Chapitre 67 : Que la fête commence !

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Gabriel, 33 ans
« Je vais avoir un fils ! »

Kylie et moi nous nous sommes parlé un peu plus tôt et nous avons vite compris qu’elle avait besoin d’une présence paternelle dans sa vie. Celle-ci n’a jamais vraiment eu de père et celui qui était responsable de sa naissance est mort récemment. Il semblerait que je lui rappelle celui-ci et elle se sent toujours très embarrassé lorsqu’elle me voit. Elle me prend pour une version plus grosse et plus grande de son père. Je suis flatté qu’elle me voit comme l’image de son défunt géniteur, mais elle m’a quand même blessé à cause de ses remarques et ses expressions sur ma grosseur. Elle s’est excusée finalement lorsque ses amis sont partis de la table et elle m’a tout raconté.

En ce moment, elle m’enlace, à moitié endormie en attendant que le banquet commence. Elle a si mal dormi la nuit précédente qu’elle ne tient plus debout. Je ne sais pas pourquoi, mais elle me fait rire et je l’aime bien dans le fond. Si elle a tant besoin de ça d’un père dans sa vie, je suis prêt à jouer le jeu pour elle. Je passe donc l’un de mes bras par la taille et je lui fis un baiser sur le front. Scottie, installé en face de nous, trouve cette situation ridicule. Kylie me fait quand même un câlin et sourit bêtement.

— Alors, c’était donc ça le problème ? dit son frère. Elle veut un père ?

— J’en ai bien l’impression, dis-je en ricanant.

— Et dire qu’elle ne voulait rien entendre parler du nôtre quand il était encore vivant.

Flint hausse les épaules, à côté de moi et dit :

— On ne choisit pas nos parents, malheureusement. Les miens n’étaient pas confortables avec tous mes choix de vie mais m’ont toujours aimé malgré tout. Ça me fait penser qu’on n’a pas eu de leurs nouvelles depuis belles lurettes.

— Ils vivent de l’autre côté de la province, ça ne m’étonne pas, dit Estelle. Mamie est probablement trop occupée avec son club de bridge, de toute façon. Papie travaille toujours durement… Il devrait prendre sa retraite.

— Ils font quoi, au juste ? demande Scottie.

— Euh, Papie est le Premier Ministre de Kanto… Mamie est enseignante.

— Ah… J’avais oublié… réplique le jeune homme.

— Quant aux parents de Papa Gabriel… Tu connais déjà mon opinion sur son connard de père… et sa mère… je ne la connais pas. Elle devait être aussi coincée que son mari, si ça se trouve…

— S’il te plaît, ne parle pas d’eux sur ce ton, demande Flint. Pas dans la présence de ton père.

Je secoue la tête avant de répondre :

— Ne t’en fais pas, chéri. Maman est morte à ma naissance. On ne m’a jamais rien dit d’elle et elle était orpheline, d’après les dires de mon père. Mais c’est vrai que Randell était un homme cruel.

— Il aurait quand même pu nous donner signe de vie… grogne-t-elle. J’étais sa petite-fille, après tout !

Flint lâche un regard découragé en observant notre fille, comme s’il essaie de lui faire comprendre un message en la regardant dans les yeux. Celle-ci détourne son attention sur Braségali avec qui elle s’éloigne un instant, afin d’aller s’amuser dans la foule.

— Elle est dans sa crise d’adolescence, ou quoi ? se dit mon chéri en se tournant vers Scottie et Jake.

— Eh… Elle a ses moments, dit Scottie.

— Je crois que c’est le stress, réplique le musicien.

— Elle n’a pas l’habitude de me parler sur ce ton…

— Ça doit être parce qu’elle est habituée à voyager avec eux, dis-je. Nous aussi on était très différents lorsqu’on revenait de nos aventures. Nos parents aussi se sont sentis comme des étrangers, j’en ai bien peur. Laisse-lui un peu de temps, elle étouffe.

— Il n’a pas tort, dit Scottie. On développe tous des habitudes différentes lorsqu’on est sur la route et finalement, retourner à la routine peut parfois nous rendre dingues. C’est pourquoi on avait hâte de partir de chez nous après l’enterrement de notre père biologique. Notre mère était vraiment exigeante.

Mon chéri se lève, attristé, puis s’éloigne alors afin d’aller se servir un verre de punch. Il part ensuite saluer Monsieur Pectorius qui sort de son bâtiment avec d’autres assiettes qu’il va déposer sur les tables du buffet. D’autres habitants de la communauté commencent à apporter avec leurs propres plats. Estelle et Kylie ont préparé un carré aux cerises rien que pour l’occasion et on l’a déjà déposé près des desserts.

— Si Estelle plonge en pleine rébellion, Flint quant à lui frôle la crise de la quarantaine avant son temps, dis-je en me tournant vers les deux autres. Il voit sa vie passer en coup de vent et s’inquiète qu’il est en train de perdre ce qui lui reste de liens avec notre fille.

— Il n’a rien à craindre, dit Jake. Estelle ne parle que de lui en bien.

— Ouais, rajoute Scottie. Monsieur Markios est son héros.

