Chapitre 64 : La décision de Jake

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Estelle, 16 ans
« Il est mignon, mon Brindibou ! »


Le 23 décembre, soit le cinquième jour de notre congé, nous n’avions rien de planifiés. Mes pères et moi on a décidé d’aller faire les courses en ville avec les jumeaux. J’ai promis de ramasser quelques trucs pour Katia, son frère et sa cousine, donc je m’amuse dans le magasin de fringues à trouver des accessoires qui pourraient leur plaire. Mes papas sont partis essayer des malasadas. Il semblerait que mon père châtain essaie de s’inspirer des recettes locales afin d’apporter quelque chose de nouveau dans sa chaîne de restaurants. C’est tout lui…

Braségali se promène un peu avec les jumeaux qui sont partis chercher des ingrédients pour nous préparer un déjeuner. Jake est parti voir le Professeur Euphorbe ce matin et on ne l’a pas revu depuis. Hier soir, je l’ai entendu parler au téléphone avec sa mère, il lui souhaitait de passer de joyeuses fêtes et l’a embrassé. Ensuite, il est sorti prendre un peu d’air.

Vers dix heures et demie, je suis retournée au chalet afin de rejoindre les jumeaux qui préparent notre repas dans la cuisine. Braségali est parti à la chasse. Mes pères ne sont toujours pas revenus, non plus.

J’ai profité de la journée d’hier pour entraîner mes Pokémon les plus faibles et j’ai rajouté Brindibou dans mon équipe. Celui-ci s’entend bien avec la plupart de ses coéquipiers, cependant Braségali semble un peu perturbé qu’il prenne autant de place sur mes épaules ou qu’il essaie tout le temps de venir dans mes bras.

Je crois que mon cher gros poulet se sent jaloux de toute l’affection que je porte au hibou.

C’est alors que Jake entre par la porte d’en avant. Il semble avoir quelque chose sur la conscience et s’approche du comptoir où Scottie coupe des ingrédients qu’il doit mettre dans sa sauce à pâtes. Il nous fait signe d’approcher.

— Qu’est-ce qui se passe ? demandé-je. T’as pas l’air dans ton assiette.

— C’est que j’ai pris une décision importante durant les derniers jours que nous avons passés sur cette île, dit-il. Ça concerne le Professeur Euphorbe.

— Ah ouais, on a remarqué tes allers-retours chez lui. Vous vous entendez bien, non ?

Il hoche la tête, puis continue :

— J’ai pris la décision de rester à Alola quelque temps. J’ai décidé que je ne reviendrai pas avec vous à Kanto. La raison qui m’a poussé à prendre cette décision, c’est parce que le Professeur Euphorbe a besoin d’un cobaye pour tester un nouveau Pokédex qu’il est en train de concevoir et il m’a dit qu’il me paierait et m’hébergerai chez lui le temps que ça lui prendra pour sortir de meilleurs modèles. Il ne peut pas se déplacer autant qu’il ne le souhaiterait, alors il a besoin de voyageurs comme moi afin de se déplacer d’île en île et faire en sorte que je capture quelques espèces avec son prototype.

Kylie lâche le couteau dont elle se servait pour trancher des oignons, puis baisse son regard.

— T’as le don de nous lâcher des bombes, toi, dit-elle, déçue.

— Franchement, j’ai besoin de faire ça, ajoute-t-il. Vous avez tous les trois un rêve à accomplir et le mien est de voyager et de découvrir de nouveaux horizons. Ces îles sont pour moi une chance d’accomplir une partie de ce rêve… Comprenez-moi, ce choix n’a pas été facile à faire mais c’est ce que je souhaite. Si j’ai la chance, d’ici quelques mois, j’irais vous retrouver au Plateau Indigo afin de vous encourager depuis les estrades.

— T’es sûr que c’est ce que tu veux ? demandé-je. Parce que… C’est quand même cher pour les billets d’avion… Tu n’auras qu’à nous contacter et Papa Flint te fera un bon prix.

