Chapitre 19 : Le premier combat d'Abo

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Estelle, 16 ans
Dresseuse de poulet


Après le combat en cours, les juges et les arbitres doivent prendre une pause suite aux récents évènements survenus dans les couloirs. L’équipe de sécurité me passe en revue afin que je puisse leur raconter ma version des faits. Puis Diana est aussitôt disqualifiée pour le reste du Concours. Folle de rage, elle ramasse ses affaires des coulisses, puis sort du bâtiment en pressant le pas. Elle en profite pour me jeter un regard noir avant de quitter la salle d’attente.

Puisque Diana est éliminée, l’Infirmière Joëlle nous demande si nous voulons faire revenir un participant de la première manche pour remplacer celle qui vient d’être éliminée pour son mauvais comportement. Nous passons au vote et personne d’entre nous ne souhaite humilier un compétiteur qui a déjà été éliminé.

Les juges comprennent notre décision, puis les matchs reprennent. C’est plus pratique ainsi. Ils n’auront pas à se casser la tête à savoir qui passera directement en finale alors qu’on sera jumelé pour les demi-finales. Trente minutes s’écoulent notre choix.

Mon prochain combat se sera déroulé sans problème, sauf que mon adversaire a déclaré forfait en réalisant que mon Galifeu est trop puissant contre son Chétiflor. Il n’avait que des Pokémon Plante à disposition. Dommage, j’aurai bien aimé voir la performance de ses partenaires. On l’a hué dans la foule, mais sa décision était prise.

Trois autres participants sont passés avant moi ; je n’ai pas reconnu les noms sauf Katia qui était la plus jeune d’entre nous. Le combat d’après a regroupé la gamine contre un autre Coordinateur et elle a gagné celui-ci rapidement avec l’agilité et la souplesse de son Papilusion.

Puis, le moment de vérité est arrivé. Je vais m’opposer à la jeune fille avec qui j’ai passé quelques moments à bavarder, en compagnie de Tom et Jenny. Ces derniers sont restés dans la salle d’attente afin de nous encourager. Lorsque le moment est venu pour nous deux de monter sur scène, Katia me regarde avec hésitation et baisse son regard. Elle n’a pas l’air d’avoir envie de se battre contre moi.

— Ça me fait bizarre de combattre une personne si gentille, me dit-elle. J’ai l’impression de mal agir…

— Crois-moi, c’est toujours aussi étrange pour moi de combattre contre des amis, mais je crois que c’est essentiel pour nous en tant que Dresseuses de non seulement faire évoluer nos Pokémon, mais notre style de combat.

— T…tu as raison, dit-elle, timide.

— En plus, tu es vraiment douée. Ça se voit que tu as beaucoup entraîné ton Papilusion.

— Papilusion est mon meilleur ami, c’est normal qu’on s’entend si bien !

Jenny et Tom nous souhaitèrent de finir ce spectacle en beauté. Peu importe qui gagnera le Concours, je n’aurai aucun regret. Non seulement ça m’a permis de sortir de ma coquille, mais j’ai fait la rencontre de trois Coordinateurs sympathiques. Qui sait ? Peut-être accepteraient-ils de faire un bout de chemin avec nous ?

A vrai dire, je dois admettre que je me sens un peu intimidée face à cet enfant prodige. Elle est si petite, si jeune… mais elle est déjà mieux avancée que moi dans l’apprentissage de ses Pokémon. Elle a déjà accumulée trois badges, en plus d’un autre ruban à Azuria. Elle ne pense pas continuer les arènes Pokémon parce qu’elle préfère le côté artistique des Concours. Elle est une vraie boule d’énergie et rigole beaucoup en notre compagnie. Je crois que j’ai beaucoup à apprendre d’elle. Je crois qu’elle pourrait plaire à Jake et aux jumeaux.

De retour sur scène pour le match final, je choisis d’envoyer à la grande surprise de tous, Abo. Je ne l’ai pas choisi depuis le tout début du Concours, mais celui-ci se dresse sur sa queue et observe le Papilusion de Katia qui se repose sur la tête de celle-ci.

— Pardonnez-moi, Miss, mais n’est-il pas un peu jeune… ? demande alors Monsieur Contesta, à ma droite.

— Abo est tout aussi talentueux que mes autres Pokémon, nous ne devrions pas le sous-estimer simplement parce qu’il est de petite taille.

