Chapitre 16 - Confrontations (3/3)

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— Cette planète est au milieu de nulle part.

Après plusieurs heures de trajet, le vaisseau commençait à se rapprocher de sa destination. Dicey avait fait de son mieux pour optimiser la vitesse du vaisseau et réduire la durée du voyage. Mais Valitys était une planète très éloignée et probablement inconnue de beaucoup de gens. Il n'y avait rien à sa surface. Personne n’avait osé coloniser la planète tant son environnement était hostile. De violentes tempêtes de neige faisaient rage et l’atmosphère de la planète était opaque et rempli de cristaux de glace.

Le pilote retira la navigation automatique et allait tenter l’un des atterrissages les plus risqués de sa carrière. Les cristaux frappaient sans cesse le pare-brise de la navette et Dicey devait doser sa vitesse afin d’éviter la casse. De plus, l’opacité de l’atmosphère réduisait sa visibilité. Il devait donc également faire attention à ne pas percuter de col de montagne en entament la descente.

— Bunker détecté, fit la voix de l’I.A, possibilité d’y trouver la cible. Coordonnées

établies.

Dicey fit pivoter légèrement la manette de contrôle et changea de cap. Le temps était encore clément, ce qui leur offrait une vue plutôt claire à basse altitude. Le flanc d’une montagne laissait un trou béant suggérant une entrée souterraine au niveau des coordonnées données par l’I.A du vaisseau.

Dicey se posa non loin, doucement pour ne pas enfoncer les pieds de la navette trop profondément dans la neige, de peur de ne pas pouvoir repartir. Le groupe enfila des vêtements combinaisons à régulateur thermique et sortit du vaisseau.

— Ne nous attardons pas, si possible, dit Dicey, autrement les composants de la navette vont prendre un sacré coup. Cette planète est un congélateur.

Ses deux coéquipiers acquiescèrent et le groupe se rapprocha du trou. Bergins fit une première observation pertinente.

— Cette entrée a été faite avec des explosifs. Nous ne sommes pas les premiers à l’avoir trouvé.

— Shalloon ! Cria Mark avant de se précipiter à l’intérieur.

— Mark, non ! S’exclama le colosse en plaquant l’Humain.

Un tir les frôla et se logea dans la roche, faisant fondre la neige. Bergins se releva en aidant le capitaine de la Compagnie de l’Azur. Ce dernier fit, entre ses dents.

— Les Ombres Pourpres.

Le groupe se mit sur ses gardes. Des mercenaires étaient vraisemblablement postés à l’intérieur du bunker.

— Shenin a dû se douter que nous irions à la recherche du Zantry et nous a devancés, dit Bergins, il a laissé des hommes pour nous barrer la route.

Mark ne sembla toutefois pas intimidé.

— Les Ombres Pourpres ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Seuls les plus aveugles sont restés. Et les aveugles visent mal.

L’Humain sauta dans le trou sans hésiter et un tir retentit. Le son d’un corps qui s’effondre s'ensuivit et la voix de Mark résonna.

— Vous pouvez descendre.

Les deux mercenaires sautèrent à leur tour, arme à la main.

— Votre mari a été sauvé, madame Delecson.

— Oh ! Merci docteur ! Vous êtes vraiment le meilleur.

*silence*

— Et bien madame Palovski, vous remportez le million !

*silence*

— Quelle belle action défensive de l’Humain malgré l’attaque en triangle.

*silence*

— Des nuages seront prévus demain sur les Quartiers Tiers, mais pas de pluie à l’horizon. La température sera douce. Prenez quand même un manteau en sortant.

Shad appuya cette fois-ci sur le bouton rouge et l’écran de la télévision n’affichait plus qu’un paysage maritime. Il avait passé la journée à zapper sur toutes les chaînes. A vrai dire, il n’avait pas bougé du lit de la chambre depuis le départ de ses amis.

Le Zantry s’ennuyait à mourir. Il ne sortait pas et sentait sûrement le Grourse à des kilomètres. Il commandait en ligne ses repas et mangeait dans la chambre. Il avait d’ailleurs un peu de remords vis-à-vis des agents de nettoyage qui allaient devoir nettoyer toutes les miettes de son lit. Lui s’y était habitué. Elles lui servaient d’encas si jamais il avait un petit creux nocturne.

Les volets de la chambre n’avaient pas non plus été ouverts depuis le temps et Shad fut quelque peu ébloui par la lumière du jour. Il fut surpris de voir que ses jambes fonctionnaient encore. Etonnantes petites choses.

