On the road again

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Culpabilité

Sur le sable blanc du désert des sentiments,

Chante-moi la comptine,

Née de la solitude telle des galets pointus,

D’un amour naissant, Je t’attends,

Attiré tel l’aimant vers ton nord,

Hors des habitudes,

Ne laisse pas le temps,

Piège de l’installation des routines,

Acteur inné de l’œuvre de mort,

Piètre joueur de la comédie humaine,

Sois le faiseur du présent,

Rejette le remords !

I no sense

Axiome de la Bor'And'Ja : “Une pensée profonde trop développée concrétise presque immanquablement une impasse !”

Je me suis finalement décidé à faire du stop, incitée par un un temps frisquet d’octobre qu’un soleil pâlichon ne parvient guère à réchauffer. Pouce levé, sans conviction, mon moral a baissé d’un ton. La faute – non la cause –, très subjective, à cette ville, provinciale et anonyme, ses gens peu amènes malgré une situation sud-ouest supposée les rendre plus accueillants. Juste une façade ! Pour qui, pour quoi ? Parce que, peut-être…

Amelyne, je m’appelle Amelyne et vous vous en foutez. L’ignorance originelle si j’ose dire ! La solitude la plus terrible n’est-elle pas celle de la foule, sur peuplée ? Ou sous développée ? Chacun chez soi et nos porcheries respectives resteront bien gardées…

« Suis vraiment en joie badine, me murmuré-je. »

Des mots, pourtant sincères, qui ne passeront pas à la postérité. Comme toutes paroles, le vent lésant porte, en voler dans l’éther nitée, contribution infinitésimale et irréfragable au réchauffement climatique, entropie oblige ! Pas de quoi m’inciter à réviser mon opinion.

Dans un bilan comptable, je ne peux qu’avoir eu des raisons de partir. Loin ! En n’oubliant surtout pas que cette fuite, car c’en est une, n’est pas la clef, à peine une brindille voletant au gré des éléments, fétu de relent d’amertume, aigre lé d’un improbable papier peint onirique. Vouloir l’ignorer impliquerait, de facto, d’accepter l’échec garanti.

Même s’il est inhérent, conséquent d’une inaction héréditaire par la branche habitude ; imprégnation d’un vécu, éducation·s, environnement·s, fratrie. Valeurs devenues voies, détournées de leur essence… Pénurie de carburant sentimental en prévision ou panne sèche rédhibitoire, sans ticket de retour ! L’alternatif existe-t-il ? Ou la création, re création, récréation, re crémation, récrimination, réclamation, justifiée, induite, malvenue, convenue, con venu, qu’on veut nu, con veut nu, con velu, qu’on, que, quoi, comment, pour, que !

Un trou inopportun me rappelle à mon devoir. Protéger mes chevilles alors que j’avance, d’un pas soutenu, sur le bas-côté dans un no man’s land de mottes, de plaques d’herbes rases et rachitiques, de bouquets d’orties en pleine santé, de chardons anémiques en fin d’un cycle de vie et de divers détritus, arrivés là au gré de la bonne volonté de divers automobilistes ayant projetés par la fenêtre tous ces objets comme autant de gêneurs patentés.

La dualité m’habille ou le contraire ? Partagée entre l’envie qu’une – bonne ? – âme s’arrête et tout autant qu’aucune ne daigne le faire. Je voudrais bien mais je serais tellement contente que ça n’arrive pas pour pouvoir continuer à me plaindre et à récriminer. Une voie sans risque si l’on excepte – ou accepte ? –celui de s’étioler et de se fondre dans une volonté de non vécu qui reste, en dépit de tout et par pure contradiction, un vecteur de vie parfaitement viable voire procurateur, dans tous les sens du terme, de petites joies, y compris, pourquoi pas, du bonheur ! Dualité toujours…

Un grincement aigu de frein rompt ce nœud gordien métaphysique. Sans l’avoir vu encore, je sais que c’est un poids lourd. Conduit par un poids lourd ? Du cerveau ou de l’esthétique ? Pas incompatible ! Adressons une brève prière rapide au dieu des stoppeurs. En même temps, faire les quatre-vingt mètres qu’il lui a fallu pour s’arrêter.

