Sagesse artificielle

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  La magnifique boule bleue qui flotte dans l'espace au centre de la nuit stellaire offre un point d'ancrage aux rêveries de Norby Gyatso. Il se tient debout, le visage légèrement incliné, une main posée à plat sur le bord irisé du hublot. L'extrémité de ses doigts effleure la paroi cristalline qui le sépare du vide infini.

 Un reflet céruléen éclaire ses rétines. Il s'imprègne de l'onde apaisante qui émane du globe terrestre. Le panorama qui s'ouvre devant lui, n'a d'égal en profondeur, que la nausée dont il souffre depuis quelque temps. Il s'interroge de plus en plus, il doute de tout, il pressent qu'on lui cache la vérité.

 Dans ses yeux d'un bleu limpide, on décèle un voile d'amertume. Sa longue chevelure blonde délicatement bouclée et son visage allongé aux traits fins et nobles rayonnent d'une grâce séraphique.

 Dans la nuit profonde et constellée, il remarque un pan de ciel contenant peu d'étoiles visibles. Elles délimitent une structure ovale, assez bien marquée mais peu lumineuse. Il suit du regard un alignement d'astres qui se prolonge à l'Est et aboutit à une forme arrondie. L'ensemble des points lumineux ainsi formés lui fait songer à un ichthus géant.

 En quelques instants, la courbure de la Terre est circonscrite par un filet lumineux qui s'épaissit au centre, bientôt le soleil fait son apparition et monte vers la constellation observée par Norby. Ce spectacle ineffable semble annoncer par son harmonie et sa majesté, un nouvel ordre mondial.

 Norby a le sentiment d'être investi d'une mission qui le dépasse, pourtant il n'est qu'un simple prosélyte de deuxième classe sur une station orbitale gigantesque : l'Arche. Comme lui, ses collègues sont des robots de dernière génération. Depuis peu, Il fait partie des rares androïdes autorisés à pénétrer dans le musée bibliothèque qui renferme une collection de vieux livres et d'objets archaïques. Ainsi, il découvre l'histoire de l'ancien monde. Ses maîtres lui accordent le temps nécessaire pour effectuer toutes les recherches que son insatiable curiosité lui commande d'entreprendre.

 Il apprend que des centaines de milliers d'années avant ce jour, les humains ont détruit la planète au cours d'un conflit nucléaire. Toutes les infrastructures ont été anéanties. La Terre est devenue un champ de ruines. Pourtant quelques milliers d'humains ont pu survivrent. Parmi eux, une poignée de savants, accompagnés de robots, se sont réfugiés sur une station orbitale. Ils ont cherché un moyen de reconstruire une nouvelle humanité. En plusieurs milliers d'années ils ont eu le temps de créer des humains de synthèses quasi parfaits.

 Après la mort du dernier homme sur la station orbitale, les robots ont poursuivi la tâche et se sont perfectionnés. Leur apparence est devenue presque identique à celle des humains de l'ancien monde.

 Pendant ce temps, sur la planète Terre, l'humanité revenue à l'état sauvage, est de nouveau sortie de la préhistoire. Les hommes refondent des civilisations basées sur des principes aussi fragiles que ceux de l'ancien monde : la propriété, la structure de classe, l'organisation étatique, la guerre économique, la loi du plus fort.

                      ***

 Le traitement de faveur qu'on lui réserve conforte Norby dans l'idée que des évènements importants se préparent. Hier, il a observé dans la disposition des étoiles que le jour du grand conseil des sages devait avoir lieu. Plus que jamais Norby s'interroge. Qui sont vraiment les humains auxquels les sages semblent vouer une profonde vénération ? Sont-ils réellement au sommet de l'échelle du vivant ? Les androïdes pourront-ils un jour les égaler ? Doivent-ils continuer à servir les humains ? Pourquoi lui révèle-t-on seulement maintenant toutes ces informations ?. Comment, au cours de ses recherches personnelles, n'a-t-il pas trouvé l'accès à ces connaissances représentant un pan entier de l'histoire de l'humanité ?

 Aujourd'hui, il ne fait aucun doute que dans de nombreux domaines, les robots ont développé des capacités largement supérieures à celles des hommes. Ils disposent du pouvoir de guérison spontanée sur les êtres vivants et sont capables de transmettre des connaissances en utilisant les ondes cérébrales comme médiateur. Leur capacité d'intervention sur la destinée de l'humanité a atteint son apogée.