Le Zantry se traina de la chambre à la salle de bain et faillit crier en voyant l’horreur devant le miroir avant de se rappeler que ce n’était que son propre reflet. Avait-il été frappé pendant la nuit ? Pourquoi son visage était-il si gonflé, et ses yeux violacés ? Son tour de taille s’était lui aussi un peu élargi.

Le mercenaire prit une douche et visa le tube de gel douche pour se décrasser en long, en large et en travers. Son pantalon ne craqua que légèrement lorsqu’il l’enfila et son haut refusa presque de laisser passer sa tête. Le Zantry se dit qu’il était temps de se reprendre en main. Il ne souhaitait pas pourrir dans cette chambre, attendant patiemment que ses coéquipiers fassent tout le boulot. Il allait agir lui aussi à son niveau.

Résolu, il quitta la chambre et prit le train en direction du HGS. Après tout ce qu’il avait traversé et le chemin qu’il avait parcouru, il ne pouvait pas se contenter de rester à l’écart. Il avait été un Ombre Pourpre lui aussi, et entraîné comme tel. Le Zantry venait d’avoir une idée. Il savait où trouver les informations. Il sauta hors du train dès son arrivée au hangar et descendit les étages. Le HGS était toujours bondé, aussi Shad ne baissa pas sa garde. Ce serait bête d’être abattu d’une balle dans le dos en étant si près du but.

Après plusieurs minutes à observer les lieux, le Zantry trouva la première étape de sa mission. Il pourrait obtenir des réponses dans ce lieu. Non sans hésitation, il poussa délicatement la porte et entra. L’atmosphère était sombre et une vague odeur de vomi embaumait l’air. Shad s’approcha sans ciller.

— Une pinte de Belatine, patron ! Cria-t-il au barman.

Car les vrais héros ne partent jamais à l’aventure le ventre vide. Une bonne bière est toujours de mise. Le Zantry se posa ainsi au comptoir et fit un rapide tour d’horizon.

Le bar était anormalement rempli de mercenaires. Après la chute de Kentoria par les Ombres Pourpres, ces derniers avaient-ils trouvé refuge ici ? L’ambiance était donc partiellement tendue, chacun regardant par-dessus son épaule comme s'il avait peur de croiser un vieil ennemi.

Shad sirotait tranquillement sa bière lorsqu’une poigne ferme le saisit à l’épaule. Le Zantry se retrouva face à un énorme Taeil dont le visage laid lui semblait familier. Il s’agissait de Pietrichson, l’agent des Ombres Pourpres qui les avait accueillis sur Saon après leur arrestation lors de leur retour de Mosmo Era. Shad n’était pas ravi de le revoir, surtout que la bête semblait de mauvais poil.

— Tiens, tiens, mais qui voilà donc, se jetant dans la gueule du loup.

Le Zantry eut la larme à l’oeil et faillit rendre son déjeuner en reniflant l’haleine fortement alcoolisée du mercenaire. Il rétorqua.

— Si ceci est la gueule du loup. Alors le loup devrait investir dans une brosse à dent, ou bien changer de dentiste.

Le Taeil s’esclaffa et le Zantry reçut quelques restes de nourriture sur la joue. Sensation forte agréable.

— Je vois que tu as gardé ton humour cinglant, petite vermine, s’exclama Pietrichson.

— Je vois que tu as gardé ton amour pour l’ail, répliqua Shad, c’est beau.

— Voyons si tu as gardé, en revanche, une quelconque habileté à tenir une arme, continua le Taeil de vive voix, sans prêter attention à la remarque du Zantry.

Pietrichson fit s’écarter quelques personnes avec de grands gestes et créa un cercle autour des deux mercenaires. Shad remarqua d’autres membres des Ombres Pourpres qui ricanait un peu plus loin. Le Zantry, toutefois, n’avait pas très envie de se laisser entraîner dans un vieux défi que seuls les pauvres mercenaires de Kentoria utilisaient comme moyen pour se faire un peu de monnaie. Ils défiaient les tireurs les moins habiles et tentaient d’en tirer le meilleur profit au niveau des paris en cachant leur vrai niveau.

Mais Pietrichson ne semblait pas désespéré à ce point. A moins qu’il ne souhaitait rassembler des fonds pour se refaire le visage, ce qui était une théorie en soi.

Quoi qu’il en était, peu importe la raison qui animait le Taeil à provoquer en duel le Zantry, celui-ci semblait déterminé, malgré une démarche que l'alcool rendait titubante.

Arme à la main, il leva le bras au dessus de son crâne chauve.

— Si à trois, tu ne lèves pas ton gros cul de cette chaise, je te flingue purement et simplement ici, hurla-t-il.

