18.    Perte Tragique - Partie 1

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C’est un Dorian étrangement enjoué qui salua Elminster ce matin-là. Firiel avait beaucoup pleuré dans ses bras puis le sommeil eut raison d’elle. Le jeune homme l’avait veillée toute la nuit et au petit matin, il l’avait trouvée plus apaisée, comme si ses larmes l’avaient libérée d’un fardeau. Elle ne souriait pas encore mais semblait déjà moins encline à blâmer le mage pour son choix. Il s’était empressé de faire son rapport à Elminster, le vieil enchanteur s’inquiéta aussi de la venue de Zorgal et promit d’aller ausculter Firiel, au cas où. Dorian flânait dans les couloirs lorsque soudain il croisa un groupe armé. Il n’avait pas l’habitude de faire attention aux factions de gardes, il fut donc surpris de l’attaque qu’il essuya quand il fut à hauteur des troupes. En quelques secondes, il fut frappé, menotté, entravé d’un collier anti-magie et conduit dans les prisons du palais. Il ne comprit pas la raison de cette agression ni ce que ses opposants lui voulaient. Le groupe se scinda soudain, laissant apparaitre Calion. L’elfe noir toisa le mage puis lui décrocha un violent coup de genou dans les côtes. Dorian en eut le souffle coupé et tomba au sol. Son cerveau refusait d’analyser ce qu’il se passait.

  • Je t’avais prévenu que je te le ferais payer si tu lui faisais du mal, lui rappela l’elfe.

Il accompagna sa remarque d’un violent coup de pied dans la figure du mage, lui éclatant au passage la lèvre. Dorian eut le courage de se redresser et essuya le sang qui coulait sur son menton. S’il n’avait pas été entravé, il aurait réduit le chef elfique en bouillie. Calion attaqua une nouvelle fois mais son rival fut prompt à l’esquive. Il évita le poing qui s’approchait de lui mais les sbires le repoussèrent vers son assaillant et il reçut quand même le choc. Dorian comprit qu’on lui faisait subir un passage à tabac plutôt qu’une réelle explication. Dans cette conjoncture, l’elfe mit rapidement le mage au sol, il commença alors à le rouer de coups de genou et de pied. Dorian encaissa silencieusement, Calion était déchaîné, il ne cessait de lui reprocher le mal qu’il faisait à Firiel. Un moment où son rival cessa de bouger quand l’elfe le frappait ce dernier le toisa de toute sa hauteur :

  • Alors c’est ça un grand mage, railla-t-il, ce n’est pas ce qu’il y a de plus résistant.

Il partit dans un rire amusé, bientôt imité par ses sbires. Leur hilarité se répercuta sur les murs de la prison et ils n’entendirent pas le léger tintement d’un objet métallique tombant au sol. Dorian se redressa soudain de toute sa hauteur, il venait de trouver le moyen de se libérer de son entrave magique. Ses chaines suivirent sans qu’il fasse le moindre mouvement. Calion effrayé par ce spectacle ordonna à ses hommes de retenir la victime mais quand ce dernier releva la tête pour fusiller l’elfe du regard, l’atmosphère de la pièce se glaça instantanément. Glacé fut le mot le plus adéquat car les sbires eurent la surprise de voir leurs jambes figées dans une gangue de givre. Seuls Calion et Dorian restaient libres de leurs mouvements. Le mage s’avança soudain vers son adversaire, une main invisible vint enserrer la gorge de Calion et l’élever au-dessus du sol. L’elfe se tortilla pour essayer de se soustraire à cette force mais en vain, tout ce qu’il put proférer c’est un borborygme dans lequel seule une phrase fut intelligible :

  • Bats-toi comme un homme.

Dorian relâcha la pression en se retournant vivement. Calion vint s’écraser au sol comme une poupée de chiffon.

  • À ta guise, accepta le mage en lui faisant à nouveau face.

Il se mit en position de défense, guettant le premier assaut de l’elfe. Calion fonça vers le mage avec la puissance d’un bœuf. Dorian esquiva sans faire suivre cette ouverture de la moindre attaque. Cette position attentiste décupla la colère de l’elfe qui porta des coups de plus en plus robustes mais malheureusement pour lui, de moins en moins étudiés. Dorian joua avec son adversaire une longue minute avant de riposter. Il profita d’une nouvelle parade pour répliquer, passant sous la garde de l’elfe, il envoya son poing dans les côtes de son assaillant puis un coup de pied l’expédia au sol. Calion se releva d’un bond et fonça à nouveau sur le mage. La seconde attaque de Dorian fut plus puissante et surtout plus étudiée. Il sentit l’os du bassin de son adversaire céder sous son coup et se redressa accompagné d’un violent uppercut. Calion tomba en hurlant de douleur. Dorian le toisa longuement puis déclara d’une voix froide :

  • Ça y est, tu as ton compte.

La colère de l’elfe était presque palpable, il tenta de se relever mais l’os était visiblement fracturé et chaque mouvement lui arrachait une grimace de douleur. Le jeune mage se désintéressa rapidement du combat, il tourna les talons et il quitta les prisons. À peine eut-il franchi la porte que les sbires de Calion furent libérés. Ils se précipitèrent pour aider leur chef.