— J’y compte bien… Et oui… Je suis certain que c’est ce que je veux. Cette région a même plusieurs sortes de thés que je souhaite déguster. Je veux même participer au Tour des Îles et tout découvrir sur ces fameuses Capacités Z dont seuls les meilleurs Dresseurs de la région connaissent le secret. Pectorius m’a promis de me présenter un ami pour me donner un bracelet, si je décide d’aider le Professeur. Vous n’imaginez pas à quel point je me sens honoré d’une telle opportunité !

— Il n’y a rien qu’on puisse te dire pour te convaincre de revenir avec nous, dis-je en m’appuyant sur le comptoir, déçue.

— Comprend moi Estelle. Je vous aime tous comme si vous étiez ma propre famille, mais j’ai cette soif d’aventure qui me ronge de l’intérieur depuis tant d’années… Je promets que je vous appellerais souvent pour vous donner de mes nouvelles.

Kylie hausse les épaules. Elle ne sait plus quoi dire. Elle est toute aussi démoralisée que Scottie et moi. Jake mérite ce qu’il y a de mieux pour tout le bien qu’il fait autour de lui. Nous ne pouvons pas l’empêcher de rester. Il a tant fait pour nous ; la moindre des choses que nous pouvons faire est de le laisser s’en aller avec l’esprit tranquille.

— Il nous reste quand même plus d’une semaine ensemble, dit-il. Profitons de chaque instant qu’il nous reste afin de vivre tout plein de nouveaux souvenirs.

J’entends des reniflements de l’autre côté du comptoir. Kylie essuie ses yeux puis s’approche de Jake avant de lui donner un coup de poing dans le bras. Puis elle se colle ensuite contre lui. Elle a les yeux rouges et elle n’est pas contente, mais elle connait assez bien son ami pour comprendre qu’il avait pris la bonne décision.

— Tu vas me manquer, dit-elle.

— Toi aussi, grande folle.

Elle esquisse un sourire, puis essuie ses yeux encore une fois avant de retourner aux oignons. J’ai un trémolo dans la gorge, mais je sais que c’est pour le mieux. Jake a vécu un enfer à cause des récents événements et cet emploi à Alola lui permettra sûrement de se changer les idées.

Nous passons la prochaine heure à papoter tous quatre, alors que nous cuisinons le repas tout en attendant que mes papas reviennent.

Bien que cela m’attriste que Jake ait décidé de rester ici pour les prochains mois, je suis contente qu’il nous en ait parlé maintenant plutôt qu’à la dernière minute. Ça nous donnera du temps pour lui faire nos adieux et au moins de célébrer les fêtes avec lui.

Je prends Papa Flint à l’écart lorsqu’il revient au chalet, puis j’ai une conversation avec lui en ce qui concerne Jake et sa décision. La moindre des choses que nous puissions faire pour l’encourager dans ce nouveau job serait de lui passer le chalet. Il ne nous sert à rien, de toute manière et mon ami sera libre d’y venir autant de fois qu’il le souhaitera, à condition qu’il ne fasse pas trop de bêtises.

C’est pourquoi pendant le déjeuner, mon père se tourne vers lui.

— Jay, dit-il. Estelle m’a parlé de ton plan. Je dois avouer que ça m’a surpris de l’apprendre, mais je viens de passer une entente avec elle.

Il lui passe une clé qu’il ôte de son trousseau, puis range ce dernier.

— Ceci est le double de la clé du chalet, dit-il. Tu es libre de t’en servir quand je ne serai pas là. De toute façon, je ne viens que pour les vacances.

Jay nous regarde tous deux, étonné et pris au dépourvu.

— Vraiment ?! s’exclame-t-il. Vous feriez tout ça pour moi ?

— Oui, jeune homme. Tout ce que je te demande, c’est de garder les lieux propres. Tu pourras dormir dans la chambre des invités et la décorer à tes goûts personnels si tu le souhaites… Mais je te demande de ne pas toucher à ma chambre, si possible. Elle a une valeur sentimentale à mes yeux, si tu comprends où je veux en venir…

— Parfaitement, Monsieur Markios. Je tâcherai de ne pas la déranger.

