De la multitude des cultes à son resserrement, une longue période est nécessaire. Le but atteint, se produit alors le retour de bâton. Les schismes se créent, les divergences, les obédiences menant droit à une stupidité sans nom. Les religions, à quelques mots près, vont toutes dire la même chose ; parfois vont même avoir les mêmes personnages, messies, dieux, apôtres, etc., dans des fonctions différentes. A la base, toujours les mêmes causes, mêmes effets, volonté de pouvoir !

Atteindre le dernier stade, Ta’Th’Et, n’est pas garanti. La croyance est une affaire personnelle. Elle commence par une application, pragmatisme du Respect et Respect pragmatique. L’entité Dieu physique est improuvable. Elle est invisible donc soumise à toutes les interprétations. Chacune d’entre elles est donc Vraie, objectivement parlant ; donc Fausse subjectivement parlant. Si Dieu existe, il est un tout. Chacun d’entre nous est un tout. Là s’arrête la foi des zhoumains. Vous n’en trouveriez aucun qui formerait une conclusion au-delà de ce non axiome de la Bor’And’Ja.

Une colline, une foule, des hommes armés entourant un homme chargé d’un poids lourd, une croix, un cheminement lent, pénible, des cris, des hurlements…

Qui (suis-je ?) Que (suis-je ?) Où (suis-je ?) Pourquoi (suis-je ?) Pour quoi (suis-je ?) Autant de questionnements primordiaux qui taraudent tout être vivant, croyant ou non ! Les renaissances en amplifiaient la teneur. Conjugué à la corruption des données enregistrées, tôt ou tard, chaque zhoumain de la cellule active se trouvait face à un dilemme : l’effacement, partiel ?, total ? Vivre en sachant que la résurgence se reproduirait. Ou mourir finalement ? Naturellement !

Revenir au fonctionnement originel ? Est-ce le naturel ? Ou le contraire ? Aucun des 2 probablement ! L’un et l’autre ne sont que sentiments, donc, subjectivité réduite aux acquêts de sa propre (1)culture et d’un autre sentiment retors nommés affect. Le mélange des genres supprime d’un seul coup la possibilité du recul nécessaire pour s’interroger sur la viabilité de toutes réactions, polluant pour générer des conséquences dont la violence, physique ou morale, n’a d’égale que la stupidité !

Un sommet, une croix, sur celle-ci un homme, cloué, pas seul à partager ce sort, des spectateurs, pour ou contre, peu importe, des êtres armés face à d’autres cloués ; dangereux à ce point ?…

« Un coeur qui bat trop fort est un coeur malade ! Certaines maladies peuvent être délicieuses, elles n’en sont pas moins mortelles parfois ! » Axiome de la Bor’And’Ja si je peux me permettre de te le rappeler ?

Le cervmaître résumait ainsi la synthèse des données en provenance de la planète à l’origine du branle-bas de combat à bord du vaisseau zhoumain. 70 % de la mentalité zhoumaine était contenue dans cet adage. Orgueil, Amour, Haine, Pouvoir, autant de sentiments la régissant, pourvoyeurs d’une cacophonie grandissante et d’une inzhoumanité ayant atteint un stade presque irréversible. Ce chaos, ce merdier plutôt, d’autant plus angoissant que prétexté par une volonté d’ordre apparente ne générait qu’une profusion multiple, effrayante, de variantes de cet ordre. Qu’ils s’appellent démocratie, autocratie, royau-cratie, dicta-cratie, anar-cratie… Comment personne sur cette planète ne pouvait faire ce simple constat. Si un système n’émerge pas, c’est qu’il n’est pas le bon ? Le mot universel existait bien. Ils l’avaient repéré dans maints communications interceptées, maints déclarations, maints professions de foi. Ils en avaient la notion mais pas le concept. Malheureusement ! A toutes forces, la tendance semblait vouloir forcer à l’uniformisation alors que l’universalité, simple observation cosmologique, appelait la diversification. Illustration parfaite de la Loi des Contraires, la normalisation mène à l’éclatement quand la polyvalence permet l’union. Cette dernière n’est pas complémentarité, juste un aspect auquel il faudrait ajouter d’autres ingrédients comme équilibre, réflexion, à minima. Dernier point, l’universel n’est pas l’éternel, le perpétuel, surtout pas.

