Chapitre 48 : Les premières neiges

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Estelle, 16 ans
« Est-ce qu’on me cache un truc ? »


Décembre est arrivé plus vite que je ne l’avais imaginée. Au deuxième jour, il a commencé à neiger et les jumeaux reviennent aujourd’hui de Bourg Geon. Plusieurs semaines se sont écoulées depuis que j’ai reçu ce coup de fil de la part de Jake et la fameuse soirée que j’ai passée avec Gabriel, où j’ai appris quelque chose d’intéressant…

En fait, ton père et moi… on se connait depuis que nous sommes gamins, m’a avoué Gabriel. Seulement, j’ai dû déménager à mon adolescence… et puis voilà…

Ah… est-ce que t’a connu ma mère ? ai-je demandé.

— Je suis… euh… Je ne peux pas en parler maintenant… Désolé.

— Mais pourquoi ?! Personne ne veut jamais rien me dire à propos de Maman…

— Je suis désolé, Estelle… Ton père et moi, on a fait la promesse d’attendre le bon moment pour t’en parler. Il y a des choses que je ne suis pas autorisé à te dire avant d’être en sa présence… Tu comprendras, un jour.

— Mais je ne comprends pas !

Il m’a souri, puis m’a serré dans ses bras avant de me poser ses lèvres sur le front. Une semaine plus tard, j’ai essayé d’en parler avec Papa, en présence de Gabriel… mais ni l’un ni l’autre ne semblait prêt à me dire quoi que ce soit. Pourquoi font-ils tant de mystères sur ma mère !? Est-ce que Gabriel était proche de Maman ? Si oui, pourquoi ne me dit-il rien ?

Pour me changer les idées, j’ai eu le temps de m’entraîner de mon côté et de vaincre l’arène d’Érika avec Braségali, puis je suis passée à Parmanie où j’ai confrontée Maître Koga pour mon cinquième badge.

Puisque j’avais beaucoup de temps devant moi, j’ai décidé de consacrer tous mes efforts à la collection de badges. Pour obtenir le sixième, je devais me rendre à Cramois’Île, mais c’était beaucoup trop loin pour moi.

Pendant quelque temps, j’ai voyagé aux côtés de Jenny et son groupe qui faisaient des allers-retours dans les environs, alors que celle-ci participait toujours au Pokéathlon ; elle avait déjà remportée plusieurs médailles. Ses Pokémon s’amélioraient chaque jour dans leurs disciplines respectives et je trouvais ce genre de sports assez amusant à observer.

La Ptiravi de Jenny est devenue aussi forte qu’un Machopeur, alors je n’imagine pas la force qu’elle va développer lorsqu’elle évoluera en Leveinard.

Quant à mon œuf, celui-ci a enfin éclos et une Goélise originaire de Hoenn en est sorti. Celui-ci connait l’attaque Laser Glace et m’a servi contre le combat d’Érika, et je l’ai déposé dans une boite au Centre afin qu’il puisse se reposer. Je compte l’emmener avec moi à Alola lorsque nous partirons en vacances.

Au fait, Carabaffe a évolué et est maintenant un Tortank. Son combat contre Koga m’a joliment surprise lorsque ses capacités ont augmentée en puissance. Sur le coup, je croyais que c’était simplement parce que je l’avais bien entraîné, mais lorsqu’il s’est illuminé et s’est transformé en une gigantesque tortue, j’ai fait le saut.

J’ai donc fait demi-tour à Céladopole après mes récents exploits et j’ai attendu au Centre Pokémon pour les derniers jours qui restaient à novembre afin de me reposer. Les jumeaux m’ont laissé un texto comme quoi leur père était finalement décédé la semaine dernière et qu’ils ont assistés à l’enterrement. Kylie ne m’a pas donné de nouvelles depuis quelques jours, mais Scottie m’a dit qu’elle essayait surtout de prendre soin de leur mère.

Jake a fini par assister aux funérailles de son ami Sam avec le reste de son groupe, puis m’a annoncé quelques jours plus tard la dissolution de leur bande. Il va revenir avec nous d’ici peu. Ils ont décidé de se séparer en très bon terme, donc j’imagine qu’ils vont rester amis malgré tout.

