Zhyoom

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Axiome de la Bor'And'Ja : « Qu'est-ce que la mort ? » demandait le maître ; « Ne plus vivre? » répondit le disciple

F'Lm'Dig s'était retiré dans le Lm'Ya, la chambre des souvenirs, salle de lecture des mémoires du temps passé, récit du quotidien des zhoumains, entre autres, disparus. Comme nombre de ses congénères, chaque réveil les incitait à y aller. Se réfugier dans le passé pour mieux s'éveiller et pouvoir reprendre la marche en avant. Certains prenaient un résumé de leurs vies écoulées, une manière moins impersonnelle qu'un enregistrement pour se reconnecter ; d’autres, quoique plus rarement, d’une vie au hasard ; lui, chaque fois, appelait le même évènement. Il ferma les yeux pour mieux s'imprégner des images internes et être plus en phase pour écouter et entendre.

« Notre monde, nous l’avons détruit à petit feu. Nous nous en sommes rendus compte, bien trop tard ; nous avons été impuissants à arrêter le processus. Le mal était trop profond et nous n'avions pas idée, encore moins envisagé, que le temps nous restant ne serait pas suffisant.

C'est comme le déséquilibre physique, à un instant T, le moindre grain de poussière le transforme en chute. Avoir le moindre réflexe n'est pas forcément salvateur ; il peut, au contraire, devenir multiplicateur. La volonté n'est pas suffisante. Les remèdes peuvent s'avérer pire que le mal. Pas toujours, heureusement ! La facteur hasard, chance pour certains ou malchance suivant l'humeur, y a toute sa place.

Cette chute, nôtre chute, à défaut de la maîtriser, nous avons appris à la freiner, l'amortir et nous faire atterrir avec une relative douceur. Reste que la cabriole s'est réalisée.

Notre ignorance érudite ne généra que lenteur frisant la léthargie, létale. Combattre les habitudes telle que "l'univers est vaste, son évolution lente, il sera toujours temps..." n'arrangea rien. Certaines victoires ne menèrent qu'à l'aveuglement, le piège miroir déformant occultant une vraie défaite. La prise de conscience, car elle eut lieue, comment autrement face à l'évidence d'une agonie perceptible jusque dans l'air respiré, jeta dans la balance des forces astronomiques ; infinie pyramide renversée à effet connexe inverse. nous crûmes pouvoir nous mettre en opposition. Nous ne fîmes que nous mettre des oeillères !

Toutes proportions gardées, le schéma d'une révolution est identique. Pour l’accompagner, la contrer, il faut une dose de violence, pas nécessairement physique voire et même pas du tout ; un non violent peut l’être infiniment ; ne serait-ce que par les mots qui peuvent blesser, gravement. La violence physique est et sera toujours qu’un acte, une preuve, de faiblesse. Cette réplique doit être proportionnelle à la cause de l’effet. A l’échelle cosmique, ce processus, courant, notre simple imagination n’y suffirait pas à se la représenter.

Notre planète, nous l’avons détruite ? Quelle erreur, quelle prétention, orgueil incommensurable, symbole ultime de l’aveuglement, faux et sentencieusement emphatique, une grandiloquence déplacée en lieu et place de cette simplicité contenue dans cette conclusion : la nécrose n'est pas pour notre planète mais pour notre environnement particulier et indispensable à la survivance de notre race. Car, ironie du sort, la planète continuera sa rotation, hôte imperturbable dont les locataires peuvent bien faire ce qu'ils veulent, y compris s'autodétruire, pourvu qu'ils n'ignorent, ni ne méprisent, ni ne s'absolvent pas de quelques règles, enfin d'une seule, le respect. Ce dernier devrait, devra, doit, à partir de cet instant, être l'ultime contrepoint à la moindre de nos actions, la plus bénigne soit-elle ! En termes simples, si je fais ceci, quel sera la conséquence en termes de cycle existentiel ? Certaines réponses sont évidentes. Respirer ! Se nourrir mais pas engloutir à tort, à travers. A cette seule condition, nous pourrons, peut-être, j'insiste, peut-être, survivre…

Ailleurs ! »

Ce discours, il le connaissait par cœur. Il avait été prononcé par Ji’Ac’Te, premier capitaine du Fz’Io’Na. Il la visionnait, sans jamais déroger, à chacun de ses réveils. Il aurait pu les compter sur les doigts des deux mains, il n’en restait pas moins qu’il en ressentait une immense lassitude que seul ces quelques mots d’espérance lucide et amère pouvait combattre. La naïveté des propos amplifiait son évidence. Dans ce constat, pas une once de nostalgie, pourtant ce n’était qu’une routine ou presque ; tant qu’il y trouverait, à chaque fois, un sens différent sans l’être tout à fait. Le jour où ce ne serait plus le cas, alors, il lui faudrait prendre la route de l’achèvement. Pour l’heure, elle n’était encore qu’à la frontière de l’habitude ; épiant, chassant l’instant du déséquilibre qui le transformerait alors en mets de choix. Telle est la routine, anodine et carnassière sans pitié une fois qu’elle vous a précipitée dans son filet.