— Vous avez raison, Mlle Markios. Je vous présente mes excuses.

— T’as entendu le Monsieur, Abo ?

Je me tourne la tête vers mon serpent qui hoche la tête en observant le juge pendant quelques secondes. Il sort sa petite langue et cligne des yeux avant de se retourner vers le grand papillon qui survole à présent la scène. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’Abo s’est beaucoup entraîné avec Carapuce et Galifeu et qu’il a acquiers beaucoup d’expérience grâce à cela. J’en ai profité pour lui apprendre un truc ou deux avec les conseils de Scottie et sa sœur. Celui-ci semble heureux d’avoir été choisi et rampe rapidement au centre de la scène.

— Va s’y, Abo ! lance Scottie dans la foule, imitant soudainement sa sœur en se levant sur son siège. Prouve à ce vilain juge que tu es magnifique !

Ah, sacré Scottie… Tellement passionné pour son neveu

Celui-ci passe la plupart de nos soirées avec Abo autour du cou, lorsque nous n’entraînons pas nos Pokémon, alors on a vite compris que Scottie est devenu l’oncle adoptif du serpent.

L’arbitre nous donne alors le signal pour commencer le combat. Katia envoie Papilusion en premier. Celui-ci vole en pleine vitesse autour d’Abo, dans une danse folle qui déboussole mon partenaire. Ce n’est pas une attaque, mais une feinte pour étourdir mon serpent. J’entends alors Katia sortir de l’une de ses poches un sifflet qu’elle emploie dans un rythme étrange. Le Papilusion écoute les ordres de sa Dresseuse, puis verse ce qui semblait être une poudre parfumée sur la scène.

— Abo, utilise Reflet ! j’ordonne d’un ton calme.

Aussitôt Abo a le réflexe de se multiplier autour du papillon, ce qui rend le Pokémon volant confus, car il arrête sa propre attaque. La poudre aurait probablement eu un effet nocif sur Abo si ce dernier avait été touché.

Toutefois, je n’aurai pas été embêtée pour longtemps car mon serpent a la faculté de muer sa peau facilement, les effets secondaires tels qu’un empoisonnement, une brûlure ou bien la paralysie se guérissent plus rapidement que la plupart des autres Pokémon.

— Papilusion, utilise Vent Argenté ! lance Katia.

Elle ne se laisse pas abattre.

Abo encaisse l’attaque, il se roule en cercle et tournoie autour du papillon avant que je ne décide de passer à notre prochaine capacité.

— Abo, lance Direct Toxik !

Dans sa petite danse rigolote, les juges ne se sont pas attendus que mon Abo bondisse dans les airs pour ensuite s’agripper aux pattes arrière de Papilusion. Ensuite, dans son envol, il a planté le bout de sa queue dans le dos du papillon et y a planté un dard empoisonné qui est apparu au bout de sa clochette. Le papillon se débat à quelques reprises avant de balancer Abo au sol. Je lève ma tête pour remarquer que Katia vient de perdre plus de la moitié de ses points. Moi, j’en ai encore plus que trois-quarts.

Papilusion ne se sent pas très bien, le poison fait déjà effet.

— Tiens bon, mon beau ! lance Katia. Riposte avec Choc Mental !

Une attaque psychique, voilà qui me cause du souci. Abo est alors soulevé dans les airs et Papilusion l’écrase au sol avec une telle force que j’ai peur qu’elle ne lui casse les os. Abo se relève quand même ; il est étourdi et secoue sa tête. Ma jauge de points est rendue près de la moitié. Je pense que je n’ai plus le choix d’utilisé la seconde attaque que j’ai apprise à Abo, grâce aux capsules techniques des jumeaux. Celle-ci doit pourra sûrement me permettre gagner.

— Abo, lance Éboulement ! ordonné-je.

— Comment est-ce possible !? commente Katia.

— Les capsules techniques font des miracles…

Abo vient de faire apparaître plusieurs roches pointues au-dessus de son adversaire, qui se prend celles-ci en pleine figure. Toutes les roches ont bizarrement la forme de cœurs, ce qui fait rire certains spectateurs et émerveille le Juge Sukizo. Papilusion évite la dernière pierre et tente de reprendre le combat, mais le poison était déjà trop avancé. Il perd connaissance, ce qui met fin au match. Je tombe sur mes genoux, soulagée que le premier duel d’Abo se soit bien passé. Mon serpent s’approche de moi et met sa tête sur l’une de mes épaules. Je lui caresse déjà la nuque alors que j’entends les applaudissements autour de nous.

