Eh’Ald’Riah

7 minutes de lecture
Axiome de la Bor’And’Ja : “Si tu es de ceux qui croient qu’une réponse peut être définitive, c’est que ton empathie t’échappe !”

Le double acquiescement lapidaire de ses parents le cueille à froid. Il ne lui en faut pas plus pour l’inciter à céder sans tarder à sa marotte. L’ascension de nuage ! Virtuel… L’enfourcher, s’y maintenir le plus longtemps possible. En oubliant tout !

Un comportement en apparente contradiction avec l’axe principal de l’éducation zhoumaine. La mesure du soi, des actes et des valeurs dans toutes leurs implications ! Une distorsion dont Ant'Hdr'Aes ne peut qu’acter l’incohérence.

Pourrait-il en appeler au prétexte d’une insouciance corrélée par l’adolescence ? Son subconscient ne laisserait pas s’installer un tel automatisme. En parfait importun, il toquerait à la porte de sa souciance. Causalité, causalité, interrogerait-il ?

Le nuage ? Un conteneur en capacité d’y déposer et d’y retrouver ses joies, ses réussites et ses échecs, ses espoirs et désespérances. D’y faire pleuvoir ses larmes de peine ou de joie.

Cette masse nébuleuse lui apporte, paradoxalement, clarté et précision, sécurité et constance intellectuelle. Quand, ou dès, qu’il peut s’y réfugier, plus rien ne semble pouvoir l’atteindre. Comme l’humidité résiliente de l’eau sur les mains, elle imprime sa marque sensitive de sérénité et de liberté. Quelquefois, elle se déchire et fait surgir une compréhension d’apparence spontanée.

Comme maintenant où une heure à peine écoulée, sa perception a évolué. Cette interminable attente, séquencée d’une suite de moments pourtant guère plus longs qu’un instant, que, sans vergogne et encore moins d’équité, il jugeait durer depuis des centaines de périodes ? Évaporées…

Ce questionnement d’un pourquoi du comment sur une supposée exclusion d’un évènement emblématique ? Oublié, relégué dans un tréfonds, très sans fond pour le coup… Restaurés à leur juste place de déceptions éphémères dont la raison d’exister n’est qu’un prolongement pernicieux de la subjectivité égocentrique d’un orgueil affecté. La part certaine de son éducation, primordiale, en réduit l’envergure émotionnelle.

Qu’en restait, reste-t-il ? Un sentiment de libération, un retour à une normalité – jamais quittée reconnaitrait-il un peu plus tard… – d’un principe essentiel de l’éducation zhoumaine. “Toute question contient sa réponse. Toute réponse mène à une nouvelle question.” Une ellipse existentielle qui, interrompue, ignorée, déniée ou négligée, peut conduire à la confusion, parfois à l’indolence spirituelle. Diptyque en noir et blanc d’un crédo zhoumain : persévérance et recul ; en opposition avec son alter égo, habit chatoyant et trompeur de l’inzhoumanité : obstination et indifférence !

Que ce soit désiré ou non, l’existence sans exclusive – zhoumaine, animale, végétale, minérale, sidérale – est une lutte permanente. Parfois démonstrative, facilement perceptible ou confinée et silencieuse, elle est l’expression même de l’univers. À l’intérieur de celui-ci, passé présent et futur ne font qu’un. Un fait cosmologie dont la compréhension, ses conséquences surtout, échappe à la majorité, trop monopolisée dans son débat et ses vains atermoiements entre avenir souvenirs quotidien. Des pertes de temps, d’une valeur parfois négligeable, de l’ordre de microsecondes ; à d’autre, des jours, des semaines, des mois ou même des années. L’addition finale peut finir par représenter une vie.

Cette conception où, passé présent avenir ne sont qu’un seul et même instant…

… peut grandement servir à expliquer, sinon comprendre, leur indifférence à la datation. Quelle quelle soit ! Interrogé sur ce point le zhoumain vous regarderait bizarrement et comme probablement victime d’une atteinte somatique et/ou psychologique.