— Pour ce qui est de l’électricité et l’eau, j’ai déjà un arrangement avec la ville et je paie une fois par an avec des dons… Donc tu ne devrais manquer de rien. Si jamais un article manque, contacte-nous et je t’aiderai financièrement à le remplacer. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’un Professeur Pokémon a la chance d’avoir une aide si précieuse. Les recherches que tu vas faire pour lui vont sûrement un jour aider le monde entier. J’espère que tu t’en rends compte.

— Effectivement, dit Jake. C’est tout ce que je souhaite, aider les gens.

Kylie sourie et donne une tape amicale sur l’épaule du guitariste.

— Tu vois ? Dans le fond c’était une très bonne idée de rester, dit-elle. Non seulement t’as un emploi, mais t’as maintenant un logis temporaire.

— Bien entendu, je ne vois pas vraiment l’intérêt de te demander de payer pour le loyer, dit mon père. Je suis multimilliardaire, alors qu’est-ce que ça serait pour moi de demander tout cet argent à quelqu’un qui n’a pas même commencer sa vie ?

Il lâche un petit rire de malaise puis roule les yeux.

— Garde ton fric, Jake. Tu vas en avoir besoin pour ton avenir, rajoute-t-il.

—Je n’en reviens pas… dit mon ami, tout ému par la générosité de mon père. J’ai l’impression d’être plongé au cœur d’un conte de fée. Pincez-moi si je rêve.

À cette demande, Scottie à côté de lui pince la joue.

— Ouille ! couine le musicien. Pas si fort !

Il se frotte alors la joue et nous éclatons tous de rire.

Pendant ce temps, Braségali revient de sa promenade et cogne à la porte pour que je vienne le laisser rentrer. Je me lève alors de table pour aller l’accueillir.

Lorsqu’il entre, je lui offre une tomate toute fraîche qu’il prend avec bonheur. J’ai commencé à me rendre compte qu’il adore ce fruit. Oui, fruit. Ça me choque chaque à chaque fois que j’y repense… Comment un fruit peut-il être salé ? Mystère et boule de gomme !

Les fruits et légumes de cette région prennent tellement de soleil que ces derniers sont riches en nutriments et ont meilleur goût. Franchement, je ne regrette pas notre séjour. Hier, avant de nous coucher, j’ai dit à Kylie que je souhaite revenir ici un jour et je crois que ça serait cool qu’on fasse le Tour des Îles ensemble. Jake aura cette chance avant nous, mais ça ne nous empêche pas d’avoir envie de le faire nous aussi.

Ah bon ? Je suis motivé maintenant ? Bizarre. Ça me fait tout drôle de me dire tout ça. Il y a des semaines encore, je me cassais la tête à essayer de comprendre où était ma place. Finalement, j’ai envie de m’étaler partout et de toucher à tout. J’ai envie de vivre et mon voyage avec les jumeaux m’a apporté tant de bonheur et de richesses autre que l’argent.

J’ai envie de voler dans les airs, j’ai envie de nager dans l’océan encore et encore, sur le dos de mon Tortank. J’ai envie de voir tout plein de paysages avec mes amis et de capturer de nouveaux Pokémon qui pourraient vivre toutes ces aventures avec nous. Je veux vivre tout ça… pour encore au moins, quelques années. Je veux être capable de me réveiller un beau matin et me dire : j’ai fait tout ça.

— Gali ? dit Brasegali en me regardant. Gali, gali ?

Je cligne des yeux, réalisant que je suis restée debout devant la porte d’entrée, rêveuse. Ça fait maintenant quelques minutes que je réfléchis.

— Tout va bien ?! lance mon père blond depuis la cuisine.

— Ouais ! Tout va bien ! je lui réponds. Je réalise seulement à quel point je suis heureuse.

Je retourne alors m’asseoir à table et me colle à Papa Flint.

En face de moi, mes trois amis se demandent bien ce qui peut me passer à travers la tête. Scottie décide d’aller chercher le dessert qu’il a acheté dans une boutique : un gâteau au fromage à la cerise. Le tout est fait maison, alors ça promet d’être un pur délice.

