Chapitre 16 - Confrontations (2/3)

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L’eau ruisselait depuis plusieurs minutes le long de la nuque du capitaine de la Compagnie de l’Azur. L’homme détendit ses muscles et s’étira. La vapeur se déposait petit à petit sur la paroi de la douche.

Cela faisait plusieurs jours que Mark cherchait sans cesse la planète où aurait pu se réfugier son ami, mais impossible de retrouver le nom. Mais le temps commençait à tourner et ils ne pouvaient pas demeurer dans la suite éternellement. Le Conseil ne leur avait laissé qu’un court délai pour faire leurs valises et repartir à la recherche d’informations.

L’Humain éteignit l’eau et sortit de la cabine de douche. Il se sécha et enfila une tenue propre. Mark ouvrit la porte de la salle de bain et rejoignit le salon où se trouvait déjà le reste du groupe. Dicey et Shad étaient avachis sur le canapé et regardait un match de Speedball, tandis que Bergins se tenait près de la baie vitrée, offrant une vue d’ensemble des Quartiers Prime et ses buildings.

Les Quartiers Prime étaient le coeur économique de Saon, et il n’était pas rare de voir de nombreuses navettes aller et venir autour des bâtiments.

Mark s’affala sur le canapé près de Dicey et afficha la carte de la galaxie sur son ComDev, reprenant les recherches. Mais l’homme semblait de plus en plus déconcerté.

— Je suis vraiment désolé, s’exclama-t-il soudainement.

Ses trois acolytes se tournèrent vers lui, sans vraiment comprendre.

— De quoi ? Demanda Bergins.

— C’est moi qui vous ai traîné jusqu’ici, expliqua le mercenaire, et c’est par ma faute si vous êtes encore coincés dans ce merdier.

— Vous nous avez sauvés la vie, rétorqua le colosse, sans votre intervention, nous aurions chacun pris une balle dans la tête de la part de Shenin.

— Vous vous surmenez, capitaine, intervint Dicey, en mettant la main sur l’épaule de Mark.

—Bon sang, s’écria ce dernier, pourquoi est-ce que cette planète ne me revient pas !

Son doigt s’arrêta soudainement sur une petite planète reculée, dont le nom lui semblait étrangement familier. L’homme se leva brusquement du canapé. La carte de la galaxie n’était, heureusement pour lui, qu’un hologramme, autrement elle aurait tout fait voler en éclats.

Shad, Dicey et Bergins furent tous trois intrigués par ce changement d’humeur.

— La voilà ! Fit le capitaine en zoomant avec deux doigts sur la planète, Valitys ! C’est là qu’il est allé. Je me souviens maintenant.

Dicey se leva à son tour.

— Et bien ? Qu’attendons-nous pour nous mettre en route ?

Shad, quant à lui, se recroquevilla sur sa place et ne semblait pas enclin à bouger.

— Je pense que je vais vous laisser y aller sans moi.

Voyant la réaction de son ami, le pilote demanda, inquiet.

— Qu’y-a-t-il Shad ?

— C’est une planète glaciale. Très peu pour moi, merci, répondit le Zantry.

Dicey et Bergins échangèrent un regard, et Mark comprit.

— Que vas-tu faire pendant notre absence ? Tu ne peux pas rester ici, dit le capitaine.

— Je vais me débrouiller, ne vous inquiétez pas pour moi.

L’Humain sourit, non sans un remord de laisser le Zantry seul alors qu’il aurait pu se révéler un puissant allié. Mais il faisait malheureusement partie de ces Zantrys qui craignaient le froid.

Comprenant la décision de leur ami, les trois autres se hâtèrent de rassembler leurs affaires afin de partir au plus vite. Shad, lui aussi, ramassait ses effets personnels. Il avait réussi à trouver rapidement une petite chambre dans les Quartiers Tiers. Il attendrait là-bas le reste du groupe pendant leur mission.

Alors que chacun s’attelait à préparer son sac à dos, quelqu’un toqua à la porte. Mark ouvrit doucement, et fut surpris de voir l’ambassadeur Falinson, l’air grave, face à lui.

— Falinson ? S’exclama le mercenaire, que faites vous ici ?

L’ambassadeur allait répondre lorsqu’il vit les affaires rangées derrière l’Humain. Son expression changea totalement.

— Et bien, j’étais venu pour vous indiquer de quitter les lieux, mais je vois que vous êtes déjà sur le départ.

— En effet, répondit Mark, nous avons trouvé une nouvelle piste de recherche, nous partons.

— Excellent, dit l’ambassadeur sans pouvoir cacher sa joie.

— Où en sont les recherches sur l’échantillon que je vous ai donné ? Demanda le capitaine de la Compagnie de l’Azur.

— Toujours rien, rétorqua Falinson, cet échantillon est très complexe et nos scientifiques ont du mal à l’analyser.