Cet éclair de lucidité – ou retour aux réalités zhoumaines basiques – incite Ant'Hdr'Aes, plus sûrement qu’une démonstration magistrale, à balayer les questionnements. Ou les réponses… L’existence ne l’est que parce qu’un passé fut et que l’avenir sera ! Ou le contraire…

L’intervalle entre le viatique accordé et le jour du départ passa sans qu’il puisse vraiment en mesurer la consistance. Sy’t’Ax en était en second jour et Ant'Hdr'Aes avait bien vite cessé de jouer le rôle d’essuie-glace entre tête et queue de cortège, rapidement saisi par un sentiment diffus de décalage. Envolé son emballement de départ, pour laisser place à une quasi-déception, interpelé par cette évidence ? Aucune directive n’a été donnée ; aucune n’arrive. Ce pèlerinage – cette promenade pense-t-il en fait –, à l’enjeu – but ? – prometteur, mystérieux et longtemps fantasmé ne serait-il pas comme l’ellipse “question contient réponse”, à la fois contenant et conteneur ? Une similitude en forme de révélateur…… un déclic acquit avant même la fin du premier jour.

La température douce d’Ur’His’Tan – la saison tiède, l’équivalent approximatif de la fin du printemps – domine, apportant une touche d’indolence nonchalante. Le rythme est moyen. Lui s’est porté bien en avant sans s’attirer une quelconque remarque. Depuis plusieurs minutes, il va au hasard, enchaînant les changements de direction aléatoire. De temps à autre, il vérifie s’il est suivi. Si une correction de trajectoire va lui parvenir ? Sans rien attendre…

Ant’Hdr’Aes s’arrête, regarde l’anarchie bon enfant de la colonne en marche. Son regard porte sur ses parents, cantonnés à l’arrière-garde. Comme parfois, l’évidence l’est tellement, qu’elle aveugle. Seule la lucidité peut invariablement ouvrir les yeux.

Plutôt que d’attendre d’être rejoint, il entreprend résolument de rejoindre le groupe. Parvenu en tête, un attroupement d’une dizaine de jeunes en plein conciliabule, genre complot, voix assourdies et gestes démonstratifs, le stoppe. Il les connaît tous. Pour cause, ce sont ses amis les plus proches. Les éviter n’est pas envisageable. Ni d’un côté, ni de l’autre… Il est à peine à quelques mètres que l’un d’eux, délaissant la discrétion, supposée, l’interpelle.

« Eh ! Ant’Hdr’Aes, qu’en penses-tu ? »

De quoi, lui vient spontanément à la surface de sa conscience ? De quoi ?

« De quoi ? finit-il par répondre.

— Ne nous insulte pas. »

La réplique vient d’une jeune fille, Eh’Ald’Riah. Son sourire amical le percute. Pris par surprise, son regard accroche le sien. Et se noie dans leur vert émeraude. Il se sent suffoquer autant par cette submersion que de l’afflux d’une pensée soudaine. Qu’il lui conterait bien tout un tas de balivernes. Ne serait-ce que pour attirer son attention !

Se rend-il compte de la stupidité de sa pensée ? Alors qu’elle lui parle ? Qu’ils se connaissent depuis l’enfance et même le berceau ? Dans un effort visible, il arrive à prononcer des mots qu’il ressent comme d’une triste banalité.

« Je ne sais pas, voilà tout. Il ne se passe rien. À croire que nous sommes perdus. Les adultescents sont sereins et profitent plus que nous de ce moment. Irritant…

— En gros, où allons-nous ? Y en a-t-il pour longtemps ? Le troisième jour arrive et je ne vois ni signes, ni indications. Tu nous as fait prendre plusieurs fois les mêmes chemins sans provoquer de réaction. Qui mène qui ? Ou quoi d’ailleurs ? tance Ab’Ah’M, es maître en synthétisation.

— Toute question contient sa réponse… commence Ant’Hdr’Aes, légèrement rasséréné.

— … blabla à une nouvelle question… réplique Eh’Ald’Riah avec une pointe d’irritation.

— Pourquoi tant d’impatience ? enchaîne Ant’Hdr’Aes, tout en mauvaise foi et repris par son trouble.

— Tu as sûrement raison. Laissons faire. Quoique ton air décidé et soucieux dans une direction bien précise sollicite mon usine à questionnement… ironise très acerbe Ab’Ah’M.