Je suis à la fois triste de savoir qu’ils sont passés à travers ces épreuves, mais heureuse à l’idée de retrouver mes compagnons de route.

J’attends à la gare de Céladopole et me tourne les pouces. Braségali est assis à côté de moi alors que Papa et Gabriel se bécotent dans un coin, loin des regards. À l’extérieur, il neige et la température n’est plus très bonne pour les Dresseurs. Les Centres Pokémon commencent à être remplies de voyageurs qui ne peuvent pas vraiment retourner chez eux, à moins d’acheter des billets de trains ou d’avions.

Certains attendent que les premières tempêtes soient passées avant d’utiliser un de leurs Pokémon volants afin de voyager à travers les cieux. Je me souviens que Papa utilisait souvent Roucarnage à une certaine époque afin de survoler la ville de Céladopole lorsqu’il se déplaçait sur de longues portées… typique d’un amoureux des avions. J’étais encore toute petite lorsqu’il a arrêté de le faire. On raconte que son arène de Pokémon Vol a connu un succès durant plusieurs années, avant sa transition dans le métier de pilote.

— Mais arrête de me chatouiller ! couine Gabriel dans le coin, avec Papa.

— Mais tu es si mignon quand tu gémis, ricane mon père qui passe un doigt sur la nuque de Charlie. Je t’aime mon nounours…

— Oh Flintounet…

Je roule des yeux en tournant mon attention vers la piste d’arrivées. Le train des jumeaux doit arriver d’ici midi moins quart et j’ai hâte de revoir mes amis.

Papa et Gabriel vivent le parfait bonheur et se fichent de ce que les gens peuvent penser d’eux, bien que parfois ils commencent un peu à me gêner. Ils sont si amoureux qu’ils ne peuvent s’empêcher de se tenir la main ou bien de s’embrasser en public. Une bonne partie de la ville est déjà au courant qu’ils forment un couple… Je ne vois pas pourquoi ça devrait me choquer. Enfin, je ne suis pas choquée, juste… déstabilisée.

Hier, durant une rencontre avec les proches de Papa et quelques membres de notre famille éloignée, Gabriel était invité pour célébrer le succès de son restaurant. À la grande surprise de tous, au milieu de la soirée, Papa lui a fait la grande demande en mariage. Et comme prévu, Gabriel a accepté en le soulevant dans les airs, le serrant très fort dans ses bras. C’était assez marrant à voir, en fait. Certaines personnes dans la salle ont trouvés ce geste ridicule alors que d’autres trouvaient ça marrant et romantique. J’avais donc raison de croire qu’ils finiraient par se marier, ces deux-là… Je ne pensais pas que ça serait aussi vite…

Maintenant que j’y pense, Gabriel va devenir mon deuxième père… Ce n’est pas comme si je ne m’y attendais pas. Cependant, c’est si soudain que ça va me prendre quelque temps avant que ça me rentre enfin dans la tête. Papa a sûrement attendu que je sois présente en ville pour faire la Grande Demande, ce qui ne m’étonne pas de lui… Mais une partie de moi souhaitait qu’il m’en ait parlé avant de choquer tout le monde.

— Je vais te dévorer tout cru, hi hi hi, dit Papa en câlinant le torse de son fiancé.

— Niiiioooon, tout sauf ça, gémit Gabriel qui jouait le jeu en ricanant.

— On va commencer par ta belle bouille…

— Eh, j’ai besoin de mon visage, boude son interlocuteur.

— Puis on va explorer la nuque et le torse…

— J’ai aussi besoin de ça, grogne Gabriel qui pouffe de rire.

OK. J’en ai assez entendu. Je me lève, puis je vais plutôt attendre près de la porte où tout le monde arrive lorsqu’ils descendent du train. Braségali est du même avis que moi. Il trouve leur conversation très embarrassante. Je me retourne rapidement pour voir les deux tourtereaux en train de s’embrasser tendrement.

Gabriel passa une main dans la chevelure longue de mon père alors qu’il tient celui-ci par la taille. Papa était plus petit que lui, d’une tête environ, mais cela n’empêche pas le gros chef pâtissier de se pencher vers lui afin de l’embrasser et d’en prendre soin comme la prunelle de ses yeux.

