Chapitre 59 : Enfin les vacances !

18 minutes de lecture

Estelle, 16 ans
Dresseuse harcelée


Je suis assise à côté de mon père. Il a fini de lire une gazette et me la passe. Ça fait à peine une heure que nous sommes décollés de l’aéroport de Céladopole. Ça doit lui faire bizarre d’être un simple passager, lui qui est normalement pilote de son propre avion. Les jumeaux sont assis devant moi, alors que Gabriel et Jake sont derrière nous. Papa a acheté des billets de dernière minute pour ces deux-là, puisque Jake fait partie de notre groupe et que mon autre père a trouvé quelqu’un pour le remplacer à son restaurant. Nous sommes donc six à partir en vacances pour Alola et nous serons à bord de cet engin pour les prochaines heures. Presque une journée entière, m’a-t-on dit. Il est au moins sept heures du matin sur ma montre. Les jumeaux dorment à leurs sièges et moi je n’ai pas sommeil.

— Tiens donc, le patriarche de la compagnie Okami : Vins & Spiritueux est au centre d’une controverse, marmonné-je en lisant la page seize. C’est la famille de cette folle…

— Monsieur Okami est un homme honorable, dit mon père, mais il s’est propulsé trop vite dans un mariage afin de conserver de vieilles traditions familiales. Son épouse était jeune à l’époque. À peine sortis de la fac et déjà mariés.

— Mm-hmm, mais là ils vont divorcer, dis-je en faisant référence à l’article.

Il semblerait qu’un individu anonyme aurait envoyé un courriel à son épouse contenant des images osées de M. Okami, alors qu’il touchait les seins d’une danseuse nue dans un bar. Résultat : son épouse a appelé leurs avocats et de jeté son mari en dehors de la maison. L’article stipule que leur enfant unique manque toujours à l’appel et qu’elle refuse de retourner à la maison, mais il n’est pas dit pourquoi. Il est mentionné qu’aux dernières nouvelles Shuriyuki Okami est destinée à épouser l’homme d’affaire, Léonard Francoeur une fois qu’elle aura seize ans. Un arrangement entre familles, d’après les sources sûres de ce journaliste.

— Les mariages arrangés me dégoûtent, dis-je en me tournant vers mon père. Je ne peux pas croire qu’ils autorisent encore ça à Kalos.

— Seulement quelques villes le permettent, dit-il. J’en déduis que ce sont des descendants de Johto…

— Et ce Francoeur… As-tu déjà travaillé pour sa famille ?

— Oui… Je reconnais ce nom. Ils ont une compagnie de charpenterie à travers les villes de Kalos, mais connaissent en ce moment des soucis financiers. On en parlait récemment aux nouvelles. Puisque la famille des Okami et des Francoeur sont liés comme ça, j’ai l’impression que M. Okami a reçu une dot de Léonard, en lui offrant sa fille.

— C’est répugnant comme tradition ! m’exclâmé-je. Je comprends mieux pourquoi Yuki cherchait à fuir cette situation.

Je referme le papier journal et le pose dans le petit panier du siège auquel était assise Kylie.

— On ne saura peut-être jamais ce qui s’est réellement passé à ton amie, dit mon père. Mais une chose est sûre… lorsque tu m’as mentionné les blessures, j’ai tout de suite compris qu’elle était dans une relation malsaine avec quelqu’un et cela était suffisant pour qu’elle prenne la fuite. Toutefois, je suis inquiet pour sa santé mentale…

— Je ne dirais pas que c’est une amie… Plutôt, une folle qui me harcèle.

— Fais confiance à ce type… Akira, dit mon père. Il connait mieux Yuki que n’importe qui d’entre nous. Peut-être sera-t-elle capable de lui parler.

— Il m’a laissé sous un très mauvais terme… expliqué-je à mon père. Je ne crois pas que nous allons nous reparler de sitôt.

— Laisse les choses se calmer un peu. Nous sommes en vacances. Tu vas avoir assez de temps pour te détendre et profiter du soleil chaud d’Alola.

Gabriel lâche un gros ronflement derrière mon père, qui se mit à sourire. Il a eu beaucoup plus de difficulté que les autres à se réveiller. Papa nous a tous levés à cinq heures du matin afin que nous nous rendions en vitesse à l’aéroport. Ensuite, on s’est fait examiner par les représentants de la compagnie puis on nous a menés à la salle d’attente où nous avons attendu quelques minutes avant qu’on nous emmène à notre avion, en première classe.

