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Axiome de la Bor'And'Ja : Etre dans le besoin n'est qu'une preuve d'inculture dont l'autre est forcément responsable !

Ant'Oti'Nel repensait à son premier départ, de son premier pèlerinage. Il avait failli être retardé par un fait rarissime à cette époque. Tout comme ce matin, la pluie avait accompagné leur départ et, fait exceptionnel, elle s'était prolongée pendant plus d'une heure. Presque du hors norme, habituellement, elle ne durait guère plus qu'un quart d'heure, tombant en paquets drus alors que là, elle était fine, presque réfrigérante. Ils auraient pu différer un peu le lancement du pèlerinage mais aucun des accompagnateurs n'avait fait ce choix, pas plus qu'un seul des jeunes n'émit une quelconque incitation à l'attente. Lui, il avait souri, comme toujours quand tombait la pluie. Il adorait, sans raison particulière. Il s'était élancé dans une course de jeune cabri, sautant, tressautant, tout du jeune fou impatient, invitant d'un regard légèrement moqueur à venir le rejoindre et donnant implicitement le signal d'un départ. Même humidifiée, sa joie était communicative. Une première personne le rejoint, bientôt suivie par tout le monde. Au bout de vingt minutes, même lui se refroidit. Ils étaient trempés et transis. Instinctivement, le groupe s'était resserré dans le but illusoire de créer une bulle de réchauffement. Ala'abe'Da, le plus jeune du groupe, aperçut au détour d'un chemin, une remise, plutôt un ancien refuge encore utilisée de nos jours par les bergers, les routards, les conteurs et quiconque ressentant le besoin d'un abri.. Elle posa, plus par principe, la question: « on y va ? » et sans attendre de réponse, s'y dirigea bientôt suivie par une véritable galopade bruyante et hurlante. Les adultes les avaient rejoints peu après avec plus de dignité et d'ordre.

Bien des périodes avaient passé depuis, bien des P.D.G.C.. Aujourd’hui, ils cheminaient un peu à l'arrière du groupe, une sorte de position stratégique qui, tacitement, leur était laissée à chaque P.D.G.C.. Cet emplacement, informel, ils n'en usaient qu'avec une parcimonie avaricieuse et prudente, habituellement, se mêlant, par goût, plus naturellement avec le groupe. Ce pèlerinage, pour de multiples raisons aurait, avait une saveur très particulière. Cet observatoire de choix, presque un privilège, ils en ressentaient le besoin. Ils avançaient en silence depuis quelques moments. Si la question leur avait été posée individuellement sur le cheminement de leurs méditations, probablement ce serait-on aperçu qu'elles voguaient vers le même horizon sinon sur une vague identique. Imperceptiblement un décalage s'opéra sur le visage d'Ant'Oti'Nel. Un sourire y apparut. Il regardait cette colonne de marcheurs qui, concrètement, avait entamé son chapitre 1. La mini confusion du départ s'était muée et orchestrée d'elle-même en un cortège classique de randonneurs. Un bel ordonnancement, apparent, qui au bout de quelques temps de progression, éclaterait, inévitablement. Le groupe était majoritairement constitué d'une cinquantaine d'adolescents1. Tout dans ce P.D.G.C relevait du particulier ; ainsi l’âge relativement élevé des primo participants, entre 36 et 38 Périodes alors que la moyenne « normale » oscillait autour de 28 avec un maximum de 32. Le groupe était complété par une vingtaine d’adultes, un nombre là aussi important. Logiquement, pour des terriens comme nous, il aurait été pertinent de supposer qu’ils représentaient l’autorité ou, à tout le moins, l’encadrement. Il n’en était rien ! Seuls, lui et sa compagne aurait pu tenir ce rôle en tant que guides officiels. Encore aurait-il fallu le circonscrire à celui de bergers/veilleurs, laissant paître le troupeau au gré du goût du pâturage. Les autres adultescents, maturescents, vieillants n’étaient que revenants volontaires. Le périple, ils l’avaient déjà accompli. Le but, ils le connaissaient. Pourtant comme bon nombre de leurs semblables, ce presque rituel, ils en ressentaient le besoin, l’envie, l’impérieux parfois de s’y replonger. Naturel ? Ou nostalgie d’une insouciance caractérisée de l’adolescence ? Peut-être ! Pourquoi pas ? Peut-être pas ? En toute certitude, pas uniquement !

Dans le quotidien zhoumain, hormis le caractère obligatoire du premier P.D.G.C., peu se serait privé du véritable plaisir d'un second passage voire plusieurs autres pour certains. Même les hors la loi2 s'ils avaient eu la volonté d'y accéder et de sortir de leur geôle. A cela seuls plaisirs et satisfactions, notions convergentes, semblables par certains aspects mais pas jumelles l'expliquaient.

Le Pèlerinage Du Grand Chemin est une permanence. A chaque fois le même, à chaque fois différent ! Lui, qui plus que tout autre, le connaît sur le bout des doigts pour le faire entre deux et quatre fois par cycle en tant que grand initiateur, ne s'en lasse pas. Pas plus que Esc'Hac'Iel, sa compagne ! Celui-ci aurait pu les mettre en porte à faux. D’une certaine manière c’était un peu le cas. Leurs enfants ne faisaient-ils pas partie de la troupe ?

Parentèle génitrice ou éducationnelle, généralement, n’accompagnaient pas leurs enfants. Ils avaient eu besoin d'une longue conversation, discussion effrénée, intense, parfois antagoniste pour surseoir à cet usage coutumier. La subjectivité abusive, possible corrélation d'une telle conjecture, ne pouvait leur être opposée. Ils n'auraient pas perduré dans une telle fonction sans une notoire neutralité équitable. A leur retour, la nécessité d'une discussion avec Ant'Hdr'Aes ne paraissait pas évitable. Quelle forme prendrait-elle ? Individuelle ? Ou dans le cadre de la soirée d'adieu, élément incontournable du pèlerinage. Elle se déroulait durant la première nuit du retour ; chaque participant y parlerait, écouterait, rirait, etc. suivant son humeur. En bref, une fête qui, occultée, ferait perdre tout sens à cet itinéraire. Il deviendrait incomplet, inachevé, inutile, pire, nuisible. Sur Zhyoom, il n'existait qu'un seul événement assimilable à « sacré » : le Pèlerinage Du Grand Chemin !

Il jeta un coup d'œil à sa compagne. Elle exécutait une savante mimique à son unique intention et attention. Elle avait mis un air sévère sur son visage, passablement crispé et exécutait une imitation de démarche rigide telle qu'elle aurait pu être si une planche avait été liée dans son dos. Il faillit éclater de rire mais se contint. Sans le moindre doute, tous ces jeunes, pour l'instant, étaient quelque peu coincés. Insensiblement, ils prendraient leurs marques, testant mine de rien ; jaugeant d'un regard à n'y pas toucher ceux qu'ils considéraient comme des accompagnateurs et des guides. Esc'Hac'Iel lui fit un signe de tête tout en disant :

— Tiens qui arrive là ? Notre fils ! Pas seul...

— Je-nous pense qu'il a compris.

— Ils, seraient plus précis !

— Sans le moindre doute !

— Les deux vecteurs ?

— Autre chose ?

—Nous-je avons toujours pensé que c'était immanquable.

— Souhaitable !

— Est-ce notre problème ?

— Je-nous tiens-t-il à ce que je réponde ?

— Nous-je avons déjà la réponse.

— Nous-je devrions arrêter de parler pour ne rien dire !

Ils partirent d'un rire joyeux. Heureusement qu'ils restaient encore une part d'insouciance.

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