— Bien joué, Abo, dis-je.

— Abo, sss…

— Félicitations, Mlle Markios ! déclare l’Infirmière Joëlle en montant sur la scène avec le ruban du Concours d’Argenta. Vous avez bien mérité votre prix !

— Ce fût un excellent combat, dit le Juge Contesta. Tout simplement, prodigieux !

En face de nous, Katia est résignée. Elle rappelle son Papilusion et s’éloigne de la scène en pleurant. Je tremble de fébrilité, ma victoire vient de causer la défaite d’une amie. Ma tête a du mal à accepter cela. Elle a l’air si triste lorsqu’elle s’éloigne et moi je suis censée célébrer ma victoire. Pourquoi suis en train de me sentir aussi mal, alors ? Elle a quand même un ruban et trois badges, pourquoi me boude-t-elle ?

Du calme Estelle, c’est qu’une enfant… A cet âge, tout est plus dramatique, non ? Je me sens quand même mal de la voir ainsi.

J’accepte le ruban des mains de l’infirmière, puis nous échangeons quelques mots avant que la salle ne commence à se vider. Après quoi, l’animateur me félicite et remercie la foule pour avoir assisté au spectacle. Les juges partent avant moi. Je suis toujours seule sur la scène avec Abo qui m’observe en silence.

Kylie, Scottie et Jake s’approchent, inquiets à cause de mon expression vide et mon regard effrayé.

Je vois Jenny, Tom et Katia sortir de la salle d’attende quelques secondes après que mes amis soient arrivés près de la scène. Mon premier réflexe est de courir en direction de l’autre groupe. Je ne peux pas supporter de voir la petite pleurer ainsi.

— Katia ! je lance, en détresse. Katia, parle-moi…

— Laisse-moi tranquille ! grogne celle-ci, avant de s’enfuir en courant vers la sortie.

— Donne-lui du temps, répondit Jenny. Elle est tout simplement sous le choc. Ça arrive.

— Mais je…

— Écoute, dit alors Tom. Ça fait partie du jeu. Elle sait qu’elle doit s’endurcir. Je suis sûre que dans le fond, elle s’est beaucoup amusée.

— Je ne m’attendais pas à vaincre son Papilusion, pour être franche avec vous.

— Pourtant, tu t’es bien préparée, dit Jenny.

— Ça, c’est parce que j’ai eu beaucoup d’aide de la part de mes camarades.

Jenny jette un coup d’œil du côté de mes amis, puis opine du chef.

— Ouais, c’est ce que j’ai cru comprendre avec cette dingue qui montait sur les bancs, plus tôt, dit-elle en riant. Vous faites vraiment une drôle d’équipe, vous quatre.

— Je ne trouve pas ça marrant, boude Kylie qui écoute la conversation en fronçant des sourcils. Estelle avait besoin d’encouragements, alors j’ai fait de mon mieux.

— Oui, mais elle n’avait pas besoin que tu fasses autant de folies, dit alors Tom. Tu l’as distraite à quelques reprises durant nos performances.

— Mince… C’est vrai, maintenant que j’y pense.

Je rappelle Abo, puis sort Galifeu de sa Poké Ball. Ce dernier affiche une expression grincheuse puisque j’ai dû l’enfermer dans celle-ci, suite à la demande de l’équipe technique. Je n’avais plus le droit de le laisser traîner tout seul dans la salle d’attente alors que je combattais, alors je n’ai pas eu le choix de le rappeler temporairement.

— Toutes mes félicitations, soit dit en passant, s’exclame aussitôt Jenny qui observe Galifeu de plus près. T’as vraiment eu de la chance qu’il évolue durant son dernier tour, ça a rajouté un effet grandiose au spectacle !

— Oui, je sais, je lui réponds avec un sourire. Ce n’était pas planifié, mais ça a vraiment aidé à notre pointage final pour son tour. J’aurai pu perdre contre toi, à bien y penser.

— Ne dis pas de bêtises, déclare Jenny. Tu étais beaucoup plus préparée que la plupart d’entre nous, aujourd’hui. Par contre, je n’ai pas dit mon dernier mot ! Je compte t’affronter à nouveau en duel, alors t’as intérêt à ne pas chômer.

— Moi aussi, j’aimerai combattre contre toi, ajoute Tom.

