Chapitre 9 - Fantômes du Passé (2/3)

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Le cliquetis des chaînes réveilla Denita qui ouvrit faiblement les yeux.

— Elle reprend connaissance, dit une voix d'homme étouffée que Denita ne reconnaissait pas.

La salle dans laquelle elle se trouvait était vide. Une vitre se trouvait face à elle, et un groupe de Taeils et d'Humains en blouse la fixaient pendant qu'elle essayait de comprendre la situation.

Elle était nue et enchaînée au niveau des poigners et des chevilles. Des marques figuraient sur sa peau d'émeraude et elle ressentait des douleurs dans son entrejambe. A l'évidence, elle avait été violée pendant qu'elle était encore inconsciente.

A travers la vitre, elle pouvait voir, derrière le groupe d'hommes, d'autres cellules contenant des Swatrozis attachés comme elle. L'organisation de la pièce laissait deviner qu'ils n'étaient plus dans un vaisseau mais bien sur la terre ferme.

Denita exerça une pression sur ces chaînes mais rien n'y fit. Sous leur apparence rouillée, celles-ci étaient bien solides.

— Je me demande quelles sont ses pouvoirs, dit l'un des Humains, qui portait des lunettes.

— Les tests nous le révéleront bien assez tôt.

Les oreilles de Denita s'agitèrent. Elle connaissait cette voix. C'était celle de l'esclavagiste Taeil. Elle ne l'avait pas remarqué en se réveillant, mais un morceau de peau lui avait été prélevé au niveau du bras droit. Du sang lui avait été également pris dans une veine du bras gauche.

Denita ne savait pas depuis combien de temps elle était retenue captive ici. Bien que les Swatrozis avaient, en temps normal, une certaine robustesse et beaucoup d'énergie, elle se sentait épuisée. Ses yeux clignaient de plus en plus rapidement et sa vision commençait à se brouiller.

Elle continuait à fixer le groupe en face d'elle, vraisemblablement des scientifiques, avec un air agressif, mais les muscles de son visage se détendirent sans qu'elle ne puisse rien faire. Sa bouche s'entrouvrit légèrement.

— On a peut-être un peu trop forcé la dose de sédatifs sur elle, dit un Taeil.

Avant de pouvoir récolter plus d'informations, la Swatrozi ferma les yeux et perdit de nouveau connaissance, le dos voûté, impossible de soulever sa tête qui lui semblait peser une tonne. Les voix des scientifiques ne furent bientôt plus que des échos lointains.

***

Un flash de lumière blanchâtre traversa son esprit et Denita en fut aveuglée. Elle ouvrit difficilement les yeux. Des néons gigantesques étaient accrochés à quelques centimètres d'elle, l'éclairant en plein visage.

Elle sentit du tissu frotter sur sa peau. Ces scientifiques avaient enfin eu la bonne idée de l'habiller. Ses bras et ses jambes étaient toutefois toujours immobilisés par des sangles. Une aubaine pour elle, qui pouvait liquéfier ses membres.

Un Humain en blouse écarta les néons, qui appartenaient en réalité à une lampe de table d'opération, et s'approcha de la Swatrozi, un carnet à la main. Denita reconnut là l'un des hommes qui s'étaient trouvés derrière la vitre de sa cellule.

— Bien dormi ? Demanda-t-il avec un sourire.

— Qu'est-ce que je fais ici ? Envoya la jeune femme, assez peu enclin à faire de l'humour étant donné sa situation présente.

— Allons, allons, dit l'homme en voulant calmer le jeu, pourquoi tant de véhémence ? N'êtes-vous pas contente de revenir chez vous ?

— Chez moi ?

— Oui, chez vous. Nous sommes actuellement sur Obissar.

Denita écarquilla les yeux. Elle n'arrivait pas à y croire. La planète de son enfance, verdoyante et vivifiante, mise à sac par les esclavagistes. Pourquoi le Taeil l'avait-elle ramenée ici ?

L'Humain vit le visage décomposé de la Swatrozi et ne put s'empêcher de rire.

— Oui, je peux vous comprendre, cela fait un choc, n'est-ce-pas ?

Il avait posé cette question de manière rhétorique, sachant pertinemment que Denita était encore trop sonnée par la nouvelle pour répondre. Le scientifique reprit donc.

— La question qui vous vient actuellement à l'esprit est : Pourquoi vous avoir amener ici ? Je me trompe ?

— Non, marmonna Denita en bougeant à peine les lèvres.

L'Humain parut enchanté d'entendre les réponses qu'il attendait , car cela lui permettait de déclamer une explication claire qu'il semblait avoir préparé pour un discours.

— Voyez-vous, lorsque le Docteur Friedrichson...

— Le Docteur Friedrichson ? Le coupa Denita.

— Oui, ce Taeil aux longues moustaches qui vous a récupéré sur Mosmo Era. Cet homme est chercheur en biologie, et spécialisé dans la mutation génétique.

— Ce monstre n'est pas un esclavagiste ? S'exclama la Swatrozi.

— Du tout, dit l'Humain, qui semblait avoir une très grande admiration pour le Taeil, ce « monstre », comme vous dîtes, n'utilisait l'esclavagisme que comme couverture pour infiltrer les sociétés dont il avait besoin. Mais ce grand homme ne se bat en réalité que pour la science.