Drôle de couple, hein ?

Je regarde sur ma montre. Onze heures et quarante-six minutes. Le train ne devrait pas tarder à arriver. Beaucoup de gens attendent l’arrivée de visiteurs ces derniers temps, car ça célèbre Noël et d’autres festivités à travers tout Kanto.

— HA HA HA ! OH ARRÊTE ! lance mon père derrière nous.

Je me retourne et je vois Gabriel qui bécote Papa au cou. Allons, vous deux, pas besoin de faire une scène ! Braségali commence à se sentir aussi mal à l’aise que moi.

Puis j’entends la foule s’agiter lorsque le train de Johto arrive enfin à la gare. Je tourne mon regard vers l’extérieur et voit une grosse locomotive rouge arriver tout droit de l’ouest. Les jumeaux sont parmi les premiers à sortir de celle-ci, avec leurs sacs à dos et des manteaux plus chauds que ceux qu’ils sont partis avec.

Scottie a l’air un peu perdu et est fatigué alors que sa sœur a toujours la même expression neutre que j’ai vu sur leurs dernières photos. La rencontre de leur père s’est probablement mal passée, mais ils ne m’ont rien dit de plus au téléphone. Je crois qu’ils ne désirent pas en parler. Je comprends parfaitement pourquoi. Ils sont passés à travers tant d’épreuves… J’ai de la peine pour eux.

Lorsque Scottie ouvre la porte menant à l’intérieur de la gare, je me déplace devant lui pour l’enlacer dans mes bras. Il cligne des yeux par surprise et rigole lorsqu’il me voit.

— Content de te revoir, Est’ ! dit-il. Mais on est dans le chemin des autres…

— Bien sûr, dis-je. Salut Kylie !

— Bonjour Estelle, dit-elle, monotone.

— Oulah… Ces cernes autour de vos yeux me disent que vous avez mal dormis, remarqué-je. Est-ce parce que le train a des sièges durs ?

— Plus ou moins, dit Scottie. On n’arrivait pas à dormir chez nous, ces derniers jours, car Maman était dans une crise de rage et nous réveillait souvent au milieu de la nuit pour faire le ménage de la maison ou bien pour l’aider à faire quelques tâches, comme sortir certains meubles d’une pièce et les bouger dans un autre.

— Ah bon ? Pourquoi ça ?

— Parce qu’à chaque fois qu’elle déprime, elle dit que son feng shui est ruiné et qu’il faut tout recommencer. C’est pour ça qu’elle change souvent le salon de place, ainsi que sa chambre et cetera.

Je n’ai pas remarqué que Papa et Gabriel se sont approchés de nous pendant que je m’adressais aux jumeaux. Kylie fixe le colosse droit dans les yeux, en se sentant minuscule à côté de lui. Elle jette un regard étonné dans ma direction.

— Bon sang qu’il est grand ! s’exclame-t-elle.

Gabriel pouffe de rire alors que Papa lui sourit. Kylie vient de réaliser qui ils sont. Elle rougit, puis incline sa tête, timidement. Les jumeaux arrivent tout juste en dessous de la poitrine de Gabriel et aux épaules de mon père. Moi, je suis un peu plus petite que ça, mais ça ne me dérange pas tellement. Je suis habituée à être entourée de gens plus grands que moi. Même Braségali est un géant, à côté de nous.

— Vous devez être Scottie et Kylie, dit mon père qui tend une main vers le jeune homme. Enchanté de faire votre connaissance. Je vous remercie d’avoir pris soin de ma fille durant les derniers mois. J’espère qu’elle ne vous a pas causée trop problèmes.

— Mais non, c’est plutôt à nous de la remercier, dit Scottie. Elle nous aide beaucoup dans nos démarches personnelles. Elle est très terre-à-terre.

— J’ai le vertige, putain… couine Kylie qui secoue sa tête.

Charlie éclate de rire et met une main sur l’épaule de mon amie.

— Ça va aller, petite ? demande-t-il. Je fais souvent cet effet à tous mes clients.

— Vous me devez une tarte pour ça, dit-elle en blaguant.

