Chapitre 5 - Edward (1/4)

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Le troisième jour fut le plus rude. La tempête, absente durant le début de leur voyage, avait décidé de se lever tôt ce matin-là. Le groupe put profiter d'un petit-déjeuner calme durant l'aube mais fut rapidement ralenti peu avant midi. La tempête de sable les empêchait de voir le soleil et, de ce fait, de compter sur leur seul moyen de progresser en sécurité dans la bonne direction.

— Nous devrions nous arrêter et nous abriter quelque part le temps que la tempête se termine, proposa Bergins, les joues recouvertes d'une fine couche de sable qui s'accrochait à sa barbe naissante.

— Tu l'as dis toi-même, rétorqua Denita, il n'y a pas d'abri dans ce désert. Même une dune ne pourrait pas nous protéger.

— Mais nous avançons à l'aveuglette, s'exclama Shad, si ça se trouve, nous avons rebroussé chemin sans le savoir.

Bergins s'arrêta net et posa son sac sur le sol.

— Bon, et bien restons-ici et recroquevillons-nous au sol comme des cailloux jusqu'à ce que la tempête cesse.

Shad et Dicey l'avaient suivi, mais Denita avait poursuivi son chemin après un regard de dédain en direction du colosse.

— Je vois quelque chose enfoui dans le sable là-bas, dit-elle. »

Le Zantry remit aussitôt son sac sur ses épaules et se mit au pas de course pour rattraper la Swatrozi.

— Tout bien réfléchi, je viens avec toi.

— Ah ? S'étonna Denita en lançant le même regard à Shad qu'elle avait lancé à Bergins.

Elle pensait que la cupidité des Zantrys n'était qu'un stéréotype. Il semblait que non, pensa-telle.

— C'est soit ça, soit je fais le caillou avec les deux Humains, expliqua Shad, quitte à choisir, je préfère la surprise de la trouvaille dans le sable.

Denita vit Dicey réfléchir un moment puis les rejoindre en haletant, laissant Bergins seul, avec son sac posé au sol, qui rétrécissait au fur et à mesure que la Swatrozi et ses deux compères s'éloignaient.

Malgré la violente tempête, les yeux Swatrozis de Denita distinguaient une lueur au loin. L'objet enfoui était circulaire et argenté. Derrière elle, Shad et Dicey se bloquaient le visage avec leurs mains pour éviter d'être aveuglé, tout en entrouvrant à peine les yeux, ce qui les empêchaient de voir de toute façon.

En s'approchant un peu plus, Denita remarqua qu'une paroi dentée bordait l'extrémité de l'objet. Intriguée, elle arriva à son niveau et tendit la main.

— Attention ! Cria Shad derrière elle, c'est un piège !

La Swatrozi n'eut qu'une demi seconde de réaction. La mâchoire dentée se referma soudainement et Denita liquéfia son bras in extremis pour s'en sortir. Le piège claqua et son activation le sortit du sable.

— Qu'est-ce que c'est ? Demanda Denita, encore sous le choc

— Un piège à Grourse, expliqua Shad en arrivant près d'elle, et vu la taille, ça t'aurait arraché tout le bras.

— Un piège à Grourse ? Pourquoi ?

— Pour... Piéger les Grourses ?

Denita regarda le Zantry d'un air dépité face à cette mauvaise blague.

— Certains Swatrozis élèvent des Grourses, dit-elle, on ne les piège pas, quelle idée.

— Et bien il faut croire qu'avoir une grosse bête de compagnie n'est pas du goût de tout le monde, termina Shad de son humour cinglant.

Dicey acquiesça. Il était déjà tombé nez à nez avec un Grourse adulte et s'était promis que cela ne se reproduise plus jamais. Ce genre de créature, habituellement sur quatre pattes, pouvait mesurer jusqu'à huit mètres de haut debout et pouvait peser jusqu'à une tonne de fourrure et de muscle.

— Plus un geste, s'écria une voix.

Le trio tourna aussitôt la tête en direction de la voix et, malgré le sable brouillant leur vision, purent distinguer un jeune Humain, un fusil braqué sur eux. L'Humain se trouvait au sommet de la dune qui leur faisait face et les dominait de toute sa hauteur. Le fusil faisait la même taille qu'un des bras du garçon et celui-ci s'efforçait de rester stable malgré le poids. Au même moment, Bergins les avait rejoint, las d'attendre. Suivant leur regard, il remarqua le garçon.

