La grosse bouffe

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« Les mythomanes sont nombreux en ce monde, surtout en pOulitique. »

 

    Une phrase qui devient – tristement ce jour -  une légende. Son fier auteur - celui que l’on appelait affectueusement le petit gros - nous a quitté à l’âge de racine de mille neuf cent quatre vingt neuf. L’artiste ne désirait pas d’oraison funèbre - il ne se nourrissait d’aucune foi religieuse, mais de tartines de pâté de canard – cependant, ses amis les plus fidèles tenaient à saluer « l’heureux gras connard » qu’il fut.

 

    Le petit gros était un génie de la tambouille alphanumérique. Il voyait le monde comme un gâteau rond dont il fallait exploiter toute la superficie au carré de son rayon pour réellement en faire le tour. Cette théorie il expliqua dans son œuvre - réalisée au cours d’un Oulipo-challenge au sujet des pâtisseries – qu’il intitula : « Contours d’un vieux flan, vu par Pi. » Il ne remporta pas la coupe cette année là, jugé trop ‘Pi’naillant sur les détails, mais l’on salua la performance déconcertante. L’écrivain pensait que les ‘Pi’treries des autres candidats avaient été plus payantes qu’une réflexion existentielle au sujet capital que sont les flans. Flanquer sa carrière par terre, il avait menacé de le faire après cette défaite. Mauvais perdant, il était cependant un grand joueur et sa bonhomie faisait oublier tous ses caprices. Il prit sa revanche l’année suivante en traitant - avec la finesse d’un joyeux balourd - un nouveau sujet. Le petit gros avait mit les mots en salade pour traiter au carré des régimes Ouliciaux dans un nouveau titre : « A déguster sans assaisonnement » De quoi serrer la ceinture du jury de l’époque. Des débats en furent soulevés et si une fois encore il ne remporta pas les jeux, le petit gros avait marqué l’histoire de cette phrase devenue célèbre.

 

    L’on peut dire qu’il en aura fait du bruit et aura remué les pois chiches dans les têtes. Tel dans une cocotte minute - ses idées mijotaient et lors des interviews jaillissaient par la soupape les volutes ardents de mots stridents rarement calculés. Impensable qu’il fut fauché par un cornichon en supermot – le type ne l’avait probablement pas vu lorsqu’il se cachait derrière des gros mots plus épais que lui. Il parait qu’il n’a rien senti - étalé comme une crêpe sa cervelle en est sortie comme passée au mixeur. L’enquête est toujours en cours, un tragique accident dont les médias n’ont pas fini de nous faire souper. Nous pouvons imaginer qu’il est mort tel qu’il l’aurait voulu – en mesurant une dernière circonférence avant que la roue ne l’écrase, peut-être avait-il prit le temps de calculer sa proportion vis-à-vis de sa tête. Certains mesquins accusent les concurrents Oulipiens d’avoir organisé une telle conspiration, mais un trophée vaut-il la peine de risquer un report des jeux tant attendus ? Les pOuliticiens déplorent déjà les conséquences du drame, mais nulle inquiétude le show continue.

 

    Son dernier ouvrage sera publié à titre posthume. Une œuvre biographique détaillant ses démons à la virgule près : « Si Pi est une lettre, alors les lettres sont des nombres. » Un volume tout en chiffre, arrondi à l'entier supérieur en terme de pages. Peut-être alors, son rêve Oulipien se réalisera et que celui-ci sera décoré d’outre-tombe par un jury ayant toujours reconnu le talent de l’athlète obèse mathémystique. Il en mettait toujours plus, généreux comme il était. Amateur de livres en sauce, le poids des mots continuera à peser pour l’avenir des belles-lettres et des beaux chiffres. Laurent Romejko lui livrera vendredi – au cours d’une émission spéciale - un dernier hommage et de mémorables 3,14159265 minutes de silence.

 

    Si vous autres – anonymes, adorateurs, détracteurs, famille reniée ou amis de dernière minute- voulez lui rendre un ultime au revoir : son corps repose au cimetière des honorables lourdauds de la littérature. Ne cherchez pas à connaître le Pi de sa pierre tombale, celle-ci est – en toute logique - carrée afin qu’il puisse avoir l’esprit tranquille.

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