Chapitre 25 : Changement d'image

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Estelle, 16 ans
Fille d’homo

La semaine a été plus longue que prévu. Tout d’abord, la Championne de l’arène était absente et ne reviendra pas avant quelques jours, puis Kylie a été placée dans une chambre privée de l’hôpital afin qu’on la mette en observation et qu’elle puisse voir des professionnels.

La nouvelle du meurtre de sa fiancée l’a complètement renversé, à un tel point qu’elle ne mange presque plus et qu’elle ne dort plus tellement. Son frère a dû se résoudre à lui donner des somnifères au bout de quarante-heures. Lors du troisième jour, elle a essayé de se ressaisir, mais son moral était si affecté qu’elle ne pouvait plus rien avaler. Il a donc été décidé de la mettre sous intraveineuses, le temps qu’elle se ressaisisse. Au moins, elle a de l’aide. C’est tout ce qui compte.

Ses poings guérissent plus rapidement que je l’aurai imaginé. J’applique un onguent sur sa peau, chaque jour, quand je la rends visite. Elle n’ose même pas me regarder, tellement elle a honte de s’être emportée de cette manière. Je comprends malgré tout qu’elle a le cœur brisé et qu’elle a besoin de temps pour accepter la nouvelle. Au moins, elle sait désormais que sa petite amie a été vengée et que cette vilaine femme coulera plusieurs années en prison. J’ai suivi le procès de près durant les jours qui ont succédé la nouvelle. Finalement, Mme LeMoine a écopé vingt ans d’incarcération pour homicide prémédité et son fils purgera quelques mois de travaux communautaires pour avoir gardé une preuve si importante chez lui. Il aurait pu faire la prison, mais le jury a fait preuve de clémence, à son égard.

Une semaine s’est écoulée et je viens rendre visite à Kylie dans sa chambre. Elle a repris des couleurs. Son frère a dû s’absenter un peu pour aller dormir dans un lit de la chambre voisine, car celle-ci ne pouvait accueillir qu’un patient et quelques visiteurs. On l’a déjà débranché des machines, mais mon amie aura besoin de rester en ville pour au moins deux autres jours. Ceux qui l’ont observé veulent s’assurer que sa grève de la faim ne lui avait pas laissé de mauvaises séquelles.

Kylie est sous antidépresseurs afin de calmer sa rage et il est fort possible qu’elle doive prendre ce médicament pour les mois à venir. Je suis même prêt à l’aider financièrement jusqu’à ce qu’elle puisse m’assurer qu’elle pourra les acheter d’elle-même. Son budget est déjà très serré comme ça. Je veux donc m’assurer qu’elle ne manquera de rien.

C’est le matin. Elle est toujours habillée de sa blouse bleue ; celle que tous les patients portaient dans les hôpitaux. Elle n’a pas encore déjeuné, mais l’infirmière me dit qu’elle a pris ses médicaments au levé. Lorsque je suis entrée dans la chambre pour lui porter des fleurs, Kylie est assise près de la fenêtre et observe la fine pluie automnale qui tape sur la vitre de la pièce. C’est à peine si on peut la reconnaître avec cet accoutrement.

— Tu vas pouvoir sortir d’ici ce midi, dis-je en m’approchant du lit.

Elle ne parle pas. En sept jours, elle n’a rien dit. Elle hoche la tête, même si elle ne me regarde pas. Je peux voir le coin de son œil droit, elle a beaucoup pleuré, la nuit dernière. Au moins, je suis rassurée de savoir qu’elle ne se laisse plus crever de faim.

Je prends le pot de fleurs qui j’ai emporté quelques jours plus tôt pour vider son contenu, avant de verser un peu d’eau dans celui-ci et y mettre le nouveau bouquet. Cette pièce sent étrange, à la base. Je me dis que cette fragrance peut au moins couvrir ces odeurs pestilentielles. J’ignore si Kylie aime ces spécimens, mais son frère me dit qu’elle semble apprécier leur parfum naturel.

J’observe ses jointures de poings, ceux-ci sont encore rougeâtres mais les plaies sont bien refermées avec les points de suture que nous allons faire enlever dans deux jours. Elle peut à peine bouger ses doigts et doit reposer leur position jusqu’à ce que ça guérisse complètement. Il est fort possible qu’elle ait des cicatrices sur ses mains pour le reste de ses jours, mais au moins nous avons pu limiter les dégâts.