***

L’incident entre Dorian et Calion était passé inaperçu. Le mage avait rapidement soigné les coups les plus flagrants et l’elfe avait imaginé une chute dans un escalier du palais pour justifier de sa fracture. Le monde était resté calme, après la visite de Zorgal, plus personne n’entendit parler de Drake. Cependant, les déviants commençaient à investir les cités et les hommes de Raven ne chômaient pas à ce niveau. L’Ordre prenait une importance non négligeable dans la société. Les liens entre Firiel et Dorian étaient peu à peu redevenus cléments. Certes, la jeune femme se laissait souvent aller au spleen mais le mage était toujours là pour la réconforter. C’est ainsi qu’elle arriva au terme de sa grossesse naviguant entre le bonheur d’être avec celui qu’elle aimait et la peine de voir l’enfant mourir. Cette nuit-là, l’orage grondait comme si la vie avait décidé de rejouer la scène du passé. Dorian faisait les cent pas dans le couloir, Syphilis perchée sur son épaule pour le rassurer et le calmer. La porte s’ouvrit soudain sur une jeune femme qui l’informa que Firiel le réclamait. Le mage s’empressa de pénétrer dans la chambre. Il y avait des tas de gens affairés autour de sa compagne. Cette dernière semblait souffrir le martyre. Dorian vint se placer près d’elle, l’enlacer, lui faire comprendre qu’il serait là. Il s’autorisa même l’usage de l’éther pour soulager quelque peu la belle de son tourment. Soudain, Firiel poussa un horrible cri de douleur, sitôt suivi par des pleurs continus. Dorian se sentit étrange, sa raison vacilla quelques instants, c’était son enfant, une partie de lui. Il avait combattu avec férocité jusque-là, pouvait-il persévérer. Il chassa avec vigueur cette idée, cet être était destiné à mourir pour que l’héritier du trône elfique puisse enfin rétablir l’équilibre dans ce monde. La voix de l’infirmière retentit soudain comme un coup de poignard dans le cœur du mage :

  • C’est un fils, déclara-t-elle, mais…

Dorian ferma les yeux pour masquer sa tristesse et arrêta la jeune femme en lui disant qu’il savait. Il n’aurait pas supporté d’entendre cette vérité. Le nourrisson fut déposé dans les bras de sa mère et le personnel médical laissa les deux parents profiter des maigres heures avec leur enfant. Firiel le détailla sans retenir ses larmes puis soudain tourna son regard vers son compagnon. Un regard plein de questions muettes et d’espoir. Dorian se laissa alors librement aller à la peine, il enlaça sa belle, et lui murmura :

  • Je sais, je sais que c’est difficile mais on traversera cette épreuve ensemble et je m’efforcerai de faire renaître le bonheur dans ton cœur.

À force de câlins et de baiser mouillés de larmes, ils finirent par s’endormir : Firiel lovée dans les bras de son compagnon et l’enfant posé contre son sein.

***

L’esprit de Dorian fut enclin aux cauchemars cette nuit-là. Ils se succédèrent inlassablement, jusqu’au plus récurrent, au plus troublant. Durant des années, il était parvenu à se débarrasser de ce rêve mais il revenait aujourd’hui plus puissant que jamais. Il était projeté des années en arrière, le jour où Zorgal l’avait testé à la Tour Blanche. Il revivait le souvenir dans ses moindres détails et souvent, le cauchemar s’étirait quand le monstre tentait de le tuer. Cette nuit-là, l’horreur fut différente, au lieu d’assister à la torture de sa petite sœur, Dorian se rendit compte que Thérésa n’était pas la victime. Le mage paniqua lorsqu’il vit que Firiel avait pris sa place. Il se retourna vers Zorgal et lui envoya la plus violente décharge d'éther qu’il put faire. Dorian se redressa en hurlant. Il était essoufflé comme s’il avait couru un marathon, ses longs cheveux trempés de sueur collaient à son visage. Il resta un moment à aspirer l’air par grosses goulées puis retrouva le calme. Il était dans la chambre avec Firiel et cet enfant qui ne passerait sans doute pas la nuit. L’endroit était paisible, on n’entendait pas le moindre son. Son cœur battit encore un long moment la chamade avant de doucement se calmer. Le mage se recoucha auprès de sa compagne. Il lui effleura doucement la main mais la retira aussitôt en remarquant qu’elle était froide. D’un geste rapide, il alluma. Firiel était allongée, endormie, l’enfant dans ses bras. Dorian devait avoir rêvé. Il caressa son visage pour constater avec effarement que le cauchemar continuait. Il chercha, désespérement, le pouls de la jeune femme, tenta d’user de son pouvoir pour découvrir le moindre souffle de vie qu’il pourrait entretenir mais il se rendit à l’évidence : Firiel était morte en même temps que son nourrisson. Le mage eut un regard halluciné quand la porte de la chambre s’ouvrit alors sur Céleste.

  • J’ai vu de la lumière, avoua-t-elle avec un doux sourire, je voulais savoir comment tu…

Les mots s’arrêtèrent dans sa gorge quand elle vit le visage du mage.

  • Qu’as-tu fait ? l’accusa-t-elle en se précipitant vers le lit de sa sœur.

Dorian ne comprenait pas ce qu’il se passait. Dans quel cauchemar avait-il atterri ? Céleste tourna soudain un regard accusateur vers le mage :

  • Tu l’as tuée ? demanda-t-elle d’un ton à mi-chemin entre la surprise et la haine.

La princesse se mit alors à hurler après les gardes, leur ordonnant d’arrêter immédiatement le jeune homme. Dorian ne réfléchit pas, il tourna les talons et s’enfuit. Il repoussa ceux qui tentaient de l’entraver puis, retrouvant peu à peu ses esprits, il utilisa sa magie pour quitter le royaume elfique, le plus rapidement possible.

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