Enfant acolyte : Aman contre les brutes

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J'ai 9 ans et je suis en quatrième année à l'école St Andrews à Kirkland, une municipalité de l'Ouest de l'île de Montréal. Je suis dans la cafétéria où mes camarades et moi mangeons notre lunch. Tout le monde est excité : dans deux semaines à peine, c'est la St Jean-Baptiste, la fête nationale du Québec mais plus important la fin de l'école ! Depuis quelques jours déjà, le principal sujet de conversation était les vacances, ce qu'on voulait faire, ce qu'on allait faire, comment les autres allaient nous manquer (ou pas !)... Mais malgré la bonne humeur générale, une gêne plane sur la plupart des élèves et elle avait un nom : Billy Jessop ! Lui et sa bande de copains, tous des onzièmes années, s'amusaient à malmener les élèves plus jeunes pendant les lunchs et les récréations. Normalement, les élèves de primaire et de secondaire étaient séparés mais cette année, St Andrews était en travaux de rénovation donc la direction de l’école avait été forcée de mélanger toutes les classes. Ce qui faisait l'affaire de Billy et sa bande qui s'en donnait à cœur joie.

Assis à une table, nous sommes à discuter des derniers dessins animés lorsque tout à coup la cafétéria devient silencieuse : Billy et son gang viennent de rentrer. Avec une attitude de prédateur cherchant sa prochaine proie, Billy balaie la salle du regard. Celui-ci s'arrête sur une table où se trouvent deux cinquième année. L’un d'eux est Mathias Perrot, petit pour son âge, asthmatique et avec de grosses lunettes, le souffre-douleur de Billy. Celui-ci l'avait choisi dès la rentrée et passait son temps à le maltraiter, comme lui mettre la tête dans les toilettes ou l'enfermer dans son casier. Mathias avait tellement peur de lui qu'il n'avait pas osé se plaindre, surtout que Billy l'avait menacé de s'en prendre à la petite Mélanie, la sœur cadette de Mathias qui était en maternelle. Et tous les autres, de peur de devenir la cible de Billy et de ses copains, n'avaient jamais osé rien dire. Moi inclus...

Billy fait signe à ses deux copains, le gros Brad et le méchant Tony, de le suivre. Tous les trois se dirigent vers la table de Mathias. Celui-ci sait qu'il va passer un mauvais moment mais paraît résigné. L'autre occupant de la table, un garçon que je ne connais pas, prend toutes ses affaires et s'éloigne aussi rapidement que possible, laissant le pauvre Mathias à son triste sort.

Ce qu'il se passe ensuite est malheureusement une scène classique de harcèlement (on dit « bullying » ici au Québec) : Billy prend le jus de pomme de Mathias et commence à boire tandis que Brad attrape le souffre-douleur et le jette à terre. Puis Tony prend le sandwich de Mathias et le met dans la carafe d'eau et les trois rigolent. Tout autour, tout le monde est à la fois paralysé et fasciné ; bien évidemment, nul n'intervient mais personne n'en rate une miette. Mathias a l'air misérable et commence à pleurer. Aucun ne réagit. Aucun ? Non, en fait, ce n'est pas vrai : Aman se lève et s'écrit :

« Ça suffit, Billy ! Laisse-le tranquille ! »

Aman est un élève de neuvième année mais comme il est grand et fin, il paraît plus vieux. C'est un bon élève apparemment et il passe beaucoup de temps à la bibliothèque. Je l'aime bien car il est aussi le coach suppléant de mon équipe de basket-ball.

Billy, étonné qu'on l'interpelle, se remet rapidement et réplique :

« Mêle-toi de tes affaires, Aman, et retourne à tes bouquins ! Cette histoire ne concerne que le petit Mathias et moi. »

Mais Aman ne se laisse pas intimider et s'avance vers les trois garçons.

« Laisse-le, je t'ai dit !