— J’aimerai quand même que Flint comprenne qu’Estelle a besoin de son indépendance. rajouté-je. Il semble vraiment trop insister pour faire des trucs avec elle. Je la comprends un peu… Nous sommes pareils.

— J’étais comme ça avec ma mère jusqu’à ce qu’elle comprenne que j’avais besoin de vivre de mes propres ailes, explique Jake. Je crois qu’Estelle est en train de vivre la même chose.

— Ils ont simplement besoin de faire un gros câlin à Tonton Gabriel… marmonne Kylie, à moitié endormie. Il est confortable…

Je baisse ma tête vers la jumelle de Scottie qui se remet à ronfler et sourit. Drôle de petite. Je commence à m’attacher à elle, bien que nous ayons eu des débuts assez difficiles.

— Et moi, aurais-je le droit de te faire un câlin ? demande Scottie en riant bêtement.

Je fronce des sourcils en l’observant et fait non de la tête.

— Toi, tu te tiens à un mètre loin de moi, jeune homme. Je n’ai pas encore oublié comment tu nous zyeutait dans la baignoire à remous, dis-je.

— Hé ho… Pas juste ! Vous êtes tellement mignons ensemble… me boude-t-il.

— Ouais, mais ça me met mal à l’aise…

— Pardon… réplique-t-il en rougissant.

— On t’a quand même promit de te trouver un petit ami, alors patience.

Il ricane bêtement et opine du chef.

Pendant ce temps, Flint revient avec deux verres à punch sans alcool : un pour moi, un pour lui. Il les dépose près de nos bancs, puis sort une cannette de bière de notre glacière portative.

— Encore en train de flirter avec mon homme ? dit Flint en observant Scottie. Je suis flatté que tu aies les mêmes goûts que moi, mais pas touche, mon garçon.

— Ehhh… Il m’a déjà fait la morale, Monsieur Sexy.

— Tu es beaucoup trop jeune pour moi !

Flint pouffant de rire.

— Pas juste, répète Scottie en lui sortant la langue. J’aime bien les Daddys.

Dans le fond, nous aimons bien Scottie, même si notre relation avec lui est un peu étrange. Il me rappelle mes jeunes années, alors que j’étais inexpérimenté. Je me demande bien si nous allions finir par lui trouver un petit ami. Je tiens toujours à mes promesses, après tout. Flint donne une pichenette sur le nez de Scottie et lui sert une bière. Il en passe une autre à Jake et se tourne vers Kylie.

— Après mûre réflexion, je crois qu’on va éviter d’en donner à ta sœur, dit-il, à l’attention du jeune homme aux cheveux noirs. Elle n’a pas l’air réveillée de toute façon.

— Oui Maman… J’ai mis le Rapasdepic farci dans le fourneau… marmonne Kylie qui retombe endormie en laissant choir son visage sur moi.

— Elle risque de ne pas dormir de la nuit si on ne la réveille pas maintenant, soupire Scottie. Je vais devoir lui mettre un glaçon dans le cou.

— Nah, laisse la faire, dis-je. Elle ne me dérange pas vraiment.

— Si tu le dis…

Les gens commencent à s’assoir à leurs tables alors que Pectorius s’installe au milieu du cercle de combat. Il porte la même sorte de vêtements que la dernière fois, sauf qu’il a du rouge et du blanc partout. Il a aussi un bonnet de Père Noël.

— Salut à tous ! lance-t-il de sa voix puissante. Je suis heureux de vous voir si nombreux pour notre repas annuel de la Veille de Noël ! Mangez et buvez à volonté ! J’espère que vous passerez tous une excellente soirée en familles et entre amis ! Sans plus tarder, je vous invite à venir vous servir. Le bar à breuvages est à ma droite et la fameuse soupe de Mme Nani s’en vient d’ici quelques minutes ! À mes invités de Kanto, n’hésitez pas à rapporter des restes chez vous ! On le fait à chaque année parce qu’on fait beaucoup trop d’excellente bouffe !

Il se met alors à rire en y mettant toute son énergie et sa bonne humeur, puis la foule applaudit celui-ci alors qu’il part rejoindre la table de sa propre famille.

On met de la musique très forte depuis la demeure de Pectorius, afin de rajouter un peu d’ambiance à la soirée. L’extérieur est décoré de couleurs arc-en-ciel avec des jeux de lumières partout et des guirlandes argentées qui reflètent le tout, par-dessus nos tables. Il y a quelques couronnes de houx ici et là, celles qu’on voit un peu partout durant les périodes festives. Il n’y a pas de sapin puisque qu’il n’en pousse presque pas dans cette région, mais la décoration ressemble beaucoup à ce qu’on retrouve durant le nouvel an, dans les soirées de fêtes que j’organise occasionnellement pour les gens qui travaillent pour moi.

Estelle revient s’asseoir près de Jake avec Braségali qui porte à présent un bonnet de Père Noël, lui aussi. Ça semble être distribué partout dans la foule. Je vois des hommes et des femmes qui en portent, ainsi que les enfants. Je souris, alors que j’imagine mon petit Chris avec un bonnet. J’ai tellement hâte qu’il vienne au monde…

Flint semble contrarié que sa fille ne veuille pas s’asseoir près de lui. Il tape nerveusement des doigts près de moi sur la table, et range ses mains dans ses poches avant de se lever pour aller se servir dans le buffet. Scottie et Jake discutent un peu de leur côté alors que Braségali décide de s’éloigner un peu afin d’aller chasser.

