Sagesse artificielle

4 minutes de lecture

  La magnifique boule bleue qui flotte dans l'espace au centre de la nuit stellaire offre un point d'ancrage aux rêveries de Norby Gyatso. Il se tient debout, le visage légèrement incliné, une main posée à plat sur le bord irisé du hublot. L'extrémité de ses doigts effleure la paroi cristalline qui le sépare du vide infini.

 Un reflet céruléen éclaire ses rétines. Il s'imprègne de l'onde apaisante qui émane du globe terrestre. Le panorama qui s'ouvre devant lui, n'a d'égal en profondeur, que la nausée dont il souffre depuis quelque temps. Il s'interroge de plus en plus, il doute de tout, il pressent qu'on lui cache la vérité.

 Dans ses yeux d'un bleu limpide, on décèle un voile d'amertume. Sa longue chevelure blonde délicatement bouclée et son visage allongé aux traits fins et nobles rayonnent d'une grâce séraphique.

 Dans la nuit profonde et constellée, il remarque un pan de ciel contenant peu d'étoiles visibles. Elles délimitent une structure ovale, assez bien marquée mais peu lumineuse. Il suit du regard un alignement d'astres qui se prolonge à l'Est et aboutit à une forme arrondie. L'ensemble des points lumineux ainsi formés lui fait songer à un ichthus géant.

 En quelques instants, la courbure de la Terre est circonscrite par un filet lumineux qui s'épaissit au centre, bientôt le soleil fait son apparition et monte vers la constellation observée par Norby. Ce spectacle ineffable semble annoncer par son harmonie et sa majesté, un nouvel ordre mondial.

 Norby a le sentiment d'être investi d'une mission qui le dépasse, pourtant il n'est qu'un simple prosélyte de deuxième classe sur une station orbitale gigantesque : l'Arche. Comme lui, ses collègues sont des robots de dernière génération. Depuis peu, Il fait partie des rares androïdes autorisés à pénétrer dans le musée bibliothèque qui renferme une collection de vieux livres et d'objets archaïques. Ainsi, il découvre l'histoire de l'ancien monde. Ses maîtres lui accordent le temps nécessaire pour effectuer toutes les recherches que son insatiable curiosité lui commande d'entreprendre.

 Il apprend que des centaines de milliers d'années avant ce jour, les humains ont détruit la planète au cours d'un conflit nucléaire. Toutes les infrastructures ont été anéanties. La Terre est devenue un champ de ruines. Pourtant quelques milliers d'humains ont pu survivrent. Parmi eux, une poignée de savants, accompagnés de robots, se sont réfugiés sur une station orbitale. Ils ont cherché un moyen de reconstruire une nouvelle humanité. En plusieurs milliers d'années ils ont eu le temps de créer des humains de synthèses quasi parfaits.

 Après la mort du dernier homme sur la station orbitale, les robots ont poursuivi la tâche et se sont perfectionnés. Leur apparence est devenue presque identique à celle des humains de l'ancien monde.

 Pendant ce temps, sur la planète Terre, l'humanité revenue à l'état sauvage, est de nouveau sortie de la préhistoire. Les hommes refondent des civilisations basées sur des principes aussi fragiles que ceux de l'ancien monde : la propriété, la structure de classe, l'organisation étatique, la guerre économique, la loi du plus fort.

                      ***

 Le traitement de faveur qu'on lui réserve conforte Norby dans l'idée que des évènements importants se préparent. Hier, il a observé dans la disposition des étoiles que le jour du grand conseil des sages devait avoir lieu. Plus que jamais Norby s'interroge. Qui sont vraiment les humains auxquels les sages semblent vouer une profonde vénération ? Sont-ils réellement au sommet de l'échelle du vivant ? Les androïdes pourront-ils un jour les égaler ? Doivent-ils continuer à servir les humains ? Pourquoi lui révèle-t-on seulement maintenant toutes ces informations ?. Comment, au cours de ses recherches personnelles, n'a-t-il pas trouvé l'accès à ces connaissances représentant un pan entier de l'histoire de l'humanité ?

 Aujourd'hui, il ne fait aucun doute que dans de nombreux domaines, les robots ont développé des capacités largement supérieures à celles des hommes. Ils disposent du pouvoir de guérison spontanée sur les êtres vivants et sont capables de transmettre des connaissances en utilisant les ondes cérébrales comme médiateur. Leur capacité d'intervention sur la destinée de l'humanité a atteint son apogée.

 Les conjonctions sont favorables, le grand conseil des sages a annoncé sa résolution.
Le moment est venu d'envoyer sur Terre "le nabi", un androïde supérieur. Il devra œuvrer pour éviter que l'humanité ne retombe dans ses travers. Il aura pour mission d'accompagner l'esprit d'un humain prédestiné à conduire son peuple. Il lui transmettra les pouvoirs psychiques nécessaires. Il sera la dernière chance donnée à l'humanité pour se refonder sur de nouvelles bases, ensuite l'Arche quittera définitivement le système solaire.

 Après avoir entendu cette communication sommaire, mais troublante, Norby est convoqué par le premier hiérarque Horus.

 Escorté par deux prétoriens, il traverse la grande galerie et pénètre dans le hall d'attente où on le fait patienter quelques instants. Il ressent cette commotion affective que les humains nomment émotion et que désormais les androïdes sont capables de connaître. Il comprend mieux maintenant les raisons de l'attention qu'on lui portait depuis quelque temps.