— Pose ça petit, tu pourrais blesser quelqu'un, dit calmement le colosse.

Le jeune Humain déplaça difficilement son viseur vers Bergins.

— Tu veux être le premier ?

Le regard du concerné ne cilla pas. Il fixait l'enfant d'un air sévère.

— Nous ne sommes pas ici pour te faire du mal. Nous cherchons juste à rejoindre une ville.

— On peut savoir pourquoi ? Demanda sèchement le garçon.

— Notre vaisseau a été sévèrement endommagé, répondit l'Humain, il nous faut un moyen de le réparer pour pouvoir repartir.

L'enfant garda son arme pointée en direction de Bergins pendant quelques secondes. Un silence prit place. Denita fut étonnée par l'honnêteté de Bergins. Les Humains étaient pourtant réputés pour savoir marchander et mentir s'il le fallait. Il ne semblait pas craindre ce garçon. A dire vrai, ils étaient plus nombreux et mieux armés que lui sous leur tenue, et pouvaient facilement le neutraliser si besoin.

Ce dernier finit néanmoins par relever le canon de son fusil puis le rangea sur son épaule.

— Très bien, suivez-moi, s'exclama-t-il.

Le groupe fut quelque peu abasourdi par ce changement soudain d'attitude et resta sur ses gardes tout en rejoignant le garçon qui redescendait de la dune.

De près, l'Humain paraissait plus grand. Ce qu'ils avaient pris pour un enfant était en réalité un adolescent d'une quinzaine d'années aux cheveux bruns et au regard perçant. Ses yeux étaient d'un bleu océan et sa joue gauche était zébrée d'une cicatrice profonde. Son fusil, bien en place sur son épaule, lui arrivait jusqu'aux genoux. Il portait un foulard autour de la tête pour se protéger de la tempête.

Arrivé au niveau de Bergins, le jeune homme tendit la main avec un sourire.

— Désolé pour ces présentations un peu brutales, on est jamais trop prudent ici, avec le nombre de pilleurs que l'on a ces jours-ici.

— Des pilleurs ? Demanda Shad ?

— Ils viennent de l'ouest. C'est un groupe de rebelles qui s'est formé suite à l'arrivée au pouvoir ici du Parfumeur.

— Le Parfumeur ?

— C'est un beau parleur. Il a rallié de nombreux électeurs à sa cause puis il les a tous trahi.

Il a exploité la main d’oeuvre autant qu'il a pu, pour augmenter la production au maximum, et a relancé l'esclavagisme. Certains ouvriers se sont rebellés alors il les a abattus. D'autres se sont insurgés et ont fui la ville. Ils pillent maintenant pour survivre et se cachent dans des grottes dans le désert.

— Pourquoi il s'appelle le Parfumeur ?

— Personne ne connaît son véritable nom, mais il embaume toujours ses vêtements de parfum avant de faire ses discours ou de sortir dans la rue. Les gens ont été attirés par ça et l'ont surnommé le Parfumeur.

Bergins cerna la situation politique dramatique de la planète et un détail l'intrigua.

— Que fais-tu seul ici, alors ? Demanda-t-il, es-tu un pilleur ?

Le sourire disparut sur le visage du garçon et seul le dégoût s'installa. Il commença à marcher et le groupe le suivit.

— Sûrement pas, rétorqua-t-il, j'étais esclave chez le pire être qui soit : Sylfan.

Le garçon dévoila légèrement sa nuque et un serpent doré formant la lettre S était inscrit au fer rouge.

— Travailler pour lui était pire qu'une torture. Il se plaisait à faire souffrir ses employés, l'adolescent pointa la cicatrice sur sa joue, vous voyez ça ? C'est la marque de son fouet infernal. Je me suis échappé dès que j'ai pu et j'ai été me réfugier le plus loin possible dans les montagnes.

Le groupe s'était arrêté de marcher, absorbé par l'histoire déchirante du garçon. Ce dernier parlait avec rage. Son ton montrait toute la haine et le mépris qu'il avait pour cet homme. Brisant l'atmosphère lourde, Denita demanda soudainement.

— C'est toi qui a placé le piège à Grourse ?