— Faudrait vraiment que t’aies une conversation avec Flint, dis-je en me tournant vers Estelle. Il n’est pas lui-même depuis quelques heures.

— S’il a quelque chose à me dire, qu’il me le dise en pleine face, réplique-t-elle, blasée. Il n’approuve pas certains de mes choix, c’est son droit. Mais il m’a fait sentir comme si je n’avais pas le droit d’être qui je suis, ces derniers jours…

— Tu es quand même sa fille. Il s’inquiète pour toi et votre relation.

— Il n’a pas à s’inquiéter pour moi, je suis assez grande pour me débrouiller toute seule.

— Ouais, mais c’est ton père… mentionne Jake qui se tourne vers elle.

Elle roule des yeux, puis se croise les bras en soupirant. Elle est de mauvais poil. Ça ne semble vraiment pas s’améliorer pour ces deux-là. Leur relation est rapidement en train de s’effriter à chaque minute. Ça me fait de la peine de les voir aussi froids l’un envers l’autre, à cause de la conversation de toute à l’heure.

Estelle a l’air d’en vouloir beaucoup à mon père de ne pas l’avoir acceptée dans sa vie. Je la comprends. Randell était détestable. Mais je crois surtout qu’elle prend ses distances avec Flint parce qu’il n’arrêtait pas de lui faire plusieurs demandes et qu’il essaie souvent de la corriger depuis que nous sommes arrivés à Alola. Mon chéri doit apprendre à laisser sa fille tranquille. Elle est en train de suffoquer.

— Quand il arrêtera de me prendre pour une fillette, j’arrêterai de le bouder, grogne-t-elle.

— Ah, ce n’est que ça, dit Scottie. Nos parents sont tous pareils, dans le fond. Combien de fois ma mère nous a humiliés, Ky’ et moi ?

— Ouais, la mienne me prend encore pour le petit bonhomme qui jouait avec ses trains et ses chemins de fers en plastique, déclare Jake.

— Malgré tout, c’est ton père et il t’aime, rajouté-je.

En même temps, Estelle est dans une période de transition entre la vie d’adolescence et la vie d’adulte. Elle a tous les droits de revendiquer son indépendance et de s’exprimer comme elle le souhaite. J’imagine que mon chéri l’imagine encore comme sa petite princesse modèle qu’il apportait tout le temps dans ses soirées privées. Non seulement c’est embarrassant pour elle, mais c’est aussi une période de sa vie qu’elle ne souhaite plus revivre.

Flint m’a mentionné plusieurs fois déjà qu’elle commençait à s’ennuyer durant les réceptions, bien avant qu’elle ne commence son voyage initiatique pour capturer ses Pokémon.

En parlant du loup, il revient à notre table avec une assiette remplie d’hors d’œuvres et de petits sandwichs. C’est au tour de Scottie et Jake de se lever. Estelle fait de même et part les rejoindre.

— Tu sais quoi, je n’ai plus faim. Je rentre chez nous, dit mon fiancé en poussant son assiette vers moi. Ne rentrez pas trop tard.

Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, il ramasse sa canette de bière et s’éloigne vers la Route 1. Il est tellement découragé et dégoûté par la situation qu’il préfère éviter le regard de notre fille pour le reste du réveillon. Cette soirée avait pourtant si bien démarré… Quel gâchis.

— J’vais lui parler… baille Kylie, qui vient de comprendre ce qui est en train de se passer. Estelle va trop loin avec cette attitude.

— Ah, t’es réveillée, toi ? demandé-je. Ca ne serait pas mieux que tu retournes te coucher pendant qu’on mange ?

— Nan, ça ira, rajoute celle-ci en se frottant les yeux. Va parler avec Flint.

— Je ne pense pas que ça soit une bonne idée. Je vais le laisser décompresser avant. Il est colérique après tout.

— Ah… Estelle tient cette attitude de lui, dans ce cas.

Kylie se fout des baffes au visage, puis se lève du siège avant de tomber par terre. Apeuré, je me tourne vers elle et je remarque qu’elle ne saigne pas. Elle a les fesses pointées vers le ciel, le visage écrasé sur le côté gauche, puis elle bave au sol, comme si rien de tout cela ne s’était produit. À ma grande surprise, elle commence à ronfler très fort.

Cette fille… Elle va finir par me donner une crise cardiaque.

J’essuie rapidement la sueur qui me coule le long de mon front, alors que les autres jeunes reviennent à table.

¤*¤*¤

Flint, 32 ans
Père nostalgique

J’ai peu envie de rester à Lili’i avec Estelle qui me fait la tête. J’ouvre ma canette de bière en marchant en direction de notre chalet et remarque Braségali dans les hautes herbes, qui dévora un Chenipan avant de jeter certains déchets de sa gueule. C’est toujours dégoûtant de voir les Pokémon s’entretuer et dévorer leurs proies, mais au fil des années, j’ai commencé à me faire une carapace afin de passer à travers tout ça. Le Pokémon de ma fille se relève et essuie son bec et fait volte-face lorsqu’il entend mes bruits de pas. Je vois ses yeux briller aux rayons de la lune et m’arrête devant un panneau qui affichait le numéro de la route.