Je me demande si Papa Gabriel va nous faire un commentaire, puisque c’est un expert des gâteaux. Je le sens zyeuter le dessert de loin et déjà il se trémousse sur sa chaise.

— A en juger la coloration et l’épaisseur de la crème, je crois que la personne qui a préparé celui-ci l’a fait avec amour, dit-il. Espérons qu’il soit délicieux !

Il nous fait alors son plus beau sourire lorsque Scottie dépose la part du colosse devant ce dernier. Je ne peux m’empêcher de glousser, puisque ma prédiction a été juste. Papa Flint reçu la deuxième assiette, puis Kylie se lève afin d’aller aider son frère.

Après le dîner, nous sommes tous allés nous promener sur la Route 1 avec nos Pokémon. C’était un bel après-midi, alors autant en profiter. Demain, pour la veille de Noël, nous avons prévus de retourner fêter avec Pectorius qui va faire préparer un festin et une soirée de danse dans sa petite communauté. Nous veillerons tard, puis nous reviendront nous coucher chez nous.

Pour Noël, nous comptons simplement passer la journée à visionner des films et à nous détendre au chalet. Les jumeaux ont même acheté un faux palmier et des décorations festives pour décorer le coin de notre salon, à la grande surprise de Papa Flint.

Personne d’entre nous n’a vraiment pensé à faire de présents, alors à la dernière minute, nous avons tous décidés de faire un tirage cadeau entre nous six. Nous devons tous acheter un petit cadeau en bas de dix pokédollars et si possible faire une blague. Ce cadeau reviendra à la personne que nous avons pigée et bien entendu, le but était de faire rire.

Ce voyage et les Pokémon que Pectorius nous a donnés étaient déjà de très gros cadeaux pour nous, alors nous ne souhaitions pas en davantage à mon père blond.

Ça me fait quand même rire de penser que nous avons des habitudes de bouffes très différentes durant cette période de l’année. Ici, à Alola, les gens ont des recettes distinctes qu’ils préparent en guise de repas traditionnels. Les plats de fruits et légumes sont beaucoup plus nombreux par ici, car ces îles en regorgent. Il y a aussi plusieurs plats épicés et je crois aussi que le chili est très populaire avec certaines personnes. Surtout les enfants de l’archipel.

J’ai l’impression que personne ne mange vraiment de Piafabec farcies durant le temps des fêtes à Alola… J’imagine que c’est un concept qui n’aurait aucune signification à pour eux. Oui… On consomme des Piafabec dans notre famille… même des Canarticho. Ne me jugez pas. Il n’est pas hors du commun que les gens mangent même du steak de Tauros ou bien de la viande de Roucool.

Plus j’y pense et plus je commence à me demander si mes habitudes alimentaires ne vont pas bientôt rentrer en conflit d’intérêt avec ma passion pour les Pokémon. Je soupire bêtement en me demandant si je ne suis pas en train de devenir végane.

Sur cette pensée, je goûte au cheesecake.

La réaction est instantanée, j’ai couiné :

— OH MON DOUX QUE C’EST DÉLICIEUX !

Kylie pouffe de rire après que mon père blond ait sursauté et tombé en bas de sa chaise. Ce dernier se tourne vers moi, apeuré et s’agrippe à Papa Gabriel avant de déglutir. Même Braségali a pris peur et s’est caché derrière la chaise de Kylie, levant sa tête par-dessus celle-ci.

— Seigneur, Estelle ! T’as failli faire éclater mon cœur… s’exclame mon père blond, tout tremblant. Ne refais plus jamais ça où je vais te coudre les lèvres.

Il se relève en vitesse, puis se rassied sur sa chaise.

Kylie rit tellement haut et fort qu’elle tombe en bas de sa chaise, pliée en deux. Elle ne peut plus se contenir tellement elle est divertie par la scène.

— Minute, t’as pris combien de morceaux ? demande son frère. Parce qu’il y a un peu de rhum dans la recette, d’après ce qu’a dit la pâtissière.

— J’en ai pris trois… dit-elle en ricanant.

— Oh misère, tu sais pourtant que tu ne contrôles pas avec l’alcool.

— Relaxe, c’est à peine si y’en a dans la recette, dit sa sœur.