⁃ Et tu vas faire quoi sinon ? »

Brad, qui venait de parler, se leva et s'interposa d’un air menaçant entre Aman et Billy. Mais il en faut plus pour dissuader Aman qui repousse Brad pour essayer d'attraper Billy. Mais la brute est lourde et s'y attendait alors il attrape Aman et le pousse par terre, puis lui saute dessus. Billy se jette par terre aussi et avec Brad il frappe Aman sur le visage. Tony, quant à lui, reste à rigoler de la raclée qu'est en train de se prendre Aman. Tous les élèves sont maintenant debout et forment un cercle autour de la rixe. Mathias, qui n'est tout à coup plus le centre d'attention, se relève discrètement et essaie de s'éloigner. Je l'aide à passer : Mathias et moi sommes voisins donc on s'entend bien.

A terre, Aman passe un mauvais quart d'heure : Brad et Billy le tapent, Aman essayant de se protéger le visage avec ses bras et encaissant les coups. Tout d'un coup, je ne sais pas pourquoi mais nos regards se croisent : Aman devine bien que je voudrais l'aider mais je n'ai pas le courage de me jeter dans la bagarre. Alors, au lieu de me jeter un regard sévère, il me crie : « Jim, va chercher Miss Walker ! »

Et à ce moment-là, je sais que je dois faire quelque chose et surtout ne pas décevoir Aman qui se fait tabasser pour épargner Mathias. D'un bond, je me retourne et commence à courir vers la sortie. Mais Tony se jette sur moi pour m'empêcher de passer. Un peu trop court, il n'arrive pas à m'attraper mais parvient quand même à me pousser. Ma tête heurte le mur de plein fouet. Je sens ma lèvre éclater sous l'impact et le sang couler dans ma bouche. Les larmes roulent sur mes joues comme un gros bébé mais ma petite voix intérieure me crie de me relever. J'ai mal mais je me redresse et je commence à courir comme un dératé. Dans le long couloir, je me cogne contre les gens et même contre les murs mais je ne m'arrête pas. Je crie à tue-tête « Miss Walker ! Miss Walker ! ». C'est le nom de notre proviseur.

Je dois faire tellement de bruit qu'elle a dû m'entendre car elle sort de son bureau au moment où j'arrive.

« Arrête de crier, ce n’est pas possible !, elle s’écrit. Que se passe-t-il ? »

Tout pantelant, je n’arrive même pas à parler. J’essaie de reprendre mon souffle mais sans grand succès, cependant j’arrive quand même à sortir un :

« Vous... venir… avec moi… »

Et sans plus d’explication, je lui saisis la main et nous remontons en courant le couloir que je venais de dévaler pour enfin arriver à la cafétéria. Là, la situation a empiré : Aman affronte toujours Billy et Brad, mais ils sont maintenant debout à se donner des coups de pieds. Le visage d’Aman est tuméfié mais je suis aussi content de voir que Billy a la lèvre en sang et un œil au beurre noir et que Brad a un gros bleu sur la joue. Aman avait su se défendre ! Je remarque aussi que Tony a disparu. Il a dû sentir le vent tourner…

Miss Walker, voyant le désastre, commence à crier très fort, stoppant les belligérants et les spectateurs tout net ! Puis d’autres professeurs arrivent et la foule est mise sous contrôle. Miss Walker attrape Billy Jessop et fait signe à Brad et Aman de la suivre dans son bureau. Ça va barder pour eux !

Alors qu’il sort de la cafétéria, Aman se tourne vers moi et malgré ses blessures, me fait un sourire.

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Je ne   pouvais pas y croire lorsque j'ai regardé ce matin dans mon miroir mon visage.Une corne au milieu de mon front est apparue durant mon sommeil ,une corne de couleur blanche avec un diamant rouge au bout.Dans mon miroir je ne vois qu'elle.Ce n'est pas possible ,comment faire pour cacher ce désastre.Je sens également au niveau de mes omoplates une gêne ,je me retourne en faisant attention a ne pas cogner ma corne dans le miroir et je découvre une paire d'ailes ,en plume ,de couleur blanche et rouge .Cela va être pratique pour trouver un vêtement avec de grandes ouvertures dans le dos.Mais quel avantage d'avoir des ailes ,plus besoin de faire la queue à la pompe à essence ,seul problème ,ma corne comment l'a cacher.........
Si vous avez une idée  je suis preneuse.......
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