Les deux amis me saluent après leur avoir souhaiter une bonne fin de soirée. Ils partent à la recherche de Katia et moi je me retrouve à nouveau entourée de mon petit groupe d’amis. Je tiens dans mes mains, mon premier ruban de Concours, mais j’ai malheureusement le moral à zéro après avoir pris conscience que mes gestes ont de plus en plus d’impacts sur la vie des gens. J’avale ma salive et réalise que je me suis faite deux ennemies en moins de vingt-quatre heures. Ce n’est vraiment pas bon pour mon moral. Je dois assumer…

Je retourne donc chercher mes affaires dans les coulisses. Les objets dans ma case sont toujours là où je les ai laissés. Aujourd’hui, c’était un combat pour débutants. J’ai grimpé les échelons légalement et j’ai mis beaucoup d’efforts pour me rendre en finale. Au lieu de me réjouir, j’ai de la peine. L’expression joyeuse de Katia avec qui j’ai partagé plus d’une heure de blagues et de conversations n’est plus là. Je n’aime pas faire du mal aux enfants. Mon cœur ne le prend tout simplement pas.

Après avoir vidé ma case, puis m’être changé, je retourne à mon groupe quelques instants plus tard. J’ai rangé le ruban dans une petite caisse que je me suis achetée à l’entrée du hall, comme souvenir. Cette caisse, je compte la ranger dans mon sac pour le garder en sécurité.

— T’en fais une drôle de tête… remarque Kylie, les sourcils en accents circonflexes. Ça ne va pas ?

Je fais non de la tête. Elle n’est pas heureuse de voir que cette victoire ne m’enchante pas autant qu’elle, puis elle roule ses yeux en se croisant les bras.

— Va falloir que tu t’y habitues, dit-elle. A force de combattre des Dresseurs, on finit par comprendre que l’humiliation de nos adversaires finit par passer. Ils vont tous trouver d’autres opportunités pour s’améliorer, tout comme toi.

— Kylie a raison, dit Scottie. C’est vrai qu’au départ, nous nous sentions tous un peu comme toi après nos premiers combats. Avec le temps, tu vas finir par comprendre que certains Dresseurs sont simplement mauvais perdants et ont beaucoup plus de choses à apprendre de leur côté. La petite n’a que dix ans et c’était sûrement sa plus grosse défaite jusqu’à présent.

— C’était si rapide, dis-je. J’ai eu l’impression que le combat n’a même pas duré une minute. C’était zoum par-ci et zoum par-là.

— C’est toujours comme ça, peu importe la discipline qu’on pratique, ajoute Kylie. Certains combats peuvent durer plusieurs minutes, d’autres peuvent se terminer en quelques secondes. J’ai remarqué quand même que vous mettiez beaucoup d’emphase sur vos capacités afin de les rendre jolies, c’est ce qui vous différencie des Dresseurs normaux.

J’hoche la tête. Ils n’ont pas tort. Je n’ai rien à me reprocher. Toutefois, la haine que j’ai ressentie de ces deux Coordinatrices me secoue. Je ne me suis pas attendue à me faire insulter gratuitement par l’une, pour ensuite faire pleurer l’autre, un quart d’heure plus tard. A vrai dire, je me sens monstrueuse.

J’ai fait pleurer une enfant. Moi, Estelle Markios.

Nous nous dirigeons vers la sortie du bâtiment, lorsque je vois Katia s’approcher, la tête basse. Elle a fait soigner son Papilusion qui se repose à présent sur sa tête. Elle a beaucoup pleuré mais se sent mieux à présent.

— Je viens te présenter mes excuses, dit-elle. Je pensais que j’allais te battre…

— Tu m’as fait peur en partant ainsi, soupiré-je.

— Je sais… Jenny et Tom m’ont expliqué que tu ne cherchais pas à me faire de la peine. J’ai réagi en perdante. C’était quand même ton premier match de Concours, j’aurai dû t’applaudir au lieu de t’inquiéter… Vraiment, je suis désolée…

— Je comprends… Mais nous aurons davantage d’occasions de nous battre à nouveau en duels, alors je te demande de lever ton menton bien haut et de me promettre qu’on combattra à nouveau, d’accord ?

— Oh ça, tu peux compter sur moi !