Ses Pokémon n’ont pas eu la chance de la voir autant qu’ils le souhaitaient depuis une semaine, donc j’en ai profité avec Scottie pour les sortir un peu afin de leur permettre de se promener dans le parc de la ville. Nous leur avons annoncé pourquoi Kylie était à l’hôpital et pourquoi elle ne pouvait pas les entraîner, ces derniers jours. Certains d’entre eux semblaient moins affectés. Celui qui a pris la nouvelle très dure était Colossinge, son partenaire de départ à Kanto. Nous lui avons donc permis de visiter Kylie, hier.

Bien que Kylie fût silencieuse, la présence de Colossinge l’a réconforté. Ils se sont même enlacés, pendant un moment. Le pauvre singe au nez de cochon n’avait pas l’habitude de voir cette dernière dans cet état : si défaite, si faible et surtout si pâle.

— Que veux-tu qu’on fasse une fois sortie de l’hôpital ? lui demandé-je. La Championne d’Azuria est de retour, mais tu n’es pas assez en forme pour un combat… alors… Que dirais-tu qu’on aille faire un peu de shopping avec ton frère ? Nous avons besoin de nouveaux vêtements chauds pour la route, donc je me dis que je pourrai vous payer quelques vêtements en cadeau…

Elle hausse les épaules un moment, puis penche la tête d’un côté, avant de finalement la hocher. Elle n’a pas vraiment le goût de parler, je peux comprendre, mais son mutisme m’inquiète.

— Promet moi de manger un morceau avant que Scottie se réveille, d’accord ? ajouté-je. Il stresse beaucoup à cause à cause de tout ça. Il dort très mal parce qu’il s’inquiète…

Elle baisse la tête, honteuse du fait qu’elle cause tant de soucis à son frère, puis opine une seconde fois du chef. Elle évite toujours mon regard.

Galifeu est à l’entrée de la pièce et ressent la tristesse dans ma voix. Il sait mieux que quiconque que je m’inquiète beaucoup pour Kylie. Je n’ai pas de problèmes de sommeil, mais la plupart du temps, toutes mes pensées sont penchées sur les jumeaux Sanders. Ils ont vécu un calvaire l’année dernière. Le moindre que je puisse faire est de me montrer patiente avec eux et de leur offrir mon soutien. Pourtant, voir mon amie dans cet état me crève le cœur.

Je m’assois à côté d’elle, sur le rebord de la fenêtre. Je lui prends une main pour lui montrer que je suis là pour elle. Elle semble hésitante, puis lève son regard remplis de désespoir.

— Tu sais Kylie… Je n’ai jamais eu la chance d’avoir des amis comme Scottie et toi, lui raconté-je. J’ai toujours été entourée de gens plus vieux que moi… et… Je n’ai jamais vraiment connu des gens comme vous... Aussi généreux et adorables avec qui j’ai pu passer du bon temps… Vous m’avez ouvert les yeux sur tellement de choses…

Elle écoute en silence, son regard change de la tristesse à une concentration plutôt neutre.

— Je sais que tu n’as pas voulue m’entraîner dans ton histoire, tu me l’as dit plusieurs fois depuis qu’on s’est rencontré, expliqué-je. Mais je ne peux pas m’empêcher de me dire… Que je ne peux pas imaginer ma vie sans vous, en ce moment… J’ai un lourd fardeau qui repose sur mes épaules, mais vous continuez sans cesse de m’aider dans mon aventure et à faire de moi une meilleure personne, chaque jour… Vous êtes… en quelque sorte… mes meilleurs amis…

En prononçant ces derniers mots, je sens les larmes couler le long de mes joues. Merde… je ne voulais pas faire ça.

— J’ai… J’ai c...cru un m...moment, l’autre j...jour que tu voulais en f...finir et...et… hoqueté-je.

Kylie s’empresse d’essuyer l’une de mes larmes et me tire vers elle, pour ensuite m’enlacer.

Elle pleure à chaudes larmes.

— Je te demande pardon ! s’exclame-elle en pleurant contre mon épaule.

— Ç...ça va… dis-je en hoquetant encore. On ne p...pouvait pas pré… prévoir cette crise.

Nous restons ainsi pour une bonne dizaine de minutes en silence. Lorsque nous avons terminé, Kylie essuie ses yeux, et moi les miens. À la simple idée d’avoir compris que j’avais peur pour sa vie, cela a eu l’effet d’un coup de fouet sur sa conscience.