Ce discours, si simple, avait cristallisé dans les cerveaux zhoumains l’évidence ; focalisant l’utilité des multitudes d’hypothèse, toutes plus vraisemblables, toutes pas moins fausses les unes que les autres. Il n’y avait pas de réponses à en attendre. Ils le savaient !

« … Ailleurs ! »

Ce furent les derniers mots de Ji’Ac’Te. Sans avertissement, sans emphase, il avait avalé la pilule du sommeil éternel, la léthargie définitive ; pour être un choix concluant, il n’en restait pas moins que c’était un ultime aveu d’impuissance, dernier palier de la fatigue morale franchi. Son corps s’était affaissé lentement, accompagné par une pluie de larmes silencieuses. Le projet, comme tant d’autres zhoumains avec lui, il l’avait porté jusqu’à l’épuisement. Tous en voulaient la réussite finale. Beaucoup ne désiraient pas en voir la destinée, ni sa conséquence : la chute actée de leur monde, Zhyoom !

Comme tant d’autres, l’anticipation de l’immémorial de la mission, peut-être des millénaires de vécu entrecoupés de longues périodes de sommeil, de cours éveils dans un océan cosmique l’avait dissuadé en son âme et conscience de persévérer. Son esprit de survie potentiel était passé en entier dans la préparation du voyage. Il n’aspirait plus qu’à l’oubli remisant loin de l’avant-plan l’avenir de la race zhoumaine. Plus rien ne pesait assez lourd pour contrebalancer son envie d’éternité, d’oubli, de plongeon vers l’inconnu. Qu’il soit imprécis, improbable, qu’importe ! Et, comme il l’avait écrit sur sa dernière volonté, zhoumain jusqu’au bout des ongles, la mort est-elle l’oubli ? F'Lm'Dig aurait pu lui répondre que le contraire était indéniable. Pour répondre à la question de son ami, il aurait fallu un retour d’expérience. Soit ce qu’il y a derrière, qui n’est autre part qu’un devant, vice-versa, est spécialement idyllique ou infernal au point de ne pas mériter un retour ; soit il n’y a rien. Justement ! Antinomie nominale presque irréfutable, presque. L’anéantissement d’éternité ne peut se complaire dans l’acquit. La période de vie zhoumaine est tellement courte1, ce ne serait pas l’usure qui risquerait de nous faire volontairement accélérer ce passage mais, au terme, au cours de quelques milliers d’existence, même de manière intérimaire, artificielle comme nous l’avons créée ? L’interrogation, insidieusement, en toute objectivité, malgré ou parce que ou grâce au paradoxe latent et/ou plausible ? S’imposera(it) t-elle ? Et si ? Alors !

Ce discours, aujourd’hui, entrait en résonance avec d’autres mots émergeant à la lisière de ce souvenir. Ils venaient d’un ami très proche, Li’Ol’Da qu’il n’avait pas revu depuis le jour du départ. Il les avait inscrit sur une carte rangée depuis dans ses affaires :

« Peut-être qu’ailleurs le temps sera plus, quoi d’ailleurs ? Alors ? Je me résoudrais à ne pas faire ce qu’il ne faut pas faire tout en faisant, peut-être, ce qu’il aurait fallu faire ! »

Le constat était simple. Toutes ses pensées du moment étaient en prise avec la réalité. Il avait une décision à prendre. Grave ! Dès le début de cette phase, il n’y avait pas eu de doute. Un (r)éveil n’aurait jamais pu être anodin. Un cervmaître, avec sa logique implacable, presque destructurée de sa nature zhoumaine n’aurait pas pratiqué une telle alerte pour une broutille. Plusieurs millénaires pouvaient s’écouler avant qu’il en juge la nécessité logique. Sa constitution pouvait suppléer à la présence physique. Il avait pour le seconder une armée de technybers de toutes classes, tous niveaux et, pour les plus évolués, une dose de conscience zhoumaine. L’ensemble pouvait suppléer à un maximum de possibilités, d’aléas ou tracas. D’autant qu’ils étaient tous libérés des contingences zhoumaines, simple comme dormir, plus complexe comme se souvenir. Les cervmaître pouvaient ainsi se « débrancher » du passé ; le mettre « dans un placard », comme un vêtement bien rangé et disponible pour un besoin futur. Ils étaient les maîtres à bord, avant Dieu même, s’ils avaient eu une religion représentative. Eux, les zhoumains normaux, ne seraient rien, à peine des zombies, sans leurs présences, probablement moins même qu’un technyber à niveau 1 de souciance. Rien de dramatique à cet état de fait. Réciproquement, sans les zhoumains, les cervmaîtres seraient des coquilles vides, sans but.