— Au moins, toi tu t’amuses, dis-je en laissant ma tête tomber brusquement en direction de ma poitrine. Parfois j’envie les Pokémon… Je me demande comment c’est de parcourir les hautes herbes et de dévorer ses proies comme tu le fais. J’imagine que toute cette liberté te plait…

— Gali ? fait le Pokémon en clignant des yeux.

— Évidemment, tu ne peux pas comprendre. T’es pas un humain comme moi et les trucs d’humains, ça ne te concerne pas.

Je m’appuie sur le panneau en admirant son plumage, Estelle prend bien soin de le nettoyer chaque jour et il est en parfaite santé. Il est un peu ridicule avec son bonnet, par contre. Je me demande s’il va bientôt le retirer.

Il s’approche de moi et pointe ma canette, avec curiosité. Il renifle un bon coup et chiquenaude celle-ci d’une griffe.

— Je ne crois pas que ça soit une bonne idée pour toi de consommer de l’alcool, dis-je au Braségali. Tu es un Pokémon Feu et les Pokémon, ça ne boit pas d’alcool. Eh… Minute… Qu’est-ce que…

Braségali ne m’écoute pas et me prend la canette des mains. Je veux bien croire qu’il a soif, mais il risque de se faire mal en buvant ça. Je m’apprête à l’arrêter lorsqu’il avale plusieurs gorgées. Il lâche aussitôt la canette qui lui tombe des pattes, puis lâche un énorme cri de guerre avant de cracher une énorme flamme dans les airs. Cette flamme atteint presque les nuages tellement le jet est puissant. Je cligne des yeux et réalise que certaines de mes mèches de cheveux ont pris feu. J’éteins celles-ci rapidement et soupire. Braségali éructe un nuage de fumée, de son côté.

— Écoute-moi, la prochaine fois, grondé-je celui-ci. T’as failli te tuer.

Il hocha la tête et prend une posture timide. Je décide de le raccompagner au chalet afin qu’il puisse boire un peu d’eau. Il a encore soif, mais cette bière n’était vraiment pas faite pour lui. J’ai aussi du poisson dans le frigo que je compte faire chauffer au four micro-ondes. Je crois que je vais le partager avec lui. Il décide de me suivre, sachant qu’il a commis une bêtise. Il s’en veut probablement de m’avoir manqué de respect, mais aussi de ne pas m’avoir écouté.

— Tu es un brave Pokémon, dis-je. Mais un peu trop casse-cou.

— Gali, gali… réplique le Pokémon de ma fille, honteusement.

— Tu sais, Estelle compte sur toi pour la protéger. Va falloir que tu sois un peu plus prudent… Peux-tu m’en faire la promesse ?

Il hoche la tête et me suit en silence.

Lorsque nous entrons au chalet, je lui fais couler une tasse de thé, puisqu’il adore en boire et je fais réchauffer le Poissoroy que j’ai acheté à la poissonnerie, hier même. Celui-ci était déjà mort lorsque je l’ai acheté, donc ça ne me gêne pas du tout d’en manger. Il était assez gros pour deux gros repas, puis quelques restes. J’ai partagé la plupart de celui-ci avec Gabriel et Scottie. Estelle n’aime pas vraiment le poisson, sauf si c’est du sushi, et Kylie était sortie manger avec Jake à un restaurant.

Braségali huma l’odeur du poisson lorsque je le sors du four micro-ondes. J’ai donc décidé d’en mettre un peu dans une petite assiette afin qu’il y goûte. On l’a rôti hier avec des oignons et du persil. Excellent repas avec des pommes de terre fraîches. Pendant ce temps, la bouilloire commence à siffler et j’ôte celle-ci du feu.

— Tu prends quoi comme thé ? Earl Grey ? Menthe ? J’ai aussi une tisane à la pomme et cannelle… dis-je en fouillant dans le bol que Jake a laissé sur le comptoir. Celle-là sent bizarrement les fleurs de champs…

Le Pokémon choisit une pochette au mélange Masala Chaï, le genre qu’on retrouve dans les pays chauds. Très populaire sur cette île. Alors que je mélange le thé pour lui, il dévore le poisson sans même s’asseoir. J’oublie que ce n’est qu’un animal, bien qu’il soit très social.

— Maintenant tu ne pourras pas me dire que je ne te gâte pas, formulé-je. T’as pas envie d’aller retrouver les autres à la fête ?

Il secoue la tête, puis s’installe en califourchon près du comptoir. Je crois qu’il se met dans cette position lorsqu’il entre en méditation. Estelle m’a dit de ne pas le déranger lorsque ça arrive. Je lui mets donc la tasse de thé à côté de lui, il ferma ses yeux un moment, puis les rouvre pour ramasser la tasse qu’il porte près de son bec. Il hume l’odeur et pousse un roucoulement pour afficher sa gratitude. Au moins, lui n’a pas l’air de me détester ce soir.