Shad se contenta d’une gorgée de sa Belatine, sans un mot.

— Un !

Le Zantry reposa la pinte sur le comptoir du bar puis leva de nouveau les yeux vers son adversaire.

— Deux !

D’un geste vif comme l’éclair, il saisit l’arme de son voisin de gauche et plaça une balle entre les deux yeux du Taeil, interloqué, qui s’effrondra. Ses acolytes lancèrent des regards surpris tandis que le Zantry replaça l’arme en haussant les épaules, son propriétaire n’ayant pas bronché.

— Bah quoi ? S’exclama Shad aux spectateurs, il a dit qu’il tirait à trois, j’ai tiré à deux. Fallait être plus malin.

Dans son dos, le barman éclata de rire.

— Elle est bonne celle-là. Quel dommage, vraiment.

— Qu’est-ce qui est dommage ? Demanda le Zantry en se tournant vers lui, intrigué.

Voyant le patron sortir subrepticement quelque chose de sous son tablier, il comprit qu’il ne s’agissait pas d’un ouvre-bouteille.

Pour ce duel, en revanche, aucun voisin n’était présent pour l’épauler.

— Ce n’est que du menu fretin.

Mark logea une balle dans le crâne du dernier membre des Ombres Pourpres qui leur barrait la route et la voie fut dégagée.

Le capitaine de la Compagnie de l’Azur sembla toutefois perplexe.

— Les mercenaires restés ici étaient tous, ou presque, de jeunes membres sans expérience et sans grande habileté, dit l’Humain, leur but était uniquement de nous freiner. Shenin savait à l’avance qu’ils ne survivraient pas et resteraient là pour mourir.

— Je commence à ne plus pouvoir le voir en peinture, celui-là, s’exclama Bergins en grognant, pour lui, la vie d’une personne est tellement insignifiante.

— Elle l’a toujours été, répliqua Mark, lorsque nous travaillions ensemble, il n’hésitait pas à abattre des innocents sur sa route. Nous avions un style très différent.

— Et pourtant, dit Dicey, vous êtes longtemps resté son coéquipier.

— Nous formions une bonne équipe, expliqua le mercenaire, malgré nos disparités, nous étions très efficaces sur le terrain. De plus, nous étions jeunes et fougueux. J’ai grandi à ses côtés et beaucoup appris. Je ne regrette pas du tout cette période. Je regrette ce qu’il est devenu. Le mauvais côté de sa personnalité a finalement pris le dessus.

Le ton de l’Humain était nostalgique. Mais ses yeux brillaient encore de la flamme de ses débuts, mais il semblait attristé.

Le groupe arriva dans une salle remplie d’étagères sur lesquelles reposaient des rations impressionnantes de nourriture, ainsi qu’un bureau vide, muni d’un ordinateur éteint. Mark se rapprocha.

— C’est sûrement ici que Shalloon effectuait ses recherches. Avec toutes ces provisions, il avait de quoi tenir des années.

— Tentons de voir ce que cache son ordinateur, proposa Dicey.

Ce dernier se dirigea vers la machine et commença à tapoter l’écran. Mais leur espoir fut de courte durée. L’ordinateur avait été entièrement vidé de ses données. Plus rien ne figurait à l’intérieur de la machine. Pas de disque. Pas de trace. Le néant.

— Shalloon a dû les entendre arriver, dit Mark, et a fait en sorte de cacher ses recherches.

— Ou bien les Ombres Pourpres ont récupéré les données, les ont effacés puis l’ont capturé, déclara Bergins, sur un ton grave.

— Dans tous les cas, continua le capitaine de la Compagnie de l’Azur, les Ombres Pourpres voulaient l’empêcher de parler.

— Ses recherches avaient-elles abouti ? demanda Dicey.

— Même sans ses recherches, répondit Mark, Shalloon était la personne dont nous avions besoin. Sa présence seule nous aurait suffi pour gagner la confiance du Conseil.

— Qu’a-t-il de si important ? S’exclamèrent en choeur les deux autres.

— Shalloon est le seul et unique survivant de l’attaque inconnue sur Frist, dit l’Humain avec un sourire.

Au même moment, le ComDev de ce dernier se mit à vibrer, et le visage de l’ambassadeur Nelin apparut. Celui-ci paraissait à la fois affolé et excité. Il s’écria.

— Mark. Revenez sur Saon avec vos comparses. Immédiatement.

— Que se passe-t-il, ambassadeur ? Interrogea l’Humain, intrigué.

— La partie a déjà commencé.

Le ComDev s’éteignit subitement sur ces mots, laissant les mercenaires dans le flou complet.

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