Chapitre 3 - Kasula (1/3)

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Le Kasula haletait en essayant de maintenir un rythme de course régulier. Arrivant près d'un arbre, il saisit l'échelle en bois placée contre son tronc et grimpa. Il repoussait les branches qui lui griffaient la peau pendant son ascension. Il se hissa sur une installation et se remit sur pied. Face à lui se tenait un grand Kasula au visage fermé et orné de traces de peinture autour de ses grands yeux aveugles.

— Alors ? fit ce dernier.

Le nouvel arrivant sursauta et se courba jusqu'à ce que sa tête toucha presque le sol.

— Ils ont eu notre vaisseau, balbutia-t-il, leur navette est de signature Swatrozi, ils ne viennent pas d'ici.

— Des espions ?

— Possible, maître.

Le grand Kasula regarda au loin et le petit retint sa respiration en attendant sa réponse.

— Capturez-les.

Un gros Kasula apparut devant le maître, un fusil à pompe à la main, et dit.

— Ce sera fait, maître Kel-Nox, ils seront là avant la tombée de la nuit.

Kel-Nox prit un air satisfait. Il était curieux de savoir ce que des espions venaient faire sur Pricelia. Ce que les gens avaient appelé « la catastrophe de Frist » les avait probablement attirés. Mais les gens ne comprenaient pas. Ce n'était pas une catastrophe mais un miracle. Bientôt, le monde serait libéré de tous ces politiciens cupides et grassouillets.

Il était temps de changer les choses, et Kel-Nox n'allait certainement pas laisser une bande de mercenaires l'arrêter.

Dicey vit ses trois acolytes se changer en tenues beaucoup moins conventionnelles. Bergins avait quitté sa veste pour enfiler une tunique de tissu marron, Denita avait posé un cercle de fleur sur ses cheveux et Shad s'était couvert d'un pagne.

— Qu'est-ce que vous faites ? s'étonna Dicey.

Tous levèrent la tête vers lui.

— Dans une mission de discrétion, répondit Shad avec un sourire ironique, le principe est, comme son nom l'indique, la discrétion.

— Ce serait impossible de faire nos recherches avec nos tenues de mercenaires, les gens nous repéraient. Il y a aussi une tenue pour toi.

Peu motivé, Dicey jeta un coup d’oeil à la tunique et détourna les yeux.

— Ça ira pour moi, je vais essayer de repérer les dégâts et procéder aux réparations. Je vous attendrais ici.

Ses collègues ne revinrent sur cette décision, et, une fois prêts, sortirent tous de la navette. Dicey fut peu fier de constater que que l'un des réacteurs était bien endommagé. Encore un peu et il aurait été dans l'impossibilité de procéder aux manœuvres d'atterrissage. Il laissa échapper sa frustration.

— Je ne sais pas qui c'était, mais il cherchait à nous abattre. La vache ! Il a pas loupé le réacteur. Ça va me prendre un temps fou pour le réparer.

— Tu es sûr d'avoir tout ce qu'il te faut ?

— Pas de souci là-dessus, j'ai emmené une boîte à outils en cas de pépin comme celui-là. Je devrais pouvoir ressouder les fusibles endommagés.

Bergins enfila une capuche et souria.

— Très bien, nous gardons chacun un ComDev pour communiquer. Fais attention à toi Dicey, si jamais tu as un problème, contacte-nous.

— Je n'y manquerais pas. Bonne chance.

Bergins acquiesça et tourna les talons. Les deux autres le suivirent et le groupe fut rapidement englouti par la forêt qui entourait la navette. Ils avaient tant bien que mal atterri dans une petite clairière au milieu d'une végétation dense et sombre, qui les protégerait de la vue d'autrui et garantirait leur discrétion.

Bergins, Denita et Shad avançaient prudemment à travers la forêt, en direction de la ville de Price, la capitale de Pricelia.

— Cela va nous prendre la journée, je le sens, se plaignait régulièrement Shad, exténué.

— Tais-toi, et contente-toi d'avancer, on y est presque, rétorquait Denita.

Bergins les fit taire d'une main et scruta les alentours. Cette forêt ne lui inspirait pas confiance.

