Orée

5 minutes de lecture
Axiome de la Bor'And'Ja : La meilleure manipulation au monde commence toujours par une vérité !

Qui n’a jamais éprouvé cette impression qu’un évènement en cours restera à jamais gravé dans sa mémoire ? Pour Elvyn, la rencontre impromptue avec Amelyne entre dans cette catégorie. Doit-il voir un prélude dans la coïncidence entre son apparition sur le bord de la route et l’explosion de ses règles – plutôt ses routines pour être équitable avec lui-même… ?

Impossible de ne pas associer cette circonstance avec une image, sortie tout droit des limbes de sa scolarité chaotique : Hermès le messager et ses pieds ailés, messagère en l’occurence plus que passagère ! Le petit grain de sable qui fait pencher un des plateaux de la balance vers ce qui pourrait bien être un précipice. Sans ou avec fond ?

Une des premières conséquences, la remise en cause d’un stoïcisme qu’il pensait acquis. Le résultat depuis vingt quatre heures n’est pas probant. Il se laisse balloter au gré des flots d’un inconscient qui aurait décidé de prendre son autonomie. De proclamer sine die que le temps de changer de vie s’impose.

Débonnaire et inflexible, il lui présente le fait accompli pour validation. Une relation que son corps traduit en une désapprobation générale envers le traitement infligé par un temps de conduite bien trop long, indécent.

Les signes ne trompent pas. Ses paupières s’efforcent avec ténacité de se fermer. Soulignant impérativement qu’elles ne sauraient demeurer plus longtemps ouvertes. Son cou est douloureux, sa respiration devenue travail de forçat. Une envie de fumer, vice abandonné depuis longtemps, se manifeste comme une vieille amie. Ou ennemie ?

L’aube pointe. Avec elle, ces heures désagréables de la fin d’une nuit blanche laborieuse s’évaporent, sans apporter une quelconque détente. Une aire de repos se profile, bienvenue. L’étau glissant qu’est sa tête, expulse des pensées dans le désordre. Elles volètent, sans légèreté, autour d’une dominante, une question lancinante : « Qu’est-ce que je fous là ? »

Le barrage sédimenté de, et par, ses routines cède. Instinct de défense primal, il serre les dents pour une tentative puérile de laisser subsister les déjà vestiges d’un ordinaire aisé, confortable.

Orage ! Oh ! Des espoirs… Pardon M Corneille…, mots, maux, moteurs personnels, mots heurts, piqûre de rappel, révélatrice d’une inertie subjective devenue chronique. Cette force implacable associée à tort à l’immobilisme vous mène tôt ou tard vers ce moment, parfois douloureux, parfois indolore, le temps des constats.

Un face à face avec soi-même, une navigation hasardeuse sur un radeau branlant pour remonter le cours du temps sans, surtout, s’attarder sur ces iles chimériques que sont les fragments du passé. Y accoster garantit la noyade ! Pour Elvyn, nul besoin de voguer longtemps. Sa conversation avec Jhysus stigmatise le mouvement de balancier de son équilibre somnambule.

Humanit’ère ! L’hypothèse induite, étrange et absconse, effrange le sillon de son inaction. Elle déchiquète sa vision encapsuler entre ses œillères. Un ruissellement que le temps mute en fleuve menaçant de devenir torrent. Prêt à effacer l’ardoise crayeuse de son passé !

Une route s’ouvre, dans une direction qu’il ne veut – pas encore ou surtout pas ? – savoir où elle prétend l’emmener. Il se restreint à l’instant présent. Son coin de l’œil accroche dans le rétro un bout d’image de celle qu’il surnomme intérieurement sa tornade.

Elle est sûrement bien loin de se douter qu’elle incarne le catalyseur de la fin de sa chère tranquillité. Faire ce constat terrible qu’en dépit des dénégations répétées, il avait renoncé à se battre. Peu importe dans ce cas les raisons, échecs, déceptions, désillusions, les qualificatifs ne comptent pas. Ils ne sont que prétextes auxquels on affublera un nom.

Le sien prit l’aspect d’une pause, décidée en toute conscience, pour des raisons, bonnes. Il a juste oublié qu’elles l’étaient à cet instant, peut-être pas au suivant, plus du tout ensuite. Aussi bien il aurait pu l’appeler oubli, le résultat n’aurait pas changé. L’enduit de recouvrement d’une lâcheté bien humaine, ordinaire, une fuite. Le creuset idéal pour accoucher d’habitudes avant de se transformer en routines artificieuses.

Pourquoi la rupture aujourd’hui ? Pourquoi par elle ? Aurait-il été chrétien, il aurait pu imaginer la fin d’une période et l’émergence d’une nouvelle. Mais voilà il ne l’était pas, se considérant juste crétin, donc, potentiellement, faisant partie de la plus grande secte sur Terre !