Je m’approche donc du divan du salon, où je décide de m’asseoir avec l’assiette du poisson que je me suis préparé. J’allume la télé et tombe sur la parade du Père Noël qui se déroule présentement à Kanto. On est en pleine nuit ici, donc c’est le jour là-bas. Je crois qu’ils filment tout ça à Safrania. Je reconnais quelques têtes dans la foule, ainsi que les journalistes qui ont souvent voyagé à travers ma compagnie.

Je replonge alors dans mes souvenirs, alors que j’avais à une certaine époque Estelle sur mes genoux et qu’elle était émerveillée par ce qu’elle voyait à la télévision. Elle adorait autrefois ces parades et visionnait celles-ci avec moi. Plus elle a vieilli, moins elle s’intéressait à ces choses.

Ces souvenirs éveillent en moi une douleur profonde. Je perds mon appétit et dépose mon assiette sur la petite table en vitre devant moi. Sur le coup, je verse quelques larmes. Où ai-je failli à mon devoir de père au point que ma propre fille m’en veuille à ce point ?

¤*¤*¤

Yuki, 16 ans
Coordinatrice en rémission

Cet après-midi, j’assiste à une rencontre en groupe avec des hommes et des femmes qui sont tous victimes de violence conjugales. Nous sommes au moins une vingtaine et le psychologue qui nous consulte est celui qui prend soin de moi à l’hôpital. Je ne suis plus sous intraveineuses et je peux recommencer à parler. J’ai repris des forces rapidement.

Mes parents sont à l’hôtel où ils ont décidés de me préparer une surprise puisque demain c’est Noël et nous repartons pour Kalos. Akira a décidé de nous suivre. Pour cette raison il est prêt à rembourser mes parents pour son billet d’avion. Ces derniers ne semblent pas vouloir de son argent, mais il se sent quand même perturbé par leur générosité.

Une femme sur cinq sera un jour victime d’abus verbal, violence physique ou bien de viol, d’après ce que dit notre thérapeute. Ce n’est pas de notre faute si ces gens nous attaquent personnellement. Il y a des fous partout. Ce groupe de soutien me fait réaliser à quel point la souffrance des autres passe souvent trop inaperçue, parce qu’on a peur de se dévoiler. J’ai déjà parlé de mon histoire et j’ai entendu quelques reniflements autour de moi, certaines de ces personnes se reconnaissent dans mes mots, même si nous avions tous des parcours différents.

Un père de famille nous parle en ce moment, il a été torturé vif par ses parents biologiques durant des années avant d’être adopté par sa tante. Il conserve toujours des séquelles de ces évènements alors que ça s’est passé de nombreuses années plus tôt. Il a réussi à se marier et à avoir une enfant avec son épouse, mais les cauchemars n’arrêtent pas de revenir.

Je comprends ce sentiment. Il soulève les manches de son chandail afin de nous révéler ses nombreuses cicatrices de cigarettes sur la peau qui ont blanchi avec le temps.

Une femme à côté de moi se met à pleurer nerveusement en couvrant sa bouche. Elle aussi a été victime de violence de ce genre. Elle se lève et l’applaudit de son courage. Nous faisons tous de même.

L’une des femmes de ce groupe s’est fait jeter de l’acide au visage et porte désormais un voile qui recouvre la moitié de celui-ci. Son ex-mari s’est ensuite tiré une balle dans la tête et elle a refait sa vie avec une femme avec qui elle vit des jours plus heureux avec leur fils adoptif. Elle doit avoir plus de quarante ans.

Toutes ces histoires, elles sont si horribles, mais ces gens sont tous ici, vivants et luttent pour leur bonheur. Ils sont si inspirants…

Après cette rencontre avec tous ces gens, nous sommes invités pour discuter entre nous et témoigner de la sympathie pour les autres si nous le souhaitons. Il y avait un buffet à salades et boissons où nous pouvons nous servir. C’est une rencontre chaleureuse et amicale pour nous tous, des survivants. C’est ainsi qu’on se décrit. Nous sommes tous des survivants et nous méritons de vivre. C’est notre devise. C’est ma première rencontre dans ce groupe, mais je crois que je vais revenir, une fois que je reviendrai de Kalos pour encourager Akira à la Ligue Pokémon. Ce psychologue veut notre bien après tout et il m’a beaucoup aidé depuis ma tentative de suicide.

— J’espère que cet homme purgera une longue sentence, dit une vieille dame qui me serra la main. Sois fière de ton parcours, ma petite. Tu as toute une vie qui t’attends à partir de maintenant.

Cette dame, elle était victime d’un mari violent qui la battait jours et nuits, il y a trente ans. Elle est l’une des plus grandes alliées de ce groupe de soutien et vient ici depuis au moins une vingtaine d’années. Les gens ici la surnommaient Mamie Laurence car elle nous prend tous pour ses petits-enfants. Le psychologue de notre groupe semble apprécier sa présence, bien qu’il soit plus jeune que son prédécesseur. Il semblerait qu’il ait pris la relève de ce groupe après que son mentor ait pris sa retraite.

— J’ai surtout beaucoup de chemin à faire, dis-je à Mamie Laurence. Faut que je me fasse pardonner pour toutes les idioties que j’ai faites…

— Chaque chose en son temps, jeune fille, dit-elle. On commet tous des erreurs et on apprend tous de celles-ci.