— D’accord, j’ai fait la promesse à Estelle de vous gâter un peu à mon resto de toute manière. J’espère que mes desserts vous plairont.

— Cool !

Toujours aussi directe, celle-là…

Scottie de son côté rougit nerveusement face à mon père et son petit ami. J’oubliais qu’il les trouvait très mignons sur les photos. Il tourne son regard vers les autres familles pour essayer de se distraire.

Papa remarque sa petite gêne mais préfère ne pas le déranger. Il se tourne vers nous trois (y compris Braségali) et nous fait signe de le suivre. Nous sortons de la gare pour nous diriger à notre limousine dans laquelle nous attend notre chauffeur. Quelques gardes du corps se trouvent à la sortie. Ludo n’est pas avec eux parce qu’il est en pleine session d’entraînement avec son mentor. Dommage. J’aurai bien aimé qu’il rencontre les jumeaux.

— Jake ne va pas tarder à arriver en ville, expliqué-je aux jumeaux. Il vous présente ses condoléances et regrette de ne pas avoir pu se rendre aux funérailles de votre père.

— J’ai davantage de peine pour lui, à vrai dire, explique Kylie. Nous n’étions pas vraiment attachés à notre père, mais c’est surtout pour notre mère que nous avons pleurée. La pauvre était inconsolable.

— Ouais, elle l’aimait toujours, malgré tout le temps qui les a séparés, raconte Scottie. Papa était dans un groupe rock durant ses plus jeunes années et a continué sa carrière en solo en dehors de Johto.

— Mm hmm, poursuit Kylie. J’ai appris que mes goûts musicaux venaient de lui parce qu’il faisait souvent jouer ce genre de musique alors que nous étions tous les deux dans le ventre de Maman.

— Ses seuls souhaits avant de mourir étaient de nous rencontrer et de nous demander pardon pour nous avoir abandonnés. Il savait que nous n’allions pas le pardonner mais c’était sa dernière volonté et nous l’avons respecté pour Maman. Il a dit que Maman lui envoyait souvent des nouvelles de nous alors que nous étions gamins et que nous grandissions… Ça me fait tout drôle d’y repenser.

— Ouais… Et il savait pour moi et Vicky… soupire Kylie. Il a pleuré un bon coup sachant qu’il a tout manqué à cause de sa stupide envie de voir le monde. Puis quelques jours plus tard, il est mort…

Les jumeaux soupirent alors que nous nous installons à l’intérieur de la limousine. Papa et Gabriel écoutent la conversation même s’ils ne disent rien, en respect pour leur deuil.

— Je crois qu’il est fier de vous dans le fond, dis-je. Vous êtes en train de vivre une partie de son rêve en voyageant tous les deux. Voilà une autre chose dont vous avez hérité de lui. Si ça se trouve, c’était votre destinée de parcourir le monde.

— C’est étrange que tu dis ça, explique Scottie, parce que c’est exactement ce qu’il nous a dit avant de mourir. Il souhaitait que nous voyagions nous aussi afin de découvrir les merveilles qui se cachent partout sur les continent et les îles de cette planète.

— C’est seulement dommage que ce vieux con ne soit jamais revenu nous voir, afin de nous emmener des souvenirs, grogne Kylie. Mais bon, c’est surtout lui que je voulais voir quand j’étais gamine et Maman ne faisait que parler de Papa en mal.

— L’amour nous fait faire de drôles de choses, hein ? dit Gabriel qui leur offre des Thermos remplis de chocolats chauds. Prenez, ça va vous réchauffer.

Les jumeaux ramassèrent lesc contenants après avoir attaché leurs ceintures, puis dégustent le tout en silence. Je suis assise près d’eux. Papa et Gabriel sont devant nous. Cette limousine est vraiment spacieuse et bien décorée. L’extérieur est blanc comme la neige, mais l’intérieur est rouge vin. Les coussins et les sièges sont confortables. Nous avons un mini bar installé sous le siège de mon père et une télévision accrochée à notre droite, où nous pouvons visionner des films sur blu-ray ou bien DVD. Les jumeaux essaient de ne pas démontrer qu’ils sont impressionnés, mais Kylie semble se sentir comme une reine, en se laissant reposer la tête sur son siège.

