ELvin

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Axiome de la Bor'And'Ja : “La vertu n’est ni un sentiment, ni une valeur mais un concept dénué d’objectivité. Tout comme son image miroir, le vice !”

« Décision ! »

Le mot, unique, hurlé, fait se retourner une bande d’adolescents, paisiblement allongés sur une pelouse bien tondue, un jour de fin d’année scolaire, par une douce température. Les remords ne les étouffent pas alors que la morale aurait dû les inciter à être en cours.

« Choix ! »

Second vocable, éructé de la gorge d’un homme, caricature d’un « Hare Krishna » des plus beaux jours « peace and love », l’orange en moins, le côté mystique en commun, la couperose et les pupilles dilatées en plus. L’image idéale du futur ex baba cool qu’il ne serait jamais. Il est debout et immobile, les yeux levés, l’air faussement inspiré, momentanément silencieux avant d’enchainer une litanie, patenôtre funèbre et un tant soit peu confuse.

« Tu vois mec, la décision ou l’indécision, tu choise ou pas, c’est du pareil au même. C’est reculer pour mieux sauter. Bon·nes ou mauvais·es, derrière se présentent inévitablement un nouveau choix et une nouvelle décision à prendre, sans préjuger de l’essence et de la finalité, positives ou négatives, des précédentes. Le bien peut mener au mieux mais aussi au mal. Vice-versa comme disait Mme Claude… »

Les mots, adressés à personne en particulier, semblaient doués d'autonomie et flottés dans l’air, comme indécis ou simplement avec la volonté de se débarrasser de l’emphase sirupeuse avec laquelle ce bientôt souvenir d’humanité, archétype des mauvais choix en cascade, pérorait.

« … C’est là que ça se corse un poil, pas forcément dans la main remarque. Si tu poursuis un peu la réflexion, faire des mauvais choix, on le fait tous. Papa Dieu ne me contredira pas au vu du résultat plus que mitigé de sa création. Pas cool ! Au final, le syndrome de l’humanité est de confondre presque tout le temps décision et conséquence, versa du vice d’ailleurs. C’est pas puissant ? »

Quel besoin avait-il de parsemer ses phrases de vannes bancales ? Une fois démêlés les fils, derrière le fatras contenu dans son cervelet, imbibé d’alcool à brûler, de vapeur d’éther, de gin et d’herbes, certaines non garanties végétales, il n’avait pas tout à fait tort.

Sa rhétorique galimafrée s’était arrêtée comme elle avait débutée. Sans avertissement… de nouveau plongé dans son monde parallèle, tout en tapotant un djembé dont, manifestement, jamais, il ne saurait se servir, s’asservir, ni s’en servir.

Hé ! Si tu savais, avant de passer à trépas d’une overdose, que tu as en grande partie raison ? Peut-être ne persévérerais-tu pas dans ton obstination d’autodestruction as humée, assommée, sommée de faire ce que, incontinent, un continent, un condiment, un con dit ment à lemme en « Bang ! La dèche… »

La sonnerie du réveil interrompt brutalement le rêve d'Elvyn. Relation de causes à effets ? Bouche pâteuse, arrière-goût amer et lever du pied gauche, le spectre parfait de l’image d’un lundi matin…

La suite est à l’avenant. Coincé depuis une heure dans les embouteillages, sur ce miracle moderne nommé périphérique, sa mauvaise humeur matinale ne va qu’en empirant. Est-ce le surplace forcé, son rêve revient en force le taquiner. Ce début de journée est en concordance. À la faveur d’un mauvais choix fait le vendredi soir, par pure fainéantise intellectuelle, pour quelques gouttes d’eau. Il paye l’addition d’avoir pris son camion pour rentrer.

À l’évidence, le choix est une permanence, la valeur fixe d’une équation dont une des variables serait la décision. Ensemble, ils forment une double boucle elliptique perpétuelle, inter et intra active, passive, intiment liée et déliée. Leurs routes se croisent perpétuellement pour mieux se séparer. Bon ou mauvais choix, bonne ou mauvaise décision, sont fluctuants puisque, à chaque fin de ce qui n’est que circonvolutions, un renversement de dimension ou de domaine peut s’opérer.

Ce couple, infernal parfois, est bel et bien un des propres de l’humain. Qu’il néglige, ignore, laissant alors s’immiscer l’inconstant nommé chance ou hasard suivant les circonstances. Qu’il vaudrait nettement mieux laisser exister dans les jeux, les vrais, les sans enjeu financiers.

Comme la vérité, décision et choix sont fugaces. Exacts l’espace d’un instant, remis en cause le suivant, il possède cet habit épi dermique humain qu’est l’incertitude, la ténuité du fil de la vie, suspendue à une seule vérité, un seul but, non soumis à une décision ou un choix. La mort… Sauf à vouloir l’abréger prématurément !

Quand enfin il se dégage de l’embouteillage et parvient au centre de répartition, son point de chute, son humeur a viré trou noir, le rendant incapable de la moindre positivité. Il est dans un état où la moindre étincelle, réflexion va le hérisser.

