La victoire est la mort !

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Axiome de la Bor'And'Ja : La perfection est une question objective... Donc très subjective !

Consultant je te souhaite le bon jour. Mon nom est Ch'Tyz'A et j'étais un citoyen sey'chouaine. Enfin une aurais-je du dire ! Sey, aux yeux étrangers, peut être un puits insondable de paradoxes. Plus j'avance en âge, plus un ressac incessant de questionnements prends possession de mon esprit. Erode les falaises crayeuses de mes certitudes. Parviendront-ils un jour prochain à les noyer ? Les jours passent et des remarques ou questions incongrues, de plus en plus souvent hérétiques, me viennent spontanément. Le fait se produit n'importe quand et même à des moments inopportuns. Il s'accompagne en plus d'une envie furieuse de les poser à voix haute, à la cantonade. Le résultat serait immédiat. Ma tête s'écarterait sans douceur de mon corps ! Pourtant, même anodines, elles mériteraient réponses. Ainsi pourquoi le mode grammatical du guerrier est-il intégralement masculin ? Mystère puisque dans le quotidien il ne reflète pas la réalité ! C'est une survivance d'un monde dominant extrêmement lointaine qui survit pour des raisons qui m'échappent. Pourquoi une réalité de fait ne se traduit-elle pas dans le quotidien ? Laissant perdurer une trace rémanente d'une domination antérieure et hautement impie ! A n'en pas douter, je dois être un des rares citoyens à rechercher une réponse. Comme vous le voyez, les réflexes ont la vie dure puisque, moi-même, je parle de citoyen alors que je devrais dire citoyenne. Je doute de l'avoir cette réponse. Le pire, ou le plus dérisoire pourrais-je dire bien des années plus tard, est que cette question est un sujet récurrent des soirées et autres veillées ; sujet type bouche-trou pratique quand plus personne n'a rien à dire ou que le besoin se fait sentir d'une détente facile. Nombre de plaisanteries courent sur ce fait et j'avoue que même entendues mille fois, certaines arrivent encore à me faire sourire. Le citoyen normal se borne à faire un constat simple. Le sey'chouaine est pragmatique et ce n'est pas le genre grammatical qui fait le guerrier ou qui pave le chemin vers Eden des fleurs des bonnes intentions. J'en arrive à me demander si je ne vire pas sacrilège ? La question en soi est oiseuse, fausse. Je ne crains même pas de me la poser. Du moment, ou tant, que comme tous les citoyens, les soldats, je n'ai aucun doute sur la véracité de la Voie.

Etre soldat est le moyen ou le véhicule unique pour parvenir à Eden, unique donc parfait ! Etre soldat est la dignité assurée. Pour qu'elle soit et demeure honorable, il faut l'assumer. Les deux termes ne sont pas forcément concomitants. D'aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs, je ne peux retrouver un moment où un doute s'est produit. Etre soldat c'est avoir un avenir tout tracé, radieux et bienheureux. Etre soldat, c'est aller au bout de la gloire, celle de la destination finale et parfaite ! A mon idée, commune avec nombre de mes concitoyens, elle est la prolongation presque naturelle de notre enfance.

Notre jeunesse se passe dans une parfaite et presque totale insouciance. Sey' passe souvent pour un monde de barbares régis par la seule violence et la mort. Comme c'est faux, combien inéquitable, (des)opinions véhiculées par des ignares mécréants qui ne mériteraient pas même pas le coup d'épée libérateur. Ne leur en déplaise, nous disposons d'un code. J'allais dire civil pour me conformer à la pensée de la majorité pensante planétaire mais, bien sur, il est militaire. Nous sommes une nation de soldats. Il contient peu d'article mais amplement suffisant pour régir notre vie. L'un définit l'état inaliénable de l'insouciance du à l'enfance. C'est un droit imprescriptible et une valeur fondamentale. Toute contradiction, tout contrevenant s'exposent à la justice ordinaire de Sey'.

