Interlude II

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Jim finit de raconter son histoire et toute la classe avait la larme à l’œil. Toute ? Non en fait : une jeune femme asiatique, June, regarda Jim d’un air critique :

« Elle vous a totalement manipulé. » déclara-t-elle.

Jim en resta coi.

« Mais non, pas du tout. Tout était sincère ! » se défendit le jeune homme

Mais June ne se démonta pas.

« Mais si ! Elle vous a fait croire que vous l’intéressiez pour que vous la laissiez rester dans le musée. Ensuite, c’est vous qui vous êtes fait un film dans votre tête…

- Pas du tout ! » objecta Jim à la limite de l’agressivité.

June prit alors les autres élèves à témoin :

« Que tous ceux qui pensent que Jim s’est fait rouler par Jenny lèvent la main ! »

Toutes les mains féminines se levèrent sans hésitation. Chez les hommes, l’avis était plutôt mitigé. June affichait un air de triomphe. Jim, au contraire, se renfrogna.

« Bon, passons ! Revenons à notre sujet. Qu’avez-vous appris de cette expérience ?

- Que vous étiez un romantique stupide ? »

Ce fut une jeune femme blonde au troisième rang qui prononçât ces paroles et provoqua des éclats de rire dans la classe. Jim, quant à lui, dut se faire violence pour ne pas hurler. Son air courroucé ramena rapidement le silence.

« Qu'il faut se sacrifier pour son compagnon ? » intervint un jeune homme au troisième rang.

Jim fut déçu.

« Bravo, jeune homme ! C'est exactement… la mauvaise réponse ! L'acolyte n'est généralement pas un fanatique donc se sacrifier ne fait pas partie de son comportement. Au contraire ! L'instinct de survie est un aspect que vous devrez développer. De par la nature de notre vocation, nous sommes amenés à nous rapprocher d'individus extraordinaires : notre compagnon. Cela va généralement de pair avec une exposition certaine au danger. Donc vous devrez toujours écouter cette petite voix qui vous dira de courir.

- N'est-ce pas contraire au principe de loyauté ?

- Très bonne question ! Le principe de loyauté est basé sur une compréhension partagée du rôle de l'acolyte dans la relation avec son compagnon. Vous demande-t-il de vous mettre en danger ? S'attend-il à ce que vous lui serviez de bouclier humain ? Je n’espère pas ! Sinon, c’est une relation toxique. Et je réitère mon avertissement sur les relations abusives.

- Mais vous vous êtes sacrifié pour sauver la vie de Jenny, non ?

- Oui, et c'était... Comment avez-vous dit déjà, mademoiselle ? »

Il tourna son regard vers la jeune femme blonde :

« Romantiquement stupide ?... J'étais jeune, inexpérimenté et je cherchais à plaire à une femme ; c’était le contexte parfait pour agir bêtement ! Donc ne faites pas cette erreur à votre tour ! Autre chose que vous avez appris ?

- Qu'un acolyte ne doit pas être amoureux de son compagnon ?

- Très pertinent ! La fonction d'acolyte est difficile si elle a une implication romantique. Je ne dis pas que ce c’est impossible mais les choses en sont plus compliquées. Soyez-en bien conscients si cela vous arrive. »

Une fois de plus, Jim marqua une pause pour laisser les étudiants digérer ce retour d'expérience. Il en profita pour regarder l'heure : le cours allait finir dans dix minutes à peine.

« Bon, il ne reste que quelques minutes avant la fin du cours donc tout d'abord, je souhaite vous remercier de m'avoir invité à partager mon expérience ce soir. J'espère que vous en avez tiré une nouvelle perspective de la vocation d'acolyte. Aussi, surtout retenez bien les trois principes fondamentaux : loyauté, aspirations et liberté de penser. Et une fois de plus, je veux vous rappeler de vous méfier des relations abusives. Elles sont malheureusement trop courantes dans notre domaine. »

Il consulta à nouveau sa montre:

« Il reste un peu de temps pour deux questions. Qui se lance ? »

La classe fut aussi étonnée. Ils n'avaient pas vu le temps passer ! Ce fut June qui se leva, contrite, et prit la parole :

« Alors, c'est tout ? Où est la suite de l'histoire ! »

D'autres élèves acquiescèrent vigoureusement. L’étudiante continua :