« De toute façon, de quoi as-tu besoin ? Tu es comme l’ermite, auto-suffisant ! » Une phrase, dépitée, d’une de ces rares rencontres féminines de cette dernière décennie. Une manière de lui reprocher ce qu’elle pensait de sa complication génétique et son art de se torturer le cerveau. Il ne lui avait rien répondu sur le moment, se contentant de la laisser partir.

Aujourd’hui, il lui dirait que cette complication n’était que l’autre versant de la simplicité. L’une comme l’autre sont les représentantes d’extrêmes, symboles d’une spécificité humaine, son vrai fardeau, la dualité ; bien/mal, noir/blanc, idolâtrie/haine ! Que l’existence, au fond, n’est que la recherche d’un axe intermédiaire entre deux états, l’équilibre.

Cette réflexion restera gravée à jamais dans son être. Tellement juste, si fausse, descriptive d’un état solitaire, réellement choisi lui, il ne comprenait que maintenant qu’elle le confondait avec la solitude. Elle brûlait une étape en réalité. Le solitaire peut finir en solitude. La solitude n’est pas nécessairement solitaire.

Une méprise courante, deux des points cardinaux d’une planète nommée existence. Les deux autres pourraient se nommer sociabilité et misanthropie. Le vécu idéal se situe à un point, pas forcément médian, d’équilibre. Difficile de s’y maintenir, sans se laisser piéger par les effets confondus avec la cause.

Elvyn n’y avait pas échappé. Une plongée indolore et lente vers justement la solitude. Une compagne aimante, un doux cocon, haïssable, indispensable et inutile, vaine, castratrice et improductive, un rempart aussi solide que le colosse de Rhodes.

La solitude est une drogue dure. Elle peut faire un bien fou au départ. Puis de potentiellement thérapeutique, elle bifurque anémiante pour conduire droit à la dépression. Elle est de ces états où, à elle seule, elle est à la fois ses extrêmes et son équilibre. En sortir est si simple que ça en devient compliqué ! La volonté d’en avoir… la volonté !

Elle ne répond jamais à des attaques frontales. Un détail peut la faire s’envoler, ici la simple apparition d’une silhouette floue sur le bord de la route. Elle plie, se replie, s’efface en toute bonne grâce, sans rechigner, ni se vexer. Sans esclandre, elle s’éloigne, avec un signe de sa menotte, en un simple au revoir laissant entendre qu’elle pourra revenir à tous moments.

Faut-il alors tout jeter aux orties ? Sortir de cette coquille et plonger ? Le sommeil chassé par ses pensées, il redémarre. Il vient de prendre une décision. Reprendre l’autoroute, retour à la case départ. Un air de rien qui valide un changement. C’est un début. De quoi ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 7 versions.

Recommandations

Défi
Yenyenus
Réponse au défi : " En 6 Mots "

https://www.scribay.com/defis/defi/1512009488/en-6-mots

Lancé par L'Arbre
Un jour mit au défi d'écrire une histoire en six mots, Ernest Hemingway répondit :

"For sale : baby shoes, never worn"

(A vendre : chaussures bébé, jamais portées)

C'est à vous d'écrire une (ou plusieurs, si vous avez de l'inspiration) histoire en six mots.

Voici les miennes :

1) "re" dit-il. "re" répond-on.

2) Duel contre la Mort. Un partout.

3) La pierre fut taillée. Tout commença.

4) Va, cours, vole, et me mange.

5) Longue Barbe la bougie a rasée.

6) Elle a dit "non", lui "si".

7) Sept milliards se disent : "pourquoi moi ?"

Allez, faites-nous de belles histoires courtes ! :)
11
11
0
0
Williams
La pierre sacrée objet divin, de pouvoir et de fascination ; après sa disparition lors de la grande guerre, les trois royaumes la recherchent avec acharnement chacun espérant régner sans partage et étendre son pouvoir sur le monde.
Lys, princesse d'un de ses royaumes, la désire plus que tout pour mettre enfin un terme aux siècles de conflit avec les royaumes voisins.
Mais un jour un jeune guerrier nommée Claymore apparaît, lui ouvrant les yeux sur les dissensions politique de son royaume dans une guerre froide installée depuis des années. Partagée entre son devoir de princesse, celle de guerrière et son cœur dans un royaume qui ne la soutiens pas, Lys parviendra telle à atteindre son but et prendre sa destinée en main ?

Commence alors son périple, confronté aux trahisons et mis à mal par des forces obscurs, à travers les trois royaumes afin de trouver ce cadeau des dieux, la pierre sacrée.
76
51
534
159

Vous aimez lire JPierre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0