Amelyne

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Axiome de la Bor'And’Ja : Une formule mathématique n’est que le reflet d’une pensée profonde exprimée trop succinctement !

Mon rire, surtout nerveux finalement, s’est évaporé que mon dernier mot, vivre, tinte encore à mes oreilles. Dernier filament reliant mon présent à un hier d’à peine quelques minutes qui, pourtant, rejoint déjà les oubliettes et méandres de mon passé.

Relation de cause à effet ou réminiscence des séjours en camps de vacances, alors que je trace en marcheuse aguerrie, une ritournelle s’incruste dans mes pensées, style pique-assiette importun. “Un kilomètre à pied, ça use, ça use. Un kilomètre…”

La marche et moi, une histoire d’amour, une médication bienfaisante dont direction, but et motifs importent peu. Quelques centaines de mètres suffisent, en général, pour que s’installe un espace de sérénité où mon esprit peut vagabonder en toute liberté.

J’y avance comme dédoublée. Une partie de moi ferme les yeux tandis que l’autre les garde ouverts. Je sors de la trame humaine, cette course perpétuelle en demandes et besoins. Ma manière d’exister, bien au-delà de vivre, en m’approchant au plus près d’un état « Nature ». Me glisser dans sa trace et son essence profonde sans tenter la ressemblance !

Être et sera avant d’avoir été ! Pouvoir donner, prendre, redonner et reprendre, sans éprouver le besoin de gagner ou de vaincre, ni rien quémander et/ou devoir. Sans revendiquer un quelconque droit de propriété, en toute équité, et quitté, égalité, égal ite missa est !

Dame Nature applique une justice globale où les notions humaines, idiosyncratiques, égoïstes ou égocentriques n’ont pas cours. Sans discernement, nous l’accusons d’être aveugle. Une focalisation sur ses effets néfastes et dévastateurs, omettant ses sommations que nous ne savons plus interpréter.

Nos réactions devraient nous intriguer. Nous préférons nous lamenter. De notre propre ineptie, incapacité, inconscience, insouciance, indifférence, différence, rance, anse, en ce “ça n’arrive qu’aux autres !”

Avoir conscience, qu’à un moment, l’autre est forcément moi, échappe à la plupart des humains. Trop souvent incarnation mesquine d’une volonté de pouvoir prépotent, si imbriquée dans les esprits – le mien y compris ? – qu’ils en négligent l’insignifiance. Face à la force, d’apparence inertielle et immuable d’une nature tant décriée, louée, sublimée, honnie, méconnue, inconnue et si connue !

Trop facilement, nous l’accusons, affublons de mots, maux, péremptoires. Pouvons-nous la blâmer quand nous construisons en zone inondable ? Si nos constructions, érigées sur des failles sismiques, s’écroulent ? Si elle emporte l’imprudent quand il pense pouvoir défier un trop plein d’énergie ? Si nous épuisons des ressources ? Que nous ne savons pas remplacer ? À défaut de l’économiser !

Le rocher dévale la pente, brise tout sur son passage, ruine parfois le vivant sur sa trajectoire. L’animal tue pour manger et se contente pour le reste de se fondre dans son milieu. Quand il existe encore ! Sans lui, il ne peut plus être. Mis en cage, il s’éteint, meurt ou sous-meurt de tourner en rond. Son cycle ne se refermera jamais, brisé sans raison objective.

Bon sang mais c’est bien sûr…” comme disait l’ami et néanmoins commis serf Bourrel des cinq dernières minutes ! L’usurpation du savoir par le·s pouvoir·s… Deux mots, deux valeurs dont l’inversion de l’ordre de priorité change négativement le sens individuel puis collectif.

Le savoir réclame la constance et mène à la conscience de soi, indispensable à la maitrise de l’existence. Telle devrait s’entendre la définition du pouvoir. Pas cet étalage de foire d’empoigne où domine combat, destruction, domination, tyrannie, exploitation, etc. aussi bien sur un plan physique que psychique.

Les deux n’ont qu’un trait en commun, incontournable. L’éphémère ! L’être humain est en capacité d’apprendre jusqu’à la fin de son existence. Un savoir acquit, par apprentissage, expérience ou aléa ouvre la porte à un autre. Il ne fait au fond que se conformer à l’univers et son fonctionnement par expansion. La limite n’est pas connue, si tant est qu’elle existe.

Le pouvoir, une fois atteint, ferme toutes les portes, y compris celle de son moi profond tant il devient l’objet de convoitise d’un ou des autres prétendants. En schématisant, l’un, le savoir, intègre le temps cosmique ; l’autre, le temps humain.

Les deux sont foncièrement différents, différends d’autant que le temps humain est déjà autre que le terrien. La différenciation peut se résumer ainsi. Nous sommes dans l’urgence permanente comme si nous devions mourir demain… soit l’exacte vérité quoique ce pourrait être après-demain… ou hier !

