Conclusion

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« Sir Reginald est mort un samedi, le lendemain de notre aventure nocturne. Le filtre anti-magie faisait de moins en moins effet et sa santé s’était dégradée depuis plusieurs semaines déjà. Il avait réussi à nous le cacher pour ne pas nous inquiéter. Il a rendu son dernier souffle chez lui, dans son lit, tenant la main de Meena et de la poupée de bois de mariée. »

Jim avait la lèvre qui tremblait en repensant à cet instant.

« Nous avons organisé de grandes funérailles, qui ont duré deux jours entiers. Au début avec les amis proches, ceux qui le connaissaient vraiment, puis pour chaque faction de Confluence : les Mortels, les Puissants, les Nocturnes et les Indomptés. Chacune tenait à rendre hommage à la figure emblématique qui avait maintenu la paix pendant presque deux siècles. La ville a même fait élever une statue de Sir Reginald, et sur son socle la devise « Quanquam enim pituita est in gloria » a été gravée. Depuis ce jour, un drapeau arborant l’emblème du basset roux assis sur un piédestal de marbre flotte haut dans le ciel pour nous rappeler que la paix est fragile et demande du dévouement. »

Dans la classe, tous les élèves affichaient une mine sombre. Dans le fond, les deux jeunes filles continuaient à pleurer. Jim fit un faible sourire pour les rassurer.

« Voilà ! Je vous ai raconté l’essentiel de ma vie, une vie normale d’acolyte… »

June se leva une fois de plus.

« Monsieur, je ne pense pas que vous ne vous donnez assez de crédit : vous êtes le héros de votre propre histoire. Chacun d’entre nous l’est ! »

Jim esquissa un sourire.

« Merci, June, j’apprécie énormément. Mais je connais ma place et mes aspirations. »

L’étudiante fit la moue, en désaccord avec cette opinion.

Une autre élève, une des deux qui avaient passé la soirée à pleurer, se leva et déclara :

« Je ne pense pas vouloir devenir une acolyte en définitive ! »

Jim fut choqué par cette affirmation. Il répondit :

« Pourquoi ? Je ne comprends pas.

- Pourquoi ? Si être acolyte correspond à ce que vous avez vécu, c’est horrible ! On vous a trompé, on vous a manipulé, capturé et torturé ! Vous êtes devenu fou et c’est un miracle que vous ayez récupéré votre santé mentale ! Je ne veux pas qu’il m’arrive la même chose ! »

Le visage de Jim afficha de la détresse. A raconter son histoire, il avait accompli le contraire de ce qu’il était venu faire : la jeune femme ne voulait plus être acolyte. Il objecta :

« Attendez ! Ma vie n’a pas été horrible ! Au contraire ! Je vous en ai raconté certains passages et c’est vrai que tout n’était pas drôle, mais je suis heureux !

- On a du mal à y croire !

- Si, si ! Il y a tant de bonnes choses qui me sont arrivées ! Je ne vous ai pas parlé du jour où Muffie a organisé une partie de baseball avec des grenades, ou du pique-nique avec Billow alors que nous flottions dans les nuages, des balades avec Ben le long du St-Laurent, de John Murphy qui m’emmenait manger un cornet de frites en douce après nos entraînements de boxe et de sa femme Mary qui cachait les œufs de Pâques pour moi dans le jardin. Je ne vous a pas raconté le bonheur d’emmener Meena dans ma famille lors du nouvel an chinois, ou même lorsque nous sommes allés fêter Diwali dans la sienne en Inde. Je ne vous ai pas décrit la tendresse du regard de Sir Reginald lorsque nous buvions le thé en après-midi. »

Jim avait tout prononcé d’un seul trait. Il dut s’arrêter pour reprendre sa respiration.

« Ma vie est remplie de petit bonheurs tels que ceux-ci, des trésors que je chéris. Il y a eu des triomphes aussi, et oui, effectivement, quelques malheurs. Mais je peux vous dire que je suis heureux et je ne changerais pour rien au monde ! »

Jim regarda l’étudiante intensément.