« Que s'est-il passé entre vos 17 ans et maintenant ? Comment êtes-vous devenu un acolyte expérimenté ? »

Jim fut pris de court par cette question :

« Malheureusement, nous sommes au terme du temps imparti…

- Mais il manque des informations ! Vous ne pouvez pas nous laisser en plan ! »

Quelqu’un d’autre ajouta :

« Monsieur, ces deux expériences sont intéressantes mais sont vieilles! Je suis sûr que vous en avez de plus récentes ! »

Jim regarda, mal à l'aise, le professeur. Celui-ci consulta sa montre une fois de plus et dit d'un ton prudent :

« Si vous êtes d'accord, je suis sûr que nous pouvons prendre quelques minutes supplémentaires... »

Jim ressentit à la fois de la fierté et de la gêne. Personne, hors de son cercle d’amis proches, ne s'était réellement intéressé à lui. Cependant, la suite de sa vie était un peu délicate à raconter.

« Monsieur Macco, puis-je vous parler en privé ? »

Le professeur acquiesça et ils sortirent de la pièce. Une fois dehors, Jim regarda l'homme d'un air inquiet :

« Est-ce que ces élèves sont au courant ? »

Le professeur n’avait pas besoin de sous-titres pour savoir de quoi Jim parlait. Il hocha la tête en signe d’acquiescement.

« Oui, ils sont tous au courant. N’oubliez pas qu’ils sont en dernière année et donc ont tous suivi le cours « Occulte et Surnaturel dans notre monde moderne ». Même si la majorité des élèves n’a jamais eu d’expérience réelle, ils ont au moins la théorie. »

Jim parut à peine rassuré. Il ajouta :

« Et ont-ils tous signé l'entente de confidentialité ?

- Oui, bien sûr ! Je les ai d'ailleurs toutes ici dans mon cartable. L'école n'accepterait jamais de mettre en danger votre réputation, vous le savez bien ! »

Jim le savait effectivement. L'école était non-seulement unique en son genre mais de plus délivrait une formation de haute qualité. C’est pourquoi la connaissance du vrai surnaturel était obligatoire ! Aucun acolyte arrivant aujourd'hui sur le marché ne pouvait se permettre d'ignorer la réalité du monde dans lequel il vivait.

« Je peux les voir ? », demanda Jim.

Les deux hommes retournèrent dans la classe où le professeur attrapa les documents et les remit au jeune homme. Alors que Jim les consultait, M. Macco déclara :

« M. Ho a agréé de continuer le cours. Nous avons juste quelques formalités à régler. Si certains d'entre vous désirent partir ou ont des contraintes personnelles, vous pouvez maintenant vous en aller. Merci pour votre participation aujourd’hui. »

Les élèves se regardèrent. Dans leur tête, certains pensaient que partir maintenant pourrait être interprété comme un manque d'engagement dans leur cursus et avaient peur de retombées négatives. Ainsi, bon nombre ne saisirent pas l’opportunité. Seuls trois se levèrent et sortirent.

Au même moment, Jim déclara au professeur :

« Merci pour ces documents ! Cependant, je n'en compte que vingt-cinq et il y avait vingt-six élèves. Il manque un formulaire. »

Le professeur parut choqué. Il connaissait tous les élèves de sa classe et était rigoureux avec les procédures ; une telle chose ne pouvait pas se produire ! Il recompta les documents et réalisa malheureusement que Jim avait raison. Alors il alla fouiller dans son sac au cas où un papier s'était détaché mais en vain. Il était particulièrement contrarié. Bredouille, il dut admettre qu'il en manquait effectivement un.

« Pas de problème, répondit Jim, il suffit juste de lister les élèves et les comparer avec les ententes pour trouver celui qui manque.

- Bonne idée !, dit le professeur. En plus, j'ai quelques formulaires vierges dans mon cartable. »

Les élèves étaient agacés par ces « messes-basses ». M. Macco leur déclara que pour des raisons administratives, il devait refaire l'appel pour confirmer les présences. Malgré les protestations, l'exercice fut vite fait et l'élève qui n'avait pas signé son entente de confidentialité était la jeune femme qui avait qualifié Jim de « romantique stupide ». Elle se nommait Charlaine Holstead. Le professeur et Jim s'approchèrent d'elle.