Si le savoir est questionnement, moteur marqueur d’une spécificité réellement humaine, le pouvoir le réfute ; le morcelle et entraine dans sa chute des pans entiers de civilisation. Dédale pour Tantale sans Ariane… L’illustration de la confusion entre éternité et postérité, évolution et progrès, mutation et devenir !

Cette urgence – ou recherche d’éternité diraient certains – nous éloigne du concert cosmique et de son harmonique. L’humain dans son désir obsessionnel, psychotique, paranoïaque et absolu d’immortalité perd de vue que, sitôt le dos tourné, ses créations, s’il oublie de les surveiller, s’autodétruiront à une vitesse luminique à l’échelle cosmique. Pas complètement mais suffisamment pour se (re)mettre en harmonie avec son environnement.

Dans notre confusion avec perpétuité – notion totalement subjective et réduite aux acquêts de notre survivance –, nous avons oublié que cette éternité, c’est nous ! Qu’elle repose intégralement sur l’harmonie et l’équilibre.

À vouloir nous sortir à toutes forces du cycle de l’univers, nous renions ce paramètre incontournable détenu par tout le vivant, la transmission de la vie au relais suivant.

La nature, bien souvent, fait œuvre apparente de destruction. Les plus beaux sites s’effacent au rythme de l’horloge sidérale. Ils seront retouchés, remplacés, remodelés, parfois dans des configurations ou dimensions qui ne nous sont pas accessibles.

L’arbre, le brin d’herbe se fraie un chemin vers le ciel, tue parfois par inadvertance. Derrière, il y a une renaissance, une reprise de cycle, qui nous semble immuable, mais il n’en est rien. Le cerisier en fleurs de l’année n’est pas le même que la précédente. Il a l’odeur et l’aspect en étant autre.

De là à établir un raccourci ? Détruire est créer ? Non ! Pas plus que créer soit détruire et encore moins figer. Comme nos productions, au nom de la beauté – encore une subjectivité absolue… et humaine ! Il y manque l’élément primordial, l’équilibre, le liant de l’harmonie.

Le beau ne doit pas et ne peut se contenter d’une image ou d’une quelconque représentation, pas plus que d’une vision égocentrique. Il doit apporter la finalité de la vibration unisson d’un ensemble. Aussi moche et rébarbatif paraisse-t-il, un amas de ronces, orties, épineux vibre en une unité que nous sommes loin d’avoir atteint. Pour autant que nous aurions commencé…… À essayer de l’atteindre !

Peut-être vous est-il arrivé la même chose qu’à moi ? Parfois, au sommet d’une montagne, ou face à l’immensité d’un océan, de ressentir un décalage, une sérénité globale procurée par un silence salvateur. Aujourd’hui, alors que je marche, seule, expurgée de ligatures artificielles, je conçois mon erreur sur ce dernier point. Ce silence est une tresse de bruits inconnus, non reconnus, harmoniques.

Au fil de mes pas, un processus étrange s’est déclenché. Mes épaules s’allègent et se redressent comme libérées d’un poids invisible mais prégnant. Ma vie, comme une véritable chenille processionnaire, défile en séquences et images bien nettes. Puis elle s’engouffre dans un abîme. De néant ? Une forme de petite mort qui entrouvre la porte vers un inconnu d’où l’inquiétant cède la place à la curiosité et l’envie… d’y sauter à pieds joints.

Ce télescopage entre réalité et fantasmes mille fois parcourus ne me fera pas différente. Ni plus grande, ni moins enveloppée, ni plus intelligente, cette fuite de mon passé, je ne possède pas la moindre volonté de le retenir.

Mais voici qu’apparait mon premier but, un vrai, un concret, une nationale. Son numéro ? Quelle importance ? Sa spécificité ? En dehors d’être mon chemin de transe migration, ce morceau où j’accède est tristement célèbre pour son taux de mortalité.

Mon mauvais esprit se manifeste vite. Trop commun de rendre un objet responsable de la connerie humaine. Des morts sur cette, ces routes, il y en avait eu, il y en aurait. Si tant qu’elle nécessiterait une rénovation, la cause première ne disparaitrait pour autant. Notre imbécillité, tristement humaine… Un ministère, une commission d’enquête à créer ?

En attendant, ces rubans bitumés restent. Ils alimentent des brèves autant de comptoirs que journalistiques. Ainsi que ces clichés, cache conscience – bonne ? – où le véritable drame reste un horizon nébuleux.

Une histoire de fraternité disparue ! Un squame de plus sur l’armure recouvrant un individualisme implacable et une justification d’une sécurité sociale disante – distante… Soigner l’effet pas la cause ! Ça n’arrive qu’aux autres. Jusqu’au moment où… Trop tard pour alors se souvenir que…

Suis-je si différente ? Mieux ou pire ?

Non, oui, non !

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