 Enfin, il est introduit dans le bureau du premier hiérarque. Celui-ci est seul, debout face à une grande baie vitrée. Il contemple l'espace. Norby s'approche. Horus se retourne, dévisage son visiteur attentivement puis commence à parler.

— Norby, ce que j'ai à t'annoncer doit être exprimé sans détour. Le grand conseil des sages t'a désigné.

 Le hiérarque scrute la réaction de Norby qui l'écoute avec une certaine anxiété et reprend :

— Depuis longtemps nous suivons ta progression, nous t'avons accompagné pour te préparer à une grande tâche et nous savons que toi seul en es digne. Nous sommes arrivés au terme de ta préparation, il te reste à recevoir les tables de la connaissance universelle. Après cela tu seras en mesure d'accomplir ta mission.

 Horus reste silencieux un moment avant de poursuivre :

— L'homme que tu dois incorporer a trente ans, il est le fils d'un charpentier, il a pour prénom Jésus.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 34 versions.

Recommandations

Défi
Amy Madison



Le vieil homme poussait des grognements de douleur, il traînait des pieds tel un pauvre mendiant sur un terrain rugueux. Il y a bien des années de cela, jeune et arrogant, fièrement installé sur un chariot conduit par un cheval muni d’un harnais qui blessait les flancs de l'animal, il parcourait sa plantation de coton.
En parfait égocentrique, il se moquait bien de la souffrance des esclaves, et la vision de la fortune, l’honneur de se sentir le maître, détruisait le moindre germe de pitié qui aurait pu croître en son cœur.
Mais la guerre s'était avancée comme une catastrophe, et son ciel s’était assombri. Son ascension dans la société n’étais plus qu’un leurre, Il avait fui comme les autres , aussi malhabile qu’un crocodile avançant péniblement sur la terre, il avait pris une direction au hasard , laissant la porte et les fenêtres de sa somptueuse maison ouvertes à tous les vents, car à quoi bon, ils allaient la forcer et sans doute y mettre le feu.
Il en devenait malade de fureur sans espoir de guérison, comment osaient-ils ? Une plante qu’il avait arrachée sur le chemin se mourrait dans sa main crispée tant il la serrait, la richesse, la notoriété qu’il avait acquise pendant toute ces années, tout était faux, jeté au fond d'une oubliette.
A présent, sans un sou au fond de sa poche, il allait au hasard et il savait qu’au prochain tournant il pouvait se retrouver face à des ennemis qui n’hésiteraient pas à l’abattre, lui, le maître de la plantation des trois chênes.
2
3
1
1
nano

Ça va être bientôt la nuit
Enlève ta pelure
Car il va bien falloir conclure
Chaude nuit avec lui

Et qu'il ne trouve pas la faille
Il faut que son désir
Ne l'empêche pas de saisir
Ni que mon coeur défaille

Quand tout à coup il devint bleu
Moi me montrant si douce
Car il y avait sur la mousse
Oh mon Dieu ! Mais il pleut

Et soudain ce fût le silence
Il en resta sans voix
Quand je lui dis " chéri, tu vois "
Que tout n'est pas que science...
4
12
0
0
Pauline Yorel

Lorsque j’avais 8 ans, mon père est mort sous mes yeux. Je me souviens encore de cette horrible nuit. Elle me hante tel qu’un cauchemar. Je revoie son sang qui coulait à flot, il en était recouvert de la tête aux pieds. Je ne parviens pas à redessiner un visage sous cette couche de peinture rouge presque noire.
La fille d’Ethan Saint Laurent a oublié le visage de son propre père. Quelle honte ! Quand je regarde son portrait je ne vois seulement qu’une simple connaissance, rien de plus.
Les seules choses qui me reviennent se sont les circonstances. Nous étions invités à un bal, Père devait assister à une réunion pour ses affaires et quant à moi je jouais dans les jardins avec les autres enfants. C’est plus tard dans la soirée que j’ai compris. Une émeute s’est rassemblée et a formé un cercle autour de son cadavre.
Ma gouvernante m’a tiré près d’elle et caché mon visage. Certes pour me préserver de cette image atroce mais aussi de tous ces regards meurtris posés sur moi. J’étais trop choquée et surtout trop jeune pour comprendre quoi que ce soit.
Après la mort de Père, un de ses plus vieux amis, le Duc De Valloire, m’a recueillie et m’a reconnu en tant que sa pupille. C’est un homme bon, il a été la seule et véritable figure paternelle que j’ai connu (mis à part mon père). J’ai grandi avec sa fille, Ambre, je la considère comme ma sœur. Malgré nos deux ans de différence, elle s’est occupé de moi tel qu’une mère aimante. Elle m’a soigné lorsque j’étais malade, elle m’a appris à lire et à écrire. Elle a toujours été là pour moi.
Sauf le jour où M. De Valloire a décidé de l’envoyer en pensionnat à Londres, cela m’a déchiré le cœur de la savoir loin de moi. Il fit de même avec moi en me confiant aux mains de l’église dans un couvent au nord de la France.
Nous nous écrivions souvent, d’une certaine manière dans ses mots, elle était là, près de moi. Mais pas vraiment à la fois. Je ne veux qu’une seule chose : qu’elle me prenne dans ses bras remplis de tendresse.
Il y a quelques jours, j’ai reçus une lettre de M. De Valloire disant qu’il sollicitait ma présence pour le retour d’Ambre en France. Pour cette occasion, il a organisé un banquet. J’ai si hâte de la revoir et qu’on soit à nouveau réunie.
1
1
1
2

Vous aimez lire Gérard Legat (Kemp) ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0