« Mademoiselle Holstead, nous nous sommes rendus compte que vous n'aviez pas signé l'entente de confidentialité nécessaire à l'intervention de M. Ho. C'est probablement une erreur administrative. Voici un formulaire vierge, pourrais-je vous demander d'y mettre votre nom, numéro d'étudiant et de signer en bas de page ? »

Charlaine afficha un air d’étonnement. Alors que le professeur parlait, Jim détailla la jeune femme : un peu plus âgée que la moyenne de la classe, cheveux blond coiffée de manière fonctionnelle en un chignon tenu par un crayon. Elle avait sur sa table une dizaine de pages de notes et à côté un enregistreur audio à cassettes ! Voilà bien longtemps que Jim n’en avait pas vu ! Le jeune homme essaya aussi de déchiffrer discrètement le contenu des notes mais ne comprit rien puis il réalisa que ce n'était ni de l'anglais, ni même une langue basée sur un alphabet latin, cyrillique ou des idéogrammes. C’était une méthode de prise de notes rapide de type sténo.

La jeune femme regarda le formulaire sur lequel étaient inscrits les termes et conditions et déclara :

« Désolé, par principe je ne signe rien sans avoir tout lu. Ça va prendre quelque temps.

- C'est un bon principe de sûreté. Mais sachez que vous pénalisez toute la classe tant que vous n'avez pas signé. »

Les autres élèves commencèrent à protester. L'un d'eux fit :

« Elle ne pourrait pas sortir de la classe pour lire son papier ? Ainsi, M. Ho pourrait continuer son histoire. »

Le professeur prit quelques secondes pour y réfléchir.

« Ce ne serait pas juste pour Mlle Holstead car elle en raterait une partie. Mais cela aiderait vraiment tout la classe ! Est-ce que cette option vous convient, mademoiselle ? »

Charlaine prit un air vexé.

« Pas du tout ! Moi aussi je veux tout entendre !

- Alors signe ce papier tout de suite qu'on en finisse !, s'exclama un autre élève avec plus de véhémence.

- Désolé, je ne peux pas. Vous allez devoir attendre. »

Une vague de mécontentement plus forte se fit entendre. Le professeur intervint :

« Mademoiselle, soyez raisonnable ! Signez ce document tout de suite ou sortez ! »

Charlaine afficha un air embêté :

« Vous savez quoi ? Pourquoi ne pas mettre ce papier de côté ? Je le lirai à la fin du cours et signerai juste après. Ainsi, tout le monde y gagne ! »

Le professeur sembla aimer cette idée et acquiesça. Jim, qui n'était plus le centre d'attention et qui regardait son téléphone, protesta :

« Désolé mais ce n'est pas possible. Je ne peux pas continuer tant que ce document n'est pas signé !

- Nous sommes dans une impasse alors... », conclut Charlaine en haussant les épaules.

Les élèves étaient maintenant furieux et le professeur n’était pas à son aise. Cette histoire allait mal se terminer !...

Jim recommença à chercher quelque chose sur son téléphone et au bout de quelques secondes sourit. Il se tourna vers la jeune femme et s’exclama :

« J'aime beaucoup votre enregistreur audio ! C'est un Olympus S950 à cassettes avec autoreverse, non ? C'est vintage ! »

Charlaine fut surprise par ces propos inopportuns et ne sut quoi répondre. Ce fut Jim qui continua :

« Vous savez, Charlaine, j'ai lu un article l'autre jour sur une journaliste du Toronto Star que j'aime beaucoup. Elle avouait qu'elle était « old fashion » et ne pouvait se résoudre à abandonner son S950 au profit des enregistreurs digitaux modernes. »

Charlaine regarda maintenant Jim d'un air suspicieux. Celui-ci, toujours souriant, continua :

« Comment s'appelle-elle déjà ? Ah oui ! Charlie Holstead ! »

Une expression de peur passa brièvement sur le visage de la jeune femme. A côté, certains élèves s’étonnèrent. Jim, qui avait l'air de prendre du plaisir, poursuivit :

« Au fait, je suis vraiment flatté que vous ayez pris autant de notes sur mon expérience ! Vous devez écrire très vite ! »

Et désignant les papiers, il ajouta :

« D'ailleurs, je vois que vous utilisez un type d'écriture rapide. »

Charlaine allait répliquer vertement mais Jim ne lui laissa pas le temps.