— Non madame, répondit spontanément le jeune homme, encore une idée des pilleurs. Probablement pour attraper autre chose que des Grourses, on en trouve pas dans le désert.

— Que faisais-tu près du piège alors ?

— Il faut bien manger. Un piège laissé à l'abandon comme celui-ci est un piège sans maître. Je préfère prendre ce butin que passer des heures à chasser sous la chaleur.

— Tu es malin, petit, lui dit Bergins avec un sourire.

— Je n'ai pas le choix, rétorqua le garçon sur un ton sérieux, c'est peut-être la seule chose qui me permet de survivre ici.

La marche avait repris sur une ambiance beaucoup plus silencieuse. La tempête s'était calmée et un ciel bleu faisait ressortir la carapace dorée du sable. Dicey avait enroulé un vêtement humide autour de sa tête pour résister à la chaleur étouffante. Tous suivaient le garçon sans vraiment savoir où ils allaient. Le pilote se mit à la hauteur de l'adolescent et lui demanda timidement.

— Quel est ton nom ?

— Edward, répondit-il, sans quitter des yeux l'horizon, quels sont les vôtres ?

Chacun se présenta alors à tour de rôle sans ralentir la cadence. Lorsque ce fut au tour de Shad, Edward leur fit un vif signe de se taire et s'accroupir. Il sortit son fusil et colla son ventre contre le sable, puis pointa du doigt l'horizon. Tous l'imitèrent et observèrent.

Non loin de là se trouvait un groupe d'apparence Humaine. Ils étaient torse nu mais leur visage était camouflé par du tissu brun, enroulé comme un voile. Ils étaient armés pour la plupart d'un fusil similaire à celui d'Edward et se déplaçaient sur des monstres de la route.

Deux grosses voitures avec d'énormes pneus qui labouraient les dunes sur leur passage et dégageaient une opaque fumée blanche derrière eux. Le groupe se dirigeait vers un piège à Grourse. Un homme avait la jambe déchiqueté à l'intérieur de celui-ci et le malheureux hurlait de douleur. Une rivière de sang colorait en pourpre le sable chaud sous lui.

Le groupe de pilleurs s'arrêta près de l'homme et du piège. L'un d'eux sauta au dehors d'un des véhicules et surplomba sa victime de toute sa hauteur. Une cigarette à moitié consumée dans la bouche, il tourna la tête en direction du reste de son groupe en souriant.

— Tiens, tiens, on dirait qu'un petit oiseau s'est coincé dans nos filets.

Presque automatiquement, le groupe éclata d'un rire gras général. Une meute de chiens gardée dans la voiture aboyait à l'unisson des rires. Le pauvre homme agonisait toujours au sol, sa jambe droite immobilisée par le piège.

— Pitié ! S'écria-t-il, ne me faîtes pas de mal !

Il implora, les larmes aux yeux, mais le pilleur face à lui n'eut aucune considération. Il appuya avec son pied sur la jambe meurtri du condamné, et un craquement lui déboîta l'os.

L'homme poussa un cri suraigu et le pilleur en profita pour écraser sa cigarette dans la bouche grande ouverte du malheureux puis la lui referma violemment en empoignant sa mâchoire. Le pauvre homme gémissait toujours et des larmes coulaient le long de ses joues.

— Navré monsieur, commença le pilleur sur un ton d'excuse avant de continuer plus fermement, ici c'est nous qui décidons ce que nous avons à faire et à ne pas faire. Nous ne sommes pas à la capitale et vous n'êtes pas le Nauséabond.

Le pilleur empoigna le col de l'homme et remarqua les insignes militaires sur sa veste. Il afficha un sourire carnassier.

— Mais à ce que je vois, vous le connaissez. C'est parfait ça.

Il fit un signe de tête au groupe de pilleurs et ces derniers sortirent l'homme du piège. L'un d'entre eux lui jeta des béquilles.

— Tu vas aller voir ton chef et lui annoncer que le prochain de ses hommes que je croise ici deviendra un repas pour mes chiens. Cela fait plusieurs jours qu'ils n'ont pas mangé et ils adorent le général bien saignant.

Il termina sa phrase avec une petite tape sur la joue du militaire et ce dernier s'enfuit comme il put. Mais sa jambe blessée et les béquilles qui s'enfonçaient dans le sable ne l'aidaient pas...

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