La mienne fut calquée sur la règle commune, soit parfaitement heureuse. A l'heure du choix, je n'ai guère eu besoin de réfléchir face au choix élémentaire marquant notre passage de l'enfance à l'ère de l'adulte : citoyen ou esclave ! J'ai donc choisi la liberté plutôt que la servitude. Adulte depuis d'assez longues périodes, je peux, sans blasphème, ni parjure, ni risque dire que les apparences ne sont pas nécessairement le reflet exact de la réalité. Le zhoumain moyen pense rarement au-delà du court terme, quelques fois à moyen terme, excessivement rarement à long terme. Il serait, pour lui, en droit de se dire que le contraire est plus plausible. Pourquoi ? C'est un fait indéniable que nos esclaves disposent d'une liberté de mouvements que nous ne possédons pas. Celle-ci nous ne l'obtenons lors que nous franchissons les portes de l'au-delà. Comme nous l'avons appris lors des cours de l'école de guerre, la liberté est un mot qui peut recouvrir de nombreux sens et autant de pièges. Elle est du domaine du sentiment et, à la moindre embûche, elle se galvaude, parfois corps et biens. Notre parcours terrestre n'est pas un havre de liberté mais lors de notre arrivée à Eden, nous comprendrons que cette notion de liberté, dont moult zhoumains, se gargarisent, n'est en rien ce qu'ils nous chantent. Notre vraie valeur se situe là.

L'esclave, quoiqu'il arrive, quand viendra la fin de son temps, n'y accèdera pas ; il lui faudra donc repasser par un cycle ou plusieurs suivant son degré d'impiété. Alors, oui, dans le quotidien, l'esclave, qu'il en ai fait le choix ou qu'il le soit devenu au terme d'une de nos campagnes, dispose de plus d'espaces, de plus de temps. Surtout ,il dispose d'un choix. Quitter sa condition d'esclave pour devenir citoyen. Pour nous soldats, le choix est irréversible. Nous ne pouvons pas prétendre devenir esclaves. Ce choix il en disposera tout le long de sa vie, même à l'instant du passage vers l'au-delà.

Durant nos campagnes, nous ramenons parfois des prises de guerre vivantes. Nous le faisons par mansuétude et commisération. Pour leur montrer la vraie voix, la voie d'Ö ! Les étrangers les appelleraient prisonniers et nous désigneraient comme geôliers ou même tortionnaires. C'est une méconnaissance totale de notre civilisation. Le sont-ils plus qu'un écolier pendant sa scolarité ? Ou qu'un esclave librement choisi sey'chouaine ? Dès leur arrivée chez nous, leurs droits et devoirs sont identiques sans discrimination d'aucune sorte. Le code de l'esclave, comme tous nos codes, est simple : nous servir en tout ! Ce service est régi par un sous-code déterminant temps de travail et de repos. La bestialité n'est pas dans nos manières et nous n'exigeons pas d'eux ce que nous-mêmes ne pourrions faire ou accepter. Hors ces périodes de travail, un esclave fait ce que bon lui semble pourvu qu'il n'entrave en rien le cheminement spirituel du soldat. Enfin comme tous les autres, il peut arguer à tout moment de son droit à devenir soldat, autrement dit citoyen. Etre citoyen ne garantit pas l'accès d'Eden mais il n'existe pas d'autres chemins pour y parvenir dans cet espace temps zhoumestre.

Eden est un monde non connu dans lequel nous prendrons quelques repos mérités avant d'endosser une nouvelle forme, une nouvelle mission et de prendre la route de cette nouvelle étape menant vers une élévation incommensurable. Eden est symbolisé par un paysage qui pour friser le fantasme n'en reste pas moins imaginable et atteignable. Imaginez Si'Ha'Sh, la steppe, immense, infinie, giboyeuse, fertile, caressée par un vent léger, baignée d'une température clémente n'excédant jamais 18° au maximum et 5° au minimum. Cette égalité que nous tentons d'instaurer dans ce monde zhoumestre l'est de droit plein et entier ; la fraternité, une réalité inaliénable et le langage, non oral, universel. Un contraste d'harmonie aux antipodes de la fureur zhoumaine née de l'ignorance régnant sur Zhyoom.