Cette confusion, ils l’avaient rencontré à maintes reprises lors leur quête. Toutes choses de tous les univers sont en constant mouvement. D’aucun pourrait dire en avant. Ce serait oublié que mon avant d’aujourd’hui sera mon arrière de demain. Le principe de vie est l’instabilité. Son vecteur unique est l’équilibre. Comme le fil du tranchant d’un instrument coupant quelconque, un peu trop à droite, un peu trop à gauche, pas assez au centre et patatras, tout est à refaire. A l’image de toutes vies, à l’image de la zhoumanité…

Jour calme, rares piétons marchant sans urgence, enfants, s’éveillant, matin, explosion, champignon gigantesque, plus rien, bâtiments, personnes, tout, anéantissement…

— Qu’est une bonne valeur universelle ?

Question classique d’un cours zhoumain posée par un élève, réponse en forme de contre question, concept absolu de l’éducation zhoumaine.

— Y a-tu réfléchi ou trouverais-tu plus confortable que je t’apporte la réponse toute crue ?

Confusion générale, les cerveaux se mettent en marche passant du concret à l’abstraction. Conciliabules entre élèves, ils passent en revue tout ce qui est sorti de leurs neurones. L’appliquent aux filtres de leurs connaissances, aux critères de temps, d’époques, même de régions ; les pulvérisent à la notion des particularismes ; les soupèsent aux individualités. Puis presque naturellement surgi un eurêka silencieux. L’un se dévoue et lance :

— Tout simplement ce que nous sommes en train de faire ?

— Et ?

Ils n’allaient pas s’en tirer à si bon compte… Nouveaux conciliabules, nouveaux comparatifs, chacun reprend son droit de parole.

— Parce qu’il est applicable partout?

— Ce moment particulier ? Pourquoi ?

— Action-réaction ?

— Pas mal ! l’action-réaction est un concept vague et abstrait menant à un concret. Comme l’universalité ! Bien des erreurs sont faites en ce nom dont la principale est de la limiter à l’être zhoumain en tant qu’être sapiens. C’est supposé que la sapience serait alors la seule forme de penseurs. Nous n’en sommes pourtant qu’une forme parmi d’autres et la sagesse n’est pas une prérogative zhoumaine. Il ne faut pas non plus tomber dans l’erreur d’ériger celle-ci en règle morale et d’affubler une valeur zhoumaine d’un habit d’universalité. Ainsi prenons-en une inaliénable et incontournable de nos schémas existentiels : Respect. A qui viendrait l’idée de l’inculquer à un sch’ni’ba sauvage ? — félin de petite taille, 50cm, à la vitesse de course très élevée, plus de 200 km/h. Mode de vie : en couple, fusionnels, font tout ensemble, y compris l'élevage des petits. Si l'un meurt, l'autre se laisse mourir.Tactique de chasse : ils ne recherchent pas les proies. Ils les attendent, tapis dans les herbes hautes ou des buissons. Quand la future victime s'approche à portée, ils surgissent comme un éclair. La proie a très peu de chances de lui échapper. N'hésitent pas à s'attaquer à beaucoup plus gros qu'eux.— Sauf à se faire dévorer ? Il n’en reste pas moins qu’il possède sa propre forme de Respect qui nous est étrangère. Qui ne l’empêchera nullement de vous manger s’il est tenaillé par la faim et que vous croisez sa route. A contrario, si l’idée me venait de vouloir le dresser, je pourrais appliquer nos méthodes éducatives avec une probabilité de réussite presque optimale, action-réaction, osmose mèneraient alors à la création d’une nouvelle forme de ce Respect. Fin du cours magistral…