— Elle dit vrai, déclare Papa Gabriel. Ça prend normalement une cuillère à soupe par recette de ce genre. Ce n’est pas vraiment assez pour saouler quelqu’un.

— Ouais, mais Kylie est l’une de ces personnes qui est hyper sensible à l’alcool, réplique Scottie. La moindre goutte dans son corps et elle devient une vraie girouette…

— Meuh non, réplique sa sœur. Tu dis n’importe quoi, hihihi… Hic !

— Tu vois !? Qu’est-ce que je t’avais dis, Kylie !? lance le jeune homme en regardant sa jumelle.

Jake hoche la tête et rajoute :

— La dernière fois que je l’ai vu boire un simple verre de punch avec un faible pourcentage d’alcool, je l’ai vu danser à moitié nue la Macaréna dans la cour d’une église… Elle devait avoir dix-sept ans, je crois... C’était avant qu’elle me recrute dans son groupe de musique et avant que nous soyons vraiment amis. Nos parents n’étaient pas contents parce que les flics sont venus nous chercher… C’était durant ma période noire.

— Ah ouais, quand tu consommais du cannabis… dit Scottie.

— Beurk, essaie de ne pas me le rappeler. La dernière fois que j’en ai touché, j’ai été malade pour des semaines. On m’avait refilé une très mauvaise camelote.

— Du cannabis ? demande mon père. Eh bah dis donc, tu t’entoures vraiment de drôles de gens, ma fille… Pas que je devrais vous juger, parce que j’ai fumé un joint de temps en temps, quand j’étais au lycée.

Je regarde mon père, scandalisée, la bouche grande ouverte.

— Papa… ? Vraiment ? m’exclamé-je.

— Comment crois-tu que j’ai rencontré ton père ? dit-il en me pointant Gabriel d’un signe de tête. On faisait la fête, jours et nuit et on flirtait tout ce qui bouge pendant les soirées de danses.

— Je confirme ! déclare le gros barbu, amusé.

— Et bah ça alors… dis-je, bouchée bée.

— De mon côté, dit Jay, j’ai décidé d’arrêter parce ma dépendance m’a causé la nombreuse perte d’amis et aussi plusieurs conflits avec ma mère et son conjoint. C’est pourquoi Kylie m’a introduit à la thérapie des feuilles de thé.

— Ah ouais, j’ai aussi fumé du thé pendant un temps, quand j’ai décidé d’avoir une vie plus clean, comme on le dit dans le métier, déclare Papa Flint.

— Euh… Ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire, rectifie mon ami musicien. En fait, j’ai commencé à boire du thé… avec les feuilles… de thé…

Mon père blond réalise qu’il a dit une bêtise, puis rougit timidement.

— En effet, le thé est excellent pour la santé, surtout pour purger les déchets de notre corps, dit Papa Gabriel. Ça me fait penser que je n’en bois pas assez…

— On est beaucoup plus café, chez nous, dit Papa Flint.

— Ça, je l’ai remarqué avec toutes les barres de chocolat que tu glisses dans tes tiroirs, mon lapinou en sucre… J’en ai volé deux ou trois sans que tu t’en rendes compte.

— Ah, c’était toi !? Petit chenapan…

— Bisou ?

Papa Flint secoue sa tête, puis donne un baiser à son fiancé qui essaie de se faire pardonner. C’est à mon tour de glousser. C’est vraiment un déjeuner très bizarre… Plus marrant que d’habitude, en tout cas. Kylie semble pâlir un peu pendant qu’elle s’assoit sur sa chaise. Je crois qu’elle a trop mangé de pâtes et de gâteau au fromage.

— Va t’allonger sur le divan, dis-je. Si ça ne passe pas, tu sais où sont les toilettes.

— N’y pense même pas… dit-elle.

Je la vois se couvrir la bouche comme si elle est sur le point de vomir.

— Tu sais quoi ? Je vais aller prendre un peu d’air, ajoute-t-elle avant de se lever pour se diriger vers la porte de la véranda. Ça devrait passer…

— Fais le tour de la maison quelques fois, suggère Jake. Ça devrait t’aider à digérer.