Scottie a fini par se réveiller de sa sieste et est venu nous retrouver. À sa grande surprise, il voit que nous parlons et rions en discutant de tout et de rien. Je brosse les cheveux de Kylie après qu’elle se soit lavée, puis séché. Elle chantonne un air de son ancien groupe de musique. Elle sourit, malgré la douleur en elle. Elle a retrouvé l’envie de vivre, même si les derniers jours ont été un enfer pour elle. Elle est en robe de chambre et s’apprête à aller se changer.

J’ai expliqué à Kylie durant les derniers jours que j’ai suivi le procès de Mme LeMoine. Bien qu’elle n’ait rien exprimé à ce sujet, je sais qu’elle est satisfaite de savoir que cette femme passera beaucoup de temps derrière les barreaux. Après avoir attachée les cheveux de mon amie en queue de cheval, celle-ci se lève et ramasse les vêtements qu’on a nettoyés, puis posés sur la commode à côté de son lit. Elle s’éloigne et entra dans sa salle de bain personnelle.

— Eh bah, je ne sais pas ce que tu lui as dit, mais elle semble se sentir mieux, déclare le jumeau.

— Je lui ai simplement dit que je ne voulais pas qu’il lui arrive quoi que ce soit. C’est comme si le feu sacré s’est rallumer en elle.

— Elle déteste entendre parler de suicide, ça doit être pour ça que ça a touché une corde sensible lorsque tu lui as dit ça.

— Je pensai honnêtement qu’elle se laissait mourir… Ça m’a tué.

— Je comprends où tu veux en venir. J’ai souvent dû aider ma sœur à se remettre sur pied après ses nombreuses déprimes. Elles n’ont jamais duré si longtemps. C’était toujours des crises d’une journée ou deux. Puis elles ont grandement diminuée avec le temps.

Je me souviens qu’il m’en avait déjà parlé, autrefois, mais j’ignorais qu’elle avait eu plusieurs crises de ce genre. Celle-ci a beaucoup souffert en perdant sa fiancée. Au moins, elle a eu la chance de voir des professionnels qui sont venus de l’aile psychiatrique et ceux-ci ont compris à travers quoi elle passait. Son deuil est si intense qu’elle a de la difficulté à passer à travers. Nous avons donc opté pour des antidépresseurs qui l’aideront à gérer ses sentiments négatifs pour les mois à venir. Elle devra aussi consulter un psychologue, occasionnellement et s’assurer que tout aille bien dans sa vie. Elle nous a fait cette promesse à moi et son frère, durant son mutisme.

— Nous allons l’aider à se sentir mieux, dis-je. Une journée à la fois.

— Merci pour tout, Estelle, me dit-il. Plusieurs auraient déjà pris la poudre d’escampette à cause de ma sœur, mais tu t’es montrée très patiente et tu as fait preuve de compassion.

— Oh allons ! C’est la moindre des choses pour vous qui m’avez accueillis dans votre groupe à bras ouverts, alors que je commençai ma quête.

— Oui, mais ma sœur est vraiment…

— Je sais… Mais je n’ai pas peur d’elle. Vous êtes de très bons amis à mes yeux… Mes meilleurs amis, même. Je ne veux pas vous perdre.

Ce dernier rougit, puis cache ses yeux qui deviennent soudainement larmoyants.

— Maudites allergies, dit-il en riant.

Je lui donne une petite tape amicale sur l’épaule, avant de le serrer dans mes bras. Il glousse de plus belle, puis me serre dans ses bras en retour. Il est heureux d’entendre que je les considère déjà comme de très bons amis. À le voir, il avait probablement peur que je perde patience un jour et que je parte de leurs vies. Ce n’est pas comme ça qu’on m’a élevée. Je suis tenace et quand je veux quelque chose, je l’obtiens à la sueur de mon front et après l’avoir mérité. C’est pourquoi il est important pour moi de m’investir corps et âme dans cette relation avec les jumeaux, qui m’ont tant donnés jusqu’à présent. Enfin, quand je dis corps je ne veux pas dire le truc réservé aux parties de jambes… Vous me comprenez ?