Une route, des véhicules motorisés, un carambolage, une dispute, un prétexte perdu, du sang, des morts, des blessés, des spectateurs…

Fl’M’Dig sourit à la scène qu’il venait de revivre. Du flou comme élément d’un concept menant au net à court, moyen, long terme. Il émergeait de son introspection en ligne directe avec sa déprime post naissance pour parvenir à une évidence. Cette réunion de condamnation ne serait qu’une contre enquête qui appliquerait un paramètre occulté par les cervmaîtres : le zhoumanisme sorti de son pragmatisme, version sentimentalisme. Sans ambiguïté, les cervmaîtres étaient zhoumains ; pas plus il ne fallait négliger que leur adaptation/transformation les orientait vers une logique, froide, parfois rigide, même obstinée, pas toujours juste, jamais équitable. Ils le savaient et leurs « provocations » visaient à les inciter à ce recul qui leur faisait défaut. A eux les collectes, les approches introspectives, prospectives, les corrélations vectorielles et sectorielles, les mises en phases. Ils créaient les rus menant à la rivière, au fleuve puis à la mer. Aux zhoumains de décider s’ils plongeaient ! Au travers des visages autour de la table, il pouvait saisir sans crainte d’erreurs que tous approchaient le même point nodal de pensée. En temps que premier éveillé, il aurait pu faire acte de prérogative mais il avait laissé à Lo’Re’Zaë la primauté de la parole. Son discours était un parfait préambule à son approche neutre et directe dans le gras du sujet :

— Données de bases s’il te plait ?

— Coordonnées et tout ou juste ?

— Synthèse !

— Race à faculté moyen supérieur en termes évolutifs. Stade de développement inachevé et suspensif. Morcellement racial, intellectuel et social maximum selon critères zhoumains. Valeur principale apparente : la domination par tous les moyens dont le principal est la coercition physique avec une propension anormale à ce degré de développement neurologique à occire sans arrière-pensée quoi, que, qui, que ce soit de manière individuelle ou collective. Ces êtres semblent en guerre permanente, à un stade individuel ou collectif encore. Détail notable, elle se dissimule systématiquement derrière une justification, prétexte souvent d’une teneur « bien-pensante » servant de guides à la seule valeur d’un intérêt menant à plus de profits, de puissances, de gloires, de dominations, etc. J’ai sélectionné quelques exemples pour vous permettre d’en faire une opinion. Les voulez-vous ?

— Oui !

— Quelques précisions auparavant. Sans surprise, la religion est une part importante de leur existence et un vecteur incontournable de cette violence. Soit dit en aparté, il y a là un illogisme profond. Le vecteur évolutif de cette dernière est dans la norme mais, étrangement, il n’a pas atteint le stade 4. Cette anomalie rejoint la stagnation évolutive précédente. Ils en restent donc à un stade antagoniste dont nous n’avons pas encore déterminé où se situe le point de rupture. Dernière curiosité, si j’ose dire ainsi, toutes ou presque condamne le meurtre. Certaines même l’écrivent ainsi : « Tu ne tueras point ! »

Le cervmaître se tut déclenchant l’allumage simultané des écrans.

Une plaine, quelques vallonnements… Une croix… Un champignon de plusieurs kilomètres… Un enchevêtrement de tôles… Des hurlements, des cris, des agonies… Une course poursuite dans une ville, en un temps reculé, assassinats, viols… Une région, une population poursuivie, assassinée, violée… Un paysage de glace, des baraquements, des gardes, des morts… Une ville, un spectacle, une enceinte sportive, des immeubles, des explosions, des morts, des mutilés, des blessés… Des baraquements, des barbelés, des gardiens, des prisonniers, une race, des morts… Des baraquements, des murs, des gardiens, des réfugiés, pas encore morts… Des… Des…Des…

F’Lm’Dig sursauta violemment. Il avait entendu le cervmaître parler de tout cela. Pas encore vu, effet immédiat, régurgitation totale de tout ce qu’il avait pu avaler dans la journée. Il ne fut pas le seul ! Quelqu’un hurla presque :

— Stop, arrête ce massacre, s’il te plait !