— Vous avez raison. Je devrais me montrer un peu plus patiente envers moi-même, même si je sais que j’ai tant à faire…

— Commencez par faire de petites choses qui vous redonnerons envie de sourire, me propose-t-elle, souriante. Vous associez à ce genre de groupe est une bonne chose, après tout. Il vous permettra de vous libérer.

— Il est vrai que j’aime bien l’ambiance, toutefois je repars pour Kalos demain. Je vais poursuivre ma thérapie avec un vieil ami de travail de Monsieur Plante.

— Oh, je vois, dit-elle. J’espère pour vous que tout ira bien.

Monsieur Plante, c’est le nom que l’on donne au psychologue qui a préparé cette rencontre entre nous tous. Je n’ai pas retenu son prénom puisqu’il ne l’a jamais vraiment mentionné complètement. Tout le monde l’appelle simplement Monsieur Plante. Je vois sur ma montre qu’il est treize heures. Je suis supposée retourner à l’hôpital puisque que mon docteur souhaite me garder en observation cette nuit. Ce sont les procédures, même si je suis en pleine rémission. Ma gorge ne me fait plus autant mal et il semblerait que j’ai eu beaucoup de chance, car on n’a pas eu besoin de m’intuber.

Je salue le groupe et le psychologue avant de prendre mon sac à main sous mon bras. Ensuite, je sors de la grande pièce blanche afin de m’en retourner à l’hôpital.

Akira m’attend dans la cour et marche le long du parking afin de se dégourdir. Son Noctali chromatique se promène avec lui.

Le bâtiment du groupe de soutien se trouve tout près de l’hôpital et on n’a qu’à marcher pour s’y rendre. Il est fort dommage que je m’en aille demain, car ils vont continuer à faire des rencontres à toutes les fins de semaines. Si je ne me trompe pas, aujourd’hui, nous sommes un samedi. Il semblerait qu’à tous les samedis, de nouvelles têtes se montrent, ainsi que des anciennes. On a tous le droit de parler de nos souvenirs, de nos plans et de ce que l’on souhaite faire durant les mois à venir. Toutes ces conversations sont à la fois intéressantes et motivantes. Je compte rejoindre un groupe comme celui-là lorsque je rentrerai chez moi.

— T’as pas froid ? demandé-je en voyant qu’Akira grelotte sous son épais manteau. Tu devrais rentrer avant que t’attrape une vilaine grippe…

— C’est toi qui dis ça et t’a même pas de bandeau sur les oreilles, dit-il.

— Je n’en ai pas besoin, dis-je avant de ressentir une forte envie d’éternuer. Oh mince… J’ai pââââ… ahaaa….

Et j’éternue de plus belle. Il pouffe de rire et me fait signe de le suivre. Nous retournons à l’intérieur et prenons l’ascenseur jusqu’au troisième étage, où ma chambre m’attend avec de la bonne chaleur. Je vois qu’un cadeau m’attend sur le lit. Il est emballé avec du ruban rose et enrobé d’un emballage rose. C’est un cadeau de la part de mon docteur.

Un petit carnet rose et une plume. Il m’offre aussi une lettre.

Shuriyuki, j’en ai parlé avec Monsieur Plante et nous pensons qu’il serait bon pour toi de te sortir tes idées noires de la tête, je peux lire en lettres cursives. Ce carnet sera ton confident et sera une partie de ta thérapie. J’espère que l’idée d’entretenir un journal intime ne te dérange pas. Joyeux Noël.

Akira penche la tête d’un côté et hoche en faisant :

— Mmm hmm.

— Quoi donc ? demandé-je en me tournant vers lui.

— Je crois que c’est un excellent présent. Après tout ce que tu es passé à travers, ce journal est une bénédiction. Tu pourras t’en servir et prendre des notes si jamais tu veux en parler avec ton nouveau psy.

— Pas bête… répliqué-je.

Je m’assois sur mon lit et enlève mon manteau et mes bottes. La neige à l’extérieur a presque passé au travers de ces dernières parce que j’ai accidentellement passée au travers d’une petite butte de neige qui se trouvait sur le trottoir. Il a tellement neigé durant ma session de thérapie avec le groupe que toutes les routes sont recouvertes de neige maintenant. J’imagine que mes parents vont devoir repousser notre envol pour une autre date s’il fait si mauvais demain matin.

— Tu n’es vraiment pas obligé de nous suivre, tu sais ? dis-je. J’ai été un fardeau pour toi durant plusieurs années… Tu ne me dois rien.

— Fardeau ou pas, on a plusieurs bons souvenirs ensemble et je n’ai pas l’intention de t’abandonner durant cette épreuve.

— Mais… pourquoi ? Je ne suis qu’une menteuse et ma vraie personnalité est tellement banale… Tu l’as vu toi-même, je ne suis plus aussi rose bonbon… Pourquoi veux-tu autant m’accompagner ?

— Parce que je redécouvre la partie de toi que tu as refoulée durant les derniers mois, celle qui est plus mature et plus calme. Tu as tellement bon cœur que c’est ce qui me plait chez toi. La partie égoïste et excentrique me casse un peu les pieds, mais bon… Personne n’est parfait. Même Estelle n’est pas si parfaite que ça.