Kylie sort de sa chambre et a retrouvé son ancien style. Il lui manque ses perçages car ceux-ci sont considérés dangereux, à cause de son état de santé mentale. Pour retrouver ses boucles, ses dards et ses autres breloques pointues, nous devons passer par l’entrée principale de l’hôpital, quand elle aura son congé. Pour le moment, c’est un peu étrange de voir notre amie sans ses accessoires.

Vers midi, les médecins viennent dans notre chambre et font signer des papiers à Kylie. Celle-ci peut à présent sortir d’ici, mais nous devons quand même rester au moins deux autres jours en ville pour nous assurer qu’elle ne rechutera pas. Nous dormirons au Centre Pokémon et traînerons dans les centres commerciaux ou bien dans d’autres bâtiments publics jusqu’à ce que nous ayons l’autorisation de partir d’Azuria. Cela semble décourager Kylie qui souhaite reprendre nos activités, mais je me dis que nous allons en profiter pour nous entraîner dans la cour arrière du Centre avec quelques Dresseurs. C’est mieux que rien.

Une fois à l’extérieur de l’hôpital, la pluie a cessé. Kylie n’a pas envie de se rendre au Centre maintenant. C’est pourquoi nous nous rendons à une boutique de vêtements. Nous avons besoin de nouveaux manteaux, après tout. Galifeu nous suit sans se plaindre, content de revoir notre amie.

Lorsque nous poussons la porte d’entrée, nous sommes accueillis par une jeune femme stylée qui n’a pas vraiment l’air d’apprécier qu’une punk entre dans sa boutique. Elle était grande, cheveux châtains et attachés en chignons, lunettes stylées et portge une longue robe sombre serrée.

— Je préfère vous prévenir maintenant… dit-elle. J’ai déjà eu de très mauvaises expériences avec des gens comme elle. Au moindre délit de ta part, je t’envoie les flics à vos trousses, capice ?

— Gardez vos préjugés pour vous, Madame, prononcé-je en fronçant des sourcils. C’est une punk, mais elle n’est pas une criminelle !

— Pfft ! fait elle tout simplement en levant son pif en l’air.

Elle s’éloigne vers la caisse enregistreuse et maintient une expression assez snobe. Notre amie doit se retenir pour ne pas lui lâcher une insulte.

Je soupire de soulagement lorsqu’elle nous laisse entrer. Kylie a placé quelques-uns de ses perçages et compte mettre les autres plus tard. Nous avons pris soins de réclamer ses bijoux avant de sortir de l’hôpital et je crois qu’elle se sent plus à son aise maintenant qu’elle a ses accessoires. Elle est très attachée à sa bague avec la tête de squelette, qui n’a aucune véritable valeur monétaire mais qui semble avoir appartenu à l’un de ses proches. Sûrement à quelqu’un comme Vicky.

Il me faut un manteau plus chaud pour les jours à venir, alors je me rend dans l’aile des vêtements pour hiver avec Scottie et Galifeu. Pendant ce temps, Kylie traine près du côté des vêtements usagés qui ont été retravaillés et recouds à certains endroits. Elle est intéressée par un kilt rayé de rouge et de noir comme on en voyait dans certains pays. Je crois que c’est cool chez certaines filles comme elle, d’en porter.

Je donne un léger coup de coude à Scottie pour lui montrer Kylie d’un signe de tête.

— C’est le genre de fringue que Vicky portait en concert… me chuchote-t-il à l’oreille.

Je vois. Kylie semble hésiter un moment, puis repose le kilt là où elle l’a trouvé. Je retrousse donc mes manches, puis je laisse Scottie à l’allée des manteaux. Je m’approche par la suite de mon amie et j’observe le kilt en question, puis celle-ci pendant un instant.

— Quoi… ? dit-elle, virant au rouge. Qu’est-ce qu’il y a ?

— Je crois que tu es due pour une métamorphose.

— Euh… hein ? N...ne… Non, ce n’est pas ce que…

— Allons, allons ! Je t’ai dit que j’allais payer pour tes vêtements. Fais-moi confiance ! Je crois que j’ai une petite idée qui pourrait te plaire.

Elle se tait, puis me laisse alors choisir des vêtements et des accessoires qui iront avec ses goûts personnels. Je choisis bien entendu tout ce qui pourrait bien aller avec le kilt et trouve au comptoir, un fond de teint qui pourrait très bien coller avec ces vêtements. Je dis donc à Kylie de m’accompagner à la salle d’essayage où elle me suit, la tête basse.