La section des passagers est remplis de gens qui vont profiter des vacances de Noël afin d’aller bronzer au soleil. Notre section de l’avion a un téléviseur près des portes qui menaient à la salle des pilotes et un chariot remplis de nourritures emballées auquel se rend notre hôtesse lorsque nous avons besoin de quoi que ce soit.

— Merci encore d’avoir fait changer mon numéro de smartphone, dis-je à mon père. Je sais que c’était extrême de ma part, mais je ne pouvais plus supporter les nombreux messages de haine que cette fille m’envoyait…

— Ce n’est rien, dit-il. Ça m’est souvent arrivé ces dernières années de devoir changer le mien, à cause de certaines personnes qui ne méritent pas d’être mentionnées.

— Oui je sais… c’est l’une des raisons pour laquelle Gabriel n’a jamais pu te retrouver… pas vrai ?

Nous regardons tous deux le colosse derrière nous, du coin de l’oeil. Papa esquisse un sourire nostalgique quand il se remémore son passé avec lui et retourne son regard sur moi.

— Malheureusement… Mais il est là, maintenant. C’est tout ce qui compte. J’espère que vous profiterez de ces vacances pour tisser des liens encore plus forts. Ça me ferait grandement plaisir…

Je ne sais pas quoi dire à cette remarque. Il est vrai que Gabriel est celui qui m’a mis au monde, mais j’ai une étrange relation avec lui. Je le vois beaucoup plus comme un ami et non comme un deuxième parent. Mais j’ai bien envie de lui laisser une place dans mon cœur, parce qu’il est vraiment gentil envers moi. J’aime bien le surnommer Daddy, par contre… C’est mignon comme surnom.

J’opte pour revenir au sujet initial, car je suis curieuse d’en savoir plus.

— Toi aussi t’as eu droit à ton lot de harcèlement, non ? demandé-je.

— Et comment… Avec mon métier, il m’arrive toujours de croiser des individus assez… colorés. Heureusement pour moi, mes employés et mes assistants sont toujours là pour me venir en aide lorsque c’est la galère.

Je hoche la tête puis j’observe la Poké Ball de Braségali que j’ai mise dans mon sac de voyage, à mes pieds. Celui-ci n’a pas vraiment apprécié que je l’enferme ce matin, mais puisque nous ne sommes pas autorisés de sortir nos Pokémon à bord de l’avion, il doit suivre le règlement. Je lui ai fait la promesse de lui offrir d’autres croquettes lorsque nous serions arrivés à destination, puis il a finit par accepter son sort. Pauvre poulet.

— J’ai presque hâte de voir sa tête lorsqu’il va sortir dans la nouvelle région, dis-je en rigolant. Pauvre Braségali… Il a vraiment horreur d’être enfermé.

— Imagines-tu l’horreur que ça créerait si tout le monde appelait ses Pokémon à bord d’un avion ? dit mon père. Plusieurs de ces créatures ne peuvent pas s’entendre.

— C’est vrai… Mais j’aimerais trop sortir Pikachu et la mettre sur mes genoux.

— Ce sont les règles, insiste mon père.

Je gémis et lui fait un air de chien abattu. Il me regarde froidement. Je finis par céder. Dans le fond, il a raison. Nos Pokémon sont beaucoup plus en sécurité dans leurs Poké Balls. Cette distraction m’a presque fait oublier pourquoi je suis si frustrée dernièrement.

— C’est dommage quand même que Ludo n’ait pas pu se joindre à nous, disais-je.

— Mouais. Lorsque je lui ai proposé de venir avec nous, il a préféré passer ses vacances avec des cousins qui vivent en ville. Étant donné qu’il n’a pas de parents et qu’il ne voit pas le reste de sa famille autant qu’il le souhaiterait, c’est compréhensible.

— J’ai vraiment cette impression qu’une force divine nous sépare, grogné-je en me serrant les bras. Il m’évite depuis qu’il sait que j’ai Jake dans mon entourage.

— Ne dis pas de bêtises. Il est seulement surchargé de travail.

Je retourne mon attention à l’extérieur de la vitre alors que nous survolons les régions montagneuses qui se situent entre Kanto et Johto. Avec le lever de soleil, tout ça devient un paysage à en couper le souffle. À force de voyager avec papa, j’aurai cru que je m’habituerai à tout ça, mais je me surprends encore à aimer la beauté naturelle de notre continent. La neige a recouvert tous les arbres, les montagnes normalement habitée de créatures sauvages semblent vides de vie... Il est fort probable que la plupart de ces bestioles sont à présent en train d’hiberner ou qu’ils se sont déplacés plus près de l’équateur.