— C’est marrant que tu dis ça, parce que je suis l’une des premières à avoir prédit qu’elle est capable de se montrer arrogante. T’as vu comment elle m’a traité ?

— Tu recommences à pointer du doigt, Yuki…

— Pardon… T’as raison, je me suis trop acharnée sur elle et j’ai les même défauts. Mais tu sais que j’ai raison, hein ? Elle se prend pour le nombril du monde avec son petit : je suis mieux élevée que toi.

Akira pouffe de rire parce qu’il sait que mon imitation d’Estelle est complètement exagérée. Cette idiote me manque. On est pareils sur plusieurs points mais je ne pense pas qu’elle l’a remarquée. Elle ne désire plus être mon amie à cause de ma psychose et de tout ce que je lui ai fait et je la comprends parfaitement. Moi-même, je ne souhaiterais pas me rencontrer. J’ai fait beaucoup de transfert de ma négativité sur elle, parce que je me cherchais un responsable à tous mes problèmes. Pour cette raison, je l’ai traitée comme de la merde.

Puis Akira s’assied à côté de moi et m’embrasse sur la joue avant de me serrer contre lui. Il me réconforte alors que je me sens triste.

— Je ne te mérite pas, dis-je. T’es trop cool, Aki…

— Mais non, arrête de dire ce genre de trucs. Tu ne m’as rien fait à part mentir à quelques reprises. C’est normal. Moi aussi je mens souvent pour me protéger. Mais à toi, je ne mens jamais.

— Mais pourquoi ? Je ne suis pas vraiment fiable, tu sais ? J’ai une grande langue. Je parle tout le temps…

— Peut-être que ça éclaircirais ton esprit si je… Um…

Il tourne alors son visage vers moi et me caresse le menton. Ensuite, il s’approche lentement de mon visage.

— Akira, recule, dis-je en fronçant des sourcils.

— C’est bon, c’est bon… J’ai compris…

Il se lève d’un bond, puis s’apprête à sortir de la chambre.

— Attends… soupiré-je. Tu m’as fait peur…

Je me lève moi aussi pour aller l’enlacer autour de la taille. Il arrête de bouger, puis attend un moment avant de mettre ses mains sur les miennes.

— Je t’aime, dit-il en se tournant vers moi. Je suis fou de toi, même avec les pires défauts que tu peux te donner… T’es ma meilleure amie et aussi la fille qui fait battre mon cœur. Je sais, c’est malsain tout ça, mais je ne veux plus jamais te quitter… Tu n’as pas idée à quel point j’ai eu peur quand je t’ai retrouvée suspendue dans les airs. Je m’en suis voulu…

Il tremble de rage et essaie de retenir les larmes qui sortent de ses yeux, mais rien à faire. Akira et impuissant face à ses sentiments.

— Et non, je n’essaie pas de profiter de toi dans un moment de faiblesse, dit-il. Je suis seulement… éperdument fou de toi…

Je secoue ma tête alors qu’il se tourne vers moi.

C’est fou comment il est grand, maintenant que j’y pense. Il me regarde avec ses jolis yeux ; il est dévasté et tremble en m’enlaçant. Je me serre contre son torse et j’entends les battements de son cœur…

— T’en a mis du temps… dis-je tout simplement, en lui caressant la nuque. Je suis tombée amoureuse de toi depuis les premiers jours où nous avons fait connaissance… Je sais… C’est cliché, mais tu m’as sauvée la vie… Et pas seulement cette fois-là, mais à plusieurs reprises.

— Parce que tu vaux tout l’or du monde à mes yeux. Je me fiche du reste. Et si je rencontre le mec qui t’as fait tout ça, je lui crève les bijoux de famille, je t’en fais la promesse.

— Ça ne sera pas difficile, parce que j’en ai déjà éclaté une, déclaré-je en pouffant de rire. Du moment qu’il ne se reproduise pas…

— Oh Yuki… Ma pauvre Yuki…

Il me caresse les cheveux et hume mon odeur avant de m’embrasser sur le front, puis sur le nez… Il hésite un moment à m’embrasser sur les lèvres, mais j’en ai profité pour tirer sa tête vers mon visage…

Finalement, tout ce temps à l’attendre en avait valu la chandelle.

¤*¤*¤

Estelle, 16 ans
Ado indépendante

— Ah, te voilà toi, dis-je en poussant la porte d’entrée de notre chalet.

Après avoir mangée quelques morceaux, je me suis rendu compte que Papa Flint était reparti à notre maisonnette et je vois qu’il a croisé Braségali en chemin parce qu’il lui a offert une tasse de thé. Ça sent le poisson à plein nez dans le living room. Papa est perché sur la table en argent et sanglote. Je suis seule avec lui. Les autres sont restés au village de Lili’i afin de continuer les festivités.

— Papa… je poursuis en fronçant des sourcils.

Il se tourne afin que je ne puisse pas voir ses yeux. Il visionne ce qui semble être la parade du Père Noël sur une chaîne de notre satellite. Cette parade… Ça me ramène dix ans en arrière. Une vieille tradition que j’ai rapidement délaissée pour jouer avec mes poupées ou bien pour lire les nombreux livres qu’on m’offrait, chaque année.