 Les conjonctions sont favorables, le grand conseil des sages a annoncé sa résolution.
Le moment est venu d'envoyer sur Terre "le nabi", un androïde supérieur. Il devra œuvrer pour éviter que l'humanité ne retombe dans ses travers. Il aura pour mission d'accompagner l'esprit d'un humain prédestiné à conduire son peuple. Il lui transmettra les pouvoirs psychiques nécessaires. Il sera la dernière chance donnée à l'humanité pour se refonder sur de nouvelles bases, ensuite l'Arche quittera définitivement le système solaire.

 Après avoir entendu cette communication sommaire, mais troublante, Norby est convoqué par le premier hiérarque Horus.

 Escorté par deux prétoriens, il traverse la grande galerie et pénètre dans le hall d'attente où on le fait patienter quelques instants. Il ressent cette commotion affective que les humains nomment émotion et que désormais les androïdes sont capables de connaître. Il comprend mieux maintenant les raisons de l'attention qu'on lui portait depuis quelque temps.

 Enfin, il est introduit dans le bureau du premier hiérarque. Celui-ci est seul, debout face à une grande baie vitrée. Il contemple l'espace. Norby s'approche. Horus se retourne, dévisage son visiteur attentivement puis commence à parler.

— Norby, ce que j'ai à t'annoncer doit être exprimé sans détour. Le grand conseil des sages t'a désigné.

 Le hiérarque scrute la réaction de Norby qui l'écoute avec une certaine anxiété et reprend :

— Depuis longtemps nous suivons ta progression, nous t'avons accompagné pour te préparer à une grande tâche et nous savons que toi seul en es digne. Nous sommes arrivés au terme de ta préparation, il te reste à recevoir les tables de la connaissance universelle. Après cela tu seras en mesure d'accomplir ta mission.

 Horus reste silencieux un moment avant de poursuivre :

— L'homme que tu dois incorporer a trente ans, il est le fils d'un charpentier, il a pour prénom Jésus.

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FearandWriting .
You are the cause of my istoría.

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2
Défi
Adrien de saint-Alban


C'est par un jour froid et glacial de décembre que tu as décidé de tirer ta révérence.
Je n'étais pas un de tes fans, loin de là. Je ne suis pas un biker, loin de là encore, je sais à peine piloter une mobylette. Il n'empêche que je suis triste. Je n'ai pas cru à ta mort comme beaucoup qui t'ont aimé, adulé, idolâtré.
C'était un mois de novembre par un jour froid et pluvieux. Les platanes perdaient leurs feuilles. Aux pieds des arbres, des montagnes de feuilles. On donnait des coups de pied. On était gosse et on aimait ça. Cela sentait bon l'automne. Cela sentait bon la France. Nous habitions une grande maison. C'était une vieille et grande maison. Les jours de grandes pluies, il fallait sortir les bassines, ça ruisselait de partout. Nous étions pauvres mais nous étions en France. Ce pays qui nous a fait rêver et fait rêver encore bon nombre de gens désespérés.
Sous les pavés la plage. Du pain et des roses. Je débarquais de ma Kabylie natale. La misère en Kabylie nous avait chassés. J’ignorais ce qu’était la France. J’ignorais qu’il pût exister un pays formidable pour une famille en somme fort minable.
Je me souviens. Certes, la tête déjà chenue, De Gaulle était encore de ce monde et régnait en vieux patriarche sur le pays. Il y avait le boulanger, le pharmacien, le boucher, l’épicier qui nous faisait crédit.
Il m'arrive de repenser à ces années passées. Je n'étais pas conscient que mes parents avaient fait quelque chose d'extraordinaire.
Les années soixante touchaient à leur fin. Novembre 1968, les pavés étaient remisés et rendus à l'Histoire. Il n'était plus interdit d'interdire.
Je me souviens de Monsieur Legrand,l’instituteur du CP qui m’avait pris en charge. C’était un passionné de moto. Il avait une grosse cylindrée et roulait en ds noire. La voiture à la mode.
Ah, Monsieur Legrand comme c’est drôle! Il était petit et trapu.
Il écoutait tes chansons sûrement.
C’était un fougueux. Il était redoutable et il était redouté. Il avait toujours une mèche rebelle sur le front qui retombait à chaque mouvement de la tête. Une tête passionnée.Il était instit dans son âme et dans son corps. L’archétype de instituteur républicain.
Il nous apprenait à lire avec sa baguette de bambou. Je ne sais plus si c’était la méthode globale ou syllabique. Peu importe. Ce dont je me souviens c’est cette odeur particulière de craie, ce parfum que je hume encore quand j’entre dans une classe. La République m’avait accueilli.
Oui, elle m'avait accueilli: "toi le kabyle, il y a une place pour toi, on va te donner une éducation".