Heureusement pour nous, notre avion est bien chauffé. Je n’ose pas imaginer le froid terrible qu’il doit faire à l’extérieur. Nous avons même eu droit à des couvertures chauffantes un peu plus tôt, car la plupart d’entre nous étaient gelés. Les machines étaient en marche depuis une heure avant notre arrivée, ce qui a donné suffisamment de temps aux techniciens et aux pilotes de l’avion de s’assurer que nous nous envolions sans problème. J’imagine que notre décollage aurait été annulé aujourd’hui s’il avait neigé, mais Dame Nature avait décidé de nous faire une faveur. Je baille en posant ma tête sur le haut de mon banc.

Je me demande comment Jake se débrouille derrière nous, puisque Gabriel prend deux sièges à lui seul et qu’il n’a pas beaucoup d’espace pour bouger. Il reste une place entre Papa et moi pour y asseoir un autre passager, mais nous sommes beaucoup plus à notre aise ainsi.

— T’as envie d’aller le retrouver, hein ? dis-je en regardant mon père.

Celui-ci jette un coup d’œil par-dessus son siège et échange un regard tendre avec Gabriel qui vient de se réveiller pour lui tendre la main. Papa hoche la tête, et j’hausse des épaules. Bien que ce ne soit pas vraiment recommandé, Gabriel se lève et laisse Jake passer. Papa change de place avec mon ami et un instant plus tard, le musicien se retrouve installé à côté de moi et j’entends les tourtereaux qui se bécotent comme des adolescents, derrière nous.

— Désolé, dis-je. Ils sont vraiment attachés l’un à l’autre.

— Je commençais à me sentir entassé dans mon coin, dit Jake.

— Ça n’avait pas l’air confortable…

Il se penche vers moi et me chuchote à l’oreille :

Ça lui aurait pris trois sièges.

En arrière de moi, Papa et Gabriel s’entassent l’un sur l’autre et se font tout plein de caresses et de bisous. Je secoue ma tête en me retenant de rire. Je remarque que les blessures de Jake commencent à guérir comme il faut sous la plupart de ses pansements. Il n’a pas encore été mis au courant pour Akira et Yuki. Je n’ai pas vraiment envie d’en parler, alors je ferme les yeux en me décontractant sur mon banc.

À mon réveil, je constate que le niveau de luminosité a changé. Les gens discutent un peu plus dans les autres sièges et je vois que les jumeaux sont réveillés. Sur la télévision, l’hôtesse a mis une comédie romantique que Papa et Gabriel visionnent en gloussant. Je constate que Kylie a changé de place avec Jake ; ce dernier bavarde avec Scottie et ils jouent aux cartes. Mon amie est réveillée mais elle cogne des clous avec sa tête, comme si elle est sur le point de se rendormir.

Je vois que la tablette de Kylie est allumée. Elle observait des photos qu’on a pris pendant ces derniers mois. Ça fait un bail que je l’ai vu se servir de cet appareil. Il n’y a aucune onde wi-fi dans les airs, alors nous sommes sans internet. Nos téléphones captent quand même les ondes satellites et on peut recevoir des texto en tout temps.

Puisque je n’ai rien de mieux à faire, je décide de sortir mon smartphone de mon sac et commence à envoyer des messages à tous mes contacts afin de leur mentionner mes nouvelles coordonnées.

Je prends soin de ne rien envoyer à Akira et Yuki, puisque je ne souhaite plus les avoir dans les parages… Mais je me demande quand même si Akira a réussi à retrouver le groupe de Martyr.

Une fois mes messages envoyés, je me tourne vers Kylie qui est en train de ranger sa tablette. Elle sort un paquet de cartes et me regarde, l’air de me dire qu’elle s’emmerde et qu’elle aurait besoin d’une partenaire pour jouer avec elle. Je hoche la tête, puis elle se met à brasser ses cartes. Je crois que nous aurions dû acheter quelques jeux pour le trajet, car nous allons être à bord de cet engin pour au moins une dizaine d’heures.