Ce n’était pas que du sens figuré. Ecoeuré, écoeurant, verdâtre, malade, il fallait pourtant continuer.

— Situation ?

— Année locale : 1916. Lieu local : Verdun ; action locale : guerre. Cause : indéterminée à ce stade. Durée locale : 3 ans. Projection pertes : plusieurs millions. Nombre d'implications : 60%. Issue : indéterminée mais probablement celui qui n'aura plus assez de troupes à aligner cédera.

Des technybers, niveau 1, fonction entretien, finissaient de faire disparaître les régurgitations intempestives zhoumaines.

— Même pas au niveau d'un Zy'gj'oin ! — Animal à la réputation tenace et justifiée de saleté et de puanteur, nécrophage — Murmura l'un d'eux, assez fort pour être entendu et en s'éloignant vers d'autres parties du vaisseau à entretenir

Autrement dit en langage zhoumain : à peine des bêtes ! Tout engin cybernétique zhoumain, dans une certaine mesure, est apte à faire des analyses, les commentaires qui vont avec et ne s'en privent pas.

F’Lm’Dig se décida à engager le débat :

— Tous nous connaissons nos devoirs ou nos missions. Dont celui de vivre...

Volontairement, il laissa planer quelques secondes de silence.

— … Et ? Laissez mourir ceux qui le désirent ! Nous avons tellement voyagé, tellement espéré ou désespéré, perdu ou gagné, ignoré ou presque su. Il est difficile de continuer ainsi. L’espoir, dans son acceptation entière, commence à s’éloigner irrémédiablement de notre quotidien. Pour certains d’entre nous, le point de non-retour est atteint. Pour tous, cervmaîtres compris…

Il appuya fortement sur cette portion de phrase, pour bien montrer qu’au-delà d’un éveil difficile, il n’était ni aveugle, ni sourd.

— … il est devenu une notion, un paramètre dont nous devons tenir compte, au pire, ne pas l'ignorer. Le moindre réveil nous angoisse, nous flétrit un peu plus, nous diminue au-delà de l'au-delà. Si nous nous plaçons stricto-senso du côté de la liberté, alors cette matérialisation possible d'un nouveau départ ne peut guère se refuser. Nous n'apportons plus rien, pas par manque de désir conscient ou un manque de moyens. Simplement nous n'en sommes plus aptes. Alors...

Il laissa de nouveau s'installer le silence. Son introduction était violente, il le savait mais il la pensait nécessaire pour générer une dynamique sortante les isolant d'une routine devenue très mortelle.

— Alors je le dis tout haut maintenant : oui, nous, zhoumains, en tant qu'espèce sapiente, avons-nous le droit de procéder à cette éradication d'une autre espèce pensante ?

En posant ainsi le débat, il savait le biaiser, ses congénères aussi. Une seule réponse posée en ces termes pour un zhoumain s’imposait : non ! En fait, il n’y aurait pas débat. Parce qu’une autre solution existait ! Une alternative ou un repoussoir qui reculeraient d’autant l’installation si l’issue était négative ou, si positive, les renverraient sur les routes de l’espace. Une décision toute simple, presque bête, mais si ardue à formaliser. Quelqu’un devait le faire. Ce ne serait pas lui. Il ne s’en sentait pas le droit en plus du découragement latent. Il observait les participants, pouvait presque lire leurs pensées sans l’atelempathie. Elles rejoignaient les siennes. C’est le moment que choisit Av’Br’Am pour intervenir :

— Prélèvement ?

La surprise se lisait sur tous les visages. Ainsi, finalement, laissait-il parler son zhoumanisme originel ? F’Lm’Dig mit le contact atelempathique. Les réponses étaient claires, le choix évident dès le début. Même sans nécessité, il éprouva le besoin de le concrétiser oralement :

— Prélèvement !

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