Après environ d'une heure de marche, ils finirent par atteindre les murs de la ville. D'extérieur, celle-ci ressemblait à un camp fortifié fait principalement de bois et de feuillages. Mais de plus près, on pouvait voir de solides pierres soutenir les hautes tours de guet, bien que ces dernières étaient vides. Le groupe en profita pour pénétrer dans l'enceinte de la ville. Les rues étaient désertes et les maisons avaient leurs volets fermés. Cela ne rassura pas les Ombres qui erraient à la recherche d'indices.

Une porte grinça, faisant se retourner soudainement Bergins. Elle venait de se refermer. L'Humain bondit dans sa direction, suivi de Denita et Shad, et cria.

— Monsieur ? Quelqu'un ? Nous ne voulons pas vous faire de mal !

La porta grinça de nouveau pour s'ouvrir timidement. De petits yeux apparurent dans l'embrasure.

— Qui êtes vous ? fit une voix faible.

— Nous sommes étrangers, nous nous sommes égarés sur votre planète.

— On ne s'égare pas ici. Vous êtes venus pour une raison.

— Nous aimerions vous parler un petit moment, pourriez-vous nous accorder un instant ?

La personne hésita un long moment, puis finit par ouvrir sa porte et le groupe entra dans la maison. Modeste, la pièce principale était plutôt petite, mais la cheminée dans laquelle crépitait un bon feu apportait de la chaleur jusque dans les recoins pierreux. La voix appartenait à un Humain, méfiant et usé par l'âge. Il s'assit dans un fauteuil en peau de bêtes et alluma une longue pipe. Il invita le groupe à s'asseoir sur un banc en pierre.

— Alors, fit-il, qu'est-ce qui vous amène sur Pricelia ?

Denita supplia Bergins du regard de ne rien révéler qui pourrait compromettre leur mission, mais celui-ci la calma et commença.

— Nous venons de Saon. Nous étions en mission pour le Conseil lorsque Frist a été décimé. Toutes nos familles ont péri. Nous aimerions savoir s'il était arrivé des choses similaires sur Pricelia, ou si vous aviez des informations à propos de ce qui s'est passé.

— Votre Conseil ne vous a rien dit ? Cela ne m'étonne pas, il ne sait rien.

Bergins fut étonné de cette réponse mais ne manifesta aucune réaction. Il se contenta de baisser la tête.

— Ma mère est morte ce jour-là. J'aimerais pouvoir la venger.

— Vous n'allez rien venger. Vous ne vous ferez que vous faire tuer.

La voix du vieil homme avait un ton ferme et autoritaire, comme celui d'un père sur son enfant. Il leva la tête pour observer la porte puis fit signe au groupe de se rapprocher de lui. Ceux-ci s'accroupirent à ses pieds et tendirent l'oreille. Le vieil homme chuchota.

— Ils sont partout.

Les Ombres échangèrent des regards inquiets.

— Qu'est-ce qui est partout, monsieur ? Demanda Denita.

— Les Kasulas ! Ces créatures de l'enfer ! Ces espèces d'insectes sur deux pattes qui vous observent comme s'ils voulaient vous engloutir !

L'incompréhension grandit. Bergins n'en croyait pas ses yeux.

— Mais monsieur, les Kasulas font parties des espèces qui vivent sous l'autorité du Conseil. Cela fait des siècles que nous vivons en paix avec eux.

— Plus maintenant. Ils se sont regroupés. Ils ont envahi notre planète et ont tué nos femmes et nos enfants.

— Mais pourquoi maintenant ?

— Allez savoir !

On pouvait sentir de la haine dans la voix du vieillard, et du dégoût. Bergins se releva légèrement pour se retrouver face au vieil homme.

— Vous pensez qu'ils sont à l'origine de l'attaque sur Frist ?

— Qui sait ? Ces créatures n'ont pas de coeur. Ils mangent les Humains qu'ils capturent. Ils nous ont tout pris. S'ils vous trouvent ici, vous y passerez aussi !

La détresse se faisait sentir dans sa voix. Au même moment, un bruit sourd retentit.

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