Interlude I

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L'évocation de ce souvenir d'enfance laissa Jim rêveur et il fut interrompu par un élève de la classe :

« Et que leur est-il arrivé ? A Aman ? A Billy et aux autres ?

- Billy et Brad ont été expulsés de l'école et dans le cas de Billy, c'était l'exclusion du troisième établissement donc ses parents ont dû l'inscrire dans le privé. Je n'ai plus jamais entendu parler de lui. Tony aussi a été exclu, principalement grâce à Matthias qui a eu le courage de raconter tout ce que la bande lui avait fait subir le long de l'année. Matthias m'a même confié plus tard qu'il avait été inspiré par la bravoure d'Aman.

- Et Aman ? »

Sur le visage de Jim passa une ombre de tristesse.

« Il a été expulsé pour une semaine. Mais comme c'était la fin de l'année, ses parents décidèrent qu'il ne retournerait pas à l'école. Puis ils ont déménagé durant l'été. Je n'ai jamais eu l'opportunité de lui reparler... »

Un malaise s'installa dans la classe. Les élèves avaient compris que cette expérience avait été aussi révélatrice que douloureuse pour Jim.

Ce fut le professeur régulier qui rompit le charme en toussotant. Jim se reprit.

« Comme je vous le disais, c'est cet événement qui a éveillé ma vocation d’acolyte. Le vrai héros de l'histoire était Aman et toute autre personne que moi aurait raconté comment il s'était dressé contre les brutes et avait été sauvé in extremis par l'arrivée de la directrice. Et c'est la raison pour laquelle j'ai partagé cette histoire avec vous : l'acolyte est un support crucial pour son compagnon, mais ce n'est pas le personnage principal. On revient donc sur le troisième principe des aspirations. »

Plusieurs élèves parurent réfléchir à ces derniers mots et certains hochèrent la tête en signe de compréhension.

Jim reprit son exposé :

« Mais la fonction d'acolyte n'est pas innée ; elle s'apprend. Dans mon cas, après cet épisode à neuf ans, j'ai continué à grandir comme n'importe quel garçon de mon quartier. C'est à dix-sept ans que l'acolyte qui sommeillait en moi décida de se réveiller. Ce fut un concours de circonstances qui me fit rencontrer Jenny Walkins, la première femme qui m'a brisé le cœur... »

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La province dont je parle est sans côtes, plages ni récifs; ni Malouin exalté ni hautain Moco n'y entendit l'appel de la mer quand les vents d'ouest la déversent, purgée de sel et venue de loin, sur les châtaigniers. Deux hommes pourtant qui connurent ces châtaigniers, s'y abritèrent sans doute d'une averse, y aimèrent peut-être, y rêvèrent en tout cas, sont allés sous de bien différents arbres travailler et souffrir, ne pas assouvir leur rêve, aimer peut-être encore, ou simplement mourir. On m'a parlé de l'un de ces hommes; je crois me souvenir de l'autre.
 Un jour de l'été 1947, ma mère me porte dans ses bras, sous le grand marronnier des Cards, à l'endroit où l'on voit déboucher soudain le chemin communal, jusque-là caché par le mur de la porcherie, les coudriers, les ombres; il fait beau, ma mère sans doute est en robe légère, je babille; sur le chemin, son ombre précède un homme inconnu de ma mère; il s'arrête; il regarde; il est ému; ma mère tremble un peu, l'inhabituel suspend son point d'orgue parmi les bruits frais du jour. Enfin l'homme fait un pas, se présente. C'était André Dufourneau. Plus tard, il dit avoir cru reconnaître en moi la toute petite fille qu'était ma mère, pareillement infans et débile encore, quand il partit. Trente ans, et le même arbre qui était le même, et le même enfant qui était un autre.
 Bien des années plus tôt, les parents de ma grand-mère avaient demandé que l'assistance publique leur confiât un orphelin pour les aider dans les travaux de la ferme, comme cela se pratiquait couramment alors, en ce temps où n'avait pas été élaborée la mystification complaisante et retorse qui, sous couvert de protéger l'enfant, tend à ses parents un miroir flatteur, édulcoré, somptuaire; il suffisait alors que l'enfant mangeât, couchât sous un toit, s'instruisît au contact de ses aînés des quelques gestes nécessaires à cette survie dont il ferait une vie; on supposait pour le reste que l'âge tendre suppléait à la tendresse, palliait le froid, la peine et les durs travaux qu'adoucissaient les galettes de sarrasin, la beauté des soirs, l'air bon comme le pain.
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