Il ignorait la cause qui avait incité le cervmaître principal a jugé bon de lancer une procédure d’éveil. F'Lm'Dig avait volontairement négligé leur synthèse. Pas par orgueil, dépit ou mépris mais il préférait de loin consulter les historiques et laisser faire un tri automatique à son cerveau. La causalité qui en sortirait serait peut-être la même ou pas mais elle serait personnelle. En contrepoint, il y avait aussi une vieille rivalité ; la froide raison ( traduction adaptée de Ze’Zh’Ny) d’un cervmaître contre l’objectivité subjective (traduction adaptée de Ze’Zh’Uy, principe premier de l’existence) d’un zhoumain. Les zhoumains considèrent que sortir le paramètre subjectif de l’objectivité est la traduction, directe ou larvée peu importe, d’une tentative de dissimulation d’une volonté consciente, voire inconsciente ou les deux, de pouvoir, auréolé, si possible, de légitimité. Trop souvent derrière l’objectif se dessine une tendance à l’unicité non contradictoire, déniant, reniant ou réfutant la possibilité d’une capacité créatrice, non nécessairement différente mais, autre. La nuance est d’importance. La confusion mène souvent à des errements, pour le moins, des génocides, pour le pire.

N’en déplaise, le communiste, l’anarco-nihiliste, le capitaliste, le fasciste sont des formes objectives de pensées. Une fois dit, rien n’empêche de faire le constat qu’elles sont réductrices, simplificatrices castratrices de la pensée en une volonté aberrante d’universalité. Sidérantes dans son désir d’englober la majorité, voire la totalité, des valeurs sur une plage allant de l’ancestralité au modernisme qu’ils nomment parfois révolutionnaire. Ils n’ont guère de doutes sur le bien fondé de leurs doctrines, ces bon(s)-hommes, parfois en toute bonne foi ; bonne conscience qui omet quelques broutilles, errements à l’image du colonisateur qui, au nom de la sécurité, oublie, le plus vite possible, que l’envahisseur, pas nécessairement militaire, c’est lui ! Que le premier à avoir frappé, c’est souvent lui ! Adepte du « tendez l’autre joue » pourvu que, lui, n’est jamais à la tendre ! Grand oubli-at-heure que s’il se trouve confronté à une violence barbare, peut-être qu’il omet la sienne propre, de barbarie ; qu’il est face à quelque chose de « différent » Ah ! Justement, cette autre est différend. Insupportable ? En toute objectivité…

D’où une confusion répandue avec la neutralité ! Qui pourtant ne peut qu’être subjective… Elle ne peut que s’appuyer sur des valeurs qui ne sont ni nécessairement, ni obligatoirement basées sur une analyse exhaustive, juste et/ou équitable. Elle n’est représentative ni du « bien », ni du « mal » Elle possède bien entendu son facteur d’unionisme sans sa facette expansionniste. Difficile à maîtriser, la subjectivité est une musique atonale soumise en permanence et en simultané à des baisses et des hausses de rythmique.

L’objectivité c’est prendre les éléments de sa propre expérience pour en faire le garant d’un jugement qui se voudrait équitable pour l’avenir.

La subjectivité c’est prendre l’avenir en tant qu’élément principale de sa propre vie sans préjuger du résultat.

Par définition, pas forcément de manière consciente ou volonté malfaisante, l’objectivité est un symbole de la malhonnêteté intellectuelle alors que, contrairement aux idées reçues et préconçues, la subjectivité ne peut qu’être honnête sous peine de devenir… objective ! Dans un cadre stricte du respect minimum du à la Vie…

Ses pensées, assez noires et déprimantes le menaient finalement vers la décision qu’il savait ne pas pouvoir être autre : la convocation du Conseil ! Un évènement si rarissime qu’il n’aurait su dire à quand remontait le dernier ? Celui de l’essaimage ? Il aurait pu avoir des doutes mais ce qu’il percevait, sentait et ressentait ne méritait pas moins.

— Ab'raH'M ?

— Oui ?

— C’est parti !

La surprise d’avoir été appelé par son ancien nom, le cervmaître n’aurait pu le montrer. N’empêche, il était bel et bien décontenancé. Un sentiment qu’il n’avait pas ressenti depuis ? Il ne savait plus et ne voulait pas faire appel à ses mémoires. Un message presque sous-titré adressé par F'Lm'Dig pour lui spécifier, entre autres, qu’ils étaient uns ; que un plus un plus un plus un ferait toujours un pour les zhoumains !

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