Dans un effort qui ne fait que cuirasser son amertume existentielle, il parvient à plaquer un air indifférent sur son visage. Il entre dans l’espace pompeusement appelé bureau de ventilation. Une cage avec deux tables tête-bêches avec chacune un ordinateur, quatre chaises, une cafetière, des verres en plastique propres et sales semés aléatoirement, trois poubelles débordantes et une odeur de charcuterie rance ; des murs qu’avec un peu d’imagination il est possible de penser qu’autrefois ils étaient jaunes coquille d’œufs. Ils sont recouverts d’un tas de papiers où se mélangent allégrement notes de services, procédures en tous genres, calendriers, pas tous de l’année en cours, quelques photos et une horloge, arrêtée faute de piles et victime de procrastination des occupants. Depuis quatre ans qu’Elvyn fréquente cet endroit, il ne l’a jamais vu fonctionner.

Comme il a choisi de tenter de le refouler, c’est lundi, jour maigre où seul son chef est présent. Maritza, la secrétaire à tout faire, fait la permanence du samedi et compense avec ce jour-là. Pas de miracle, il aurait préféré – fallu… – l’éviter. Sans même se fendre d’un bonjour, ce dernier lui balance :

« En retard comme d’habitude.

— Crétin comme d’habitude, réplique Elvyn spontanément, sans concertation avec son éventuel et plus qu’hypothétique sens de la mesure et de la diplomatie. »

Les circonstances ne laissent parfois par le temps d’opérer un choix en toute sérénité. Mais quand l’égocentrisme domine, la certitude d’être en adéquation avec ses valeurs, supposées être le socle de tout choix, risque d’en prendre un sérieux coup.

Ce qu’il vient de faire et Elvyn possède assez de lucidité pour comprendre qu’une fois de plus, il s’est laissé déborder par une antienne classique. Croire que tout ennui barrant son chemin l’est expressément contre lui…

Ce n’est ni plus, ni moins qu’une autre flemmardise psychique, un rideau pour occulter sa propre responsabilité, le choix, justement, opéré. Une forme de dénégation méprisable par bien des aspects car, pour revenir aux embouteillages, ils sont composés d’autant d’humains possiblement aussi ou plus irrités que lui. Ou pour faire un raccourci réducteur, l’art de transformer une décision en indécision…

La réalité incarnée par la voix doucereuse de son chef, reprend ses droits.

« Tu peux répéter ?

— T’as très bien entendu. Dis-moi plutôt où je dois charger. Tu me l’aurais dit vendredi, je n’aurais pas eu à ramer. »

Par-devers lui, Elvyn se dit que, sans témoin, Crassus, son surnom parlant, ne peut pas grand-chose contre lui, hormis le style de mesquineries dont il a l’habitude. Comme celle de ce week-end de l’obliger à passer par le bureau, une totale inutilité et une perte de temps à tous les niveaux.

— Comme d’habitude, la paperasse est déjà là-bas, répond Crassus comme pour confirmer ses pensées. »

Il s’en faut de peu qu’Elvyn reparte dans les insultes. Il parvient à se contenir. Tout comme Crassus qui lâche l’affaire trop facilement. Ce n’est pas son style.

« Merci, à mercredi, dit Elvyn en faisant aussitôt demi-tour. »

Il sort du bureau. La porte claque suffisamment pour qu’il n’entende que les dernières syllabes de la réponse de son chef. Le ton, mielleux et mauvais, n’augure pas d’un avenir rose mais Elvyn n’en a cure. Il balaie mentalement ce qui deviendra sans nul doute un problème.

« … credi ! »

Dehors sa majesté le soleil a chassé le matin grisâtre. Il s’arrête, le fixe et inévitablement l’éternuement suit, effet systémique qu’il produit toujours sur lui. Il fait encore frais mais sa peau ressent la timide chaleur. Il remonte ses manches, repense aux instants d’avant et hausse les épaules, fataliste. Demain est un autre jour ! Il se remet en marche quand il entend derrière lui :

« Tu abuses Elvyn.

— Salut Momo ! Ah oui ?

— Tu avais tort, tu le sais, pourquoi le provoquer ?

—C’est pas que je m’ennuie mais j’ai un chargement qui m’attend, répond-il en haussant les épaules, à plus. »

Une manière comme une autre de botter en touche… Le silence que laisse s’imposer son collègue souligne une évidence. Il y a un témoin !

« Et m…, murmure-t-il. »

Une porte qui claque le fait se retourner. Son Crassus de chef hurle :

« Et branche ta CB, bordel, qu’on puisse te joindre. »

En plus d’être chef, une tare pour lui, il est rétrograde. À l’heure des smartphones et des puces GPS ? Parle à mon c…, ma tête est malade. Rien qu’à l’idée d’entendre des inepties à longueurs de journée, la nausée le prend d’avance. Sans compter les crachotements…

Sans préjuger du reste de la journée, il peut la considérer comme mal partie. Avant même d’avoir commencée, elle ne lui appartenait déjà plus.

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