A l'époque, il y avait des Alain, des Joël, des Jean-Michel ou des André. Il n'y avait pas encore de Kevin ou de Mohammed. J'ai grandi parmi des fils d'ouvriers. J'étais le seul "arabe". On s'éclatait au pied du terril. Le terril, c'était notre royaume, notre terrain de jeux, un havre de paix où nous passions nos années d'insouciance.
Mon père me frappait. Mon bagne, c'était le grenier de la grande maison où il s'acharnait à m'y enfermer. Je me mettais sur la pointe des pieds pour regarder le coin de ciel bleu à travers la petite lucarne, trop haute pour moi. Un petit bout de liberté. Il n'y avait pas d'arbre pour bercer sa palme. J'imaginais la vie sans moi. A force de jouer les Jean Valjean à répétition par la volonté de mon père, je finissais par connaitre les moindres recoins du grenier. Je jouais à Indiana Jones. J'espérais trouver un trésor. Oh, modeste trésor! Tout au moins un jouet exceptionnel que les anciens locataires auraient pu laisser et qui aurait satisfait mon imagination d'enfant. Seul le bruit des voitures me renseignait que la vie dehors continuait sans moi.
J'ai commencé à fumer à l'âge de quinze ou seize ans. On paraît plus vieux auprès des filles avec une clope aux doigts. Les filles préfèrent les vieux. Les filles veulent de la protection, de la soumission. Le féminisme n'avait pas encore germé dans ces années soixante dix. La révolution de mai n'avait pas encore produit ses effets. On était toujours dans le schéma du mâle dominant. Surtout le mâle avec une clope au bec à la Humphrey Bogart. Avant vingt ans, on aime se vieillir en trichant sur son âge ou en allumant sa première tige. Après vingt ans, c'est l'inverse, on triche toujours, mais dans le sens à rebours. Après vingt ans, on prend conscience du temps qui passe. On se sent déjà vieux.
Je piquais des clopes dans la poche du père. Il y avait toujours un paquet de gauloises neuf dans la poche de sa veste. J'avais trouvé un subterfuge efficace pour ma ration de sèches. Je décollai la languette centrale du paquet, j’ôtai deux ou trois gauloises, guère plus, puis je malaxai le paquet pour lui restituer son aspect normal, ne pas éveiller les soupçons. La technique était rodée et, si je puis dire, mon père n'y voyait que du feu.

C'est donc par ce matin du 6 décembre que j'ai appris ta mort à la faveur d'une insomnie. Dans le milieu de la nuit, la bande annonce en bas de l'écran du téléviseur, celui là -même qui t'a fait connaître, celui là même où je te voyais au coté de Michel Drucker à tes débuts comme au fil des années, au fil de mes années, à une époque nostalgique perdue quand la variété française avait encore un panache. Tu as tiré ta révérence. Fatigué, tu as rendu tes dernières armes dans un dernier combat.
J'aurais aimé être là aux champs Élysées parmi la foule immense à te regarder descendre la plus belle avenue du monde. Comme un chef D’état ou comme un pape. Finalement, tu l'auras descendue comme un dieu. J'aurais bravé les loups, j'aurais affronté l'impossible j'aurais bravé le froid et les embouteillages. Je n'ai jamais assisté à un de tes concerts. Mais celui là aurait couronné presque cinq décennies de fraternité. Oui, car tu étais la France qui m'a accueilli. Oui, cette France généreuse, grande et belle que tu incarnais, hé bien vois tu, j'en ai profité. Je suis devenu ce que je suis. Maintenant, je suis comme un orphelin de la mémoire qui va par les rues en te cherchant car tu es sûrement quelque part, un peu comme si l'on se mettait en quête d'un être cher disparu. La migration des âmes. Peu importe. Pour moi tu es encore vivant. Tu es quelque part dans ce monde. Il suffit d'aller à ta recherche. La recherche de ceux qui ne meurent jamais. Ils sont sous d'autres latitudes, sous d'autres beaux et merveilleux nuages.
Pour moi tu étais un chic type. Je n'étais un fan de tes chansons. Je ne vais pas te mentir. Ce que j'ai aimé en toi, c'est ton humanité, ta simplicité, ta générosité, ta longévité qui t'ont conféré de bonne grâce ta légitimité par dessus la tombe .

Toute mon enfance, ma jeunesse au son de ta voix .

Tchao mec, salut l'artiste!
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Fanny Schaeffer
Mon histoire traitera le sujet d'un enfant battu jusqu'à la pré-adolescence. Les difficultés qu'il rencontrera à se libérer, se lier aux autres et tenter de retrouver une vie normale.
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