Quelques minutes plus tard, elle sort de la pièce et s’observe dans le long miroir qui se trouve près de nous. Elle fige sur place.

— J’ai l’air d’une princesse du rock… dit-elle en couinant presque.

— Je me suis dit qu’une partie de toi avait besoin de Vicky à tes côtés, alors lorsque Scottie m’a expliqué pour le kilt, il m’est venu l’idée de te donner un nouveau style.

— Tu… Tu n’étais pas obligée, tu sais ? dit-elle en rougissant.

— Et puis, tu as quand même beaucoup de ton ancienne apparence dans tes fringues. C’est donc un mélange beau mélange. Une toute nouvelle toi, si je peux me permettre de le dire !

— Je… Je suis sans voix… À vrai dire, je n’aime pas les jupes, ni les kilts, mais… Je dois avouer que j’aime cet ensemble. Ça me fait beaucoup penser à l’époque de notre groupe de musique.

— Tu n’es pas obligée de porter le kilt, tous les jours, hein ? C’est simplement parce que tu avais l’air de l’aimer. Va te rhabiller, je vais payer tout ça au comptoir.

Elle hoche la tête, puis retourne dans la salle d’essayage.

La caissière s’approche et m’observe un moment avant de me dire :

— Tu as du flair pour habiller les clients, c’est rare que je dise ça aux gens, mais je crois que tu as un don particulier…

Je rougis, mais je crois qu’elle a raison.

— As-tu déjà songé à faire carrière dans le mannequinat ? me demande-t-elle alors.

Je penche ma tête d’un côté, incertaine. Puis je hausse les épaules.

— A vrai dire, je suis très artistique donc pour moi la présentation vestimentaire est très importante lorsqu’on doit associer la personnalité d’une personne à son image. Je n’ai jamais pensé que je pourrai travailler un jour dans la mode, mais je crois que ça pourrait m’intéresser…

— Je vois… dit-elle. Dans tous les cas, je crois que tu devrais essayer de jouer un peu avec le style de tes amis et de tes Pokémon. Peut-être t’inspireras-tu de cette expérience. Ça me ferait plaisir de voir tes autres créations vestimentaires.

— Merci beaucoup, Madame.

— Pas de quoi ! Rares sont les gens qui ont le talent pour créer des ensembles aussi stylés. C’est un talent très important dans le showbiz.

Elle me quitte alors pour aller aider une cliente à l’entrée de sa boutique. Kylie sort de la salle d’essayage, puis revient vers moi avec les sacs remplis des vêtements qu’elle compte acheter. Elle me regarde un moment, puis passe une main devant mes yeux, alors que je suis figée sur place.

— Euh… Estelle ? demande celle-ci. Est-ce que ça va ?

J’opine du chef et sourie. Je crois que pour la toute première fois depuis le mois dernier, je suis sur la bonne voie de découvrir ma destinée. Je ne suis pas encore sûre et certaine de mon choix, mais je crois que peu importe ma décision, je finirai un domaine très artistique.

— La propriétaire a adorée tes nouvelles fringues, dis-je en tournant mon regard vers mon amie.

— Ah… ah bon ? demande-t-elle. L’effrontée t’as dit ça ?

— Elle trouve que j’ai du talent ! couiné-je.

— Bah… C’est vrai que t’es douée pour créer d’excellents costumes, quand on y pense. Je me souviens encours du Concours.

— Imagine, je pourrai devenir styliste avec beaucoup de pratique !

— Styliste… ? Mouais… Quand on y pense…

— Estelle Tabris, styliste et dresseuse Pokémon, dis-je en rêvassant.

Kylie soupire avant de rire, puis secoue la tête. Elle me trouve marrante. Je ne vois pas vraiment ce qu’il y a de drôle dans tout ça, mais elle me conduit alors jusqu’à la caisse, où je paie ses nouveaux vêtements et accessoires. Nous n’avons pas terminé de choisir nos manteaux d’hiver, alors je sais que nous allons passer au moins le prochain quart d’heure à essayer ces derniers. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie d’aider Scottie et Kylie à mettre du piquant dans leur vie.

— Laissez-moi faire, les potes ! m’exclamé-je. Je suis en feu !

