Née sans ce…

7 minutes de lecture

Axiome de la Bor'And'Ja : Méfions-nous des sentiments, ils peuvent devenir sensations !

Elle descendit de la cabine, pile-poil pour se faire mordre au mollet par une espèce de moustique à poil long, à corps allongé. Quel abruti ce chien qui ne se contentait pas d'aboyer au passage de la caravane. L'aurait du comprendre qu'elle était stoppée en partie et qu'il fallait se taire maintenant. Le meilleur ami de l'homme... donc pas de la femme !

Sans avoir besoin de concertations, ils étaient sortis de l’autoroute et s’étaient arrêtés au premier café. Ils étaient attablés depuis longtemps, trop, devant leurs vrais cafés cette fois. La vie, seule, n’est pas autosuffisante. Il faut être au moins 2. Ils avaient parlé de tout, de rien et surtout pas des épisodes précédents. Comme s’ils se connaissaient depuis des années. Puis le flot des paroles s’étaient interrompus. Ce n’était pas le silence pourtant. Cette réflexion fulgura dans mon cerveau. Je l'entendais penser sans savoir pour autant le contenu. Sans savoir ou sans vouloir ! De cette différence même venait souvent les quiproquos. Dans son jardin secret des idées sur le fonctionnement humain, elle avait la conviction que l'être humain possédait, dans son code génétique, la faculté de percevoir la teneur des pensées d'autrui, le sens général, pas en détail et encore moins en précision, sans pour autant parler de télépathie. Cette dernière, j’y croyais moyennement surtout en songeant à la cacophonie que déjà un seul cerveau pouvait produire. Pas sûr que la raison puisse résister à des afflux non contrôlés d'êtres, nous, peu capable de se maitriser émotionnellement. Le travail pour y parvenir s'annonçait hyperbolique. Un chercheur pourrait peut-être un jour appareillé notre système mais ce n'était guère souhaitable dans cette société où pour tout principe une miette de pouvoir, quel qu’il soit, était la norme.

Cette idée, elle n'en parlait jamais. La perte de temps aurait été trop manifeste. Elle se contentait de l'examiner de temps à autre, de la tester de façon peu scientifique. Elle avait ainsi pu se rendre compte qu'effectivement, en se concentrant, elle pouvait appréhender le cours des pensées d'autrui pouvant même conduire à une prédiction juste. Il lui était arrivé de faire ainsi des annonces fulgurantes, stupéfiant son auditoire. Par honnêteté, elle savait que cette potentialité n'en était pas moins qu'un virtualité nourrie des expériences de la vie, des associations de situations similaires, un zeste de manipulation dont la première consistait à produire une annonce sous forme de questions de formes affirmatives à réponses évidentes et si possible uniques. Le défaut majeur de telles sentences est qu'elles sont sorties de tous contextes, toutes potentialités de connexions adjacentes. Aussi le fait d'annoncer les rend caduques. Sauf à vouloir jouer au gourou et persuader que la destinée est irréfutable. Dans la réalité, le simple son de la parole d'une prophétie introduit un facteur X la modifiant de facto en lui conférant un coefficient de fausseté non négligeable. La volonté entre en jeu, élément non quantifiable, paramètre unique capable à lui seul d'écrire sa propre fatalité. Soumis lui-même aux aléas de ses environnements, il destine, décide, décrète, écrête, crête, être et avoir été en été entêté.

Tous les romans basés sur l'immuabilité d'une destinée ne sont que .... des romans justement ! Cette immutabilité dans un sens presque métaphysique ne tient aucun compte des environnements. Ce mot trop souvent utilisé au singulier alors qu'il devrait être invariable pluriel, mot bâché, rabâché, mâché, haché dans des bouches se délectant d'un zeste de vrai, façon postulat, pour mieux dissimuler leur hochet des vanités, façon apostat, qui pourrait bien finir en bucher des vacuités, façon orthodoxe. Les grands discours sur l'environnement ne sont qu'un extrémisme de plus, une affirmation (dé)circonstanciée refusant, réfutant et niant toutes possibilités du droit à l'erreur de l'hypothèse. Emettre un avis possiblement erroné est gravissime quand en plus il nait d’un postulat biaisé. Comme un chapelet de mots synonymes dans une phrase pour parvenir à la signification antonyme. La prédiction, elle s'en méfiait comme de la peste, malgré une tendance seconde nature. Penser et faire sont souvent des choses différentes. Elle ne s’en priva pas pour dire :

— Toi, tu es en train de te demander le pourquoi du comment la vie t'a fait cette misère de mettre ma personne à la croisée d'un de tes chemins de vie ne cadrant pas, à ce qu'en d'autres circonstances, tu n'aurais pas trop hésiter, à faire l'effort nécessaire de me draguer.