« Je vous promets que votre vie d’acolyte sera extraordinaire !

- Vous en êtes sûr ? Pour de vrai ?

- Absolument ! »

La jeune femme esquissa alors un faible sourire, rassurée.

Ce fut au tout de Christof de se lever :

« Monsieur, vous avez vraiment une pierre de soleil autour du cou ? »

Jim ne s’attendait pas à cette question. Il sortit de sous sa chemise la chaîne attachée à la petite boîte noire. Les élèves poussèrent une petite exclamation. Christof s’exclama :

« C’est donc vrai votre histoire ! »

Jim sourit et rangea rapidement son trésor tout en regardant par la fenêtre : il faisait bien nuit dehors ; c’était 21h passé.

M. Macco, le professeur, prit alors la parole :

« Bon, je crois qu’il est temps pour tout le monde de rentrer. Joignez-vous à moi pour remercier M. Ho pour son témoignage édifiant. »

Tous les élèves applaudirent. Jim sentit le rouge lui monter aux joues.

« La bonne nouvelle, c’est que M. Ho a consenti à vous donner ses coordonnées donc si vous avez des questions, vous pourrez le contacter directement. »

La plupart des élèves se réjouirent. Sauf un en particulier, un jeune homme au deuxième rang, qui protesta :

« C’est pas fini ! J’ai encore une question ! »

Tout le monde le regarda étrangement.

« Qui était cette femme qui vous a agressé dans la ruelle? »

Jim essaya de se rappeler à qui le jeune homme faisait référence dans son histoire. Puis il se souvint :

- Ah oui ! Elle s’appelle Joy, c’est en fait un fantôme. Elle habite avec Marcus, l’Oracle. Elle croyait que je lui avais fait du mal donc elle m’a attaqué en rétribution.

- Ils sont ensembles ?

- Je ne suis pas sûr de ce que vous entendez par « ensembles », surtout entre un mortel et un revenant.

- Pourquoi elle a disparu comme ça ? »

Jim sourit.

« Chose étonnante : Joy est la trisaïeule de Muffie. Quand elle a vu la photo de la Chasseuse sur la bombe de poivre, elle a eu un choc.

- « Trisaïeule » ?

- L’arrière-arrière-grand-mère pour faire plus simple. »

Christof prit alors la parole :

« Etes-vous l’acolyte de Meena maintenant ? Ou est-ce que vous êtes en couple ? »

Jim fut surpris par une telle question.

« Aucun des deux. A la mort de Sir Reginald, je suis resté avec Meena. Je savais qu’elle allait avoir de la difficulté à remplacer son défunt maître. Mais elle a compensé sa différence de pouvoir par une intelligence et une humanité extraordinaire. Elle est rapidement devenue une figure importante de la communauté, reconnue et respectée malgré sa jeunesse. »

Un voile de tristesse passa alors sur le visage de Jim.

« Mais au bout d’un moment, j’ai réalisé que notre relation n’était pas celle d’un compagnon et d’un acolyte. Meena est comme ma sœur, pas mon héros… Elle s’en est rendue aussi compte, et après quelques mois j’ai arrêté de la voir aussi souvent. »

Une autre main se leva :

« Et Muffie et Billow ? Que sont-elles devenues ?

- Toujours là. Billow a eu une vision d’Apocalypse pour Confluence. Je ne connais pas les détails mais je sais qu’elles essaient de l’empêcher. Donc il ne devrait pas avoir trop de problème… »

June regarda Jim et lui demanda :

« Et vous, Monsieur ? Avez-vous trouvé un nouveau compagnon ? »

Jim sourit.

« Non, toujours pas… Mais tout peut changer ! Vous vous souvenez de Marcus ? Je l’ai rencontré récemment par hasard. Il m’a dit qu’il avait une prédiction pour moi. On doit se voir la semaine prochaine pour prendre un café. Qui sait ce qu’il peut se passer ?... »


Fin

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