Il y a une tension entre nous. Kylie a l’air de vouloir discuter de ce qui s’est passé hier, mais change rapidement de sujet de conversation lorsqu’elle remarque que je ne veux pas en parler. Je finis par gagner trois fois au jeu de cartes, parce qu’elle est distraite et s’arrête pour sonder mon esprit avec ses questions que je refuse de répondre.

Cette matinée va être longue…

Vers l’heure du déjeuner, je m’assois à côté de Gabriel qui vient de terminer un potage aux légumes, alors que Papa a décidé de s’asseoir avec Jake pour discuter un peu. Kylie et son frère se sont assis ensemble pour changer. Le gros barbu qui m’a mis au monde fait un peu tache dans cette pièce car il est l’homme le plus grand et aussi le plus large de tout l’appareil. C’est à se demander à quoi il ressemblait avant sa transition. Je préfère ne pas lui demander car je ne souhaite pas l’insulter.

— Tout va bien, chérie ? me demande-t-il, alors qu’il remarque que j’ai à peine mon bol de sushis.

— Je… je me demandais comment se porte ta grossesse… menté-je. Tu en es à ton troisième mois, non ?

Il glousse et se frotte le ventre avant de me répondre :

— En fait, c’est presque le quatrième. Cet enfant n’était pas planifié, mais le gynécologue a déterminé que ton père et moi attendons un enfant pour juillet.

— Ah… et est-ce que vous savez ce que sera ?

— Bah tu sais… je suis né assigné fille. Je n’ai pas trop envie d’imposer les normes de la société à mon enfant. Mais disons qu’il est encore trop tôt pour le savoir, même si on pense que ce sera un petit garçon.

— Un petit garçon ? répété-je. C’est Papa qui doit être content. Il a toujours voulu d’un fils.

Gabriel rougit timidement et porte un index à ses lèvres avant de dire :

— Chut… C’est un secret…

Heureusement que Papa n’a rien entendu. Jake lui a offert des écouteurs pour entendre un morceau de musique qu’il a composé avec sa bande. Tous deux sont assis devant moi.

Je retourne mon attention à Gabriel et dit :

— Je ne veux pas te gêner avec ce genre de question, mais… est-ce que ça te perturbe, cette grossesse ?

Il prend un moment pour réfléchir avant de me répondre :

— C’est sûr que je ne suis pas une femme et qu’il est bizarre que je décide de me servir de mon corps pour concevoir un enfant… puisque je suis un homme trans… mais je voulais tellement fonder une famille avec ton père, quand j’étais plus jeune qu’on a décidé de le garder.

— Moi je trouve ça beau, en fait… un homme enceint. La science m’étonnera toujours.

Il cligne de yeux et pouffe de rire.

— Comment fais-tu pour être aussi ouverte d’esprit ? me demande-t-il.

— Facile, dis-je en pointant mon père. Quand t’as un débile qui se travesti en cachette pour aller danser dans les bars gays, tu peux t’attendre à tout.

— Ah bon ? Parce que Flint est une drag queen ?

J’opine du chef avant de répliquer :

— Ce n’est qu’un passe-temps, bien sûr. Il n’a fait ça que quelques fois. Il adore se rendre à leurs spectacles et les encourager, quand il est en vacances. Papa ne le dira pas à nos domestiques, mais il adore tout ce qui est féminin et j’ai souvent l’impression qu’il m’achète des robes dans l’espoir que je les porte pour lui.

— C’est vrai que ton père a toujours été peu conventionnel, comme garçon. Déjà tout jeune, il me disait que la sexualité et l’identité du genre sont fluides et que ça varie avec le temps. Il faut croire que sa personnalité a déteint sur toi.

Il me caresse la tête avec un sourire. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais grandement besoin qu’il me réconforte après ces derniers jours stressants. Gabriel fait partie de ma vie depuis peu, mais c’est comme s’il avait toujours été là. On se ressemble beaucoup, psychologiquement parlant. C’est comme si je retrouvais une partie de moi qui m’avais été arrachée trop tôt. J’ai bien envie de l’appeler Maman, mais je n’ai pas envie de lui faire de la peine. Quand je le vois, il me fait penser à ça…

— Qu’est-ce qu’il y a, ma puce ? me demande-t-il, inquiet.

— Il y a que… je ne sais toujours pas comment t’appeler… quel rôle te donner. Tu entres comme ça dans ma vie alors que je suis déjà presque adulte et j’ai déjà un père… et là j’apprends que je vais bientôt avoir un petit frère… Tout se passe si vite.