— Tu ne connaîtrais pas par hasard un dénommé Jhysus ?

Pan dans le bec, elle en était pour son petit effet ricochet de son orgueil d'effet de manche à bon marché.

— Euh ! Non ?

— Ah !

— Pourquoi ? se reprenant un peu

— Parce que tu as la même manie de jouer avec et sur les mots.

— ?

— Quand tu ne places pas des doubles sens dans tes phrases, tu utilises volontiers un tas de synonymes pour en faire un résultat antinomique.

— Ce n'est pas volontaire, enfin pas toujours. C'est juste pour signaler, souvent, qu'une possibilité évoquée n'est pas indubitablement forcément la seule mais juste une éventualité.

— C'est ce que je disais.

— Oui, je sais mais je ne peux pas m'empêcher de préciser.

— Et arrête de dire je sais. Alors que la phrase suivante va dire le contraire. Une espèce de « je sais que je ne sais pas ! »

— Ce que je sais ne pas savoir...

A la seconde précise de sa fin de phrase, elle sut que plus jamais elle ne le dirait. Il avait raison. Cette expression ultra affirmative allait à l'encontre de l'expression vitale. Comment ou quoi ou comme savoir, en certitude absolue alors que le moteur de toute existence ne peut, ne doit, n'est, ne devrait, ne serait, saurait être que l'incertitude. Savoir ne se résume qu'à un instant. Ne pas savoir, c'est savoir qu'il existe une découverte à venir. Certains êtres, à des moments, circonstances, auspices, rencontres, temps, précis ont la capacité à synchroniser une valeur à l'action, la mise en œuvre de cette valeur.

— Merci !

— ?

Chacun son tour la surprise !

— Ce serait trop long d'éclairer la lanterne de ce moment particulier !

— Pas tort. Faut que je songe à repartir vers mes obligations.

Ils se levèrent avec une belle coordination qui amena un sourire éclairant sur leurs visages, amplifié par leur télescopage, qui avec la table, qui avec la chaise, rendu inévitables par l'étroitesse de l'espace vital du troquet dans lequel ils s'étaient arrêtés. Les regards se braquèrent sur ces malotrus bruyants. Pour une fois Elvyn ne remarqua rien s'évitant une séance de rougeur. Il avait horreur d'être un centre d'intérêt. C'est en franchissant la porte devant lui qu'il la scotcha.

— La réponse à ta question ; ce n'est pas la lamentation sur un soi-disant malencontreux hasard de temps mais plutôt : qu'est-ce que tu attends ?

Il était déjà trois mètres dehors qu'elle n'avait pas encore fait un pas de plus. Il se retourna, content manifestement de son effet.

— Tu dors là ?

— Euh ! Non ! Redevenue petite fille pour un instant délicieux d'éternité.

Elle sortit, le rejoint, lui prit la main. Il n'enleva pas la sienne, serrant brièvement et doucement en forme de merci ou d'acceptation. C'était comme si elle ne l'avait jamais fait, pas souvent en réalité et, en même temps, comme un geste d'une tendresse mille fois connues, deux mille fois oubliées. Un instant neuf, d'une durée de vie fugace, d'une durée de mort transitoire pourvu que l'instant suivant génère la résurrection. Une boucle de vie en somme ; une courbe, méandre, nœud, elliptique subordonnée aux environnements pluri-personnels, anti-personnels, poly autrui, anti autrui, météo (toujours belle dans ces instants...), campagne, ville, champ, cité, le, la, les, un, une, des !

A quoi bon plus de mots ? L'idiosyncrasie de tout un chacun face à ses environnements ! Thétique or not thétique ? That is the question ! Il n'y eut ni baisers, ni paroles mais la puissance de l'instant menaça son équilibre cardio-émotionnel. Souffle coupé, elle avait ralenti considérablement l'allure au point d'être presque arrêtée sans se rendre compte que lui était au diapason. Ni l'un, ni l'autre n'étaient plus là, sur cette terre, dans ce moment ordinaire. Les repères avaient sauté pour faire la place aux nouveaux, pas encore nés ou alors à peine, aux antipodes de tout ce qu'ils avaient connus auparavant. Auraient-ils pu analyser, ils en auraient conclu qu'ils étaient perdus, une réalité, sans la moindre envie de retrouver le chemin. Au contraire, explorer le nouveau semblait l'urgence, le plus intéressant, le plus prometteur, la seule viabilité. Elle fit la traduction :

— Pourquoi ?