La petite gamine aux yeux verts me salue, puis s’éloigne rapidement. Il me vient alors à l’esprit que j’ai entendu Jenny me dire dans la salle d’attente que c’était le quatrième Concours de Katia à travers Kanto. Elle a donc perdu trois fois. TROIS FOIS !? Par ma faute, je viens de causer à cette petite la perte de son potentiel deuxième ruban…

Je ressens une perle de sueur qui coule le long de l’une de mes tempes tandis que je vois Katia rejoindre son groupe, près de la porte de sortie.

— Vous rendez-vous compte qu’elle a fait quatre Concours jusqu’à présent et qu’elle n’a gagné qu’un seul ruban ? dis-je en me tournant vers mes amis.

Kylie et Scottie s’échangent un regard embarrassé, alors que Jake se contente de sourire. A ma grande surprise, je viens de comprendre que le milieu des Concours était beaucoup plus cruel que je l’imaginais. Mais il est fort possible que tous les Coordinateurs qui ont perdus cette compétition aujourd’hui tenteront leurs chances prochainement à d’autres lieux. Ça veut donc dire que même si j’ai gagné celui-ci, je pourrai peut-être me retrouver au Grand Festival aux côtés de Katia, Jenny et Tom, lorsque le moment sera venu…

Ça me prendra quelque temps avant de me remettre de mes émotions, sûrement… Pour le reste de la journée, nous avons planifié de relaxer au Centre Pokémon. Nous sortons donc du bâtiment ; les gardes de sécurité du hall ferment les portes derrière nous à clé.

A l’extérieur, Galifeu se met à bondir dans l’herbe et à pointer dans une direction pour nous montrer quelque chose. Nous nous tournons tous quatre nos regards vers le Centre Pokémon qui est en flammes. Ça me prend quelques secondes avant de réaliser que plusieurs Dresseurs et Coordinateurs se sont rassemblés près du Centre, alors que des camions de pompiers, des ambulances et des policiers commencent à arriver sur place. Mais qu’est-ce qui a bien pu arriver ?! Je vois alors un ballon dirigeable se lever très haut dans les airs avec l’emblème de la Team Rocket tissé dans la toile. À bord, je crois reconnaître le visage de l’un des sbires qu’on a croisé dans la forêt.

— Bordel, ils sont vraiment trop rapides ceux-là ! grogne Kylie qui se frappe dans la paume de sa main gauche en fronçant des sourcils. Maudite Team Rocket de mes deux…

— Ne t’avise pas de terminer cette phrase, l’interrompt Scottie en lui mettant une main sur la bouche. J’en ai assez de ces mots grossiers.

— Ce sont les mêmes braconniers qu’on a croisés dans les bois, s’empresse de dire sa sœur alors qu’elle baisse la main celui-ci. J’ai reconnu la tête de l’un des types sur la moto !

— Moi aussi, mais j’ai bien peur qu’on ne puisse rien faire.

— Je me demande combien de Pokémon ils ont volés cette fois, soupire Jake. Roucool était en train de se faire soigner…

— Je suis certaine qu’il est en sécurité, dis-je, pour essayer de le réconforter. Ne t’en fais pas… Tout ira bien.

Mais en vérité, j’ignore quels Pokémon ont été volés et surtout s’il y a des blessés. Quelque chose me dit qu’on ne va pas pouvoir dormir à Argenta ce soir. Nous regardons alors les pompiers pénétrer les lieux, sauvant les gens qui sont pris à l’intérieur de l’incendie et pendant ce temps, je vois les voitures de policiers poursuivre le dirigeable qui s’éloigne déjà au loin. Ma réaction suite à ma victoire s’est vite transformée en cauchemar lorsque nous sommes sortis du hall.

Je me fais la promesse de ne pas me morfondre plus longtemps. Néanmoins, je ne peux pas m’empêcher de me sentir mal. J’essaie surtout de comprendre comment la Team Rocket a encore une fois réussi à s’infiltrer aussi facilement dans cette ville et cela pour la deuxième fois cette semaine. J’envoie Carapuce aider les pompiers et je ne suis pas la seule. Plusieurs Pokémon de type Eau nous rejoignent pour assister ces derniers à éteindre les flammes avec leurs jets d’eaux puissants. Une fois une bonne partie de l’incendie éteint, je sens un énorme vide à l’intérieur de mon cœur. Ce bâtiment jadis si beau n’est plus qu’une gigantesque ruine au centre de la belle ville d’Argenta.