— Nous vous avons préparés deux chambres chez moi, dis-je. Ce sont les chambre d’invités, mais vous avez le droit de vous en servir durant notre séjour à Céladopole.

— Cool, dit Kylie. Je crois que j’ai besoin d’un somme… Mais ce chocolat chaud est en train de me réveiller… Misère.

Elle pouffe de rire. Celle-ci semble découragée mais divertie. Le délire de la fatigue, sûrement.

Braségali a décidé de nous suivre de l’extérieur se rend au manoir en bondissant de bâtiments en bâtiments. Il n’aime pas trop les véhicules, donc je ne vais pas le forcer à embarquer. Je crois que je vais être forcée de le mettre dans sa Poké Ball lorsque nous prendrons l’avion, parce qu’il risque de ne pas supporter le trajet.

Nous finissons par arriver au manoir et tel que prévu, Kylie sursaute en levant la tête pour remarquer la grandeur du bâtiment. Elle pousse presque un juron, avant de se retenir lorsque son frère lui couvre la bouche.

— B...b...bordel, bégaie cette dernière. On d...dirait un ch...cha...cha….

— Un château ? dis-je. Nan, j’ai vu beaucoup plus grand. Je t’assure que ce n’est qu’un simple manoir, tout ce qu’il y a de plus normal.

— P...p...parce que t’appelle ça normal, toi ?!

— Crois-moi, presque toutes les pièces se ressemblent. Les seuls lieux intéressants sont le salon, la bibliothèque, la cuisine et le sous-sol. Le reste est plutôt… sans vie.

— C’est pour ça que la plupart de nos serviteurs louent des chambres et qu’ils vivent avec nous, puisque notre famille n’est pas si grande que ça, explique mon père.

— Vous dormirez dans l’aile ouest du manoir qui a été rénové l’an dernier, expliqué-je. C’est plus moderne et la plupart de nos invités préfèrent cette section.

— On demande seulement de ne pas déranger les effets personnels de Mme Terrence, explique Papa. Elle est la nouvelle doyenne des domestiques et est très stricte.

— Je dois vous avouer qu’elle me fait peur, dit Gabriel en grimaçant.

— Allons, elle est simplement sévère et aime que tout soit propre, lui rassure Papa.

Kylie se gratte le bout du nez puis éternue.

— Rentrons avant que tu n’attrapes froid, dis-je.

— Bonne idée… dit-elle, avant de renifler.

— Il ne manque plus qu’elle attrape la crève, soupire Scottie.

— La… crève ? demande mon père. C’est quoi cette expression ?

— Une grippe, papa, expliqué-je.

— Les jeunes d’aujourd’hui… se dit-il en secouant sa tête.

L’un de nos gardes du corps ouvre la porte d’entrée pour nous et déjà, nous pouvons ressentir la chaleur alors que nous pénétrons le hall.

Le hall mène à plusieurs pièces et aussi à l’étage supérieur. En face de nous, le salon attire notre attention, car un feu a déjà été allumé dans le foyer. C’est aussi là où nous recevons la plupart de nos invités. Papa conduit Kylie dans cette direction afin qu’elle puisse se réchauffer. Aussitôt, il demande à une servante d’aller nous préparer de l’eau chaude et des poches de thé. Scottie est étonné de voir à quel point ma demeure est grande.

— Au fait Gabriel, que comptes-tu faire de ton appartement, maintenant que tu vis avec nous ? demandé-je au colosse.

Il se prend le menton, puis réfléchit un moment. Il hausse les épaules. Ses cheveux commencent déjà à pousser et sa barbe aurait besoin d’être rasée un peu, mais le grand homme barbu a pris la décision d’emménager avec Papa afin d’officialiser leurs fiançailles.

— En fait, je n’ai pas encore averti le propriétaire du bloc que je partais… me répond celui-ci. C’est assez gênant, en fait. Ton père m’a pris par surprise…

— Chaque chose en son temps, dit Papa par-dessus son épaule.

— Va falloir engager des livreurs pour mes trucs… marmonne Charlie.

— T’en fais pas, on va s’en occuper, disais-je.