J’enlève mon blouson puisqu’il fais frais ce soir et je le place sur le porte-manteau avant d’aller rejoindre mon père dans le salon. Il se tasse sur le divan et n’ose même pas me regarder, ni me parler.

— Allons, je ne voulais pas te faire de la peine… commenté-je. Je suis simplement furieuse que Randell ait…

Il lève sa main pour me faire taire. Il se tourne ensuite vers moi.

— Je m’en fous de Randell… me dit-il. C’est notre relation qui part en cacahuètes. Je ne te reconnais plus, ma fille… Tu n’arrêtes pas de te rebeller contre moi et tu ne veux plus rien faire avec moi… Suis-je un si mauvais père que ça ? Est-ce… Est-ce que j’ai été trop sévère avec toi ?

— Mais non… Papa ! Je ne suis plus une petite fille... dis-je. Tu n’arrêtes pas de me traiter comme si j’avais encore dix ans… Tu en fais trop.

— C’est ce que je me suis dit avec Gabou.

— Je suis presque adulte désormais…

— Je sais… mais plus le temps passe et plus j’ai peur de te perdre à jamais… Bientôt, tu ne reviendras plus chez nous…

— Allons… Papa… Je ne vais jamais t’abandonner. Qu’est-ce que tu racontes !? Je vais toujours revenir vers toi, peu importe le temps que ça prendra. Tu es mon père après tout…

— Mais tu préfères passer plus de temps avec les jumeaux et Jake…

— Bah parce que ce sont mes meilleurs amis.

— Et moi… ? marmonne-t-il avant de renifler. Tu m’as oublié ? Nous étions les meilleurs amis du monde il y a une époque… J’étais ton héros et t’étais mon acolyte… On bottait les fesses à des voyous imaginaires et on s’amusait comme des petits fous…

— Mais je n’avais que huit ans…

Il se tape le front et grogne derrière ses larmes. Encore une fois, il me voit comme sa petite fille. Il se sent tellement abandonné et délaissé qu’il replonge dans ses meilleurs souvenirs. Il me fait une crise de jalousie… ce qui ne m’étonne pas vraiment de lui. Il est vrai que nous nous parlons beaucoup au téléphone et j’en passe, mais pitié, il faut qu’il arrête de me traiter comme une gamine.

Comme d’habitude, c’est lui qui se comporte comme un gros bébé et c’est moi qui dois réparer les pots cassés. Il m’a toujours parlé comme si j’étais sa petite sœur et non sa fille. Il est vraiment compliqué par moments, même si je sais qu’il m’aime inconditionnellement. Il n’était pas près de m’élever lors que Gabriel lui a été enlevé et il n’est toujours pas près…

Maintenant, tout ce que j’espère, c’est qu’il me laisse enfin être moi-même… J’ai assez souffert comme ça. Je ne veux plus être qu’une simple héritière qui hoche la tête et qui se tait lorsqu’elle a une opinion. J’en ai marre de toujours passer pour la petite fille modèle. Je veux que ma liberté continue encore quelque temps. Revenir vers lui me rappelle ce mode de vie que j’ai commencé à détester.

— Papa ? avoué-je, enfin. Je refuse ton offre car j’ai pris la décision de continuer mon voyage autour du globe après la Ligue.

— Ah bon… T’en es sûre ? me demande-t-il en se tournant vers moi.

— Je compte étudier en droits de la personne et en politiques lorsque j’aurai terminé de voyager. Je crois que j’aimerai devenir avocate ou bien travailler ailleurs dans le domaine de la justice.

— Est-ce vraiment ce que tu veux ? continue-t-il, essuyant ses larmes. Parce que je peux t’aider financièrement.

— Je crois que c’est ce que je veux… et non… J’aimerai vraiment gagner cet argent par mes propres moyens et me prouver que je suis capable de survivre sans ton aide financière. Je ne peux pas éternellement te demander de tout m’offrir comme ça…

— Je comprends ton point de vue, dit-il en soupirant. J’ai fait la même chose à mes parents. Je ne voulais rien savoir de leur fortune lorsque j’ai construit mon propre empire à partir de rien.

— Finalement… On n’est pas si différents toi et moi…

— Mouais… T’es décidément la fille de ton père.

— Une vraie tête de mule ? proposé-je ne riant.

Il hoche la tête, et je l’enlace. Même s’il a beaucoup de peine, je me sens bien à ses côtés. Je l’aimerai toujours, quoi qu’il arrive…

Seulement, j’espère qu’il a enfin compris pourquoi je tiens à mon indépendance… Je fonce tête première à l’âge adulte, j’ai peur et ça m’excite en même temps.

Je perds le nord facilement, mais il reste tout de même ma bonne étoile quand j’ai besoin de me confier à quelqu’un.

Il se fait tellement tard, je crois que je ne vais pas tarder à me coucher. Mais au lieu de cela, j’ai envie de continuer à visionner cette parade avec mon père. Je ne sais pas pourquoi, mais rien que pour ce soir, ça ne me dérange pas de redevenir sa petite fille. Ça m’a un peu manqué, tout ça. Il est vrai qu’avec son horaire chargé et ma croissance, on a perdu cette tradition père-fille.

Peut-être serait-il temps de nous rattraper, rien que pour cette soirée…

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