J’ai la larme à l’œil. Il essuie rapidement ma larme et me passe son grand bras fort par-dessus mon épaule.

— Bof… je peux bien jouer le rôle d’une maman, si tu le désires. Après tout, je ne peux pas te cacher que j’ai un côté très féminin. Si ton père aime se travestir et changer de pronoms aisément, je peux bien faire semblant d’être une maman, rien que pour toi.

Peut-être, mais sa dysphorie du genre risque de revenir. Je secoue la tête.

— Va pour Papa Gabriel, dis-je. Je ne veux te traumatiser.

— Es-tu sûre que c’est ce que tu veux, Estelle ?

Il me pose cette question avec un air soucieux.

— De toute façon, mon petit frère va bien finir par vous trouver des surnoms. Papa Flint et Papa Gabriel vont être faciles à retenir pour lui.

— J’avoue. Tu marques un excellent point.

Son regard se perd vers l’avant de reprendre :

— Ton père et moi, nous n’avons pas encore pensé à tout ça. Nous devons déjà aménager la pouponnière au manoir, trouver un nom pour notre enfant, penser au mariage, au voyage de noces…

Il soupire. Il en a beaucoup sur la conscience, lui aussi.

— La bonne nouvelle, c’est que vous avez toutes ces vacances pour en discuter, formulé-je. Vous pourrez même passer un peu de temps avec vos Pokémon, si ça se trouve. Vous êtes si occupés…

— Je ne te le fais pas dire ! glousse le nounours. Ah, Estelle… si tu savais comme je t’aime, ma fille… Tu es tellement tout ce que j’imaginais…

Il me regarde tendrement et me fait une bise sur la tête. Cela me donne des papillons dans le ventre. Papa Gabriel, hein ? Je trouve que ça sonne joli, dans ma tête. Je crois que cette petite aventure à Alola me permettra de faire amplement connaissance avec lui.

Après quelques bouchées de sushi, je finis par m’endormir contre mon père bedonnant. Je fais alors une série de rêves étranges que je ne saurais décrire. Tout ce que je sais, c’est que ce voyage sera long.

Au bout d’une dizaine d’heures nous arrivons sur l’île de Mele-Mele, dans la région d’Alola. Il fait sombre alors que nous atterrissons à l’aéroport d’Ekaeka. J’ai mal aux fesses et j’ai hâte de me dégourdir. C’est presque l’heure du dîner pour nous, alors nous allons grignoter un peu avant d’aller louer des chambres au Centre Pokémon où nous nous reposerons pour quelques heures.

On aurait pu se rendre au chalet de mon père, mais il fait encore trop sombre pour voir quoi que ce soit. Je remarque déjà la différence entre la température de Kanto et des îles alors que nous sortons de l’avion. Braségali est heureux de pouvoir marcher à nos côtés et roucoule, tellement il avait hâte de se trouver dans une atmosphère chaude. Il ne reste plus qu’à ramasser nos valises, puis nous nous pourrons partir.

— C’est marrant quand on y pense, dit Papa Flint qui regarde à l’ouest. Le soleil va bientôt se lever. On a fait tout ce trajet et on va pouvoir assister à un deuxième levé de soleil en moins de vingt-quatre heures. Ça me fascine à chaque fois !

À Kanto, il est dix-sept heures, je crois, et ici, il est sept heures du matin. L’hiver de cette île n’existe pas, donc c’est l’été et le printemps en permanence. Ça doit être un rêve que de vivre dans cette région. Nous n’allons pas avoir besoin de ces manteaux épais que nous portions tous, donc ils vont être placés dans nos valises.

— J’ai déjà hâte de m’rendre à la plage ! mentionne Kylie. Vous sentez cette odeur !? C’est la mer ! LA MER ! Si on n’entendait pas les bruits de moteurs de cet avion, on entendrait les vagues !

— Il y avait aussi une plage, à Carmin sur Mer, mentionne son frère.

— Ouais, mais c’est pas pareil, dit-elle. On ne pouvait même pas s’y baigner !

— Nous allons avoir assez de temps pour en profiter… baille son jumeau.

— Je commence à avoir sommeil moi aussi, dis-je en cachant mon propre bâillement.

Après plusieurs minutes de marche vers le nord de la ville, nous arrivons au Centre Pokémon. Papa et Gabriel se louent une chambre, Kylie et moi partagerons une autre. Jake et Scottie coucheront dans une autre pièce. Nous n’étions pas autant que je l’aurais imaginé, à sortir de l’avion. Plusieurs passagers se rendaient sur les autres îles. Je crois que nous sommes au moins une quinzaine à avoir débarqués sur l’île de Mele-Mele.