« C’est très pratique ce type d’écriture ! Surtout que vous la combinez avec une sorte de chiffrement qui empêche ceux qui ne connaissent pas la clé de comprendre le texte. Je le sais car une de mes connaissances journaliste m’a souvent parlé de cette pratique : elle évite que quelqu’un relise ce que vous avez écrit et ne vous vole votre histoire. »

Jim marqua une pause et fixa la jeune femme. Celle-ci serra les dents.

« N’est-ce pas, Charlie ? », conclut Jim.

Le professeur et les autres élèvent affichèrent une expression choquée. Jim, quant à lui, affichait un air triomphant. Charlaine, ses yeux haineux verrouillés sur ceux du jeune homme, jura. Jim savait qu’il avait raison et jubilait intérieurement. En plus, sous couvert de ses déductions à la Sherlock Holmes, il avait trouvé sur Instagram la photo de Charlie/Charlaine. Il ne pouvait pas se tromper.

Le professeur déclara d’un air dur :

« Mlle Hofstead, je suis en devoir de vous demander de prendre vos affaires et de quitter immédiatement la classe. Si les faits déclarés par M. Ho s’avèrent vrais, vous vous exposez à de sérieuses conséquences. »

Charlaine, toujours haineuse, plia ses affaires, se leva et sortit. Juste avant qu’elle franchisse le pas de la porte, Jim l’interpella :

« Au fait, j’espère que vous avez apprécié mon histoire. Cependant, si je lis dans votre journal, sur Internet ou n’importe où ailleurs une référence à celle-ci, soyez sûre que nous nous retrouverons au tribunal… »

Le regard de Charlaine se fit plus noir. De rage, elle sortit en claquant la porte.

Le professeur était vraiment gêné et présenta ses excuses les plus sincères à Jim. Charlaine avait suivi tout le cursus de l’acolyte et il ne s’était jamais douté qu’elle fût journaliste… Jim allait répondre mais il fut coupé par June qui commença à applaudir, rapidement suivi par l’ensemble des élèves. L’étudiante ajouta :

« Vous avez bien démasqué la journaliste ! Digne d’un enquêteur professionnel ! Vous êtes sûr que vous n’êtes pas un héros en définitive ? »

Un sourire moqueur était affiché sur ses lèvres. Jim allait répondre quand il fut soudain frappé d’un doute. Sans crier gare, il se dirigea à la place de Charlaine et regarda sous la table. Un grand sourire s’afficha alors sur son visage : il y vit l’Olympus S950 maintenu par chewing-gum. L’appareil continuait à enregistrer.

« Bien joué, Charlie ! J’ai failli me faire avoir ! » pensa Jim.

Il décrocha l’appareil, l’arrêta et le glissa dans sa poche. Il se dit que ce serait malhonnête de ne pas restituer ce bien précieux. Il le lui renverrait donc, après avoir effacé la cassette bien évidemment.

Content de lui, Jim reprit ensuite sa place en face de la classe.

« Donc, avant ce pénible interlude, de quoi parlions-nous ? June ?

- On veut connaître la suite de votre histoire.

- Quelque chose en particulier ? »

Un élève leva alors la main pour parler :

« Oui. Par exemple, comment êtes-vous arrivé à Confluence ? »

Jim considéra la question puis répliqua :

« Intéressant ! Laissez-moi alors vous raconter comment j’ai rencontré les Murphy… »

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Je ne   pouvais pas y croire lorsque j'ai regardé ce matin dans mon miroir mon visage.Une corne au milieu de mon front est apparue durant mon sommeil ,une corne de couleur blanche avec un diamant rouge au bout.Dans mon miroir je ne vois qu'elle.Ce n'est pas possible ,comment faire pour cacher ce désastre.Je sens également au niveau de mes omoplates une gêne ,je me retourne en faisant attention a ne pas cogner ma corne dans le miroir et je découvre une paire d'ailes ,en plume ,de couleur blanche et rouge .Cela va être pratique pour trouver un vêtement avec de grandes ouvertures dans le dos.Mais quel avantage d'avoir des ailes ,plus besoin de faire la queue à la pompe à essence ,seul problème ,ma corne comment l'a cacher.........
Si vous avez une idée  je suis preneuse.......
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