Bien qu’amplement émietté au rempart d’un société déméritante, je vais puiser un sourire de fonction au tréfonds de mon civisme. Cherchez l’erreur ! Machinalement je remonte cette mèche qui s’ingénie depuis, presque, toujours, à me tomber devant les yeux pour m’empêcher d’y voir. Pratique par moments, je l’avoue. Sauf que là j’aimerais quand même voir sa tête à ce routier.

J’ouvre la portière, me hisse sur le marche-pied. Le chauffeur ne tourne même pas la tête.

« Paris…

— Good ! »

Pourquoi que je lui ai répondu ça ? Crétine, triple andouille, bécasse de province née à Paris, trimbalée à Cauzeron… Pour un an, il y a 24 ans maintenant !

Je monte dans la cabine avec ma délicatesse coutumière. L’homme au volant est jeune. Hors de son véhicule, il pourrait passer pour un monsieur tout le monde, version jean, t’shirt, mal rasé, cheveux mi-longs, bonnet style commando seconde guerre mondiale. Il arbore un sourire manifestement contraint, probablement dans une volonté d’être aimable. Pas désagréable au demeurant mais il traduit un effort de civisme ou – prémonition ? – il s’interloque de s’être arrêté.

À ce constat, sans élément fondé, va savoir pourquoi je sens le rouge envahir mes joues. Du coup, une onde de colère m’envahit. Pour se déliter aussitôt. Je ne ressens ni gêne, ni malaise. Presque au contraire, pour l’unique fois – espérons que c’est la première d’une longue série ! – de ma vie, j’ai comme l’impression d’un chez moi. L’effet est un peu bizarre.

L’homme n’a rien dit de plus. Je ne suis pas dupe. Je le sens m’observer du coin de l’œil. Au débotté, mon impression première a été celle d’un rustre, tendance frustre. Je jette un regard furtif et je lis une vraie surprise sur son visage. Comme si sa volonté avait été prise en défaut. Pour un peu, j’entendrai les rouages de son cerveau exprimé un “pourquoi ?”

N’ayant pas la réponse, je reporte mon attention sur la cabine. Elle ne m’apprend pas grand-chose. Elle est propre et impersonnelle. La radio fonctionne en sourdine, juste suffisante pour entendre. Le son qui en sort est franchement rock. Je lui attribue un demi bon point. J’ai en horreur les usines à soupes et mensonges érigés en vérité que voudraient nous faire croire les pubs. Sans compter le reste…

Est-ce la ligne radiophonique qui génère la pub ou le contraire ? Ma pensée irait vers ce dernier choix et implique quelques inquiétudes quant à l’honnêteté du contenu, reportages, analyses, interview ou autre parlottes entrecoupant les pages de pub. Bref, je digresse alors qu’un phénomène peu banal m’interpelle.

Mon cœur, cet organe qui m’est plus inconnu qu’autre chose, se manifeste aujourd’hui d’une façon peu orthodoxe. En fait il m’oppresse, me saccade – m’anarchise. Ma poitrine se soulève en battements arythmiques en un vain et illusoire effort pour le calmer. Je serais seule, je lui parlerais bien en face pour lui dire de calmer sa joie vite fait.

J’essaye de respirer lentement. Ce genre d’oppression ne m’est pas inconnu. Jusqu’à présent, ces émotions intenses provenaient de moments négatifs. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Cette sarabande, sans raison objective, déclenche une conséquence adjacente. Un accès de timidité ! Une sensibilité dans ma nature profonde, un état connu uniquement de moi et que je combats farouchement. La meilleure solution me paraît d’engager la conversation.

Je n’en ai pas le temps.

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