J’ai hâte de voir ce que cet endroit nous réserve, pour être honnête. Je suis excitée de voir les espèces de Pokémon qui rôdent sur cette île. D’après Papa Flint, il serait même possible de louer des Pokémon entraînés sur cette île afin de voyager plus facilement à travers l’archipel. Il semblerait qu’on dresse des Dracaufeu à transporter des Dresseurs dans les airs et des Sharpedo à nager rapidement sur les eaux de l’océan.

Papa Flint… Papa Gabriel… Papa Flint… Mouais… je vais devoir m’habituer à ces surnoms. Ça me fait encore tout drôle quand j’y pense. Pardonnez-moi si je commence à me parler toute seule.

J’ai hâte de voir comment les gens, par ici, se débrouillent avec leurs Pokémon. Il y a tant de choses qui m’intriguent… comme le fait qu’ils n’aient pas encore leur propre Ligue Pokémon… Je crois que je vais surprendre le Professeur Chen et capturer quelques espèces qu’il pourra étudier. Comme ça, je me ferais pardonner de ne pas être autant active qu’il le souhaiterait.

— Le Professeur Euphorbe va être content de voir des Dresseurs de Kanto, dit mon père blond à son fiancé. Je l’avais au téléphone hier et il semble vouloir rencontrer ma fille et ses amis. Je me demande bien ce qu’il a l’intention de faire avec eux.

Ils sont devant nous et bavardent en privé, mais on peut quand même les entendre alors qu’ils s’éloignent en direction de leur chambre. D’après Papa, M. Euphorbe est un jeune homme qui se spécialise dans l’apprentissage des capacités et il serait l’équivalent de M. Chen pour plusieurs Dresseurs de ces îles. Toutefois, ce sont les Doyens qui offrent les premiers Pokémon des débutants… Je ne comprends pas trop ce que sont les Doyens, mais nous allons bientôt le savoir, j’en ai l’impression.

Le réfectoire est fermée pour le moment, mais un barista vient d’arriver après nous pour commencer son travail. Nous nous servons donc des tasses de thés et des biscuits et nous nous installons sur la terrasse, à l’extérieur du Centre afin d’assister au lever de soleil. Je remarque aussi que le barista avec un teint assez bronzé… J’imagine que nous allons tous finir comme lui avec les deux semaines que nous comptons passer sur ces îles. À vrai dire, nous partirons le lendemain du nouvel an, donc ça nous donne deux semaines et deux jours de vacances… Je crois.

— Je n’ai jamais goûté à un thé si… exotique, mentionne Jake qui semblait apprécier cette nouvelle saveur plus que nous. Ça me rappelle la première fois que j’ai goûté aux spécialités de Kanto… L’un de ces jours, il faudra vraiment que j’importe quelques sachets des autres pays.

Ah, le revoilà ! Notre Jake a repris des couleurs. Je me demandais quand il recommencerait à parler de sa passion pour le thé. J’ai fait goûter ma tasse à Braségali, celui-ci n’a pas vraiment aimé. Trop sucré pour lui. Mon Pokémon bondit au-dessus du Centre Pokémon et observe les bâtiments qui entourent celui-ci. Il semble tout aussi curieux que moi de découvrir cette île.

— Alors… On fait quoi après notre sieste ? demande Scottie.

— On va à la plage, bien sûr ! s’exclame Kylie. Et à poils !

— Euh… Nous ne sommes pas chez moi, dis-je. T’as intérêt à te mettre un maillot.

— Bah, si je vais plus loin, personne ne me verra, non ?

Je roule des yeux alors qu’elle fourre un biscuit dans sa bouche, puis elle nous fait un sourire niais. Comme d’habitude, il me vient à l’esprit que nous allons devoir abandonner toute tentative de lui apprendre les bonnes manières.

— Nous devrions aller à la rencontre du Professeur Euphorbe, formulé-je. Papa dit que celui-ci veut rencontrer nos Pokémon. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est une connaissance du Professeur Chen. Autant aller lui dire bonjour.

Nous finissons par nous mettre d’accord sur le plan à notre réveil. Le laboratoire du Professeur Euphorbe, ça sera ! Après, j’ai l’intention de faire un peu le tour de l’île avec Braségali.

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