Mark eut un sourire.

— Attendez un peu et vous verrez qu’il nous donnera raison. Merci pour votre visite en tout cas, ambassadeur Falinson.

— Je vous en prie, fit le Taeil en s’inclinant, en vous souhaitant bonne chance dans vos recherches. A très vite, j’espère, avec de bonnes nouvelles.

Le mercenaire s’inclina légèrement de la tête et referma la porte en regardant l’ambassadeur tourner les talons.

Quelques dizaines de minutes plus tard, tout le monde était prêt pour le départ. Le groupe prit une navette afin de rejoindre la gare et acheta un ticket de train. Comme ils voyageaient en pleine journée, la plupart des gens travaillaient encore, et la gare des Quartiers Prime était donc vide.

Shad prit un billet pour les Quartiers Tiers tandis que le reste acheta celui du HGS. Le train arriva et le groupe put monter et se placer librement. Inconsciemment, ils s’asseyèrent côte-à-côte.

Le train démarra et, en quelques minutes, atteignit le HGS. Mark, Dicey et Bergins durent descendre tandis que Shad resta assis.

Le groupe vit le Zantry leur jeter un regard, seul dans son wagon qui s’éloignait. Sa silhouette fut de plus en plus petite jusqu’à ce qu’elle disparut au premier virage.

Mark mena la marche dans le hangar afin d’aller récupérer le vaisseau que les anciens Ombres Pourpres avaient utilisé pour venir.

Un nouvel objectif s’offrait à eux maintenant : Retrouver l’ami de Mark. Vivant.

— Assez.

La voix était sourde mais ferme. Quelques bulles s’échappaient vers la surface de la bassine d’eau, preuve que Shalloon respirait encore. Mais l’apnée n’avait jamais été son fort.

Il fut remonté violemment par des bras puissants et avala de grandes bouffées d’air, tout en éjectant l’eau de ses poumons.

Il ignorait depuis combien de temps il était retenu ici. Ses ravisseurs prenaient soin de le maintenir dans un état second entre drogue et interrogatoire. Et quels interrogatoires. On lui plongeait la tête sous l’eau pendant plusieurs minutes puis on le forçait à répondre aux mêmes questions. Il avait connu pire comme torture. Celle-ci avait au moins le mérite d’améliorer ses capacités pulmonaires s’il venait à se perdre au milieu de l’océan.

Il ignorait également qui l’avait capturé ni où il était retenu captif. Ses seuls moments de conscience étaient illustrés par un flash lumineux l’aveuglant et l’empêchant de distinguer quoi que ce soit. Le Zantry était toujours attaché à une chaise et retenu par deux colosses, Taeil semblait-il, dont les visages restaient dans l’ombre.

Mais l’ombre était peut-être la clé, selon Shalloon, car il avait reconnu au moins l’un de ses ravisseurs, et tout le reste n’était que logique. La voix rauque et ferme qui donnait les ordres et posait les questions était celle de Shenin, le capitaine des Ombres Pourpres. Cette vermine s’était alliée en secret aux Éphémères et cherchait à leur offrir la galaxie sur un plateau d’argent. Cet énergumène était la honte des Zantrys. Jamais le scientifique ne coopérerait avec une telle racaille. Qu’on le noie, son secret restera enfoui dans les tréfonds avec lui.

La lumière l’éblouissait toujours autant, mais il entendait distinctement maintenant. Shenin semblait perdre patience.

— Je vais le répéter, docteur, mais j’ai mes limites. Un jour, vous plierez.

— Si vous le dites, rétorqua le scientifique.

— Maintenant, répondez-moi, reprit le capitaine des Ombres Pourpres, où avez-vous caché vos données ? Mes hommes ont infiltré votre ordinateur mais celui-ci a été vidé.

— Quel dommage. Avec le coup que votre mercenaire m’a porté, j’ai quelques trous de mémoire.

Le ton sarcastique de Shalloon semblait avoir l’effet escompté. Le Zantry jouait avec les nerfs de son adversaire et ce dernier monta de volume.

— Devrais-je lui demander de recommencer ? Peut-être que vos neurones se remettront en place ainsi ?

— Tout dépend. Les frais de dentition sont-ils remboursés par la maison ? J’aimerais ne pas avoir à finir ma vie avec une paille.

—C’est dans une tombe que vous la finirez si vous ne coopérez pas ! Hurla Shenin en tapant du poing sur une surface lisse et dur, comme une table.

Sans lui laisser aucun moment de répit, la tête de Shalloon fut de nouveau plongée dans la bassine. Il eut à peine le temps de prendre son souffle, aussi suffoqua-t-il rapidement sous l’eau. Les bulles se faisaient de plus en plus rapides mais la pression exercée sur sa nuque ne faiblissait pas.

Les Ombres Pourpres le laisseraient-ils ainsi à une mort si ridicule ? Il en doutait.

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