— Mouais, maintenant que j’y pense, je n’ai pas autant de trucs à transporter… Oh, quelqu’un m’appelle…

Alors que Gabriel répond à son smartphone, Scottie et moi sommes passés à l’intérieur du grand salon où le feu du foyer nous réchauffe davantage. Kylie se fait déjà servir une tasse de thé et quelques biscuits alors que Papa discute avec l’un de nos serviteurs. Revenir au manoir me rappelle à quel point on nous offre pratiquement tout sur un plateau d’argent - c’est le cas de le dire, parce que le thé est servi en ce moment même sur notre plus belle argenterie. Je risque de perdre de mon autonomie si ça continue comme ça…

Je me suis tellement habitué à ma routine de voyageuse que j’ai maintenant de la difficulté à laisser ces gens cuisiner pour moi ou bien laver mes vêtements. C’est pourquoi parfois, je fais ces tâches afin de garder le rythme. J’espère que les jumeaux ne seront pas trop déstabilisés par notre mode de vie.

Je m’assois à côté de Kylie, fatiguée par le trajet.

— Tu sais quoi ? me chuchote mon amie. Il ne manque plus qu’une cloche pour appeler les servants et j’aurai l’impression de me trouver dans un film de petite princesse gâtée…

Je secoue ma tête, puis souris. J’en ai une, mais je ne m’en sers jamais. Malgré tous les cours d’étiques que j’ai appris, certaines habitudes de la haute société ont été abandonnées dans notre demeure afin que tout soit le plus paisible pour nos employés.

Lorsque mon père et moi avons besoin d’aide, nous demandons simplement l’aide de nos domestiques, mais nous n’exagérons pas comme certaines personnes riches et célèbres qui ont des demandes assez particulières, chaque fois qu’ils viennent nous rendre visite.

À vrai dire, nous avons déjà pensé faire de notre immeuble un gîte mais il nous faudrait trouver quelqu’un qui soit assez responsable pour s’occuper de l’entreprise quand mon père ne serait pas là. Papa n’est pas toujours disponible, ni n’a l’envie de s’occuper d’un gite à temps plein. Moi, cette idée m’a toujours plu… mais puisque j’ai envie de partir aux études, ce projet ne verra pas le jour de sitôt.

L’une de nos invitées régulières est la présidente de la compagnie pharmaceutique de Safrania qui sponsorise le tournoi d’échecs annuel de Céladopole. A chaque année, sa chambre personnelle est remplie de vins et de friandises.

Nous avons aussi un ambassadeur d’Unys qui crèche chez nous au moins quelques fois par an alors qu’il est en voyage autour de Kanto, afin de discuter de projets de lois ou bien d’échanges entre nos nations. Sa chambre est la plus simple et la plus tranquille de nos invités. Papa lui offre de dormir chez nous, puisque nous n’avons pas d’auberge officielle à Céladopole, à part le Centre Pokémon.

Peu importe ce que nous déciderons de faire de ce manoir, j’ai plusieurs souvenirs ici et je serais triste, si nous devions peut-être un jour le vendre ou bien le démolir. J’aime cet endroit autant que j’aime voyager.

— Au fait Estelle, dit Kylie. À quoi ressemble ta chambre… ? Est-ce qu’on peut y aller ?

Je rougis nerveusement et me gratte la joue. Elle risque de faire une crise cardiaque lorsqu’elle va voir ma garde-robe. Je ne crois pas que ça soit une bonne idée d’y aller maintenant. Sans oublier que mon lit baldaquin est digne d’un roman à l’eau de rose.

— Quoi ? Ta chambre est si moche que ça ? demande-t-elle.

Je glousse nerveusement et place mes mains derrière la tête.

— C’est bon ! Suis-moi, cédè-je. Mais je t’avertis, tu risques d’être dépaysée.

Amusée, Kylie se lève d’un bond et nous sortons du salon. Au passage, je jette un coup d’œil en direction de Gabriel qui s’approche de Papa. Je repense à ma conversation avec eux. Tous ces secrets de famille vont finir par me rendre folle. Allons, Estelle ! Change-toi les idées. Va plutôt montrer ta chambre aux jumeaux… Après, on verra.

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