Pour l'heure, j'y suis encore sur cette terre. Ö ne m'a pas encore appelée et je remplis donc mes tâches zhoumestres avec le plus d'application et de foi possible. Le faire n'est pas toujours très valorisant, ni motivant. Ainsi suis-je de guet sur les remparts de notre forteresse. Un nid d'aigle réputé imprenable, capitale de notre nation, centre du monde, carrefour de La Culture, elle défie fièrement tous et tout nichée sur son promontoire, jamais occupée encore moins prise. Elle est un havre de repos. Je peux avouer sans fausse honte m'ennuyer à mourir et n'avoir qu'une idée : la relève ! C'est un peu limite en marge de l'honorabilité mais il faut avouer que parfois l'existence d'un soldat peut être particulièrement morne. D'avoir scrutée aussi longtemps l'horizon me pique les yeux. Ma migraine est aussi réelle que l'armée qui nous fait face. Elle ne représente pas le moindre danger et n'est aucunement facteur de stress. C'est à peine si elle est une piqure d'aiguille sur un cuir épais.

Ils sont arrivés trois jours auparavant, précédés par un nuage de poussière peu discret, carrément ostentatoire. L'ennemi aurait voulu claironner qu'il arrivait, il n'aurait pu faire mieux. Tant qu'à faire, ils n'auraient eu qu'à télégraphier. Sey' est une nation guerrière; à peine à l'horizon, alertés par nos éclaireurs et nous étions prêts à les recevoir. En vain car il fallut nous rendre à l'évidence au bout de quelques heures. L'ennemi ne progressait plus. Une invitation à les rejoindre que nous nous sommes bien gardés d'accepter. C'est notre terre, notre terrain et nul ne peut nous attirer dans un piège aussi grossier. Nos stratèges et ingénieurs avaient calculé que l'ennemi avait stoppé à la limite exacte de la portée de notre artillerie lourde. En fronçant au maximum mon regard, je peux tout juste percevoir une ligne continue de petits points lointains, mouvants, presque irréels et tellement concrets. La situation est inédite pour nous que ce semi siège loin de toute ligne d'engagement. A juste titre nous aurions pu ressentir une certaine vexation mais notre sens utilitariste nous le fait prendre pour ce qu'il est, une opportunité de plus et, pourquoi pas, un dérivatif à la routine. Ces icht'ryens devaient être dans l'ignorance de ce qu'ils faisaient ou sous-estimer ou bluffer. N'aurait été quelques détails comme cet arrêt au point exact de la portée de nos canons, ce véritable encerclement qu'ils avaient mis en place, il serait possible et justifier de croire en une espèce d'inconscience, même de folie de s'attaquer à nous. D'autant que d'après nos informations, Icht'Rye n'était pas réputée être une nation belliqueuse loin de là. L'armée de métier n'y existait pas. Nos dirigeants avaient décidé que la situation se prêtait à merveille à en faire un cas d'école.

Nous avons donc calqué notre attitude sur la leur. Nous sommes restés sur nos positions. Notre citadelle, unique point de construction à des kilomètres à la ronde nous permet de voir venir tout à fait tranquillement. J'avoue qu'attendre n'est pas notre fort ; attaquer est plus dans notre nature que défendre. La patience n'est pas une vertu cardinale mais la folie non plus. Nous savons réfléchir. S'ils sont venus jusqu'ici en dépit de notre réputation, c'est qu'ils pensent avoir les moyens de nous porter ombrage. Nous pouvons nous adapter à des situations nouvelles et, cette capacité, ils feraient bien de s'en méfier. Partir tête baissée dans une mêlée au combat est une chose mais la précipitation n'est pas un choix judicieux dans la préparation de celui-ci. C'est pourquoi nous sommes restés dans notre citadelle, quelque peu à contre-courant de notre instinct premier et naturel de chasseurs.

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