— Oui, pourquoi ?

— C’est parti ?

— C'est parti !

Ils auraient pu préciser une destination, Chine, Papouasie, mots et destination importaient peu ; seul le geste comptait. Pas un des deux ne se fit la remarque d'une étrangeté venue de nulle part sans introduction, sans synthèse, anti thèse ; juste la conclusion d'un développement neuro-neural qui resterait à jamais inconnu. Ils se comprenaient sans phrase.

Combien de jours depuis sa fuite qu'elle assimilait à un départ à l'origine ? Combien ? Elle n'aurait su le dire sauf à juste comptabiliser le jour de l'action proprement dite. Tant que son « on the road », sans le again, l'originel prétexte tenait la route. Le télescopage avec Elvyn le requalifiait à sa juste valeur. Elvyn ! C'est quoi le destin ? Pourquoi ? Pendant un temps, l'existence ordinaire d'une journée banale était ressentie d'une longueur inversement proportionnellement parfois à la durée, une contrainte d'une journée éprouvée comme durant depuis une semaine, une décennie comme autant de siècles par années. Et là, tout d'un coup, une évidence évidente, une vérité météorique sans une once de base, pourtant une certitude sans point d'appui autre que la perception d'une lumière. Presque une journée, un amoncellement d'évènements, des petits riens, un grand quelque chose, un irrationnel cartésien tant je crois détenir une, pas la, une vérité. La mienne ! Cette vérité du moment qui est un carburant du vécu ; pas le seul mais un, important, quoique pas le plus, mais tout de même. Pour quoi ? Maintenant ? Tant d'attente d'un quelque chose et cette question lancinante: pourquoi pas avant ? Y a t-il plusieurs réponses ? A moins que ce ne soit qu'hypothèses ? Néanmoins je crois qu'à la question, il n'y a qu'une réponse : ma responsabilité ! D'avoir tant attendue pour des raisons futiles, utiles, iniques, mauvaises, louables, innocentes, innocence(s), naïves, madrées, autant de prétextes à la prise d'in-décision, autant de banalités, clichés de la vie « moderne ». Comme s'il était possible de séparer le vécu entre moderne et ancien alors qu'il ne faudrait que l'exprimer que comme passé, présent, avenir. Le fondement de la vie préhistorique est-il différent du 21° siècle ? Je ne le crois guère. L'habillage ? Sûrement ! L'intérieur ? En aucun cas !

D'une situation complètement figée pour moult raisons, le simple fait d'agir, bien souvent, provoque une réaction en chaîne. Là où l'apparence va nous faire dire acte de désespoir, se trouve, en fait, un acte de vie, survie.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Recommandations

Défi
phillechat
Jules raconte une histoire.
2
5
1
4
Seigneur chihuahua !
Voici une rédaction sur un sujet d'imagination que j'avais fait en troisième. J'espère que cela vous plaira !

/Oeuvre terminée/
4
4
0
2
Sterc

À toi, l'enfant apeuré,
Ce que tu as connu, au début,
De ta délicieuse vie,
N'a pas été évident, aisé, confortable,
Mais je voudrais te dire qu'aujourd'hui,
Tu n'as plus de vraies raisons,
D'avoir cette peur qui s'enracine,
Davantage en toi, quand tu es en colère,
Tant que tu ne l'auras pas explosée,
En prenant confiance en toi,
Et en t'ouvrant sur le monde,
Oui, pendant des années,
Pour survivre, tu t'es construit,
Une armure, indestructible,
Tel Le destructeur au Royaume d'Asgard,
Sauf que cette armure, commence,
À me tuer à petit feu, en surface,
Certes, tu es effrayé par le pire de l'Homme,
Mais si tu continues ainsi,
Nous allons passer notre vie à fuir,
Et nous finirons comme les esprits,
Des pirates, condamnés à voguer éternellement,
Dans Pirates des Caraïbes,
On sait pertinemment, que nous le voulons pas,
Alors avant de tirer cette énième fusée de détresse,
D'appeler des renforts à la radio, qui n'arriveront,
Qu'après que nous fûmes massacrés,
Par l'impitoyable peur, sommeillant en nous,
Que tu as du mal à renfermer dans une boite de Pandore,
Avec une épée de Damoclès par-dessus,
Prends ma main et,
Fais moi confiance,
Nous serons invincibles tous les 2,
Par notre courage impérieux,
Et notre confiance en nous
1
0
0
1

Vous aimez lire JPierre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0