Denita avait du mal à avaler le fait que l'abomination qui avait détruit son enfance était en réalité un scientifique très réputé.

— Qu'en-est-t-il de lui, donc ? S'enquerra la Swatrozi.

L'Humain fut ravi de continuer son histoire. Un grand sourire se dessina sur son visage et il leva les sourcils.

— Lorsque le Docteur Friedrichson, donc, est arrivé sur Obissar, il avait déjà fait tout son plan en tête : Cette planète lui servirait de quartier général pour ses expériences.

— Quelles expériences ? S'affola Denita.

— Allons, vous ne suivez pas, mademoiselle, Le Docteur Friedrichson est expert en mutation génétique. Imaginez donc quelle était sa joie lorsqu'il a atterri sur cette jolie petite planète habitée par des Swatrozis, ce peuple même qui fut issu d'une mutation génétique.

Denita était en train d'assembler les pièces du puzzle dans son esprit, mais la réalité à laquelle elle faisait face était encore pire que le mensonge dans lequel elle avait grandi.

— Attendez... Cela signifie que...

— Bingo ! S'exclama le scientifique en claquant des doigts. Le Docteur Friedrichson n'a pas transformé les habitants d'Obissar en esclaves mais en cobayes pour ses expériences sur la mutation génétique. Au cours de ces dix dernières années, il a récolté des milliers, voir des millions d'échantillons afin de pouvoir les étudier. Si j'ai bien cru comprendre, vos parents étaient présents lors de cette petite récolte.

Denita avait la sensation que le monde s'écroulait autour d'elle. La colère faisait battre son coeur tellement fort qu'il résonnait contre ses tympans et la rage lui montait les larmes aux yeux, mais elle n'osait pas pleurer devant ce scientifique de malheur.

Un détail, toutefois, resta sombre aux yeux de la Swatrozi.

— S'il effectuait des expériences ici, alors que faisait-il sur Mosmo Era ?

L'homme parut légèrement gêné, comme lorsqu'une institutrice interroge un élève qui n'a pas la bonne réponse.

— Malheureusement, pour cette question, je n'ai pas la réponse. Il arrive que le Docteur Friedrichson parte seul, ou en petit comité, vers une destination que lui seul connaît pour y faire je ne sais quoi pendant une durée indéterminée. Cela faisait plusieurs années qu'il se trouvait sur Mosmo Era avant de revenir subitement et de vous amener avec lui dans sa navette.

— Étrange, souleva la Swatrozi.

— C'est ainsi. Je ne suis qu'un scientifique, je n'ai pas à me mêler des affaires du Docteur Friedrichson.

Denita s'enquerra d'un autre point.

— D'ailleurs, pourquoi m'a-t-on violée ?

Le scientifique fut à nouveau gêné par la question.

— Ah... Je suis vraiment navré pour ce désagrément. Lorsque les hommes vous ont amené au laboratoire, vous étiez nue, et ils semblaient avoir déjà profité de vous pendant le vol. Vous savez comment sont les mercenaires.

Il avait terminé sa phrase avec un rire nerveux, comme s'il souhaitait enjoliver l'acte. Mais Denita, n'ayant travaillé que chez les Ombres Pourpres qui, pour la grande majorité, étaient des soldats respectueux, répondit sur un ton ironique.

— Non, je ne sais pas.

La Swatrozi avait une dernière question qui lui traversait l'esprit, car enfermé comme elle était, elle était incapable de voir l'extérieur et la lumière du jour. Elle demanda donc.

— Depuis combien de temps suis-je enfermée ?

L'Humain était maintenant dos à elle et avait commencé à s'affairer sans que Denita ne puisse voir quoi que ce soit. Il répondit cette fois-ci avec une voix bien différente de celle d'avant. Il parlait maintenant sur un ton ferme et maîtrisé, qui glaça le sang de la Swatrozi.

— Cela, je ne peux pas vous le dévoiler. Mais je vous conseillerais de ne pas trop vous en soucier. Le temps, ici, n'est pas tellement une unité qui vous sera nécessaire. Sachez juste que vous resterez avec nous longtemps. Très longtemps...

Ces derniers mots avaient fait écho dans la salle et pénétrèrent dans le cerveau de Denita qui voulut crier. Le scientifique se retourna et l'expression de son visage était terrifiante. Il n'avait plus rien de l'homme enjoué que Denita avait vu lors de son réveil.

L'Humain tenait une seringue dans sa main droite et se rapprochait dangereusement. Denita voulut hurler mais aucun son ne sortit de sa bouche. Elle tenta de liquéfier ses membres afin de se libérer des sangles de la table d'opération mais rien de ne passa.

Le scientifique eut un rire sardonique et approcha ses minces lèvres près de l'oreille de la Swatrozi.

— Le gêne de votre pouvoir vous a été retiré à votre arrivée afin que nous puissions l'étudier dans les moindres détails. Tous vos efforts pour vous échapper seront vains, alors détendez-vous.

En même temps qu'il tentait de la calmer avec une voix mielleuse, l'homme saisit fermement le bras gauche de la Swatrozi et lui planta la seringue dans le biceps.

Denita comprit rapidement que la piqûre n'était rien d'autre qu'un puissant sédatif car elle se sentit partir loin. Sa vue se brouilla et elle ferma les yeux au rythme du scientifique qui répétait inlassablement en lui chuchotant dans l'oreille.

— Détendez-vous... Détendez-vous...

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