— Juste voir mes parents ! Je me suis interdit jusqu’à maintenant d’en profiter. Au nom de quoi ?

— Ce n’est pas faux. Va, profites-en… Pour essayer d’avoir des nouvelles… Que tu n’auras pas… conclut Ab’Ah’M. »

Ant’Hdr’Aes sait que pas une once de méchanceté n’imprègne la dernière phrase. Le silence d’Ant’Oti’Nel et d’Esc’Hac’Iel dépasse la réputation d’inébranlable. Pour tout ce qui touche Sy’t’Ax, ils écoutent et entendent sans jamais démentir ou approuver..

Aux airs goguenards, il produit un sourire innocent. Ce pourrait être en réponse à l’ironie sous-jacente ? Non, il ne pense qu’à Eh’Ald’Riah et sa propre stupidité. Doit-il remettre en question sa nature d’extraverti ? Ou supposée telle ? Serait-il un timide qui s’ignore ? Pas impossible après tout…

Ces divagations un peu hors sujet lui font prendre conscience d’un fait invraisemblable. Depuis quelques mois – ou années, il ne sait plus – il n’ose plus lui parler. Hors les contingences sociales – le civisme basique lui rétorque son subconscient – comme bonjour bonsoir merci au revoir. Alors qu’ils se côtoient sans cesse… Ses parents… sont les siens d’alliance… et vice-versa !

Armé d’une résolution tout nouvelle, il s’efforce de capter son regard. Qu’elle ne dérobe pas. Il résiste à la tentation de s’immerger dedans. Le vert des iris naviguent de droite à gauche. Qu’il déchiffre comme un appel, un signe, une communion. Une sensation, ancienne oubliée enterrée par cette mort lente et pernicieuse qu’est la routine quand elle se substitue à l’habitude.

Lucidité velléitaire ou décision en forme d’épilogue, il ne saurait le dire précisément, il décide que ça doit changer. D’abord solutionner cette fausse énigme qu’est Sy’t’Ax. Tous autour de lui savent, et, sans savoir pourquoi, ni le remettre en cause, il sait que c’est à lui de rompre le pèlerinage.

« Je vous rejoins bientôt. Je vais les voir. »

Il se tourne. Eh’Ald’Riah lui emboîte le pas. Ils n’ont pas eu besoin de parler. Ils cheminent ainsi en silence depuis quelques instants quand Ant'Hdr'Aes le brise.

« À quoi penses-tu ? »

Question purement rhétorique tant il est persuadé que leurs pensées suivent la même voie.

« Sy’t’Ax ? Une partie de cache-cache mental où chacun attend qu’un autre prenne une initiative. Tout en se demandant s’il y en a une à prendre ? Observe les adultes ? Ils se délectent de nos hésitations ! »

Superbe pied de nez volontaire et mérité au vu de sa question trop imprécise et trop directe à la fois. Sy’t’Ax est un évènement clos dans son esprit. Il s’obstine et précise.

« Nous ? »

Elle le regarde et aspire littéralement son regard, lui interdisant mentalement de le détourner. Ils continuent à avancer, yeux rivés, partis dans un dialogue muet. Le monde extérieur n’existe plus. Les sons ne leur parviennent plus. Ils dépassent Esc’Hac’Iel et Ant’Oti’Nel sans les voir.

Ils sont déjà loin quand – hasard ? – Ant’Hdr’Aes trébuche. Il ne cherche pas à compenser, ne voulant aucunement perdre le contact émeraude. Il tombe, sans chercher à se relever. Il tend la main. Elle l’attrape. Il tire doucement. Elle le rejoint à terre.

Le but originel est oublié. S’il existe… et qu’il soit unique ! Douteux de la part de zhoumains…

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Recommandations

Défi
une2006égarée
Mon frère de rêve.
3
0
1
1
Défi
Jean-François Garounours
Aujourd'hui, CHAT! petit texte sur mon chat... en toute chat-plicité !
6
5
0
1
Valencia Herry
Ce n'est pas un roman, mais une oeuvre ou je parlerai de différents sujets, avec mes points de vue, mon expérience. Ce sera propice à bien des débats. En quelque sorte, je vous ouvre la porte de mon esprit. Venez si vous êtes curieux !
1
1
5
2

Vous aimez lire JPierre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0