Galifeu, qui m’observe en silence, est tout aussi fasciné que la caissière, alors que je trouve tout ce qui va bien à mes camarades. Accessoires, manteaux, vêtements, chaussures, il n’y a rien à mon épreuve. Un éclair de génie me passe à l’esprit et j’ai envie de créer quelque chose de magnifique avec ces fringues. Je prends alors un nouvel ensemble qui semble assez chic pour Scottie et traîne ce dernier par la main pour l’emmener à salle d’essayage. Je crois que je pourrai faire ça jours et nuits.

Kylie n’en revient pas à quel point j’ai l’air d’une personne différente lorsque mon esprit créatif est en marche. Elle rit toujours dans son coin, mais ce n’est probablement pas parce qu’elle se moque de moi. Je crois qu’elle réalise à quel point je suis à mon aise et ça lui fait plaisir de me voir de bonne humeur. Au moins, elle a fini par sourire.

Tu vas voir Kylie, je vais te prouver que nous pouvons retrouver le bonheur après tant de drames ! Nous allons prouver à cette peste de Madame LeMoine que tu es magnifique et que ta vie est tout aussi importante que la sienne. Je ferais de toi une star !

— Oh, le joli collier ! remarqué-je aussitôt, en me tournant à ma droite.

Je fais approcher Galifeu lui faire essayer le collier rouge avec une petite médaille dorée avec l’inscription où l’on peut lire Cœur Vaillant. Mon Pokémon est gêné par mon intervention, mais je le trouve trop mignon avec le nouveau collier. Je décide donc de l’acheter rien que pour lui.

— C’est vrai qu’il est cool avec ce collier, dit Kylie. Mais essaie de ne pas trop le serrer dans son cou. Nous ne voudrions pas qu’il suffoque… Bon sang, on dirait que rien ne t’arrête aujourd’hui !

— J’aime trop ça ! formulé-je en bondissant d’une allée à l’autre. J’ai presque envie d’habiller les autres clients ! Chaud devant le monde, Estelle Markios arrive !

— N’en fais-tu pas un peu trop ? Essaie de calmer tes méninges. Tu risques de te surmener, ma pauvre amie.

D’un côté, elle a raison. Mais je ne peux tout simplement pas m’arrêter de penser à quels genres d’ensembles je pourrai encore former pour elle, son frère et Galifeu. Je n’ai même pas trouvé de truc qui m’irait bien, sauf un manteau de pluie jaune que je pourrai probablement porter au printemps. Pour ce qui est des manteaux d’hivers, ceux-ci ne me conviennent pas vraiment au niveau du style. Ils sont plus pratiques que jolis, pour être honnête.

Scottie finit par ressortir de la salle d’essayage avec le nouveau style que je lui ai préparé. Il a l’air beaucoup plus professionnel avec son jogging noir de haute marque et sa chemise bleutée. L’habit idéal pour un Champion d’arène. J’aime bien comment ses souliers ressortent les couleurs de ses vêtements et collent bien avec la couleur de ses yeux.

— Eh bah, Scottie ! remarqué-je, les mains croisées sur mon torse. Tu as l’air chic avec ça sur le dos ! Je crois que tu pourras mettre cet ensemble facilement lors de tes premiers matchs, lorsque tu ouvriras ton arène.

Il rougit, timidement, puis se regarde dans le miroir près de la salle d’essayage. Il est très ému et apprécie cette combinaison de vêtements. Je lui ai même offert une nouvelle montre à prix réduit dont il pourra se servir en tout temps, puisque celle qu’il portait déjà était toute égratignée. J’aimais tout particulièrement le collier arc-en-ciel en corde qu’il porte autour du cou. Assez grand pour l’ôter d’une main.

— Wow ! Il est stylé mon frangin ! s’exclame alors Kylie qui applaudit. Estelle, tu t’es surpassée !

— Merci ! Ça me fait beaucoup de bien de vous faire ces cadeaux.

Même la caissière semble approuver le nouveau style de Scottie. Elle me fait le symbole de la perfection avec ses doigts et hoche la tête. Maintenant, tout ce qu’il reste à faire, c’est de payer pour tous les vêtements et accessoires que j’ai choisis pour mes amis. Il y en a pour plus de mille pokédollars, mais je m’en fiche. Pour une fois que je peux me rendre utile, je déborde de joie. Il est vrai que la plupart de ces vêtements ne viendront pas avec nous, donc allons devoir délivrer tout ça à nos familles respectives.

Peu importe. Je suis fière de mon coup !

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