D’après ce que j’ai compris, plusieurs personnes sont mortes dans cet incident – y compris deux infirmiers et quelques Dresseurs infortunés. La plupart des Pokémon soignés ont été sauvés par l’Infirmière Joëlle qui travaillait sur ce chiffre.

Jay a fini par retrouver Roucool, mais tout comme moi il se sentait déprimé par l’horreur que nous venions de vivre.

— Belle initiative, les jeunes, dit un vieux pompier qui est venu nous complimenter moi et d’autres Dresseurs parce que nous sommes intervenus à essayer d’éteindre les flammes.

— Ouais, mais nous n’avons pas sauvé le centre, dit une adolescente.

— Nous avons quand même limité les dégâts, dit une autre.

— Ouais, mais à quel prix? Il y a eu des morts.

Oui… des morts. La dernière fois, la Team Rocket avait détruit un village entier de Pikachu. Cette fois, ils s’étaient attaqué au bâtiment le plus important d’Argenta, son Centre. Une expression sinistre s’empare de nous tous. Pleurs et cris de rages dans la foule se font entendre. Plusieurs milliers de pokédollars en dommages ont été causés par cette attaque.

Durant les heures qui ont suivi, plusieurs d’entre nous ont fait demi-tour à travers la forêt pour nous rendre à Jadielle, alors que d’autres ont pris la route pour se rendre au Centre du Mont Sélénite. Je fais partie du groupe de Jadielle. Une fois arrivés à destination, il fait déjà nuit et il nous faut nous coucher. Nous avons tous mangé, en chemin, des collations, des sandwichs achetés dans des dépanneurs et j’en passe. Nous sommes tous démoralisés. Personne n’ose rire ou plaisanter dans le grand groupe avec lequel nous avons voyagé.

Finalement, nous nous sommes loués une chambre, tous quatre et nous sommes allés directement nous coucher.

Ce jour marquera sûrement la date la plus sombre de l’histoire d’Argenta, d’après moi. Jusqu’à présent, la Team Rocket s’est contenté de voler des objets rares et de foutre le camp. Là, ils ont causés la mort d’une dizaine de victimes innocentes à cause de leurs gestes criminels. Je ne réponds même pas aux coups de smartphone que j’ai reçois, ce soir… Je suis trop en état de choc pour parler à mon père ou même à mon garde du corps. Évidemment, ils sont déjà au courant de tout.

Galifeu s’installe en bas de mon lit, dans une position assise. Il médite et préfère veiller sur moi plutôt que de dormir confortablement. Il est sur ses gardes et pense qu’à tout moment, ce Centre pourrait aussi se faire attaquer. Je crois que nous nous sentons tous comme lui, mais il lui faut même dormir. Je me penche vers lui pour lui caresser la tête.

— Ça va aller, Galifeu… lui dis-je. Ils paieront pour leurs crimes.

Il hoche la tête, puis finit par s’allonger au sol, sur son flanc gauche. Comme d’habitude, il refuse de rentrer dans sa Poké Ball. Rendu à ce point, ce n’est plus vraiment important de m’en faire. Il souhaite être avec nous quatre en permanence.

Je m’allonge sur le lit pendant un moment et j’observe le ruban que j’ai gagné à Argenta. Il est petit, recouvert d’un métal solide. Le symbole représente étrangement au badge d’Argenta. Toute sa soie est argentée. Je trouve ce ruban simple, mais quand même joli. C’est dommage que ma victoire ait été suivie d’une soirée si tragique…

Je finis par déposer mon ruban dans la petite caisse qui se trouve dans mon sac, puis je me couche sur le côté tout en réfléchissant à ce que je pourrai faire pour me changer les idées. Je ne crois pas que je trouverai sommeil ce soir.

Inutile de demander à Papa d’apporter son soutiens à la ville d’Argenta, car de toute façon je crois bien qu’il sera l’une des premières personnes qui donnera des fonds pour la reconstruction du Centre. Il est souvent appelé à faire des dons par diverses entreprises, lorsque des incidents tragiques de ce genre se passent à travers tout Kanto. Si tout se déroulera comme je le pense, il fera une somme généreuse à la Ligue Pokémon et cela leur permettra de reconstruire le Centre en l’espace de quelques mois.

J’ai beau être la fille d’un milliardaire riche et puissant, ce qui vient de se passer aujourd’hui me rappelle à quel point nous risquons tous de mourir, tôt ou tard…

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