— Bonne idée ! lance Kylie depuis la sortie.

Elle sort et ferme la porte derrière elle.

Puisque les jumeaux ont cuisiné la majorité du repas, je me suis dit que je vais faire la vaisselle. Scottie et mes pères sortent eux aussi afin d’aller s’assoir sur les chaises à piqueniques.

Il ne reste plus que moi et Jake dans la cuisine, ainsi que Braségali qui semble avoir commencé une sieste sur le plancher. Je crois surtout qu’il nous espionne car il ne peut pas tolérer que je reste seule dans la même pièce que notre ami guitariste.

— Je lave, puis tu essuies, ça te va ? demande-t-il.

— Très bien, dis-je.

Je ramasse les assiettes et lui les verres et les ustensiles. Pendant les prochaines minutes, nous échangeons sur la pluie et le beau temps, rien qui ne vaille la peine d’être mentionné dans ces mémoires… Mais… Je me rends compte que plus le temps avance et plus je suis à mon aise de parler avec Jake de plusieurs choses.

Pour commencer, son passé avec la drogue, en général… Je me sens beaucoup plus confortable de lui poser des questions et il me répond de son mieux. Il me dit qu’à l’époque, sa dépendance était tellement grande que cela a fait de lui un monstre. Ça explique aussi pourquoi il a parfois certains jours où il est très irritable. Il se trouve que même aujourd’hui, il combat cette dépendance.

— L’envie de fumer t’es telle revenue récemment ? demandé-je.

— Deux ou trois fois après m’être fait torturer, puis une autre fois hier soir. J’étais un peu stressé à cause de ma décision.

— Mais tu n’as rien consommé depuis ta conversion au thé…

— Justement, mais ça ne m’empêche pas de ressentir ce besoin de mettre un joint sur le bout de mes lèvres et d’aspirer les substances…

— Je te trouve vraiment courageux de résister, en tout cas.

— Tu ne voudrais pas mettre de l’eau à bouillir ? Plus j’y pense et plus ça me donne envie de me stoner…

— Ah… Parce que l’envie de fumer te fait boire du thé ? demandé-je.

— Ouais… chaque fois que ma dépendance me dérange, certaines infusions de thé apaisent mon stress. Aussi, c’est délicieux.

— Je vois. D’accord. Je vais préparer la bouilloire mais occupe-toi de laver et essuyer le reste. Pour moi.

Jake accepte la proposition et je m’exécute en silence. Il ne m’a jamais dit à quel point il souffrait en silence à cause de cette envie de consommer. Il faut croire que cela le gênait. Je suis quand même heureuse de voir qu’il s’en sort bien avec cette thérapie de thé. C’est une habitude plus saine et surtout, plus sécuritaire pour sa santé.

Je suis quand même sous le choc que Papa Flint, l’homme le plus lucide que je connaisse, ait déjà consommé des drogues de ce genre. En même temps, ça ne devrait pas me surprendre parce qu’au lycée, beaucoup d’élèves expérimentent avec la boisson ou une substance illicite, un jour ou l’autre. J’ai entendu dire que le MDMA – l’ecstasy – est de plus en plus populaire dans les soirées étudiantes et que ça commence très jeune… Ce n’est pas vraiment dans mon intérêt actuel d’en essayer…

Je n’ose pas imaginer ce que je testais ces pilules magiques.

Deviendrai-je aussi folle que Kylie ? Aussi passivement-agressive que Scottie ou aussi détendue que Jake ?

Je secoue la tête en essayant de chasser toutes ces idées farfelues.

C’est alors que Scottie rentre avec son téléphone portable entre les mains. Il hoche la tête en répondant des mots brefs et marche dans ma direction.

— Je vois… Je ne sais pas si elle va accepter, mais je vais te la passer, dit-il.

Il met alors sa main sur le récepteur et se tourne vers moi.

— C’est Akira, il aimerait te parler… C’est à propos de Yuki.

— Ai-je vraiment le choix ? demandé-je en fronçant les sourcils.

— C’est ta décision, Est’.

Autant en finir…

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